‹ Geoffroy de MalvynChapitre 10 sur 155 · Arch. hist. delà Gir., V, iio · texte numérisé non relu

Arch. hist. delà Gir., V, iio

CoURTliAULT. I

Marca, était en 1002 « advocat et protecteur de labbaye ' ». En 1130, un autre Amalvin fonde en Agenais le monastère du Paravis, de Tordre de Fontevrault \ Ces grands propriétaires terriens, bienfaiteurs d'ordres monastiques, ne furent pendant des siècles que des hommes d'épée. La première branche de la famille, la plus ancienne et la plus considérable, celle des Malvyn de la Lanne, fournit pendant près de deux cents ans des gouverneurs à la ville de Nérac, capitale de TAlbret. Charles de Malvyn, second fils de Menjon, capitaine de Nérac, obtint le 27 août 1521, la capitainerie d'Aiguillon, héréditaire après lui dans la branche des Malvyn de Montazet, dont il fut le chef. Il la transmit à son fils aîné Barthélémy. Le puîné, Charles, devint, vers 1 540, seigneur de Cessac, en Agenais \ par son mariage avec Jeanne de Gailhard; il fut le chef de la branche des Malvvn de Cessac et le père de Geoffroy, le magistrat et l'humaniste auquel est consacrée cette étude.

Dans cette famille de soldats rudes et sans culture, uniquement préoccupés de bien garder les places confiées par le roi à leur loyauté, Charles de Malvyn inaugura une brillante lignée de gens de robe. Le fait n'est pas rare au xvi^ siècle : au souffle de la Renaissance, plus d'un cadet de Gascogne déserta la carrière des armes pour celle des lettres profanes et sacrées. Les Muses austères de la jurisprudence et de la théologie furent reconnaissantes à ces transfuges :

1. Marca, Histoire de Bcarn, Paris, 1640, in-fo, p. 230-231. Marca parle aussi (p. 268) des prétentions d'un Fort Amabi ou Amalvin, seigneur de Miossens, sur le village d'Abère, en Béarn.

2. Voir le texte de la charte de fondation dans Samazeuilh, Dictionnaire géographique y historique et archéologique de V arrondissement de Nérac, nouv. édit., Nérac, 1881, in-8, p. 571-572. Une sœur de Geoffroy de Malvyn, Jeanne, fut religieuse professe au couvent du Paravis (D*Hozier, op. cit., p. 759).

3. Cessac, Lot, commune de Douelle, cant. de Luzech, arr. deCahors.

elles élevèrent les mieux doués et les plus ambitieux aux hautes charges de l'Église et de la diplomatie; elles procurèrent aux plus modestes Taccès des offices de judicature et leur ouvrirent les portes des Parlements. Charles de Malvyn professa le droit à Toulouse et à Poitiers, puis devint lieutenant particulier en la sénéchaussée d'Agenais. Le 20 septembre 1542, il fut pourvu, quoique marié et en vertu de dispenses spéciales, d'un office de conseiller clerc au Parlement de Bordeaux \ Il avait, semble-t-il, hérité de ses ancêtres, les capitaines de Nérac et d'Aiguillon, l'humeur batailleuse et le goût de l'action. Dans cette seconde génération de parlementaires bordelais du xvi^ siècle, que les discordes religieuses et les troubles civils arrachèrent à l'étude et aux doctes loisirs, il fut de ceux qui, sans hésiter, se firent les collaborateurs des hommes d'épée, lieutenants de roi, gouverneurs et maires de Bordeaux, et qui travaillèrent avec un zèle ardent à arrêter les progrès de la Réforme en Guienne ^ Lorsqu'au début des seconds troubles, les catholiques bordelais organisèrent un conseil chargé de veiller à

1. Provisions de l'office de conseiller clerc au Parlement de Bordeaux pour Charles Malvyn, lieutenant particulier en la sénéchaussée d'Agenais, Sallèles, 20 septembre 1542 (Arch. dép. de la Gironde, B, 31, f» 186 vo). Il remplaçait Ogier Huuaud de Lanta, promu au Grand Conseil, et fut reçu le 13 novembre suivant (Jean de Métivier, Chronique du Parlement de Bordeaux, I, 370).

2. Voir, sur le rôle de Charles de Malvyn, la C/^ronz^tt^ de Métivier, 1,425, 468; II, 17, 46, 135, 280 et Baurein, Variétés bordelaises, II, 216. Il fut au nombre des commissaires désignés par un arrêt du Parlement du 29 mai 1561, pour instruire la célèbre affaire des religieuses de TAnnonciade. (Arch. hist, de la Gir., XVIII, 334-335.) Voir sur ce scandale Gaullieur, Histoire de la Réformation à Bordeaux, I, 268-270. D'après le rédacteur très suspect des Mémoires de Vieilleville (coll. Petitot, XXVI, 269-276), Malvyn, qu'il appelle Valvyn, aurait joué un rôle dans l'émeute de la gabelle de 1548. L'anecdote paraît bien être un pur roman. Paradin qui a laissé un récit très détaillé de l'insurrection bordelaise, Bordenave qui en fut un témoin oculaire, n'y font aucune allusion. Sur la valeur historique du récit des Mémoires de Vieilleiûlle, voir S.-C. GiGON, La Révolte de la Gabelle en Guyenne, iS48-iS4<^y Paris, 1906, p. 151.

la sécurité de la ville, ses qualités d'homme de gouvenerment le désignèrent pour en faire partie '. Il en fut membre jusqu'à l'édit de pacification de Saint-Germain (8 août 1570) et s'associa aux condamnations en masse prononcées par le Parlement contre les réformés dans les années 15 69 et 1570 ^ Grand catholique, il fut l'un des « bons et notables personnages » désignés, en mai 1572, par lettres patentes du roi, pour « dresser » à Bordeaux un collège de Jésuites '. La même année, il était parvenu au rang de doyen de la cour, à la place d'Arnaud de Guérin, suspect de la nouvelle relij^non ^. Le 3 avril 1576, il résigna son office en faveur d'Emmanuel du Mirail \ 11 mourut le dimanche i^"" janvier 1581 ^. Le Parlement, invité par son fils, assista en corps à ses funérailles, qui eurent lieu à neuf heures du matin dans l'église des Jacobins, où il fut enterré ".

Une vie privée irréprochable, une intelligence très vive, une mémoire singulière, une science approfondie du droit, un jugement pénétrant et fin lui avaient, au dire de son panégyriste de Lurbe, acquis une si grande autorité parmi ses collègues que Charles IX, ayant appris la nouvelle,

1. Il signe en cette qualité, le 27 novembre 1567, une requête adressée au roi par Biaise de Moulue pour lui exposer la situation de Bordeaux {Arch. bis t. de la Gir.f XIX, 321-322).

2. Journal de François de Syrueilh, archidiacre de Blaye, octobre 1569 {Arcb. hist. delà Gir., XIII, 267). — Arrêts du Parlement des 5 mai 1569, 17 janvier et 6 mars 1570 (ibid., 422, 427, 446).

3. Journal de Syrueilh (Arch. bM. de laGir.^ XIII, 274). — Bibl. munie, de Bordeaux, registres secrets du Parlement, mss. 367, f" 249 vo-250 ro ; 568, fo 138 vo.

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