Et non le 22, comme le dit Boscheron des Portes, I
lieu la première séance de la Chambre. Une grande assemblée de peuple était accourue de toutes parts pour admirer les robes rouges des conseillers et ouïr la harangue du président de Nesmond, « laquelle dura deux heures pour le moins » '.
Nérac, capitale des rois de Navarre, était depuis quarante ans le principal boulevard de la Réforme en Guienne. Les habitants étaient en majorité protestants. Les conseillers réformés avaient chance de n'y pas être molestés. C'était la raison pour laquelle Henri IV avait désigné cette ville, au lieu d'Agen, comme siège de la Chambre. La mesure était sage; elle prouve que l'opinion catholique n'acceptait Tédit de Nantes qu'en frémissant. Elle eut une conséquence que le roi n'avait peut-être pas prévue. Le premier soin de Nesmond et de ses collègues bordelais fut d'appliquer strictement l'article 3 de l'édit en s'employant avec zèle à rétablir officiellement le culte catholique. Le dimanche 16 avril, ils assistèrent à la procession des Rameaux. Le parcours de cette procession fut très restreint. Ce fut une manifestation modeste, destinée à tâter l'opinion d'une population qu'on sentait hostile. Le jour de Pâques, on réentendit sonner les cloches à Nérac. Jean du Chemin, évêque de Condom, à la requête du président et des six conseillers catholiques, en avait envoyé une pour annoncer la messe, « chose, dit le chroniqueur Isaac de Pérès, qui fut trouvée fort nouvelle » *. Le 21 juin suivant, jour de la Fête-Dieu, une procession solennelle fut faite par toute la ville. Les consuls
1 . Chronique d' Isaac de Pérès y pp. 109- 1 1 1 . — Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5> P- 375* — Nesmond, prenant pour texte le premier article de Tiédit de Nantes, parla de « TAmnestie ou l'Assoupissement des injures passées ». Voir sa harangue dans les Remontrances y pp. 70-110.