V. yEthereis fulgens in sedibus illa triumphet
Et patrem secum filia grata trahat.
G. In rem vade tuam, si vis modo abire, viator:
Haec sunt quas volui dicere. Amice, vale. V. Sis felix tumuli custos, urnaeque retector ;
In rem vado meam sedulus et properus.
Impressum Parrhisiis, e regione scholas Decretorum, anno Do[miniJ M. D. XXIII, die xv mensis Febr.
«CHAMP FLEVRY, auquel est contenu Lart et Science de la deue et vraye proportion^ des Lettres Attiques , quon
Bibliographie. 12^
dit autrement Lettres Antiques, et vulgairement Lettres Romaines, proportionnées selon le corps et visage humain.
« Ce Livre est privilégie pour dix ans par le Roy nostre sire, et est a vendre a Paris, sus Petit Pont, a lenseigne du Pot Casse, par maistre Geofroy Tory de Bourges, libraire et autheur dudict livre, et par Giles Gourmont, aussi libraire, demeurant en la rue Sainct laques, a lenseigne des Trois Coronnes. »
Ici le Pot Cassé, n° 4. (Voyez p. 71.)
« Privilégie pour dix ans. »
Petit in-folio de 8 ff. liminaires (cahier A), renfermant le titre, le privilège du roi, etc., et de lxxx ff. chiffrés (B-0),soit 14 cahiers en tout. Le premier et le dernier cahier ont chacun 8 ff., les autres n'en ont que 6.
Paris, [Giles Gourmont,] 1529.
J'ai déjà longuement parlé de ce livre dans la première partie; j'en parlerai encore dans la troisième; mais je n'en dois pas moins donner ici sa description au point de vue bibliographique.
Au verso du titre que je viens de transcrire on lit ce qui suit :
Ce toutal œuvre est divise en trois livres.
Au premier livre est contenue lexortalion a mettre et ordonner la langue francoise par certaine reigle de parler élégamment en bon et plussain langage francois.
Au segond est traicte de linvention des lettres attiques et de la conférence proportionnalle dicelles au corps et visage naturel de Ihomme parfaict. Avec plusieurs belles inventions et moralitez sus lesdittes lettres attiques.
Au tiers et dernier livre sont deseignees et proportionnées toutes lesdittes lettres attiques selon leur ordre abécédaire en leur haulteur et largeur, chascune a part soy, en y enseignant leur deue façon et requise
124 Deuxième Partie.
pronunciation latine et francoise, tant a lantique manière que a la moderne.
En deux caietz a la fin sont adiouxtees treze diverses fœcons de lettres, cesta scavoir : lettres hebraiques, greques, latines; lettres francoises, et icelles en quatre façons, qui sont : cadeaulx^ fornie^ bastarde et torneure. Puis ensuyvant sont les lettres persiennes, arabiques, africaines, turques et tartariennes , qui sont toutes cinq en une mesme figure dalphabet. Et après sont les caldaiques, les goffes, quon dit autrement impériales et bullatiques, les lettres phantastiques, les utopiques, quon peut dire voluntaires, et finablement les lettres floryes. Avec [instruction et manière de faire chifres de lettres pour bagues dor, pour tapisseries , vistres, paintures, et autres chouses que bel et bon semblera.
Au feuillet suivant est le privilège , dont on trouvera un extrait plus loin (2^ partie, § 2, n° 2) , puis une épître de Tory à tous vrayz et devotz amateurs de bonnes lettres , dans laquelle il débute ainsi :
Les poètes, les orateurs et les autres scavans en lettres et sciences, quant ilz ont faict et compile quelque œuvre de leur studieuse diligence et main, ont de costume en faire présent a quelque grant seigneur de court ou desglise, en le exaulceant par lettres et louanges envers la cognoissancedes autres hommes, et ce pour luy agréer, et afin quilz en puissent tousiours estre si bien venuz au tour de luy, quil semble estre oublige et tenu a leur donner quelque gros don, quelque bénéfice ou quelque office, en recompense des labeurs et vigiles quilz ont mis a faire et composer leurs dits œuvres et presens. Je porrois facilement ainsi faire de ce petit livre; mais, considérant que, si ie le presentoys plustot a quelcun que a ung autre, il yporroit avoir quelque envyeulx scrupule, iai avise que ce seroit honnestement faict a moy de vous en faire a tous ung présent, 0 devotz amateurs de bonnes lettres! sans préférer grant a petit, sinon dautant quil ayme plus les lettres et quil est plus intime en vertus...
Puis vient une table occupant 8 pages et une autre épître de Tory, dont nous donnons ici quelques extraits.
Bibliographie. 125
Aux lecteurs de ce prescrit livre humble salut.
On dict communément, et dit on vray, quil y a grande vertus naturelle en herbes, en pierres et en parolles. Den bailler exemple seroit superfluite, tant la vérité en est certaine. Mais ie vouldrois qu'il pleust a Dieu me donner la grâce que ie peusse tant faire par mes parolles et requestes, que ie peusse persuader a daulcuns que, silz ne vouloient faire honneur a nostre langue francoise, au moings quilz ne la corrumpissent point. le treuve quil y a trois manières dhonimes qui sesbastent et efforcent a la corrumpre et difformer : ce sont escumeurs de latin, plaisanteurs et iargonneurs. Quant escumeurs de latin disent : « Despumon la « verbocination latiale, et transfreton la Sequane au dilucule et crepus- « cule, puis deambulon par les quadrivies et platées de Lutece, et « comme verisimiles amorabundes captivon la benivolence de lomnigene « et omniforme sexe féminin i, » me semble quilz ne semoucquent seullement de leurs semblables, mais de leur mesme personne. Quant les plaisanteurs,que ie puis honnestement appeller dechiqueteursde langage, disent : « Monsieur du page, si vous ne me baillez une lesche du iour, « ie me rue a Dieu, et vous dis du cas, vous aures nasarde sanguine, » me semblent faire aussi grant dommage a nostre langue quilz font a leurs habitz en déchiquetant et consumant a oultrage ce qui vault myeulx entier que decise 2 et mutile meschantement. Tout pareillement quant iargonneurs 3 tiennent leurs propos de leur malicieux iargon et meschant langage, me semblent quilz ne se monstrent seullement estre dédiez au gibet, mais quil seroit bon quilz ne feussent oncques nez. lacoit que maistre François Villon en son temps y aye este grandement ingénieux, si toutesfois eust il myeulx faict davoir entendu a faire aultre plus bonne chouse... le treuve en oultre quil y a une autre manière dhommes qui corrompt encores pirement nostre langue : ce sont innovateurs etforgeurs de mots nouveaux. Si telz forgeurs ne sont ruffiens , ie ne les estime gueres meilleurs. Pencez quilz ont une grande grâce quant ilz disent