Lacune dans la copie
2. Sur le brouillon original, Malvyn a barré ce mot et l'a remplacé ainsi : Malvy»^*^^ Cl remomtrê. Dans lout le discours, il a substitué la troisième personne à la première.
eschaugueteurs d'opinions sont très pernicieus, ennemis capitaus de l'innocence et de la vertu et indignes d'ung collège d'honeur, qui s'efforcent par moyens si illégitimes d'acquérir l'amytié des persones d'authorité et de corrompre par faus rapport et sinistres interprétations l'avis de gens de bien, et y attachent leur dent venimeuse pour après faire avaller ce poison à ceus dont indignement et trop lâchement ilz veulent retirer la bonne grâce.
Je ne tiens pas ce propos sans bien grande occasion, de tant qu'on a fait entendre à Monsieur de Daqs qu'en ceste mercuriale j'avois mal parlé de luy, comme je vis hyer par une lettre qu'il a écrite à Monsieur le garde des seaus et qu'il m'a communiquée, au pied de laquelle il y a sis ou sept lignes écrites, comme je croy, de la main propre dudit sieur evesque d'Aqs, esquelles il fait mention de moy, mais de manière qu'il appert qu'il est bien en colère et irrité contre moy pour avoir tenu, comme il dit, en ceste mercuriale des opinions à son desavantage, et entre autres choses il me semble qu'il y a des mots bien douteus et de l'interprétation desquelz je ne me peus pas bien demesler. Je priay monsieur de Babiaut ' me bailler l'extrait de ceste lettre et ce qui me concernoît, ce qu'il me promit. J'envoyay despuis chez luy pour retirer ceste Copie. Il m'asseura que je l'aurois ce matin. Je l'en ay prié ce jourdhuy, niais il m'en a refusé tout à plat. Ce neaulmoins, j'ay retenu la substance de ce qui metouchoit en ceste lettre et, comme je croy, les mots mesmes qui y sont escrits ou à bien près. Voyla donques les mots de ceste lettre : « On m'a adverty qu'on parle mal des absents en vostre mercuriale et que le plus aigre promoteur d'icelle est monsieur de Cessac. Ce n'est pas ce qu'il m'avoit promis et juré en ma maison à Bordeaus, en la présence de monsieur du Haillan ^, J'ay dit par tout beaucoup de bien de luy, mesmes estant dernièrement à la court. Je serois marry d'estre contraint de me desdire. S'il ayme tant son honneur, qu'il ne pardonne point à ses amis, qu'il se pardonne à soy mesme. »
C'est, messieurs, comme je suis taxé d'avoir mal parlé dudit sieur Evesque, ce que je n'ay fait ny pensé et ne l'ay jamais nommé en mes opinions, ce que la Court sçait très bien, lui ayant tousjours porté autant d'honeur et de respect que sa dignité et son mérite debvoit impetrer et requérir de moy. Ce neaulmoins, il m'a voulu enveloper en une façon
1. Christophe de Babiault de Rabayne, conseiller lai, reçu le 26 janvier 1568.
2. Bernard de Girard, sieur du Haillan, né à Bordeaux vers 1535, mort à Paris le 23 novembre 1610, historiographe de Charles IX et de Henri III. Du Haillan avait été le secrétaire de François de Noailles, évêque de Dax de 1556 à 1585. C'est peut-être de ce personnage que Malvyn se plaint. (Voir sur François de Noailles, abbé A. Degert, Histoire des évêques deDax. Dax, 1899, in-8°, pp. 267-294.)
d'écrire et poignante et douteuse, et que je n'ay mérité de luy ny d'autre. Car quant à ce qu'il dit que je suis le plus aigre promoteur de la mercuriale, ce mot d'aigre y est trop. Au reste, ce me seroit plus d'honeur que je ne puis recognoistre, s'il y av[oitl en ceste mercuriale plus de ma promotion que des autres. Ung chascun d[e] nous y a apporté son symbole, et pour ma part je y ay contribué ce que je pouvois d'honeste ardeur et affection au bien de ceste compaignie, et partant le desplaisir qu'on me veut faire me reviendroit à l'avanture à honneur et à plaisir, si je le meritois.
Et quant à ce qu'il dit que ce n'est pas ce que je lui avois promis et juré en sa maison en ceste ville, en la présence de monsieur du Haillan, j'ignore entièrement que c'est de ceste promesse et jurement. Je ne suis pas grand jureur et sçay bien que je n'ay serment q'au Roy et à la Court. Mais s'il veut dire que je luy ay promis affection et service, je confesse l'avoir fait non seulement lors, mais plusieurs fois et toutes et quantes fois que l'occasion s'en est offerte, et non seulement promis, mais aussi bien voulontairement voué. Toutesfois je n'ay pas estimé que de là on peut tirer une convention ou promesse contre mon debvoir, la liberté de mes opinions et la très pure et nette intégrité que je m'estudie de représenter en ma charge. Et quand j'aurois fait quelque paction contraire à la légalité requise en ma function ou qui peut afoiblir la vigueur d'esprit que je vcus maintenir en tant que je puis es affaires qui sont occurrents céans, je ne serois nullement tenu de la garder. Ces debvoirs d'honeur, d'amytié et de courtoysie n'établissent pas une nécessité ; ilz sont en ma puissance, je les puis révoquer quand bon me semble. Je ne suis précisément serviteur de personne que du Roy ; des autres je le suis quand il me plaist, et selon que mon inclination ou l'occasion y applique. Toutesfois je ne me repens pas d'avoir bien coUO" que mes voulontés et les avoir mises en lieu eminent et de mérite, poutveu qu'on ne me donne occasion de m'en desdire. Mais, quoi qu'il ^^ soit, ma conscience ne fait joug à personne et ne reçoit point de l^î étrangère qu'on luy veuille imposer.
Et en ce qu'il est dit qu'il seroit marry de se desdire du bien qu'î» ^ dit de moy, je luy en suis obligé de Thoneur qu'il m'a fait. Je t% ^) point esté paresseus à m'en revencher autant que j'ay peu ; mais sî j^ n'ay mérité sa louange, je n'ay point mérité de blasme de luy. Et possî We qu'on pourroit désirer quelque chose en ceste action de mesdire de cel*')' lequel on auroit beaucoup loué. Je n'ay pas la nature si forte et la vei'^ si constante que je m'ose attribuer ce que dit Horace :
Nec me Falsus honor jxivat et vundax infamia terret ».
Et finablement pour le dernier mot il est dit : Si j'ayme tant mon 3iineur, que je ne pardonne point à mes amis, que je pardonne à moy esme. C'est ung mot que je treuve bien obscur : que je pardonne à loy mesme, et n'entens nullement le sens d'iceluy. Quand le sieur resque d'Aqs m'en voudra eclaircir, il me treuvera tousjours bien prest z responce, s'il y en faut, et que je suis celuy qui ne lairray rien usurper t mon honneur à homme qui vive, si je le puis maintenir et defFendre. ien suis-je certain qu'il ne peut pas dire que je ne sois homme de bien, ir il ne me desrobera jamais ce tiltre, puis qu'il m'apartient, et ne soufiray pas qu'autruy triomphe de ma despouille, si je la puis ravoir en iielque façon que ce soit *.
C'est ce qu'il m'a semblé que je debvois dire publiquement en ceste ompaignie, puis que je suis repris des opinions que je y ay tenues, oire mesme de ce que je n'ay pas dit et que je n'ay point pensé de ire. J'ay tousjours esté poussé d'un zèle très entier de l'honneur de îste compaignie, sans estre tiré d'aucun interest ou commodité partiilière, et me suis travaillé pour la part que j'ay peu conférer à la ' formation d'icelle. Voylà la recompense que j'en ay cependant : on me esse un assasinat, car quiconque m'a preste ceste charité me couperoit
gorge, s'il pouvoit. A tant je requiers trois choses : premièrement, que essieurs les presidens et conseilliers se purgent par serment s'ilz ont velé les opinions qui ont esté discourues céans es articles de la mercuale et les particularités d'icelle et les autheurs desdites opinions; en 'cond lieu, qu'il plaise à la Court me bailler acte et déclaration que je ay point mal parlé de monsieur d'Aaqs en mes opinions ; et pour le -rnier, que monsieur de Daqs sera requis et interpellé, à la poursuyte ' messieurs les gens du Roy, qui luy a dit ou écrit et par le moyen de li il a entendu le contenu dé la lettre qu'il m'a recitée à présent à la ^Urt. S'il plaist à la Court, elle faira droit de mes réquisitions.
- Horace, Epist.y I, xvi, 39.
•- Les six derniers mots ont été biffés, et on lit à la place ipuis qu'elle ne luy peut estre ^vnent ravie. Le sieur de Daqs n'y a que voir et n'a ni court ni cognqissance sur ledit de ^ijyn; aussi n'a receu injure d'icelluy^ par quoy n'a occasion de s*en platndre. C'est un nouvel viment que Malvyn a indiqué après coup et qu'il se proposait sans doute de développer Vfcalement.
► .. I* réd. : travaillé avec les autres pour la reformation.