Abdëre, Thasos
. La voie Egnatia, qui passait près de Néopolis et de Scaptésylé, et qui avait un relais à Acontisma, abandonnait le littoral en cet endroit, et franchissait le Nestus en ligne directe. Au delà du fleuve, Topiris ou Topira'' (Jénidsche) était sa première étape. Au sud-est de Topiris, près du cap Balustra-Bouroun, et dans le voisinage des Sapéens^ la ville d'Abdère, fondée, selon quelques-uns, par Abdéritès, ami d'Hercule^, que les chevaux de Diomède mirent en pièces'^, selon d'autres par Abdéra, sœur de Diomède lui-même**. Les Bistoniens, dont Diomède était roi, en furent les premiers habitanls'\ Longtemps après, les Clazoméniens, sous
1 Festus. DeVerb. signif. "^ Sirab. VII. Fragm.U,
* Marcell. Vie de Thucyd. 95. » Scyl. 67.
» Luc. Phars. VI. 9 Steph. 5.
* Raoul-Rochelte. III. 401. lo Scymn. V. 667.
5 Hérod. VII. 109. " Pomp. Mêla. H. 2.
« Steph. 543. 12 Strab. VII. Fragm, 43.
la conduite de Timésias (656), y fondèrent une ville*, mais ils furent reçus par les Thraces comme les Athéniens le furent plus tard par les Edoniens, et Timésias, chassé, s'établit peut-être alors à Pistyre. Un siècle après cet essai malheureux, quand les Perses, gouvernés par Cyrus, firent, pour la première fois la conquête de Flonie (541)^, les Téiens, qui émigrèrent, reprirent à Abdère l'œuvre des Clazoméniens, et acquirent promptement de grandes richesses. C'est seulement à Abdère que Xerxès s'arrêta dans sa retraite précipitée, et qu'il déUa sa ceinture ^ les Abdéritains reçurent des présents du grand roi. Un Abdéritain du nom de Nymphodore avait donné sa sœur pour épouse à Sitalcès, roi de Thrace, et jouissait d'un grand crédit auprès de ce prince. Les Athéniens s'en servirent utilement pour obtenir lailiance d'Abdère, et sur la fin de la guerre du Péloponnèse, elle embrassa encore leur parti*. Elle demeura libre sous Philippe ^, et refusa d'ouvrir ses portes à Alexandre partant pour l'Asie; elle craignait, disait-elle, les représailles de Darius, et promettait d'accueillir le roi, s'il revenait vainqueur. Alexandre accepta avec magnanimité cette excuse, passa outre, et promit aux Abdéritains, quand il reviendrait, de les traiter en amis^. On connaît J3eaucoup d'Abdéritains illustres : Démocrite, Hécatée, Protagoras, dont Platon réfuta les sophismes , Bion, qui eut quelques idées justes sur les régions polaires, Anaxarque, Mégasthène. C'en est assez pour combattre la réputation de sottise faite aux habitants d'Abdère, et qui pourrait bien venir des Athéniens, jaloux de leur puissance et des colonies qu'ils avaient en. Thrace (Dicœa, Pistyre, Bergepolis ou Berge), Strabon parle d'un temple de Jason à Abdère , fondé ou détruit par Parménion
1 Hérod. I. 168. * Thucyd. II. 29.
« Id. 142. 168. » Diod. XIII. 72.
» Id, VIII. 118. « Callisth. Fragm. 37.
4l8 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE LA MACÉDOINE.
(il y a deux leçons). Nous ne retrouvons pas ailleurs qu'Âbdère ait été prise par Philippe ; nous avons vu qu'elle était encore autonome à Tavénement d'Alexandre, elle le fut aussi sous les Antigonides*. Il y a donc des, raisons de douter, et il se pourrait que ce Parménion ne fût pas le général de Philippe, mais un Abdéritain.
L'tle de Thasos, par laquelle nous terminons notre description, était située à 22 milles d'Abdère^ (32^''-,582), et séparée du continent par un bras de mer appelé Aulon, au milieu duquel est un archipel appelé la petite Thasos ou TassOpoulo. Elle s'appelait d'abord Aeria ou ^Ethria^, et reçut son nouveau nom de Thasso, fille d'Agénor*, ou de Thasos, Tuu des chefs phéniciens. L'autre de ces chefs, Cadmus, lilis d'Agénor, y demeura longtemps^, et s'y livra à l'exploitation des mines. Thasos, chère à Gérés, avait des Campagnes fertiles, des vignobles, des mines d'or, qui lui Valurent le surnom de Ghrysé^, et que Cadmus découvrit. Les Phéniciens y bâtirent un temple d'Hercule Tyrien cent cinquante ans avant la naissance de l'Hercule desHeliènes^ Une colonie de Pariens, ayant pour chef le père d'Archiloque, s'y étabht à la fin du huitième siècle ^. L'île avait une ville de même nqp qu'elle, avec deux ports, dont l'un était fermé ^; ses richesses provenaient des établissements qu'elle avait sur la côte de Thrace (Œsyme, Galepsus, Datum, Scaptésylé, Strymae sur le Lissus, au nord-est d'Abdère). Les mines de Scaptésylé, situées sur le continent, rapportaient annuellement 80 talents ^^ celles situées dans l'île, entre Cœnyre et iEnyre, étaient d'un produit moindre» La recette totale était de 200 à 300 talents. Soumise
1 Strab. XI. c. xiv. § 12. e Eustath. Ad. Dion. V. 517.
2 Plin. IV. 23. 7 Hérod. lî. 44.
8 Id. ibid, 8 Thucyd. IV. 104.
* Sleph. 501. 9 Scyl. 67.
K Hérod. Vï. 47. lo Hérod. VII. 108.
par la flotte persane lors de Texpédition de Mardonius, Thasos devint suspecte à Darius, qui Tobligea d'abattre ses murailles*, et de conduire ses vaisseaux à Abdère. Dans la seconde guerre médique, Thasos se réconcilia avec Xerxès, et l'un de ses citoyens, Antipater, fils d'Orges, donna à l'armée des Perses un repas qui lui coûta quatre cents talents d'argent (environ 2,160,000 francs) ^
Lorsque les Grecs furent vainqueurs à Mycale et à Platées, les Thasiens entrèrent dans la ligue hellénique, mais quelque temps après la victoire de Cimon sur TEurymédon, ils se détachèrent de Talliance d'Athènes, à cailse des mines d'or. Les Perses en avaient dépouillé les Thasiens; les Athéniens voulurent les posséder après eux, et les Thasiens, battus sur mer, appelèrent les Spartiates à* leurs secours. Sparte allait opérer une diversion et envahir TAttique, quand un tremblement de terre l'arrêta. Thasos, au bout de trois ans de siège, capitula, rasa ses murailles, livra sa flotte, paya sur-le-champ une somme d'argent, se soumit pour l'avenir à un tribut, et les riches comptoirs de la Parorée devinrent athéniens 3. La guen^e du Péloponnèse fut favorable à Thasos, et Lysandre lui rendit son autonomie, mais en y introduisant une garti sort de Spartiates. Quelque temps après, Thrasybule l'en chassa, et les Athéniens, introduits par Ecphante, reprirent possession de la ville \ Dans cette seconde période leur joug fut plus léger et moins sohde: les Thasiens, mettant sans doute à profit les embarras d'Athènes, occupée à réprimer la révolte de ses autres colonies, reprirent leurs projets sur la Thrace; et en 359, on les retrouve à Datum, Philippe les en chassa presque aussitôt ^ et quelques années plus tard
1 Hérod. VI. 44-48. * Démosth Disc, contre Lept,
2 Id. VIL 118. » Diod. XVI. 3.
3 Thiicyd. I. 101. IV. 102.
la prise de Thasos par les Macédoniens mil un terme à leur indépendance. Philippe y envoya une colonie de ceux de ses sujets dont il voulait purger son royaume ; peut-être est-ce Torigine de la ville de Machopolis, citée par Tzetzès, et rappelée par Ollivier\ Sous les Antigonides, Philippe, fils de Démétrius, fut obligé, après la bataille des Cynoscéphales, de retirer ses troupes de Thasos ^ et Thasos redevint autonome. Elle jouissait encore de ce privilège sous les empereurs ^
La ville de Thasos (Paléocaslro) était située au nord-est de nie, sur la côte, entre Volgaro et Panagia*; elle fut sans doute très-considérable, si on en juge par l'étendue de ses ruines. Cousinéry y a reconnu de magnifiques murs en marbre blanc, regardés comme un des plus beaux modèles de l'art hellénique, et dont il subsiste des parties considérables, beaucoup de sarcophages épars du côté de l'ouest jusque sur le rivage, mais il n'a retrouvé ni temples, ni édifices publics; des bois touffus arrêtaient ses investigations ^ Les deux ports de Thasos devaient être des deux côtés du promontoire occupé par la ville (situation analogue à celle de Pydna, de Datum, et de Néopolis). Sur la côte est Koinyra se retrouve dans Kynira, et il y a des ruines ; à l'intérieur, la position d'iEnyra est indiquée par le nom de Castro. C'est entre ces deux bourgades, et probablement au midi du mont Ipsari {cime élevée d'Aeria?) qu'étaient situées les mines d'or^. Les collines sont partout couvertes de ces vignes- qui se plaisent dans les terres grasses, et qui ont été chantées par Virgile ''.
i Ollivier. HisU de PhiL II. 145. » Cousinéry. II. 85-100.
« Liv. XXXllI. 30. 6 Kiep. Karte von der Eur. Turk,
8 Plin. IV. 23. 7 Virg. Georg. II. 91.
* Leake. North, Gr,— Kiep. Thess.
Epeiros.
A présent que nous sommes parvenu. à la fin de notre travail, le moment est venu de résumer en peu de mots ce qui peut nous appartenir en propre, et ce que nous croyons . avoir éclairci, ou déterminé avec plus de précision. Nous le faisons dans Tordre que nous avons adopté, en renvoyant aux développements antérieurs pour y trouver nos raisons.
La description physique de la région macédonienne résume pour la première fois dans uii 'cadre spécial et à peu près complet les travaux des principaux voyageurs et géographes français, anglais et allemands qui depuis un demi-siècle se sont occupés de la Macédoine. Elle est en quelque sorte le développement de ces paroles de Tite-Live : Quàm divisui facilis. Les chaînes de montagnes et leurs passages y sont étudiés attentivement, et leur exploration, toute récente sur bien des points, jette un jour nouveau sur les premières invasions. Sans doute, on ne peut affirmer d'une manière absolue que telle invasion a eu lieu par tel col plutôt que par tel autre, situé plus à gauche, ou plus à droite, mais on sait positivement qu il n'y a sur la ligne très-étendue des frontières de l'est et du nord qu'un petit nombre de passages praticables, et il n*y a pas de témérité à croire que les invasions de l'est et du nord n'ont pu s'opérer que par ces passages-là.
Nous avons pu également déterminer avec vraisemblance,
sinon avec certitude, quelques points de détail. Nous avons rectifié pour le cours de TOriundès et du Barbanna le texte de Tite-Live, reconnu l'Ardaxane dans le dernier affluent du Drin noir à gauche, en avant d'Âlessio ; l'Artatus dans rOracha, bras septentrional du Mati; le Bévus dans un affluent du lac de Prespa autre que la Besna, et parallèle à cette rivière. Nous avons distingué sûrement l'Eordéus, affluent de TApsus, et fleuve des Eordètes, de FEordaïcus, fleuve des Eordéens, tributaire du lac d'Ostrowo : la position de risanus, duPalamnus, duPanyasus a pu aussi être fixée. Le fleuve Pepylichnus n'existe pour nous que dans des textes corrompus, et nous avons cru devoir placer les monts Asnaas et JSropus donnés par Tite-Live dans Tordre où ils devaient se présenter aux Bomains venant d'Italie. L'examen des meilleures cartes modernes nous a fait retrouver autour du mont Lingus la Triphylie de la terre Mélotide, et nous avons désigné les parties de la grande chaîne du Pinde qui devaient porter les noms de mont Bercétésius, de mont Poion, de mont Lacmos et de mont Tymphé» Les cols qui conduisent de THestiéotide dans le pays des Athamanes ont été reconnus soigneusement. Dans la Macédoine proprement dite, le mont Poimaenion, cité seulement par Etienne de B-yzance, se rapporte, selon nous, au mont Plaschkhavitza. Les Péoniens du lac Prasias allaient eflecv tivement chercher leurs pilotis sur le mont Orbélus, mais cet Orbélus de Test, difi*érent de l'Orbélus du nord, correspond à l'extrémité septentrionale du Symbole près du mont Bozdagh, et saposition ressort clairement du texte d'Arrien. Les recherches de M. Boue et la carte de M. Viquesnel, nous ont permis de reconnaître dans la vallée du Strymon Texistence des lacs indiqués par Pline, et sur la côte sudest l'étang salé de Pistyre, mentionné par Hérodote, L'Angitas, le Gangitès, le Zygactès ont pu être distingués les
CONGLqSlON. 4â3
uns des autres, et, grâce à la carte de M. Viquesnel, il nous a été facile de rectifier la position donnée à l'Harpessus, par M. G. Perrot.
En passant de la description physique à la géographie historique de l'époque prin)itive, nous n'avons plus retrouvé ce terrain solide qui, malgré des lacunes regrettables, et des observations incomplètes, nous avait tant séduit. Nous aurions voulu faire la chronologie des invasions, distribuer par races et par époques les peuplades dont les noms ont échappé à l'oubli. Mais si nous avons combattu quelquefois Raoul-Rochette et M, Poinsignon, -si même nous avons osé commenter Fréret, nous avons promptement compris que les plus importantes questions étaient d'une solution très-difficile, à cause de la rareté et de l'obscurité des témoignages. Cependant nos recherches n'ont pas été entièrement infructueuses. Il nous paraît démontré que les lUyriens, et les Thraces, une des branches de cette grande famille, ont peuplé à Touest Tlllyrie grecque, à Test, la Thrace épictète, que les Pelages septentrionaux (Bryges, Péoniens, Teucriens) ont peuplé le centre, et que les colonies grecques ont occupé les côtes, principalement au sud-est. Les origines religieuses sont mixtes comme la population ellemême ; l'influence égyptienne et phénicienne existe, mais elle est faible et circonscrite. Nous avons aqssi déterminé plusieurs points secondaires qui ne sont pas sans importance ; nous avons constaté la présence des Pélasges tyrrhéniens dans l'Elimiotide et dans la Chaonie, l'origine hellénique et dorienne des Macednes, et ce qu était Macednum, leur berceau. Nous avons suivi les colonies de TEubée (Abantes,Hestiéens), et du Péloponnèse (Galicéniens, Orestes), dftns l'intérieur du pays ; elles y ont laissé des traces encore reconnaissables, et Ppuqiieville les a signalées aux environs de Krépéni.
La géographie historique de Tépoque macédonienne, un peu mieux connue, n*est cependant pas sans obscurités, et l'étude des historiens nous a suggéré quelques utiles remarques. L'expédition de Xerxès, si bien retracée par Hérodote, donne la position des Péoniens du Pangée, des Péoniens du lac Prasias et des Satres; Dobérus, le Syléus Campus, l'ancienne Stagire, le Cantharolethron y sont nettement indiqués. A propos des expéditions de Brasidas, nous avons examiné la valeur du mot de Lyncus employé par Thucydide, et nous avons cherché quelle était cette Lacédémonie de Piérie, où Ton place une seconde Torone. Outre Héracléum de Piérie, nous avons attribué à Philippe les deux Héraclées de Sintique et de Lyncestide et nous avons fait voir pourquoi la grandeur de laMacédoine, fondée par ce prince et par son fils, ne fut pas durable. Nous avons pu, en recueillant tous les témoignages, retrouver les villes fondées depuis Alexandre par Antipater etCassandre, et parlesAntigonides; nous avons aussi avancé quelques appréciations nouvelles sur la conduite politique et militaire de Philippe et de Persée, et sur la tactique des Romains. Aidés de la lettre de Flamininus aux habitants de Cyréties, nous avons expliqué un passage d'Eustathe dans son commentaire sur l'Iliade, et distingué soigneusement les Pénestes deThessalie, citoyens dépossédés, des Pénestes illyriens, tribu indépendante. L'arrêt prononcé par lés historiens contre Persée nous a paru irrévocable, mais nous avons essayé d'adoucir l'arrêt' porté contre Philippe, et nous croyons avoir prouvé que, si d'abord il ne fit pas assez, il fit ensuite tout ce qui lui était possible dans sa position.
En exposant l'organisation politique de la Macédoine par Paul-Emile, nous avons surtout fait ressortir ce qu'elle avait d'injurieux et de cruel pour les Macédoniens. Nous avons regretté que les historiens ne nous aient pas raconté plus
longuement les guerres des Romains contre les Besses, et nous avons relevé quelques-unes de leurs niéprises. C'est aussi grand dommage que nous n'ayons pas la division de la Thrace en préfectures par Archagathe ; en effet la Thrace est, comme la Macédoine, d'un partage facile ; les peuplades s'y cantonnent, et la division en préfectures nous eût donné la position réelle des tribus besses et des tribus odryses. Dans l'expédition de César nous croyons avoir fixé la position du lieu de débarquement (Pharsale), celle dePaleste ou Palseassa, celle du camp de César sur l'Apsus, près d'Asparagium, et nous avons exprimé nos conjectures sur son itinéraire deDyrrachium à Gomphi. A propos de l'expédition de Brutus et de Cassius, nous sommes revenu sur ce que nous avions dit précédemment de THarpessus, du Gangitès et du Zygactès, et nous avons essayé de concilier avec Arrien les opinions contradictoires de Cousinéry et de M. Perrot sur le mur de Néopolis. Enfin nous avons reconnu dans le Scurio des itinéraires la ville de Cyrrhus, et dans Dicaeopolis l'ancienne Ichnae. Notre moisson aurait été beaucoup plus abondante si nous n'avions pas été précédé par les habiles et fructueuses recherches de M. de laCoulonche et de M. L. Heuzey.
C'est surtout dans la description politique que nous avons trouvé à nous exercer après tant d'autres. Personne n'avait avant nous, en France du moins, entrepris de rétablir entièrement la géographie ancienne de la région macédonienne. Leake, dont le cadre est de tous le plus étendu, n'a pas dépassé au nord Dyrrachium et le lac Lychnitis, à l'est Sirris et le cours de l'Angitas, et la géographie physique du pays, mal connue de son temps, l'a entraîné dans plus d'une erreur. Si l'étendue de notre tâche était un péril véritable, elle offrait aussi par compensation un certain avantage, et donnait à nos recherches plus d'ensemble et d'unité. En
4iS GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE LA MACEDOINE.
effet, c'est surtout dans la topographie que les détails s'expliquept Tun par l'autre, et souvent nous avons trouvé dans des localités situées même à de grandes dislances la solution de difficultés demeurées jusque-là sans explication. Leake et M. L. Heuzey nous ont laissé peu de chose à faire pour la Thessalie et la Piérie ; M. de laCoulonche ne nous a permis d ajouter à sa description de TEmathie que quelques rares conjectures. Nous avons été plus heureux au nord-ouest et à Touest, oii nous n'avions guère d'autres devanciers que Raoul-Rochette et Pouqueville. La Chalcidice et la Thrace ont aussi donné matière à quelques rectifications.
Dans rillyrie grecque nous avons déterminé la position des Maniens et de leur Emporium, celle des Pénestes, de TArtatusleur fleuve, d'Oaeneum, leur ville principale. Nous avons cru reconnaître chez les Albaniens Albanopolis et Derda ; chez les Dassarètes Enchélana, Satium et Gréonium ; sur le territoire des Dyrrachins Asparagium ; nous avons assigné aux Eordètes leur cantonnement sur le cours moyen de l'Eordéus, et exposé nos conjectures sur le Phœbatide et sur la tribu éléenne des Calicéniens. Nous avons choisi le premier siècle avant Jésus-Christ pour nous représenter l'aspect probable du golfe d'Aulon, et déterminer la position relative des colonies grecques établies sur ces bords entre les Chaones demeurés barbares et la pointe extrême des monts Acrocérauniens. Nous avons signalé en passant un curieux passage de Strabon, qui mentionne Toïdium et sa médication par le bitume. Chrysondyon et Sésareth nous ont donné remplacement probable des Dyestes et des Sésarasiens.
La Thessalie épictète est si remplie de noms historiques, que, malgré les étroites limites assignées à cette annexe por litique de la région macédonienne, nous avons pu signaler un certain nombre de points nouveaux, ou déterminer avec
plus de précision ceux déjà conous. Nous croyons avoir placé les premiers Oxynéia à Kastraki ; nous avoqs las pre^' miers donné la position de Mégara, de Naxium, de Tripolis Scœa, de Titaron, d'^Enia. Nous avons mis sur d'autres po-, sitions telles que Piéria, Pialia, Phéca, Pélinna, Pélinnaeupa, Eritium, Azorus, Doliché, Gyrton, Eloné ou Limoné, Dor done, Dipnias, une opinion contraire à celle de Leake ou de M. L. Heuzey, et nous avons dit quelles étaient nos raisons. Nous avons contesté l'existence d'une seconde Métropolis daîis le bassin du Titarésius, et nous avons es? sayé de répartir entre les torrents qui forment ce petit fleuve les différents noms transmis par les anciens. Nous croyons avoir prouvé qu'il existait une route sur la rive nord du Pénée par TOctolophe, et nous avons indiqué les points précis où Ton passait le Pénée entre Larigse et la mer. Il nous semble que le bassin du Pénée à Touest depuis Elatia jusqu'à Gomphi aurait besoin d'être exploré de nqur veau sur ses deux rives ; les positions si importantes de Gyr^ ton et dePhacium s'y reconnaîtraient vraisemblablement.
La région de TOlympe et les bassins côtiers de la Piérie ont élé étudiés avec beaucoup de soin, et décrits avec beaucoup de sagacité et d'élégance par M. L,. Heuzey. Plût à Dieu que toutes les sources que nous avons consultées eussent eu pour nous l'attrait de son beau livre sur le mont Olympe et l'Acarnanie 1 Cependant nous avons été en désaccord avec lui sur quelques points et nous avons hasardé nos conjectures sur quelques autres. Nous avons maintenu avec Leake Hatéra à Ekatérini, et avec M. L. Heuzey luimême Valla à Palatitza ; nous avons préféré sa première conjecture à son récent rapport inséré dans le Moniteur^ et nous avons laissé en Emathie avec M. de la Coulonche Miéza et leNymphaeum d'Aristote. Nous avons signalé des roules de Dium à Alorus et de Pydna à Bérée par la forêt Pié-
rienne, rapproché la station de Sabazion du dieu Sabazius mentionné par Cicéron. Nous avons placé autour de Dium un temple de Bacchus (Hagios Dionysios) ; à l'ouest, entre cette ville et TOlympe, Pimpléiaet Mnsaeum, pleins du souvenir d'Orphée ; à Test, entre Dium et la mer, Piérie et Acesae, villes piériennes, et, en comparant les distances données par les itinéraires, nous avons assigné une position difiérente à Méthone, à Pagae et à la station de Bada. Ces additions ou rectifications paraîtront utiles sans doute, mais elles demeurent secondaires, et elles font surtout ressortir le mérite des travaux de M. L. Heuzey.
Dans le bassin de THaliacmon la position d'Elima, d'Argos Oresticum, de l'Argestaeus Campus, de Cellse, a pu être fixée ; nous avons aussi reconnu le lac Bëgorritis dans le lac de Kailari. La région septentrionale, répondant au bassin de TErigon et au bassin supérieur de TAxius, est très-pauvre eu monuments et en textes historiques, et encore très-mal connue. Là surtout il convenait d'être sobre en conjectures pour rester vraisemblable ; nous avons porté notre attention sur quelques points seulement. Nous avons essayé de déterminer l'emplacement de quelques villes, comme Héraclée, Lyncus et Nicée; nous avons établi qu'autour de l'Octolophe il y avait deux routes; que l'une, celle du nord, était Toeuvre des rois de Macédoine, ou du moins existait de leur temps, et qu'alors c'était la plus fréquentée ; que l'autre, celle du sud, plus courte, leur était connue, mais qu'elle était moins frayée, et qu'elle fut adoptée par les Romains dans le tracé de la voie Egnatia. Les positions de Stuberra, dePélagonia, deBylazora, d'Almana, nous paraissent certaines. La belle découverte de M. L. Heuzey, qui a reconnu à Polotsko les ruines de Stobi, nous a permis à nous-mêmes une conjecture nouvelle au sujet d'Istib, et nous avons vu dans cette ville une seconde Stobi, habitée
au moyen âge par les citoyens de la première, pour rester en dehors des invasions. Nous croyons que l'on doit placer Perséis aux environs de Polotsko, en tirant vers le sud-ouest, et il nous paraît difficile d'admettre que la vallée inférieure de TErigon soit assez sauvage pour interdire cette supposition.
Parmi tant de points en discussion, il n'en est pas qui aient été plus débattus que l'existence et remplacement de la Tripolide pélagonienne et de la Tripolide péonienne. Tout d'abord il a fallu reconnaître que le texte de Strabon, qui faisait la principale difficulté, était étrangement corrompu, et demeurait inexplicable. Ceci une fois admis, le problème se résolvait tout seul: M. de laCouionche a trèsclairement décrit la Tripolide pélagonienne, et on ne peut la méconnaître dans ce qu'il dit de TAlmopie et des Almopes; la Tripolide péonienne n'a pas été moins bien indiquée par Leake. Nous avons adopté leurs opinions, et ajouté seulement quelques détails à leur description. De même en Emathie nous n'avons eu pour ainsi dire qu'à reprendre leurs traces. Cependant nous avons cru pouvoir signaler Antigonée pélagonienne, sur le cours supérieur du Vodéna, et au nord d'Edesse Tyrissa et Eubœa; nous avons essayé de concilier Couâinéry .et M. de la Coulonche au sujet de l'intermuralis amnis de Pella, et nous croyons, contrairement à l'opinion de ce dernier, que les tumulus de Pella peuvent être des tombeaux de rois ; il nous paraît surtout évident que rien ne nous défend de le croire, et les curieux tumulus explorés par M. Heuzey près de Pydna, sont bien faits pour donner l'envie de recommencer les fouilles.
Sur la frontière de l'Emathie, nous reportons la limite de la Bottiée à l'Echédorus : nous nous appuyons principalement sur le changement du cours de l'Axius, et c'est entre
Tancien lit de ce fleuve et celui de l'Echédorus que nous plaçons le territoire de Ghalastre, qui était Botliéen. Selon nous, Amphaxis n'est pas une ville, mais une région comme le Paraxia, et les monnaies frappées avec la légende AM<&ASIS sont les monnaies d'une région, d'une ligue, comme probablement celles frappées avec la légende XAAKIAEQN. Nous avons essayé de donner une position à plusieurs villes de la vallée inférieure de l'Axius ou de la Mygdonie, comme Amymon, Antigonée mygdonienne, que nous distinguons d'Antigonée des Sables, ou Antigonée Psaphara, Crestoné, Letœ, Xylopolis et Bolbé. Cette partie de la région macédonienne nous semble aussi réclamer de nouvelles explorations.
En Ghalcidice, le Kortiasch est le Dysorum d'Hérodote, et le mont Salomon est l'Hypsizonus de Pline. Rhacélus, près du mont Cissus, nous permet de donner le nom du Réchius à la principale rivière qui arrose la Grosséa, et sur le témoignage de Tiie-Live nous plaçons Antigonée Psaphara près de la mer, presque aux bouches de ce petit cours d'eau. Nous voyons dans Scithae le port de Potidée, dans Thérambus peut-être la métropole de Stagire ; le Colophoniorum Portus, la ville de Parthénopolis, le Gophoslimen ont été déterminés à peu près sûrement. DansTActé, nous avons fixé la position d'Uranopolis, celle d'Emathia ; la situation d'Acanthe et de son port Panormus nous a permis d'expliquer un passage d'Hérodote, et nous a fait distinguer l'ancienne Stagire, ville maritime détruite (Alapta?) par Philippe, de la ville nouvelle, bâtie à Tintérieur par Aristote. Nous avons aussi reconnu TAulon, et au nord de TAulon, que nous pensons être le canal d'écoulement du lac de Bolbé, nous avons placé Bromiscus et Aréthusa. Les Apollonies échelonnées en Ghalcidice, en Mygdonie et en Piérie nous paraissent avoir une origine
commune, et elles ont les Bottiéens ou Piériens de la Bottiée pour auteurs.
Nous avons déjà indiqué dans la Thrace épictète la Lacédémonie de Piérie, et Torone Piérienne, qui y était située, et nous attribuons ce canton et les villes de Torone et de Doris, situées au sud-est d'Amphipolis, aux colonies lacé-* démoniennes établies dans cette partie de la Thrace à la suite de l'expédition de Brasidas. Nous distinguons avec soin Eione Mendésienne d'Eion du Strymon, et le Drabescus des itinéraires, aujourd'hui Drama, du Drabescus de Thucydide, aujourd'hui Drawik. La Parstrymonie de Tite- Live nous pafaît mal placée par Kiepert ; nous comprenons au contraire à la façon de Leake le Uiépioç xôXiroç, qui correspond à la coulée resserrée entre le Pangée et les monts Biblins.
Une interprétation nouvelle nous conduit à voir dans Œsyme, Tisara et Datum trois noms d'une même ville à trois époques différentes ; nous y rattachons Antisara, les monts Biblins et le vin de Bibline, célèbre dans Tantiquité, et cette interprétation éclaircit un des points les plus obscurs de la géographie de la Thrace épictète. Héraclée Sintique, colonie macédonienne, ne doit pas être confondue avec Sintia, ville barbare, probablement capitale des Sintes, et située sur la rive gauche du Strymon. Nous croyons avoir retrouvé la position de Parœcopolis et de Jamphorina, peut-être celle de Desudaba. La ville de Trôgilus, la chaîne du Symbole, les gorges Sapéennes, le cours de THarpessus ont aussi attiré notre attention.
Nous venons de rendre compte le plus brièvement possible de notre travail. Dans cette analyse très-rapide, nous n'avons pas dit absolument tout ce qui nous appartient; en revanche nous avons peut-être revendiqué comme nôtre plus d'un point mis en lumière par quelques-uns de nos
devanciers ; si ce dernier fait existe, c'est certainement à notre insu. Dans tous les cas, nous pouvons affirmer que nous n'avons rien avancé sans preuves. Nous reconnaissons que notre tâctie eût été impossible sans les consciencieux travaux du colonel Leake, et de l'école française d'Athènes, et surtout sans les excellentes cartes de MM. Von Hahn, Kiepert et Viquesnel.