III
2, O pueri, et vestras ne in viscera vertite vires
Communis patriae, quam nunc servate ruentem (III, v. 602-603).
Qpod si tantus amer laudum, si tanta cupide Insani vos Martis habet, fidentia gentem
Pectora proferte in Selymi... (III, v. 613-61$).
(Zï. Ronsard : N'avions-nous pas assez engraissé la campagne
De Flandres, de Piedmont, de Naples et d'Espagne De nostre propre sang, sans tourner les couteaux Contre toy nostre mère et tes propres boyaux?
évoqué la France gémissante, « tirant sa parole contrainte » et « souspirant aigrement » '. Un peu du souffle des Discours anime çà et là la versification languissante de Mahyn. Si, d'ailleurs, il se refuse, comme Ronsard, à croire que la religion ait rien à voir dans les discordes religieuses, il ne prend pas, comme lui, parti. Il n'est, semble-t-il, ni papiste, ni huguenot. Sa plainte reste neutre, vague et sans accent personnel. Pourtant on sent dans un passage qu'il a cm qu'une discussion loyale entre théologiens pourrait résoudre pacifiquement le conflit; toutes ces querelles lui paraissent reposer sur un malentendu. L'illusion était généreuse et naturelle, en somme, chez un adolescent qui écrivait au milieu des horreurs de la première guerre civile dont il dut être le témoin attristé.
La Gallia gemens n'a pas seulement le mérite de nous faire songer aux Discours sur les misères de ce temps. Sur les bancs de l'école de droit, Malvyn avait, comme Ronsard à Coqueret, rcvé d'écrire une Frcmciade. Ce fut sans doute alors l'ambition de plus d'un écolier. La mémoire toute pleine des vers de . <( ce brave Virgile, premier capitaine des Muses *, » il voulut, lui aussi, faire une épopée; mais plus téméraire que Ronsard qui, après avoir conçu de bonne heure l'idée de la sienne.
Afin que du Grand-Turc les peuples infidelles Rissent en nous voyant sanglans de nos querelles; Et en lieu qu'on les deust par armes surmonter. Nous vissent de nos mains nous mesmes nous donter...
(éd. Blanchemain, VII, 4^-44).
1 . Dans la Continuation du discours des misères de ce temps, publiée, comme le Discours y pour la première fois en novembre 1562. Cf., sur ces dates, PaulLAUMONiEl^» Notes historiques et critiques sur les Discours de Ronsard (Revue Universitaire y 1903» pp. 152, n. 2, et 153, n. 5).
2. C'est ainsi que l'appellera Ronsard dans la seconde préface de la FrancicU^^ (éd. Blanchemain, III, 22).
attendit pour l'écrire que son génie fût mûr ', il crut ingénument qu'il avait
...l'esprit gaillard et le cœur généreux Pour faire un si grand œuvre en toute hardiesse ^.
Avait-il lu l'ode sur la Paix où Ronsard, dès 1550, esquissait le plan de la Franciade} On est tenté de le croire. Et n'a-t-il pas réalisé à sa façon le vœu du poète s'adressant en 1555 à Henri II :
De ce vaillant Francus les faits je chanterois... Après, de père en fils, par une même trace, Je viendrois aux Valois, les tiges de ta race... Et peut-être qu'un jour je te dirois si bien Que Thonneur d'un Achille auroit envie au tien ^
3^ndis queRohsard, après avoir commencé, au chant IV de •Franciade, l'éloge des rois de France, s'arrêta, essoufflé, début de la seconde race, Malvyn, glissant sur les Martels, ^ Pépins, les Charles, les Louis, s'est appliqué à célébrer 3-iiçois P^ et Henri II, les guerres d'Italie et la Renaissance. U.ant à la légende de Francus, il la prit telle qu'il la trouva, va te vivante, dans la tradition populaire, partout admise LXTis le monde des collèges et des Universités ^. Ses maîtres
I - Sur ridée de la Franciade à travers l'œuvre de Ronsard, voir Bourciez, Les ^^t^rs polies et la littérature de cour sous Henri II y pp. 216-218. 2. Ronsard, Bocage royal, 2^ partie (éd. Blanchemain, III, 377).
3- Ode au Roy, en tête du 3e livre des Odes (éd. Blanchemain, II, 175).
4- Julien Duchesne, Histoire des poèmes épiques français du XV 11^ siècle. Paris,
^70, m-8, p. 33. — Malvyn ignora qu'Etienne Pasquier, dès 1560, avait, dans
s Reclxrches delà France, commencé à ruiner la légende de Francus (cf. G. Allais,
^ -Pranciadis epica fabula in poster iore XV I"*^ sxculi parte, prxsertim apud Petriim
^^^duniumab Aquileriis (Pierre Delaudun d'Aigalîers). Paris, 1891, in-8, pp. 19r.
lui avaient enseigné sans doute Tétymologie des nnots Germains et Franconie donnée par Le Maire de Belges '. Il avait peut-ôtrc lu les Annales de Nicole Gille, où se trouvent mentionnées l'expédition des Gaulois en Italie et la fondation de Paris \ Il avait retrouvé l'histoire de Francus et de rétablissement des Francs en Germanie sous Marcomir dans l'ouvrage de Paul-Hmile, dont un Bordelais, Arnaud de Ferron avait publié en 1555, chez Vascosan, une édition nouvelle, accrue de neuf livres K Mais il n'eut qu'un médiocre souci de suivre scrupuleusement les historiens de l'antiquité des Gaules; il se contenta de reproduire les grands traits de la légende, qui ne fut pour lui qu'un prétexte à des développements poétiques trop fidèlement calqués sur Virgile. Voulutil, d'ailleurs, bien fermement écrire une Franciade} Il en eut d'abord la velléité, puis, sous l'impression des événements, il abandonna ce sujet, et l'épopée à peine ébauchée se transforma en une élégie patriotique, ornée d'épisodes historiques. Ces épisodes sont pour nous ce qu'il y a de meilleur dans la Gallia gemens. Les deux récits de la bataille de Dreux et du combat de Targon ont un peu de cette vie qui manque aux aventures de Francus. L'imagination du jeune poète, vivement frappée par deux événements contemporains, s'est