Conseiller lai, reçu le 18 juillet
6. Bibl. munie, de Bordeaux^ mss. 367, fo 305 vo; 368, fo 150 r©.
vertu et d'intégrité. Je ne porte pas mon dessein plus loin que cela et n'espère ni attens recompense de mon mérite, s'il en y a jamais; car, outre que nous sommes en une contrée si très esloignée du soleil de la France, encore la plante de mon ambition est si morte qu'à grand peine pourrait-elle reverdir ni regermer, ores mesme qu'elle fut illustrée de ses rayons. Et n'estudierai jamais plus à me séquestrer de la veue des grans que je fais à présent. Je ne doute point que ce ne soit en partie mon insuffisance qui ne me permet de me pouvoir bien maintenir avec eus; si est-ce que mon naturel, qui aime la douceur paresseuse et la liberté d'une vie paisible, fait que je me distrais volontiers de toute autre considération pour servir à moi-mesme et à ceste vaine langueur dont je suis tout occupé. » ' Malvyn nous livre ici son secret : s'il ne fut pas ambitieux, ce fut par indolence naturelle. Son père ne lui avait pas transmis cette énergie qui, dans des temps de lutte continuelle, était si nécessaire pour se faire jour. Il se contenta d'être un magistrat consciencieux.
Les événements, plus forts que les hommes, le contraignirent pourtant à sortir de son inaction. Il fut désigné pour siéger à la Chambre de justice établie à Agen, au mois de juin 1578, en exécution de l'article 22 de l'édit de Poitiers ^ Cette juridiction extraordinaire, connue sous le nom de Chambre « tri-partie », comprenait deux présidents, l'un
1. Ms. Delpit, fos 203 vo-204 ro (lettre sans nom de destinataire; à la fin, la date : 1585).
2. Voir le texte de cet édit dans Élie Benoît, Histoire de Védit de Nu nie s, I, appendice, p. 23. Sur la chambre tri-partie, voir Brives-Cazes, Le Parlement de Bordeaux et la chambre de justice de Guienne en 1S82, Bordeaux, 1866, pp. 13-17; Tamizey de Larrociue, Doc. inéd. rélatijs à Vhist. de V Assenais, p. 129 et suiv. ; G. Tholin, La ville d'' Agen pendant les guerres de religion{Re%\ de FAgeniiiSy XVII, 120).
catholique, l'autre protestant, et douze conseillers, dont huit catholiques et quatre protestants. Malvyn ne fut pas de la première session, qui dura de juin à novembre 1578 '. A la suite de son passage à Agen, le 1 1 octobre, Catherine de Médicis, peu satisfaite du président catholique Villeneuve, invita le Parlement, par lettre du 13, à le faire relever, à partir de la Saint-Martin, par le président Sarran de Lalanne \ Le personnel de la Chambre fut aussi renouvelé en partie : Geoffroy de Malvyn fut parmi les nouveaux conseillers désignés K En dépit de ce changement, la Chambre était vouée par sa composition même à une absolue impuissance : pour rendre les arrêts, les juges ne se trouvaient jamais réunis dans la proportion exigée par Tédit. Les conseillers catholiques faisaient preuve de mauvaise volonté, abandonnaient leur poste et s'en retournaient à Bordeaux. Le Parlement, mal disposé pour une juridiction rivale, encourageait ces désertions ^ Tandis que seul, l'abbé de Blasimond, Bernard de Lacombe, faisait le plus grand éloge du président Sarran de Lalanne « très bon promotheurde Fadvancement de ladicte religion catholique »,
1 . Son nom n'est pas cité dans le registre d'arrêts de la Chambre, d'octobre 1 578, conservé aux Arch. dép. de la Gironde, B, 305.
2. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 4, fo 614 ro-vo. Dans une lettre à la reine du 31 décembre 1579,1e président protestant Chauvin faisait allusion aux débuts malheureux de la Chambre et à ses défauts, que Catherine avait pu constater elle-même. Le 25 juillet 1578, le président Villeneuve se félicitait pourtant des premiers résultats obtenus. (Voir ces deux lettres dans T. de Larrociue, Doc. inéd. relut, à Vhist. de VAgenaiSy pp. 137 et 139.)
3. A l'audience de rentrée du 13 novembre, il est porté absent comme étant à Agen (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 4, fo 621 ro).
4. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 4, fos 704 ro-70) r» (audience du 22 juin 15.79). Le 19 janvier, le Parlement avait rendu un arrêt par lequel il déclarait ne pouvoir accepter les lettres patentes du 13 décembre 1578 attribuant à la chambre tri-partie la connaissance des excès commis à Condom (ihîd., fos653-
Tévêque d'Agen, Giano Fregoso et Philippe Strozzi étaient d'accord avec le président protestant Chauvin pour dénoncer un avortement complet '. Malvyn fut-il de ceux qui, las d'une ingrate et vaine besogne, se retirèrent « d eulx mesmes »? En novembre 1580, il avait repris son siège à la Grand Chambre ^ La cour le chargeait, le 15, d'aller porter dans trois mois, ses remontrances au roi à l'occasion de la procédure irrégulière suivie par l'archevêque de Bordeaux et le sieur Comte, maître des requêtes, pour l'installation du conseiller Poynet en l'office de sixième président ' ; elle lui confiait, peu après, le rapport sur l'enregistrement de plusieurs édits et lettres de jussion ^. La Chambre tri-partie avait d'ailleurs vécu : aux conférences de Flcix(26 novembre) le duc d'Anjou et le roi de Navarre convinrent de lui substituer une Chambre de justice composée de membres choisis en dehors du ressort du Parlement de Bordeaux ^ ; le 11 février suivant, Henri III annonçait à la cour la création de cette Chambre et jusqu'à sa complète constitution rétablissait « provisionnellement » la Chambre tri-partie^.
1. Le président Chauvin à Henri III, Ageii, 13 février 1580. — L'abbé de Blasimond au même, Agen, 1 5 février. — Philippe Strozzi au même, 26 février et 30 mars (T. de LARRoauE, Doc. tnéâ... pp. 139, 144, 149, 151). — Giano Fregoso à Henri III, 7 février, 4 mars, 18 et 22 avril 1 580 (T. de Larroque, Lett. im'd. dejaniis Fregose, pp. 24-34). Cf. de Thou, liv. LXVI (éd. latine de Londres, 1733, III, 628), et Devienne, Htst. lie Bordeaux, I, 179.