‹ Geoffroy de MalvynChapitre 30 sur 155 · Voir le texte de ces deux morceaux à l'Appendice, no V · texte numérisé non relu

Voir le texte de ces deux morceaux à l'Appendice, no V

est pas moins très nette : Tédit de Nantes n'est qu'une concession étrange et déplorable faite par un roi victorieux à des sujets rebelles, l'exécution trop loyale d'une promesse arrachée par leur « extrême importunité » à l'heure critique où « la fortune de la France se disputoit au siège d'Amiens ». Dans un second discours, Malvyn essaya de conclure : il s'éleva avec véhémence contre l'institution des chambres mi-parties et justifia le Parlement, en termes embarrassés, d'être mû, en cette affaire, par de basses considérations d'argent. Il déclara qu'il lui paraissait impossible de c< passer » cet article. Se faisait-il illusion sur l'efficacité de la résistance qu'il conseillait? C'est peu vraisemblable. Il n'ignorait pas que Henri IV avait déjà brisé celle du Parlement de Paris et que l'issue du conflit était certaine '.

Les magistrats bordelais décidèrent d'enregistrer tous les articles de l'édit de Nantes qui reproduisaient ceux de l'édit de 1577, plus quelques autres déjà vérifiés en 1596. Ils réservèrent deux points principaux : le plus ample exercice de leur religion accordé aux réformés et leur admission aux charges publiques. Une députation fut chargée de présenter au roi des remontrances dans ce sens. Malvyn fut désigné pour en faire partie avec le président de Nesmond et le conseiller de Lescure \ Nesmond porta la parole; dans sa harangue il exprima, comme l'avait fait Malvyn, la surprise profonde qu'avaient causée au Parlement les concessions accordées sans nécessité par le roi à des sujets rebelles \

1. Les papiers de Malvyn renferment une copie de la fameuse harangue adressée par Henri IV au Parlement de Paris, le 7 janvier 1599, pour le décider à enregistrer l'édit.

2. Chronique de Cruseau, I, 224. — Le procureur général Jacques Desaigues avait été d'abord désigné ; sa santé ne lui permit pas d'accepter. Il mourut le 30 janvier 1600 (ibid., I, 230).

3. Voir le texte de ce discours dans les Remontrances, ouvertures de palais et

Henri IV loua fort, paraît-il, 1 éloquence de l'orateur ', maisse contenta de répondre qu'il entendait être obéi. Malvyn laissa ses deux collègues reprendre le chemin de Bordeaux pour aller faire connaître au Parlement la volonté royale. II prolongea son séjour à Paris jusqu'après leur départ. Le 8 janvier, Nesmond et Lescure étaient de retour; le 26 et le 27 ils rendirent compte de leur mission. Le maréchal d'Ornano et le chancelier, pour vaincre la résistance des magistrats bordelais, leur rappelèrent par lettres ce qu'avait déjà dit Malvyn dans sa harangue : que le roi avait promis aux huguenots de leur donner Tédit et que « sa foy y estoit obligée ». Le 8 février, l'édit fut enfin enregistré, mais avec la mention suivante : « Du très exprès et réitéré commandement du Roy et sans aprobation d'autre religion que de la catholique, apostolique, romaine * ». Le Parlement traduisait en acte la pensée que Malvyn avait exprimée : a J'ayme mieus que le Roy le face de son authorité que s'il le faisoit par nostre intervention et consentement. S'il y a du bien, le Roy en aura toute la louange; si au contraire, nous en serons exempts et deschargés et devant Dieu et devant les hommes. »

Le 5 septembre suivant, la cour reçut une lettre de cachet du roi la remerciant de ce qu'elle avait publié l'édit de Nantes; en même temps le chancelier Villeroy l'informait que les réformés avaient obtenu que la Chambre de l'Édit siégeât à Nérac. On procéda aussitôt à la nomination du

arrêts pronotices en robes rouges par Messire André de Nesmond, seigneur de Che:(ac, premier président au Parlement de Bordeaux, Poitiers, 1617, in-40, pp. 51-69.

1 . C'est ce que dit le P. Garasse dans son oraison funèbre du président de Nesmond, imprimée en tête des Remontrances.

2. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, pp. 348-349. — Chronique de CruseaUy

I, 230-232. — BOSCHERON DES PoRTES, I, 326.

président et des six conseillers catholiques qui devaient en faire partie. Henri IV avait exprimé le désir que Ton choisît <c des personnes sages et modérées ». Le Parlement désigna le président de Nesmond, Malvyn, Montaigne et Tarneau le jeune ', de la Grand Chambre, Le Blanc * le jeune, La Vergne ^ et La Chèze '^, des Enquêtes K Attendus avec impatience à Nérac, où les consuls, flattés de leur venue, exhortaient les habitants à les bien accueillir « en leur faisant honnestesprix desloagesdes maisons», et dépensaient sans compter soixante-dix livres pour la construction de la chambre de l'audience dans la grande galerie du château, les conseillers, après avoir pris congé de la cour, firent, le jeudi 15 mars 1601, une entrée solennelle dans la ville, escortés des magistrats municipaux qui étaient allés à leur rencontre « jusques par delà Barbaste », avec quatre-vingts hommes à cheval. A la porte, les officiers de justice les saluèrent et leur marquèrent le merveilleux contentement de tous de l'ouverture prochaine de la Chambre. Le dimanche suivant, dans la tour du château destinée à la chapelle, la messe fut chantée pour la première fois ^ Le jeudi 29 ^ eut

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