I. Je viens de dire que les lettres fleuries de Smion de
Iconographie. 249
Colines et de Robert Estienne avaient été gravées par Geofroy Tory. Je n'en puis fournir la preuve matérielle pour celles du premier de ces imprimeurs; mais j'en vais produire une incontestable pour celles du second. Une lettre de l'un de ses alphabets est accompagnée d'une croix de Lorraine, et cette lettre est le G, initiale de son nom propre, ou, comme nous disons aujourd'hui, de son prénom. C'est comme s'il avait écrit Geofroy Tory en toutes lettres.
Seulement ici, à l'inverse de ce qui se présente dans les gravures précédentes, la croix, au lieu d'être au-dessus du G, est au-dessous, et aussi dissimulée que possible pour ne pas porter préjudice au dessin de la lettre antique.
Cette circonstance ne prouve pas seulement que Tory est le graveur des lettres fleuries de Robert Estienne, mais aussi que la double croix est bien la marque de cet artiste.
N'est-on pas frappé, en effet, du choix que Tory a fait de la lettre G pour y mettre son signe? Il n'a pas été retenu par la pensée que cette lettre, peu usuelle, surtout au commencement des mots, ne figurerait que rarement
sur les livres i. Comme toujours, la logique l'a emporté chez lui sur toute autre considération. Voyez jusqu'où elle va :
Plus tard il grava un alphabet grec, de même genre, pour Robert Esticnne; ne pouvant songer à mettre son signe sur le gamma, dont la forme majuscule n'a aucun rapport avec le G, il ne l'a mis sur aucune lettre, mais bien sur une des frises destinées à accompagner ces belles lettres fleuries^ Voyez cette frise en tête du deuxième volume des Œuvres d'Eusèbe, en trois volumes in-folio,
II. Outre ces deux alphabets majuscules. Tory grava vers le même temps, pour Robert Estienne, six marques différentes de son enseigne typographique, l'Olivier, dont on trouvera la description plus loin, paragraphe 3.
III. Tory grava encore vers le même temps, pour Simon de Colines, un cadre dans le genre criblé, au bas duquel on voit un soleil que des centaures, excités par des femmes, s'efforcent de saisir (Silvestre, Marques, n° 523). Ce cadre doit être de i526, époque à laquelle Colines abandonna à Robert Estienne la maison de son père, et vint s'établir en face du collège de Beauvais, au Soleil d'or. Il figure, à ma connaissance, sur deux ouvrages in-8° de 1529 : Compendiiun Grammaticx gr£C£ Jacobi Ceporini^ et Liber de opificio Dei.
1. Le premier où je l'aie rencontrée, en dehors du Thésaurus latinœ linguii de 1536, et du Dictionarium Latino-Gallicum de 1538, qui lui fait suite, et où elle devait figurer forcément (j'ai vu ces deux livres chez M. Didot), est une brochure in-40 publiée en 1537, à l'occasion des disputes de François F"" et de Charles-Quint, intitulée : Exemplaria litterarum, etc.
2. Plus tard, Robert Estienne fit graver d'autres lettres fleuries dans l'atelier de Tory, tenu par sa veuve. Mais alors ce ne fut pas le G qui fut choisi pour recevoir la marque artistique. (Voyez plus loin, sous la date de i $51.)
Iconographie. 251
Toute cette période dut être absorbée par le travail de gravure et de rédaction du Champ flcary. En effet, une des premières gravures de ce livre est datée de i526, et il fut terminé au commencement de 1529. Quoique la plus grande partie de ces gravures ne soient pas signées, elles doivent toutes appartenir à Tory, au moins comme dessin >. Je ne puis donner ici la nomenclature de chacune d'elles , car il y a plus de cinq cents pièces , en comptant pour une chacune des lettres des divers alphabets; mais je vais faire connaître les principales. Quant aux renseignements historiques sur le livre, Je renvoie le lecteur à ce que j'en ai dit dans la première et la seconde partie.
Il y a au frontispice un encadrement assez gracieux, et de plus une gravure du Pot cassé tracée à rebours. (Voyez ci-devant, p. 71, n° 4.)
Au verso, les armes de France.
Fol. I du texte, la lettre L, dont j'ai donné précédemment la copie 2.
Fol. 3 verso, VHercule gaulois. Cette gravure, datée de i526, et signée de la croix de Lorraine, représente Hercule tenant d'une main sa massue et de l'autre un arc. Il est suivi par des personnes de toutes conditions attachées par l'oreille à une chaîne qui sort de la bouche du héros.
1. Papillon, qui voyait partout du woeiriot, a écrit, p. 509 des additions à son premier volume : « Le Champ fleury est rempli de gravures en bois de Woeiriot , entre autres plusieurs grosses lettres avec des figures toutes nues leur servant de proportions , et de plusieurs vignettes d'environ trois pouces de long sur deux et demi de haut, rien qu'au trait, oii la petite croix de Lorraine se trouve dans tous les coins. » Il n'y a en réalité que fort peu de croix de Lorraine sur les gravures du Champ fleury.
2. Voyez p. j6. Cette gravure, non plus que les précédentes, ne se trouve pas dans l'édition in-80 du Champ fleury.
252 Troisièm e Parti e.
C'est une allusion à la puissance de l'éloquence sur les Français. La force de l'Hercule gaulois n'est pas dans ses bras, mais dans sa bouche. (Voyez la reproduction de cette pièce, p. 188.)
Fol. 9 verso, représentation du lisflambe, espèce de lis. C'est l'iris des marais, qu'on apj-elle aujourd'hui l'iris flambe.
Ici finit le premier livre.
Le second renferme trente-sept figures géométriques, qu'il serait aussi difficile qu'inutile de décrire. Ce sont, pour la plupart, des représentations de lettres.
A la fin de ce livre se trouve le Triomphe d'Apollon et des Muses, « pour monstrer que ceulx qui ont la connoissance des bonnes lettres ont le superintendit sus les ignorans. )>
Cette gravure, qui est en deux pièces se faisant suite ' et signées toutes deux de la croix de Lorraine (fol. 29 verso et 3o recto), représente Apollon sur un char, escorté des Muses, des arts libéraux, etc., et à sa suite Bacchus, Cérès et Vénus menés captifs.
Puis vient à la dernière page (fol. 3o) une gravure représentant le lisflambe surmonté d'un A formé de trois L
Le troisième livre renferme d'abord vingt-huit gravures représentant des lettres romaines.
La vingt-neuvième représente un S gothique (fol. 42 verso) .
La trentième est une représentation du Pot cassé, marquée de la croix de Lorraine ffol. 48 verso) 2.
A la suite viennent trente -huit autres gravures de lettres, et deux dessins assez curieux de l'Y (fol. 63 recto et verso).
1 . Dans l'édition in-8'J on n'a pu mettre ces deux gravures en regard l'une de l'autre, de sorte que le char d'Apollon est coupé en deux.
2. Cette gravure ne se trouve pas dans l'édition in -8». Voyez-en la reproduction ci-devant, p. 33.
Puis deux représentations ordinaires du Z et une allégorie fondée sur la forme de cette lettre ffol. 65).
254 Troisième Partie.
Le troisième livre est terminé par la représentation des différents points (fol. 65 verso).
Fol. 68 verso et 69 recto on trouve l'alphabet hébreux, composé de quarante lettres ou signes.
Fol. 71, l'alphabet grec, composé de vingt-quatre lettres et de trois points.
F'ol. 72 , l'alphabet latin i , composé de vingt-trois lettres, de trois points et de l'abréviation du nom de Jésus, en grec (i 1).
Fol. 74, l'alphabet des lettres cadeaulx, composé de vingt-trois lettres et d'un point.
Fol. 74 verso, l'alphabet des lettres de forme, composé de vingt-neuf lettres ou signes, auxquels on a joint deux lignes de texte.
Fol. 75, l'alphabet des lettres bastardes, composé de trente lettres ou signes, et suivi de deux lignes de texte.
Fol. 75 verso, l'alphabet des lettres tourneures, composé de vingt-trois lettres.
Fol. 76, l'alphabet des leiWes per siennes , arabiques, aphricaines, turques et tartariennes, composé de trente lettres.
Fol. 76 verso, l'alphabet des lettres chalda'iques, composé de vingt-trois lettres.
Fol. 77, l'alphabet des lettres goffes, aultrement dites impériales etbullaiiques, composé de vingt-trois lettres.
Fol. 77 verso, l'alphabet des lettres fantastiques, au nombre de vingt-trois.
Fol. 78, l'alphabet des lettres utopiques et voluntaires, au nombre de vingt-trois.
Fol. 78 verso, un alphabet de lettres fleuries , au nombre de vingt-trois, et employées dans le cours du livre 2.