Vasari, m. t. et p., Ridolfi, op. cit.y
W OENTILE BELLINI
analogies avec le portrait de la collection Layard. Les trois couronnes de Constantinople, d'Iconium et Trébizonde qui figurent, dans le tableau, à droite et à gauche, se retrouvent ici dans le champ du revers de la médaille. Quant au visage, la barbe est courte, la moustache, peu fournie, laisse voir la bouche, le nez est fortement aquilin, le menton de galoche, les yeux petits \ L'ensemble de la physionomie exprime la fatigue morale et physique et complète l'impression d'affaissement que donne le portrait. C'est bien là le Sultan tel que le vitGentile, c'est-à-dire malade, épuisé, vieillard avant l'âge et déjà marqué par la mort qui allait bientôt le frapper. Les médailles de Mohammed II exécutées par Bertholdo di Giovanni et Gostanzo*, sous l'inspiration directe de Gentile, ont un caractère tout différent : elles n'en ont pas moins une valeur iconographique considérable, mais les artistes ont cru devoir idéaliser leur modèle et nous montrer un Sultan victorieux et plein de force, tel que la seule évocation de son nom le représente à l'imagination. Dans cette œuvre remarquable et si précieuse à tous égards, le talent de Gentile s'affirme nettement avec ses quaUtés de précision et d'exactitude et le place au premier rang parmi les médaiUeurs de son temps.
La légende rappelle les distinctions dont le Sultan avait honoré Gentile. L'artiste était fier, et à bon droit, de l'estime où l'avait tenu Mohammed ; « il prenoit plaisir à vanter ses Ubéralités », écrit Guillet, et « il les publia jusqu'à Tannée 1501(1507)
i . Celte médaille est donnée précédemment, page 48 6û. Elle a déjà été publiée par Frieldaender, of, et/., pi. XXXII; Aloîss Heiss, Les MédaiUeurs de la Renaissance, Spinelliy pi. 9, n^ 1, d'une façon très défectueuse dans la Turquie^ de Jouannin et Van Gaver, etc.
2. A. Heiss, Les MédaiUeurs de la Renaissance, fasc. Spinellij pi. VIII et X. Une autre médaille de Sultan Mohammed II, exécutée par Bertoldo Hî Giovanni, rappelle plus particulièrement celle de Gentile Bellinl. Voir Heisj:?, même ouvrage, pi. VIII, n* 2.
ET SULTAN MOHAlflCED II 59
qui fut celle de sa mort ^ » . Suivant les engagements qu'il avait contractés avec le Grand-Conseil \ Gentile reprit ses travaux dans la salle des délibérations du Palais ducal : il peignit le pape Alexandre III et le doge envoyant une ambassade à l'empereur Frédéric Barberousse. Au-dessous du tableau, il rappela son voyage à Constantinople et le titre que lui avait conféré Sultan Mohammed, dans le distique suivant :
Gentilis patriœ dédit hœc monumenta Belinus, Othomano accitus mvnere factus eques '.
Le portrait et la médaille du Sultan d'une part, et les dessins de la Colonne de Théodose de Tautre^ telles sont les trois œuvres principales et d'une authenticité absolue qui restent du séjour de Gentile Bellini à Constantinople. Quant au portrait qui fut un temps en possession de Paul Jove , il a disparu ou a été détruit, car on ne saurait voir aucune analogie avec la figure donnée dans les différentes éditions des Elogia virorum iilustrium et le portrait de la galerie de lord Northwich, portrait qui n'est pas de Gentile. C'est ainsi qu'on avait attribué, jusqu'à ces derniers temps, au même artiste, sur le témoignage de Boschini, le tableau si lumineux et si intéressant qu'on voit au