‹ Geoffroy ChaucerChapitre 1 sur 60 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Ce livre s'étonne de venir si tard, le premier en France sur son sujet. Il est vrai qu'il existe déjà dans notre langue quelques études de détail sur Chaucer, et que les grandes histoires littéraires de Tainc et de M. Jusserand lui ont consacré de nombreuses pages pleines de verve, d'agrément ou de savoir. Tout récemment, service plus essentiel encore rendu à la renommée du poète, une traduction complète et précise, due à un groupe de spécialistes, a mis à la portée du public ses Contes de Canterhiiry(l). Mais il reste avéré qu'il n'}- a en France jusqu'à ce jour aucun ouvrage indépendant où sa vie et son œuvre soient présentées dans leur ensemble. Chose surprenante, si l'on considère que Chaucer est non seulement un très grand écrivain, liin des plus divertissants qui soient et des mieux adaptés à nos goûts, mais encore qu'il est vraiment nôtre par (iliatioii, (juo l'étudier

I) Les Contes de Canlerbury de G. Cliaucer, tntduetini) fran- "'.se avec une inlroduclion ri des ntdes. Alciin. Ii(ll8.

VI AVKRTISSEMENT

c'est en sortant de notre langue demeurer dans notre domaine littéraire.

Les pages qui suivent s'adressant à des lecteurs divers cachent au lieu de le démasquer le soubassement d'érudition que rend indispensable l'étude d'un poète aussi ancien. Le caractère de ce livre ne me permet même pas de signaler mes multiples obligations aux critiques et commentateurs qui ont établi le texte, interprété les vers, passé au crible la biographie de Chaucer, ou exploré les sources de ses poèmes. Je m'en excuse auprès de tous ceux qui m'ont servi sans que j'eusse le plaisir de les désigner et je me borne par nécessité à déclarer que ma dette est particulièrement grande aux travaux de la « Chaucer Society », à ceux de Ten Brink et à l'édition magistrale des œuvres de Chaucer par ^L le Professeur Skeat. Je dois d'ailleurs, par justice envers eux autant qu'envers moi-même, ajouter que ma dette se limite aux documents et aux faits. Pour le jugement sur l'homme et sur sa poésie j'ai recouru aux impressions personnelles résultant d'une étude directe et prolongée. J'en dois porter toute la responsabilité.

Chaucer a modelé ses vers et ses stances sur ceux des poètes français dont il était le contemporain. Il m'a paru désirable, relativement facile, et, si l'on concède quelques menues inexactitudes, plus près de son esprit et de sa manière, de restituer dans mes traductions les moules poétiques dont il avait fait usage. Il est bien entendu

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que les vers employés par moi s'arrogent toute la liberté (le notre quatorzième siècle pour l'hiatus et ignorent comme lui l'alternance des rimes masculines et féminines. J'ai cru d'ailleurs pouvoir varier un peu plus la césure que ne le faisaient habituellement nos poètes d'alors, m'autorisant du progrès que Chaucer accomplit sur le champ à cet égard, et qui ne devait être réalisé (jue beaucoup plus tard chez nous.

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