‹ Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royalChapitre 71 sur 141 · Ceux qui emploient l'argot des voleurs · texte numérisé non relu

Ceux qui emploient l'argot des voleurs

126 Deuxième Partie.

après boyre quiz ont « le cerveau tout encornimatibule et'emburelicoque « dung tas de mirilifiques et triquedondaines, dung tas de gringuenauldes « et guylleroches qui les fatrouillent incessamment. » le neusse allège telles sottes parolles, se neust este que le desdaing de y pencer le ma faict faire. Si natura negat , Jacit indignatio vcrsum... Du tout vostre,

Geofroy Tory de Bourges.

Après cette épître vient le texte du livre, qui comprend, comme je l'ai dit, 80 feuillets chiffrés. On lit à la fin :

Cy finist ce présent livre... qui fut achevé dimprimer le mercredy xxviij iour du mois Dapvril , lan mil cincq cens XXIX, pour maistre Geofroy Tory de Bourges, autheur dudict livre, et libraire, demorant a Paris, qui le vent sus Petit Pont, a lenseigne du Pot Casse, et pour Giles Gourmont, aussi libraire, demorant au dict Paris, qui le vent pareillement en la rue Saint laques, a lenseigne des Trois Coronnes.

Ce livre fut réimprimé avec les mêmes bois en 1 549 , dans le format in-8°. Voir ce que j'ai dit de cette seconde édition, p. 66.

« La Table de lancien philosophe Cebes, natif de Thebes, et auditeur Daristote. En laquelle est descripte et paincte la voye de Ihomme humain tendant a vertus et parfaicte science. Avec trente Dialogues moraulx de Lucian , autheur jadis grec. Le tout pieca translate de grec en langue latine par plusieurs scavans et recommandables autheurs. Et nagueres translate de latin en vulgaire francois

Bibliographie. 127

par maistre Geofroy Tory de Bourges, libraire, demourant a Paris, rue Sainct laques, devant lescu de Basle,alenseigne du Pot Casse. Sont en ung volume ou en deux qui veult, a vendre audict lieu par ledict translateur, et par lean Petit, libraire jure en luniversite de Paris, demourant aussi en la rue Sainct laques, a lenseigne de la Fleur de Lys. »

In-i2, divisé par cahiers de 8 feuillets. — 10 feuillets liminaires et signatures A à T pour le premier volume, et a à. vï) pour le second. Toutes les pages sont ornées de petits cadres à filets , sur quelques-uns desquels on voit la double croix.

Sur la première page se trouve le Pot Cassé de Tory (n° 6), ou la marque de Jean Petit, suivant que les exemplaires proviennent de l'un ou de l'autre de ces libraires, qui s'étaient partagé l'édition.

Sur le 2^ feuillet est un extrait du privilège (daté du 18 septembre 1 52g 1), en ce qui concerne le livre, qui fut « achevé dimprimer le cinquiesme jour Doctobre , lan comme dessus. »

Au 3^ feuillet se lit l'épître dédicatoire, dont voici la partie essentielle :

Geofroy Tory de Bourges dit et donne humble salut a tous studieux et vrayz amateurs dhonneste passe temps en lecture.

Horace, poète jadis surnomme Flaccus, nous a laisse par escript en son Art poetic que les philosophes et poètes ont de coustume que soubz escorce de parolles fainctes ils signifient sens moral qui nous peult proufiter en cognoissance de vertus ou nous délecter en la grâce de leur stile et plaisante invention... Ce voyant doncques estre vray, et ung iour lisant en la Table de lancien philosophe Cebes, pareillement es Dialogues du tressavant et gracieux autheur grec Lucian... ma semble très honneste

I. Voyez le texte même de ce privilège, qui comprend trois ouvrages de Tory, à l'article des Chroniques d'Egnasius ci-après , n» XII).

128 Deuxième Partie.

si ie les translatois aussi en nostre iangaige francois , et si ie les faisois

imprimer, affin que ung chascun de vous lisant la dicte Table peustfacille-

ment cognoistre que cest que pure vertus et prendre honneste passe

temps aux ingénieux et moraulx Dialogues dudict Lucian. le les vous

offre de treshumble cueur et dévot , o studieux et amateurs de pure

honnestete! vous advertissant que au plus près quil ma este possible ie y

ai suyvy le vray texte sans y adjouster rien du mien , ne sans y avoir use

ne abuse de palliation ne fard quelconque. le les vous ay tresvoluntiers

escriptz en Iangaige coulant , domestique et maternel , sans y vouloir

semer ne adiouxter motz exquis , parolles estranges , ne Iangaige que Car-

mentis, mère de Evander, fust empeschee de pouvoir entendre ne des-

chifrer. le voy daucuns que, si ne vouloient escripre que six motz, les

quatre seront ou inusitez ou forgez , ou estenduz plus longz que une

picque. Comme celluy qui disoit es complaintes et epitaphes dung roy de

la Bazoche;

Au point prefix que spondile et muscule,

Sens vernacule, cartilaige auricule,

DIsisacule, Diana crépuscule,

Et Iheure accuUe pour son lustre assoupir.

Pareillement mille autres propos semblables que ie luy laisse. le ne scay a qui tel Iangaige plaist; mais il ne me semble gueres bon ne beau. Il sembleroit quasi, mais toutesfois iedoubte, que telle forgerie de motz cornuz et exquis fust descendue ou précipitée de la langue latine en la nostre, car il sen est trouve et sen treuve encore auiourdhuy maintz qui pensent avoirfaict grosse besogne silz ont escript en langue latine ungmot estrange et long a oultrance, comme celluy qui dist , et ce neantmoins ingénieusement; Conturbabuntur ConstantinopoliUni innumerabilibus soUicitudinibus. Et lautre nomme Hermès qui mettoittantsa félicite a écrire en motz longz et exquis, quil en fust gaudy et batu de son baston quant ung autre ingénieux homme composa contre luy en motz affectez et longz dune brasse de syllabes ce distique qui sensuit:

Gaudet honorificabilitudinitatibus Hermès, Consuetudinibus , soUicitudinibus.

Je dis voluntiers cecy en passant, affin qu'on ne se attende point trouver

Bibliographie. 129

motz inusitez en ce vostre petit livre. le scay quil fut iadis ung homme saige et philosophe qui dict ung iour a son amy : Loqucrc vcrbis presentibus et uterc moribus antlquis , cest a dire : Parle en langaige commun, et viz selon bonnes meurs anciennes. En ce vostre dict petit livre trouverez, ce croy ie, de la grâce, car il est plain de mille bonnes et moult ingénieuses inventions, tant de Cebes que de Lucian. le vous y ay mis comme iay dict au commencement la Table dicelluy Cebes, affm que de prime face voyez que poesis est pictura loquens : œuvre poétique est painture parlant. Touchant les Dialogues du scavant Lucian, ie ne les ay pas tous mis icy dedans, ne tous translatez ; mais ie vous en ay choisy trente seullement des plus beaux et plus moraulx a mon advis, lesquelz vous pourrez congnoistre facilement estre non seulement plaisantz a lire, mais tresutiles a moralle et bonne instruction. Vous les accepterez doncques, si vous plaist, de front et cueur amyable, pensant que Dieu aidant ie vous feray en bref quelque autre présent nouveau au moings mal quil me sera possible. Et tandis ie prieray a Nostre Seigneur lesus qui vous ait en sa garde a vostre bon désir.

En Paris, du tout vostre desdie serviteur,

Geofroy Tory.

A la suite vient un long errata et une table des Dialogues, suivis d'une autre épître aux lecteurs des Dialogues de Lucian contenu! en ce présent livre. Cette épître ne renferme rien de particulier à Tory; Je n'en donnerai que la fin, où, parlant des Dialogues, il dit :

le croy que si lancien et noble paintre Zeusis Heracleote, si Raphaël durbin, Michel lange, Léonard vince ou Albert durer vouloient paindre philosophes et leur diverse contenance, quilz ne le porroient si bien ne si au naturel paindre que nostre Lucian les vous y painct. Il vous semblera que les verrez et orrez parler, et que Menippe tout devant vos honnestes yeulx sen volera au ciel pour scavoir la vérité de toutes les mensonges des dictz philosophes. Dieu vos ait en sa garde a vostre noble et bon désir.

En luniversite de Paris, du tout votre desdie serviteur,

Geofroy Tory.

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A la fin du livre, après les Dialogues, Geofroy Tory a placé quelques sentences morales et jeux de mots , probablement de son crû. — Ce livre est imprimé avec les caractères et les lettres ornées du Champ fleiiry.

« Summaire de chroniques, contenans les vies, gestes et cas fortuitz de tous les empereurs Deurope, depuis Iules César iusques a Maximilian , dernier decede. — Avec maintes belles histoires et mensions de plusieurs roys, ducs, contes, princes, capitaines et aultres, tant chrestiens que non, tant de hault que de bas estât et condition. — Faict premièrement en langue latine par vénérable et discrète personne lehan Baptiste Egnace, Venicien. — Et translate de ladicte langue latine en langaige francoys par maistre Geofroy Tory de Bourges. — On les vend a Paris, a lenseigne du Pot Casse. — Avec privilège du Roy nostre sire pour X ans. «

In -8° de 16 feuillets préliminaires (sign. a et b^, 99 feuillets de texte chiffrés et i3 feuillets de table et d'errata non chiffrés (sign. A à O), en tout 128 feuillets ou 16 feuilles in-8°. Toutes les pages sont encadrées dans un triple filet à compartiments fondus, comme on en employait encore naguère dans les imprimeries. Je ferai remarquer, en passant, que les feuilles de ce livre ne portent que deux signatures, l'une à la première page (pour la première forme), l'autre à la troisième (pour la seconde), comme cela se fait généralement aujourd'hui , au lieu de quatre signatures qu'on mettait habituellement sans utilité.

Au verso du premier feuillet, dont le recto est occupé par le titre que je viens de copier ci-dessus, on trouve le privilège du roi , qui est ainsi conçu :

Bibliographie. 131

Francoys, par la grâce de Dieu, roy de France, aux prevost de-Paris, bailly de Rouen, seneschal de Lion, et a tous noz aultres iusticiers et officiers, ou a leurs lieutenans, salut. Nostre cher et bien ame maistre Geofroy Tory de Bourges, libraire, demourant en nostre ville de Paris, nous a faict dire et exposer que puis nagueres il a traduit de latin en vulgaire francoys deux livres, lun au paravant translate de grec en langue latine par plusieurs scavans et recoinmandables autheurs, intitule : La Table du philosophe ancien Cebes, natif de Thebes, et auditeur Daristote, avec certains Dialogues moraulx de Lucian ; lautre au paravant faict en langue latine par Jehan Baptiste Egnace, intitule : Summaire de Chroniques, contenant les gestes et faictz de tous les empereurs Deurope, depuis Iules César jusques a Maximilian ; semblablement un autre livre intitule : Les Reigles générales de Lorthographe du langaige francoys; lesquelz livres il feroit voluntiers imprimer sil nous plaisoit luy permettre, et en ce faisant, défenses estre faictes a tous marchans libraires, imprimeurs et aultres personnes quelconques de ne imprimer, faire imprimer, ne exposer en vente lesdictz livres Pour ce est il que nous,

ayans esgard et considération aux peines et labeurs que ledict Tory a

eu , a iceluy avons permis et octroyé quil puisse et luy loyse

imprimer, faire imprimer et exposer en vente a iuste et raisonnable pris, par luy, ses gens, facteurs, négociateurs et entremetteurs, lesdictz livres dessus déclarez jUsques a x ans ensuyvant et subsecutifz limpression diceulx. Si voulons, etc. Donne a Paris, le xxviii jour de Septembre, lan de grâce M. D. XXIX, et de nostre règne le XV. Heruoet.

Après cette pièce vient l'épître suivante de Tory, en forme de préface :

Geofroy Tory de Bourges a tous studieux et vrays amateurs dhonneste lecture et fructueux passe temps dit et donne humblement salut.

le vous avois promis nagueres, au préface de la Table de Cebes et des Trente dialogues nouveaulx de Lucian, quen bref de mes petits labeurs ie vous ferois quelque aultre nouveau livre, qui a mon advis vous pourroit donner quelque bon et gracieulx passe temps, en vous y esbatant a lire et veoir choses desquelles vostre esperit pourroit en temps et lieu

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estre recrée et savoureusement soulace. A ceste fois cy (mes très honorables seigneurs), comme vostre petit serviteur, qui vous esttotallement desdie, ie vous fayz présent dun Summaire de Chroniques, que ie vous ay translate, comme les susdictz Cebes et Dialogues, de langue latine en iangaige francoys, au moins mal qui! ma este possible, vous advertissant que, a la manière de Jehan Baptiste Egnace, présent autheur, ie ny ay meu ne change le sens de Ihistoire en faveur dhomme quelconque. Ma traduction aussi ny est de mot a mot, car ce eust este stille trop mesgre et sans grâce aucune. le scay, selon Horace, que (nec verbo verbum curabit reddere fidus interpres; ung translateur ne se doibt soucier de rendre ne adresser ung chacun mot de ce quil traduit a aultre mot de son langaige ; mais doibt bien maintenir le sens, et le coucher en plus beau stille qui luy sera possible. Ainsi ay ie faict au mieulx que iay peu, tant pour lamour et honneur que ie vous doibs, que pour ne desvoyer de la pure vérité de Ihistoire, qui est de telle nature, qu'elle ne veult aucunement estre aliénée de sa purite. Marc Tulles Cicero nous la bien enseigne, quant il nous a laisse parescript, au second livre de son Orateur, ou il a dit : « Nam quis nescit priniam esse historiae legem, nequid falsi dicere audeat, deinde ne quid veri non audeat, ne qua suspitio gratiae sit in scribendo, ne qua simulatis? » Mais qui esse (dit il) qui ne scayt que la première loy dhistoire est de ne oser dire chose faulce, et de ne se faindre a dire la vérité, afin qui! ny aye aucune suspition de faveur ou envye en ce quon escript ? Certainement histoire doibt estre purement vraye, tant pour les causes ia dictes, que pour ce que, comme ledict Ciceron a recite ung peu devant le ia dict lieu allègue : a Historia est testis temporum, luxveritatis, vita mémorise, magistra vitas, et nuncia vetustatis.» Histoire (dit il) est tesmoignage des temps, lumière de vérité, nourice et vie de la mémoire, enseigneresse et maistresse deschoie a nostre vie , et messagiere danciennete. le vous ay voulentiers plustost choisi faire présent dune histoire, et icelle abrégée en summaire, que dautre chose, pour ce quen vous y recréant vous y puissiez veoir, comme en ung mirouer, mille excellentes choses, desquelles pourrez cognoistre et entendre innumerables bons advertissemens pour vous faire service quelque foys en temps et lieu. Tite Live dit, en la prefation du premier livre de sa première Décade : « Hoc illud est precipue in cognitione rerum salubre ac frugiferum , omnis te exempli documenta in illustri posita monu-

, BlBLIOG RAPHIE. 1^3

mento intueri, undc tibi tuaeque Reipublicas quod imitare cupias, unde fœduni inceptum, fœdum exitu quod vites. » Cela (dit il) est singulièrement bon et fructueux en la congnoissance des choses, de veoir et congnoistre en la noble histoire les enseignemens de tout exemple, a limitation et ressemblance de quoy tu pourras eslire pour toy et pour ta chose publicque ce que tu doibvras imiter et ensuyvre, et ce que tu doibvras éviter comme cas abominable, tant au commencement que a la fin. Prenez doncques ores en gre, si! vous plaist, ce petit œuvre, et acceptez de front et face amyable , comme avez de bonne coustume par vostre benivolence, et vous me inviterez, de vostre honneste et singulière grâce, dicy en avant a faire mieulx, aidant Nostre Seigneur lesus, auquel ie prie vous donner a tous son amour et saincte grâce, a vostre noble et bon désir.

De Paris, ce x jour Dapvril M. D. XXIX.

Au dernier feuillet du livre on voit le Pot Cassé, avec cette souscription :

Ce premier livre fut achevé dimprimer a Paris, le xiii jour Dapvril M. D. XXIX I, pour maistre Geofroy Tory de Bourges, qui le vend audict Paris, a lenseigne du Pot Casse.

Le seul exemplaire que j'aie vu de cette édition, possédé par M. Ambroise Didot, qui a bien voulu me permettre de l'étudier à loisir, est dans son ancienne reliure au Pot Cassé. Il est imprimé avec le caractère du Champ fleiiry.

Il y a eu plusieurs autres éditions. J'en connais deux, faites par Charles L'Angelier, toutes deux in-8o, en 1543 et 1544. M. Hippolyte Boyer en cite une de 1541, dans son Histoire des imprimeurs et libraires de Bourges (in-8°, Bourges, 1854), p. 27, mais je ne l'ai pas vue, tandis qu'il m'a été donné d'étudier les deux autres. Elles se composent

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