‹ Geoffroy de MalvynChapitre 122 sur 155 · XIX. — A JEAN DE MALVYN, SIEUR DE PRIMET · texte numérisé non relu

XIX. — A JEAN DE MALVYN, SIEUR DE PRIMET

(18 janvier 1579.)

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f" 202 r**-v'', copie.

A M. de Priniet, Mon frère, je vous remercierois de la longue lettre que vous m'avés

écrite, si je n'estîmois qu'elle a esté plustot faite en faveur de vous mesmes que de cellui à qui vous Tavés adressée. Ça esté comme une manière de sacrifice que vous avés voulu Caire à vos estudes, pour leur donner un peu de jour et faire remarquer l'heureus succès d'iceus, et non possible TafFection fraternelle. Car, à la vérité, rien n'élève tant et ne nourrit le bien dire que Tassiduité d'escrire : styltis opiimus dicendi artifex *, comme a dit un de ces trois autheurs que vous avés choisi pour vous estre plus familiers. Toutesfois, je ne veus tant fonderie subject devostre^ sur l'ambition de vos labeurs que je veulle exclure du tout le zèle qui part du debvoir et de l'amitié ; car comme je ne resprouve pas l'un, je ne fais pas aussi moindre estât de l'autre, et possible que ces douces et premières affections qui sont avec nous comme filles aisnées de la nature doibverit avoir le premier rang et privilège sur toutes les autres, comme n'estant point polies ni desguisées par l'artifice, falsifiées et perverties par la spécieuse apparence de l'honneur, profit ou volupté, ni meslées et abâtardies de la diversité des opinions, ni ravies et emportées du torrent et decours des longues années. Mais, quoi qu'il en soit, je vous en sçai très bon gré et vous prie de vouloir continuer ces mesmes offices envers moi, pourveu que ce soit sans faire préjudice à vos estudés, desquelz je désire autant l'avancement que vous mesmes, et je m'en revencheray à toutes les occasions où le loisir et la commodité me le pourra permettre d'aussi bon cœur que je salue vos bonnes grâces de mes bien affectionnées recommandations, priant Dieu...

Le 18 janvier 1579.

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