VI INTRODUCTION
et de modestie de Gentile Bellini. Il le traita avec considération, ladmit dans sa familiarité et en usa avec lui comme autrefois Alexandre avec Apelles. Angiolello rapporte à ce sujet une anecdote qui est caractéristique et singulièrement instructive, malgré sa brièveté.
Jean-Mârie Angiolello, déjà connu par sa précieuse relation de la campagne de Perse, qu'il avait rédigée sous le titre de Brève narratione délia vit a et fatti del Signor Usatmcassano *, et que Ramusio a publiée dans le second tome Délie navigationi et viaggi*, avait été d'abord attaché à la personne de Mustapha, fils aine de Sultan Mohammed et s'était retiré ensuite à Constantinople à la mort de ce prince. Très apprécié par le Sultan, pour lequel il avait traduit en turc sa relation sur Ouzoun Hasan, Jean-Marie dut voir Gentile à la cour; et c'est sans doute à cette cause qu'il lui accorda un souvenir dans VBistoria Turchesca^j dont il réunissait alors les matériaux, et qui est encore inédile. Écrite dans un style simple, dépouillé de toute recherche visant à l'effet, cette histoire est particulièrement intéressante pour l'étude des événements contemporains de l'auteur qui sait les relater avec impartialité, et qui dépeint les personnes et les choses avec celte finesse d'aperçu, celte justesse d'appréciation et celle netteté de jugement qui distinguent la correspondance diplomatique des agents vénitiens de celle époque.
C'est ainsi qu'après avoir mis en relief les brillantes qualités de Sultan Mohammed, Jean-Marie ne cherche pas à dissimuler les vices qui venaient en ternir Téclat et, qu'après avoir montré, au sujet de Gentile Bellini, les côtés généreux et sympathiques de son caractère, il lui reproche ensuite sa. cruauté, dont il cite deux exemples, choisis parmi bien d'autres, à l'appui de son affirmation. Il se tait sur les causes du départ de. Gentile; mais son silence même est un argument pour donner, à penser qu'il provint de causes toutes naturelles, et serait une sorte de réfutation du motif allégué par Ridolfî, si on n'avait, pour expliquer ce retour quelque peu précipité, les préparatifs de la guerre que le Sultan se proposait de conduire en personne, et dont le but était connu de lui seul.
J, 2, 3. Voir page 19, note 1.
ÎNTROUUGTIOM VU
Le règne de son successeur, Sultan Bayezid II et ses démêlé.^ avec son frère le prince Djern, sont racontés avec une grande abondance de détails et présentent des renseignements qu'on cherchorait vainement ailleurs. Aussi, à tous ces points de vue, rflàloria Turchesca de Jean-Marîe Angiolello mériterait-elle d'être publiée. Le département des manuscril? de la Bibliothèque nationale de Paris en possède une copie qui remonte à la seconde moitié du xvi* siècle. C'est là que j'ai rencontré les documents relatifs au séjour de Gentile Bellini à Constantinople, et que j'ai songé à rédiger ces notes, dans la pensée qu'elles joltent un jour nouveau sur des faits mal connus et qu'elles apportent à la biographie du peintre vénitien des matériaux de première main et des éléments précieux: d'information qu'il y a intérêt à mettre en lumière.
Telle est Texplication du présent travail.
J'y ai joint le portrait de Gentile Bellini, d'après celui que Ridolfi a publié dans ses Maraviglie et qu'il avait tiré d'un tableau où le peintre s'était représenté en personne* ; la médaille du Sultan du même artiste, une vue d'ensemble de la Colonne de Théodose^
1. Le Maraviglie delV arle, overo le vite detjV illuslri piUori Veneti, e dello slalOy Venise, 1648, in-4, p. 43-4. J'ai préféré ce portrait à celui du Louvre dans le tableau attribué d'abord à Giovanni Bellini, et restitué .de nos jours à Gentile, et qui est désigné sous le titre de : Portraits de Jean et de Gentil Belin. Dans ce tableau, le prétendu portrait de Gentile, tourné vers la gaucbe, diffère essentiellement du portrait donné par Ridolli et de la médaille gravée par Vittore Camelo, en l'honneur du peintre vénitien. Au contraire, le portrait de Giovanni, qui est tourné vers la droite, ressemble d'une manière frappante à celui de Ridolfi {le Maraviglie^ p. 46) et à la médaille de Camelo qui a également gravé l'effigie du frère de Gentile. Il y a là une intéressante question d'iconographie à résoudre, que M. Charles Blanc avait déjà soulevée dans son Histoire des Peintres {École italienne^ p. 8), et que je signale à mon tour. Les deux médailles de Camelo sont fort rares : elles ont été plusieurs fois reproduites, entre autres, par M. Friedlaender, dans son ouvrage, Die italienischen Schaumûnzen des funfzehnlen Jahrhunderts, Berlin, 1880, pi. 17; dans le Jahrbuch der Kôniglich Preiissischen Kunstsammlungen, Berlin, 1881, t. ir, pi. 17, etc. La médaille de Gentile porte à l'avers son portrait avec cette légende : « Gentile Bellinvs eqves comesqve, » et au revers : ■ Gentile tiubvit quod potvit viro natvra iioc potvit vigtor et addi-