Champ fleury, fol. i . Voyez aussi ci-devant, p
2. La devise habituelle des livres de Grolier est ; Portio mea, Domine, sit in
TERRA VIVENTIVM.
Iconographie. 195
fondu est comme les ia dits poinçons toute a lenvers. Puis finablement au papier imprime toute la lettre se rencontre a lendroit et en sa veue requise a lire tractivement. lavois oublie dire que la grosse iambe de le A est de lun des dix corps de son quarre en largeur, et lautre iambe dun tiers. Le traict qui est transverceant veut estre large des trois pars de ladicte grosse iambe, comme povez veoir aux desseings cy devant faicts et proportionez. »
D'après cela, et connaissant les relations de Geofroy Tory avec la famille des Estienne, on ne trouvera pas extraordinaire que j'attribue à notre artiste les caractères italiques de Simon de Colines, gravés vers 1 52 5, et les caractères romains et italiques de Robert Estienne gravés un peu plus tard.
Mais Tory n'a pas seulement gravé des caractères, c'està-dire des poinçons sur acier, comme quelques auteurs l'ont constaté : il s'est surtout signalé par la gravure sur bois, et il a illustré presque tous les livres de son temps, ce qui est à peu près généralement inconnu.
On me demandera sans doute sur quoi se fonde mon opinion. Le voici :
On lit dans le privilège qui fut accordé à Tory par François I^^ pour l'impression des Heures, le 2 3 septembre 1524 : « Nostre cher et bien ame Geufroy Tory.... nous ha présentement faict dire et remonstrer que puis nagueres // ha faict et faict faire certaines histoires et vignettes a lantique, et pareillement unes autres a la moderne, pour icelles faire imprimer, et servira plusieurs ouvrages dheures, dont pour icelles il ha vacque certain long temps, et faict plusieurs grands fraitz, mises et despens. » Evidemment les mots il ha faict ne s'entendent pas ici du dessin, mais bien de la gravure de ces histoires et vignettes, qu'il avait dessingnées auparavant.
196 Troisième Partie.
Au surplus, Tory nous a lui-même révélé sa profession de graveur sur bois dans une charmante vignette qui sert d'initiale à son Champ fleury, et que j'ai donnée page 36 de mon livre. On y voit en effet figurer, outre un compas, une équerre, etc., une plume et plusieurs sortes de couteaux ou canifs destinés à la gravure sur bois, ce qui justifie cette phrase de M. Renouvier : « Tory eut le rare privilège de se servir aussi bien de Veschoppe que de la plume I. »
Mais ce n'est rien, dira-t-on, que de prouver vaguement que Tory s'est occupé de gravure sur bois, si on ne peut indiquer aucune de ses œuvres dans cette branche de l'art, car personne jusqu'ici ne les a signalées.
Je vais tâcher de satisfaire le désir du lecteur, en prouvant qu'il y a un moyen de connaître les gravures exécutées par Tory.
Beaucoup de personnes ont remarqué déjà que les principales gravures des livres de Tory, celles qui lui sont le plus personnelles, comme, par exemple, celle de l'Hercule gaulois que j'ai reproduite p. 1 88, et celle du Pot cassé qui accompagne la description de cette enseigne dans le Champ fleury, et qui est reproduite également ici, p. 33, portent un signe; mais, ce signe, on n'ose le lui attribuer, parce qu'il s'est perpétué sur les gravures, seul ou accompagné d'initiales, pendant plus d'un siècle. M. Robert-Dumesnil, dans son intéressant ouvrage intitulé : le Peintre-Graveur français , a publiez, à l'article de Woeiriot, qui se servait lui-même de ce signe, un catalogue de gravures marquées de la double croix, qu'il appelle croix de Lorraine ou de Jérusalem, allant de 1 522 à i632. Il en conclut que ce signe a été « fréquemment employé chez nous, comme signature factice,