Voyez p
3. Voyez à la 3*^ partie. Iconographie, sous les dates de 1 541 et 1542.
64 P REMiÈRE Parti e.
I 3o livres, plus 4 écus d'or au soleil, « pour le vin de la dite
prise (à bail 1). «
Olivier Mallard ne jouit pas longtemps de sa location , car il mourut cette année même. Sa dernière impression, d'après La Caille (Hist. de r Imprimerie^ p, no), qui écrit Maillard, est une traduction des Dialogues de Platon^ par Simon de Valembert, publiée en 1542. Je n'ai pu trouver ce livre à Paris, mais j'en ai vu un autre chez M. Techener, libraire, qui est probablement postérieur; il est intitulé : a Le livre de Ange Bologninus, de la curation des ulcères « extérieurs, traduit de latin en francoys. — Paris, au Pot <( cassé, en limprimerie de Olivier Mallard, libraire et im- (c primeur du roy. 1542. » In-8° de quatre feuilles d'impression. Le privilège étant daté du i"^"" décembre, ce livret est probablement la dernière impression de Mallard, puisqu'il était remplacé l'année suivante comme imprimeur du roi pour le français par Denis Janot (l'un des plus habiles typographes de Paris), comme le constatent les termes des lettres patentes qu'on trouvera à l'Appendice, n° VIL On trouvera, du reste, sous le no VIII de l'Appendice, la liste complète des imprimeurs royaux résidant à Paris.
Le matériel typographique de Mallard paraît avoir été acquis par Jacques Kerver, fils deThielman 1", demeurant rue Saint-Jacques -, à l'enseigne du Gril (sub signo Gratis), lequel imprima plusieurs éditions des Heures in-8" avec les encadrements à la moderne dont s'était servi Mallard
1. Ce loyer, qui n'était que de 16 livres en 1420, et de 22 en 1498, fut porté en I $ 5 1 à 160 livres, en 1 567 à 200, en 160 j à 400 [Les Trois Ilots de la Cité, par Adolphe Berthy, p. 15). On voit que l'augmentation des prix des loyers à Paris ne date pas d'aujourd'hui.
i. Sa mère, lolande Bonhomme, veuve de Thielman Kerver, U'"" du nom, demeurait également rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Licorne [Unicornis).
Biographie. 65
en 1 541 . Quant à l'enseigne du Pot cassé, dont Kerver n'avait pas besoin, elle fut adoptée par un libraire de Chartres, appelé Richard Cotercau, qui paraît même avoir acheté quelques-uns des bois de Tory représentant cette enseigne. En effet, J'en ai vu un que je n'avais pas encore aperçu sur les impressions de ce dernier, dans un livre que Cotereau fit exécuter à Paris par Nicolas Chrestien; c'est « Le Coustumier de la baronnye, chastellenie, terre et seigneurie de Chasteauneuf en Tymeravs >' ; in-8°, 1557. On voit au frontispice de ce livre une gravure du Pot cassé, tracée à rebours, comme celle du frontispice du Champ fleiiry, mais signée de la double croix; et au-dessous on lit, à la souscription : « Pour Richard Cotereau, libraire, demeurant à Chartres, en la grande rue, à l'enseigne du Pot cassé. »
Philippes Coitcreaii, fils de Richard sans doute, imprimeur du roi à Blois, se servit de la même marque. Je l'ai vue sur un livret imprimé par lui en i6o3 : k Règlement pour l'instruction des procès qui se conduiront au bailliage et siège presidial de Blovs. » Deux feuilles in-8°.
Du reste, il parait que l'enseigne du Pot cassé, qui resta quelque temps encore à la halle de Beauce, était aussi restée à la maison occupée primitivement par Tory, rue Saint- Jacques, car nous voyons un imprimeur appelé Michel de la Guierche qui demeurait à cette enseigne. Voyez, entre autres ouvrages : (c M. T. Ciceronis ad M. Brutum Orat. — Paris, apud Mich. de la Guierche, sub signo Vasis effracti, in vico Jacobeo. » In-4'^ sans date, mais avec des pièces de 1542 et 1543 (Bibl. imp., 4". X. i8oi\ Toutelois le Pot cassé ne figure pas sur ses impressions.
La veuve de Tory paraît avoir conservé longtemps encore son atelier de gravure. Quoique absorbée par ses nombreux travaux, elle n'en trouva pas moins le temps de faire réimprimer quelques-uns des livres de son mari, et entre autres
66 P REM 1ÈRE Pa RTIE.
le Sommaire de chroniques d'Egnasius, en 1542, 1543, 1544, pour le libraire Charles L'Angelier, et le Champ fleiiry , en 049 , pour le libraire Gaultherot. Je dis qu'elle fit imprimerces livres, mais je devrais peut être dire qu'elle les laissa réimprimer, car rien ne rappelle sa coopération dans ces réimpressions. La propriété littéraire n'existait pas encore.
Dans l'édition nouvelle du Champ fleury , qui, par parenthèse, ne porte plus ce titre gracieux, on ne voit pas même figurer le Pot cassé , quoiqu'on y ait laissé l'explication de cette enseigne. Ce fut sans doute une spéculation de librairie I. Quoi qu'il en soit, cette réimpression forme un volume in-8° ae 160 feuillets (l'in-folio en a 80), outre les pièces liminaires, qui en ont 16 (8 dans l'in-folio); il est intitulé : « L'Art et Science de la vraye proportion des Lettres Attiques , ou Antiques , autrement dictes Romaines, selon le corps et visaige humain , avec l'instruction et manière de faire chiffres et lettres pour bagues d'or, pour tapisserie, vitres et painctures. Item de treize diverses sortes et façons de lettres; d'avantage la manière d'ordonner la langue françoise par certaine règle de parler élégamment en bon et plus sain langage françois que par cydevant, avec figures à ce convenantes, et autres choses dignes de mémoire, comme on pourra veoir par la table , le tout inventé par maistre Geoffroy Tory de Bourges. »
Je n'ai copié intégralement ce long titre que pour avoir occasion de faire remarquer les progrès qu'avait faits la tvpographie française depuis le jour où Geofroy Tory avait publié sa première édition, et grâce à cette publication
I L'année précédente avait vu paraître un livre analogue publié à Rome, sous ce titre : « Libro di M. Giovanbattista Palatino, cittadino Romano, nelquel s'insegna a scrivere ogni sorte lettera, antica et moderna, di qualunque natione, con le sue regole et misure , et essempi : et con un brève et util discorso de le cifre, etc. » Rome, 1 548, in-40 (avec 1 5 planches)
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même. En etîet, nous trouvons ici les accents, les apostrophes et les cédilles, dont notre auteur avait signalé l'absence en 1529. Aussi peut-on dire que toute la partie grammaticale de son livre était devenue inutile précisément par suite de la première édition de ce livre. C'est à quoi ne prirent pas garde les éditeurs de la deuxième, qui laissèrent subsister les observations de Tory, tout en introduisant dans leur texte les signes nouveaux dont je viens de parler. Ainsi ils répètent que le c a deux sons en français, l'un solide dans coquin, etc., l'autre exile dans françois, etc. Mais en ajoutant une cédille au c de ce dernier mot ils détruisent la justesse de l'observation que Tory faisait en 1 529 '.
On ne voit pas par qui le livre fut imprimé; on apprend seulement au dernier feuillet qu'il le fut le 26 août 1549, « pour Vivant Gaultherot , libraire juré en l'Université de Paris, en la rue Saint-Jacques, à l'enseigne de Saint Martin. »
Pour approprier les bois de Tory au nouveau format, on les a quelque peu mutilés : plusieurs même ont été complètement supprimés, et de ce nombre ceux représentant le Pot cassé, qui étaient probablement restés chez Olivier Mallard ou ses successeurs, et qu'on ne jugea pas nécessaire de faire graver de nouveau pour cette réimpression, exécutée au meilleur marché possible, et comme pour utiliser les bois restés à la disposition de la veuve de Tory 2. On fit subir encore à cette nouvelle édition quel-
1. U serait peut-être intéressant aujourd'hui de publier ce livre, devenu rare, en suivant scrupuleusement la première édition, comme on a fait pour Lesclarcissement de la langue française par Palsgrave.
2. Les lettres fleuries gravées par Tory, qui figurent dans le cours du livre , et dont l'alphabet entier se trouve fol. 78 V de la première édition, ont été remplacées dans la deuxième par des lettres d'une tout autre fabrique.
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ques autres modifications. Ainsi on supprima toutes les dates placées aux pièces liminaires, qu'on mit d'ailleurs dans un autre ordre. On retrancha même le privilège de François P'' tout entier, comme devenu inutile; mais, en somme, il n'v eut point de changement de rédaction, et j)as une seule addition ou amélioration.
Tory put donc en mourant se flatter d'avoir contribué puissamment à améliorer sa langue maternelle, qu'il aimait tant. Il mourut, comme je l'ai dit, en 1 53 3, et non en i55o, comme le porte par erreur une épitaphe poétique rédigée près d'un siècle après la mort de notre imprimeur, par son compatriote Nicolas Catherinot, à la demande et sur les notes de Jean Toubeau, imprimeur lui-même à Bourges, et descendant de Tory du côté maternel.
Voici cette épitaphe telle qu'elle a été publiée par La Caille 1.
Godofredo Torino,
Quem Ulvaricum ^ Biturigum peperit,
Quem Lutetia Parisiorum fovit ,
Viro linguxtum latinae tum graecse peritissimo,
Litterarum denique amantissimo ,
Typographe so'.ertissinio
Et
Bibiiograpl'.o doctissimo,
Quod de partibus aedium elegantissima dislica scripserit,
Tumulos aliquot ludicros veterrimo stylo latine condiderit ,
Xenophontis , Luciani , Plutarchi tractatus
E grsco in galHcum converterit ,
Parisiis in Burgundis gymnasio philosophiam edocuerit,
Priinus omnium de re typographica sedulo disseruerit ,
Litterarum sive caracterum dimensiones ediderit , Et Garamundum calcographum principem edocuerit,
I Hist. de rimprimerie, p. 99.