IV
sandre y fit construire cent vaisseaux, il se pourrait que Scithse ait été jadis le port de Cassandréa ; dans ce cas, nous la mettrions de préférence au nord-est sur le golfe Toronaïque. A Textrémité sud-ouest, le cap Posidium (Possidhi) regarde la Magnésie ^ ; il pourrait être le même que le cap Gonusa, donné par Eustathe à la Pallène' : la presqu île y prend en etfet la forme d'un genou. Derrière ce cap était située Mendé% appelée aussi quelquefois Mendis, fondée par des Erétriens revenant de Troie \ et prise aussi par les Athéniens dans la guerre du Péloponnèse ^ Quand les Romains abordèrent dans la Ghalcidice, ce n'était plus qu'un bourg dépendant de Cassandréa^, mais elle avait été d'abord la principale ville de la Pallène, et sa position à l'abri des vents du large était très-avantageuse ^ Eione Mendésienne, près des bouches du Strymon, lui doit son origine; le vin de Mendé avait de la réputation ^.
Scione, située à T est-sud-est , fut fondée à la même époque que Mendé par des Achéens Phthiotes (Achi-vi) revenant de Troie, qui s'y établirent avec leurs captives troyennes ^. Lors de l'invasion des Perses , Scyllias de Scione était le plus habile plongeur de son temps ; il fit à la nage depuis Aphètes jusqu'à Artémisium 80 petits stades (8 kilomètres) pour avertir les Grecs que les Perses doublaient TEubée. Il avait sauvé auparavant des richesses immenses aux Perses dans leur naufrage auprès du mont Pélion, mais il avait causé lui-même en partie ce naufrage en arrachant leurs ancres ^^ Timaxène voulut livrer Scione à Artabaze, lieutenant de Mardonius, mais il fut prévenu
* Liv. XLIV. 11. 7 Cousinéry. II. 111.
2 Euslalh. ad Iliad. II. 573. » Steph. 457.
3 Liv. XXXI. 45. 9 Pomp. Mêla. IL 2.— Steph. 608.
* Pomp. Mêla. IL 2. w Hérod. VIII. 8. et note de Lar- » Thucyd. IV. 130. cher.
« Liv. XXXI. 45.
dans ses desseins, et Artabaze échoua devant cette ville comme devant Potidée\ Dans la guerre du Péloponnèse, Sparte, maîtresse dePlatées, y établit des Scioniens; Athènes s'en vepgea par la prise de Scione, et donna cette ville aux Platéens chassés de leur patrie \ Plus à l'est, et près du cap Ganastréen, était située Sané^, qu*il ne faut pas confondre avec une ville du même nom, située dans TActé.
Le cap Canastrum (Paliuri), situé à l'extrémité de la Pallène , regardait la Magnésie, comme le cap Posidium ; c'était de toute la presqu^île 1^ partie la plus avancée dans la mer*, et il terminait au sud-ouest le golfe Thermaïque^ au sud-est le golfe Toronaïque. Ce nom devait s'étendre anciennement à toute la pointe où se trouvent les caps Paliuri et Saint-Nicolas , car on remarque qu'il y avait à Torone, dans la presqu'île de Sithonie, une petite porte (utiXiç) dans la direction du cap Canastrum^. Dans ce cas, nous plaçons, avec Leake^, au cap Kanaritza le cap Thérambus, ou Thrambus^- la ville de ce nom, indiquée parScylax^ et par Hérodote ^, appelée Strambse par Etienne de Byzance ^^, pouvait être située à l'ouest du cap Thérambus (Kanaritza), entre ce cap et le cap Glaretta. Leake place également avec vraisemblance iEga à Kopsokhori, Néapolis à Polykrono , Aphytis à Athyto *^ ; grâce à la frappante analogie des noms, ce dernier emplacement paraît certain. Néapolis et iEga ne sont citées que par Hérodote, et probablement ce ne sont que des bourgades ; mais ce sont des bourgades du littoral, où la flotte des Perses recueille des marins. Un passage d'Etienne de Byzance *% qui appelle les Strambéens Stagirites, ferait supposer que Thérambus
1 Hérod. VIII. 128.. î Steph. 312.
2 Diod. XII. 76. 8 Scyl. 66.
3 Pomp. Mêla. II. 3. » Hérod. VII. 123.
* Liv. XLIV. 11.— Hérod. VII. 123. lo steph. 618.
8 Thucyd. IV. 110. u Leake. III. 155.
6 Les^e. m. 155. 12 Steph. 618.
OU Strambse était une colonie de Stagire. Aphytis est une des cinq villes de la Pallène; selon Etienne de Byzance *, elle fut bâtie par un indigène du nom d'Aphyus, et elle possédait un oracle d'Ammon ; Xénophon ^ lui donne aussi un temple de Bacchus. Hérodote l'attribue aux Erétriens, avec toutes les autres villes de la presqu'île', et elle envoya elle-même une colonie à Chytropolis, petite place fortifiée du littoral de la Thrace*. La flotte de Xerxès, en longeant les côtes, y recueillit des hommes et des vaisseaux comme dans toute la Pallène ^, et les Athéïiiens en partirent pour assiéger Potidée^ Le culte d'Ammon à Aphytis, transformé plus tard en culte de Jupiter ''; le culte de Bacchus; Mendé, qui fie trouve en même temps en Chalcidice et sur les bords du Nil; Gigonus, ce dieu bouffon et vorace des Egyptiens, dont la ville de Gigonus et le cap Gigonis ont retenu le nom, nous font croire qu'il y eut avant l'occupation des Erétriens des colonies égyptiennes dans ces contrées.
d. Paranfa, Sllhonle.
Le nom de Paraxia (au delà de TAxius) parait opposé à celui d'Amphaxitide (autour de l'Axius) ; c'est, comme le nom de Crosséa, un nom de région sans valeur politique, et il n'y a jamais eudeParaxiens. Vraisemblablement ce nom s'est étendu sous la domination romaine à toute la Chalcidice et aux presqu'îles secondaires ^ ; peut-être aussi étaitce le nom primitif de la Chalcidice, avant l'arrivée des colons de Chalcis et d'Erétrie. Pour quelques auteurs Torone est dans la Paraxia, et par conséquent la presqu'île de Sithonie tout entière; plus tard, et avant les Romains, ce nom ^' est
1 Steph. 145. B Hérod. VII. 123.
2 Xénoph. Hellén. V. 5. « Thucyd. I. 64.
8 Hérod. VII. 122. ' pjut. Lysandr,
* Tliéop.Fragm. liv. XXÏÏ. « Ptol. III. 13. p. 94.
TOPOORAPHIB. 371
restreint à la partie comprise entre Ift Crosséâ et laBottique au 9ud-ouei3t, et la Chalcidice proprement dite au nord-est. La Paraxia comprenait le cours inférieur du Chabriusl, et s'étendait probablement sur le golfe Singitiqué jusqu'au cap Mavro t la Sithoniè y était renfermée.
Le gôlfê Toronaïque sépare les deux presqu'îles de Pallène et de Sithoniè; il portait dans sa partie la plus profonde, là où il entamait un peu plus la terre ferme, le nom de golfe Mecybernéen*, qui paraît avoir été le nom primitif du golfe tout entier*. Les embouchures de TOlynthids et de TAmnias formaient un marais appelé Bolyca-Paltis?^; Artabaze y conduisit les Bottiéens pris daAs Olynthe, et ils y furent égorgés*. Ce marais nous paraît être le lieu Cfeux (;)^(optov xoD^ov) situé près d'Olynthe, et appelé Cantharolethron, où les escarbots mouraient aussitôt qu'ils y étaient entrés ^.
En sortant de la Pallène, la première ville qu'on trouve dans la Paraxia est Olynthe (Hagios Mamas), bâtie sur un lieu élevé, entre FOlynthius et TAmnias, à 60 stade^* (H kilomètres) dePotidée. Ainsi appelée, selon Etienne de Byzance, par Olynthus, fils d'Hercule"^, elle paraît cependant avoir eu pour premiers habitants les Bottiéens, chassés par lesTéménides®, et elle ne devint une ville grecque qu^à Tépôque de Tinvasion des Perses, lorsqu'ArtabazJe introduisit des Chalcidiens dans ses murs. Critobule de Torone fut le chef de cet établissement ^ ,• Perdiccas, roi de Macédoine, le favorisa pour l'opposer aux Athéniens, maîtres de Potidée^^ et son essor fut rapide. En moips de cinquante ans Olynthe devint la plus puissante et k plus glcrrieuse
* Pomp. Mêla. II. 3. • Thucyd. 1. 63.
2 Scymn. Ch. V. 641. 642. ? Steph. 515.
8 Athén. DeipnoMvh. VIII. ». » Baotiî-Itochetttf. IV. dO.
^ BlWd. Vin. 12T. 15». 9 Hérod. VIII. 127.
» Chrest. Str. VII. 74.-- Plin. îî. ^o Thucyd. I. 5».
des villes chalcidiennes ^ : elle réunit sous son joug jusqu'à trente-deux villes grecques % et son territoire, appelé Olysia, comprit alors presque toute la Chalcidice^. Affranchie de la prépondérance des Athéniens, elle lutta quatre ans contre Sparte, et fut obligée de subir son aUiance *, mais elle était restée redoutable, et à Tavénement de Philippe elle était le principal obstacle à l'établissement des Macédoniens dans la presqu'île. Démosthène le comprenait, et quoiqu'elle eût été presque toujours l'ennemie d'Athènes, il voulait qu'on la secourût. On agit trop peu et trop tard; Olynlhe, livrée par des traîtres, fut détruite de fond en comble, ses habitants furent vendus, et beaucoup de villes de son territoire furent enveloppées dans sa ruine ^. Parmi ces villes étaient sans doute Scolus^ et Miacorus'', dont depuis il n'est plus question. La destruction d'Olynthe ellemême fut si complète, que ses faibles ruines, encore existantes, servent moins que sa distance de Potidée, et que le marais voisin deCantharolethron, à faire retrouver sou emplacement^.
Mécy berna (Molivo ou Molivopyrgo), placée par Hérodote en Sithonie ^ et par Hégésippe dans la Pallène ^\ a donné son nom au golfe Mécybernéen. Elle servait de port aux Olynthiens ^\ qui l'enlevèrent aux Athéniens à l'époque de la paixdeNicias''. Prise par Philippe eu même temps qu'Olynthe, elle subit le même sort; on y remarque encore aujourd'hui quelques restes d'antiquités ^\ Antigonéa Psaphara étai^t située à l'intérieur (ev ttI jjLeo-oYetv) ^* comme Chetae et
1 Polyb. IX. 29. 5Î. s Leake. III. 154.
* Aristot. PoUt. II. 12. » Hérod. VII. 122.
3 Isée. Disc, de Dicœogen. hœred. ^^ Heges. Pallen. ap. Steph. 464.
* Diod. XV. 20. 23. — Xénoph. ii Strab. VIL Fragm. 29. d. 279 Hellén. V. 3. 12 Diod. XII. 77.
» Diod. XVI. 53. — Scymn. Ch. V. i» Leake. III. 155. '^Thucd.V.ia ^;Ptol.ni.l3.p.M.-Seyma.V.
7 Théop. Ap. Steph. yo.
Moryllus* ; nous ne pouvons fixer leur position, mais nous n'adoptons pas celle qui est donnée aux deux dernières par Kiepert^. Ces villes, probablement comprises, du moins les deux dernières , dans celles que Philippe détruisit avec Olynthe, ne pouvaient être situées au delà du Réchius, ou bien alors elles n'étaient plus dans la Paraxia.
Les villes qui suivent nous paraissent appartenir spécialement à la presqu'île de Sithonie. Olophyxa était située près du golfe Mécybernéen, àlasuite deMécyberna^ : il ne faut pas la confondre avec une ville du même nom, située dans l'Acte. Elle devait être aussi très-proche de Sermylis, dont l'emplacement se reconnaît dans la bourgade actuelle d*Ormylia\ sur la rive gauche du Chabrius, presque à son embouchure, et comme la position de SermyUs nous paraît certaine \ nous pensons qa'Olophyxa devait être sur la rive droite,entre Sermylis et Mecyberna. Sermylis, appelée aussi Sermylé, était une colonie deChalcis ; les Athéniens y furent battus par les Potidéates, et y perdirent beaucoup de monde dans une embuscade ^. Etienne de Byzance la place aux abords de TAthos"^, mais, outre que cette expression est très- vague, Hérodote la place dans la Sithonie, et son témoignage doit être préféré®. Physcellse^ indiquée par Pomponius Mêla entre Torone et Mécyberna*^ est placée ^ar Kiepert près du cap Kastri. Selon Théagène dans ses MacédoniqueSy Géraeste, fils de Mygdon, avait des filles d'un caractère sauvage, qui fuyaient le commerce des hommes; pour servir d'asile à leur humeur insociable, il bâtit la ville de ParthénopoUs, qui, dit Etienne de Byzance, conserve encore le même nom^\ Comriie la Mygdonie com-
1 Ptol. III. 15. p. 94.-Plin. IV. 17. 7 steph. 594.
» Kiep. Thess. Epeiros. s Hérod. VII. 122.
8 Plin.lV. 17. 9 Plin. IV.IO.
* Kiep. KarU von der Eur. Turk. lo Pomp. Mêla. II. 3.
8 Leake. III. 154. u Steph. 529.
6 Thucyd. I. 64.
37& GÉOGRÂPitflE ANGIINNB DE LA MACÉDOINE.
prenait primitivement toute la Chalcidice, et que Cruséus, autre fils de Mygdon, a donné son nom à la Grosséa*, la ville deParthénopolis pourrait correspondre àParthéniona*. Nous croyons aussi que le port des Colophoniens, où Cléôn aborda en partant de Scione, et qui n'était pas très-éloigné de Torone ^, doit être placé dans Tîle de Kolfo, indiquée par Leake et par Kiepert à 17 ou 18 kilomètres de Torone, sur la côte de Sithonie *, et dont la position en arrière de la ville pouvait faciliter une surprise. Il n'est pas nécessaire de voir ici avec le savant éditeur de Thucydide, Poppo, les Tolophoniens de Locride ; il n'est pas plus étonnant de voir sur ces côtes les vaisseaux de Colophon que de voir les Athéniens et les Erétriens débarquer en lonie pour brûler Sardes, et les villes d'Asie avaient des rapports assez fréquents avec la Chalcidice pour que le nom des Colophoniens soit maintenu. Galepsus, placée par Hérodote en Sithonie, et différente d'une ville du même nom, située dans la Parorée de Thrace, est placée par Leake au fond d^une petite anse formée par le cap Papavia. Son hypothèse, qui fait de Galepsus et de Physcellae une seule et même ville, nous paraît toute gratuite ^
Torone (Toron) était la principale ville de la Sithonie ; fondée par les Chalcidiens d'Eubée dans une position avantageuse, elle prospéra rapidement, et devint la métropole et la mère d'environ trente autres villes ^ qui se servaient des mêmes lois"^. A trois stades de ses murs elle possédait un temple de Castor et de Pollux. Elle était bâtie sur une colline, et on y entrait du côté du cap Canastrum par une petite porte que TOlynthien Lysistrate ouvrit à Brasidas et
1 Steph. 390. » Leake. UI. 155. 178.
* Kiepert. Karte vcmtier Eur.Turk, « Strab. VII. Fragm, 11. 8 thucyd. V. 2. \ Aristot. Pol. II. IS.
* Leake. Map of north Gr .^Kiep .
Eur, Turk.
à ses soldats *, Le triomphe des Spartiates fut de courte durée. Gléou, sorti du port des Colophoniens, et averti par les transfuges que Brasidas n'était plus à Torone, reprit la ville 2, et réduisit en esclavage tous les habitants^, bepuis cette époque elle ne fît que déchoir. Elle fut prise par Phi»lippe, fils d'Amyntas*; les Romains, après leur échec de-» vaut Cassandréa, s'y retirèrent avec leur flotte, et, repousses par une vaillante garnison, s'en retournèrent à Démé triade^. Il faut cependant que les Toronéens aient acheté plus tard la bienveillance des Romains par quelques services, car sous les empereurs ils jouissent de l'autonomie*. Les ruines de Torone conservent encore le même nom- Dans les premiers temps de leurs émigrations, les ChaU cidiens paraissent avoir eu principalement pour territoire la presqu'île de Sithonie; Torone leur servait de port et de forteresse, et c'est de là qu'ils s'étendirent aux dépens des Mygdoniens"^ (de ceux de ParthénopoUs par exemple) jus-qu'aux sources du Chabrius et jusqu'au Dysorum (Héracléus Stibus). Torone, coinme Corinthe, avait deuxports> ou peut-être, pour parler plus exactement, un port et une rade de refuge. La rade de refuge, Lécythus®, protégée pig^* le cap Papavia, se trouvait à l'ouest, et pouvait lui être commune avec Galepsus; Tite-Live en vante la commodité ^> Le port, appelé port Sourd, ou Cophos limen^^ était long et étroit; on n'y pouvait rien entendre à cause du bruit des vagues, et cela avait donné lieu au proverbe : Plus sourd que le port de Torone (xoxfOTepoç Topwvalou Xi[jLévo<;)" . Au nordest de Torone, le village d'Hagio Nicola a servi jadis de
1 Thucyd. IV. 110. f Leake. III. 455.
2 Id. V.2. 8 Kiep. ThessaU Epeiros.
3 Diod. XII. 68-73. » Liv. XLV. 30.
4 Id. XVI. 5à. 10 Strab VIL Fragm, 3â. p. ^.
8 Liv. XLIV. 12. 11 Erasm. Adag, chiL H. cent. it.
6 Plin. IV. 17. prov. 8. ♦
refuge aux Toronéens, chassés par des pirates, et remplacement de Toron appartient encore aujourd'hui à leurs descendants*.
Près du Gophos limen, la ville de Derrha^ comprise dans le territoire des Toronéens, donnait son nom au cap Derrhis, situé en face du cap Canastrum. Nous croyons avec Kiepert que ce cap est le cap Drépano % et comme il ferme du côté dé la presqu'île de Sithonie le golfe Toronaïque, il doit êlre placé avant le cap Ampélos ; au fond d'une petite baie à l'ouest de ce cap était vraisemblablement située la ville de Derrha. De l'autre côté, le cap Ampélos regardait FActé* ; ce pourrait être le cap Falso, indiqué par Lapie \ Nous préférons ici les positions données par d'Anville et par Kiepert à celles données par Leake. Il y avait aussi une ville d'Ampélos, de laquelle le cap tirait son nom ^ A partir de ce cap, on entrait dans le golfe Singitique, qu'il fermait au sud-ouest,comme le cap Nymphseum le fermait au nord-est.
Sur la côte septentrionale de la presqu'île de Sithonie, nous rencontrons Sarte, appelée aussi Sarga, placée par Leake et par d'Anville à Kartali, au fond d'une petite baie protégée par le cap de ce nom, et Singus, aujourd'hui Sykia, oii il y a des ruines. C'est de Singus qu'est venu le nom du golfe Singitique, et le village d'Hagio Nicola est situé à moitié chemin de Singus et de Torone, bâties dans une position analogue sur les deux versants opposés. C'est peut-^être la même ville que Lingus, dont la chronique d'ApoUodore fait une forteresse desCassandréens ^ Sithone, qui donne son nom à la presqu'île, se trouvait probablement dans l'autre gorge de l'isthme, à l'opposé de Sermylis».
1 Cousinéry. II. 113. » Lapie. Turq. d'Eur,
2l>lin. IV. 15. 6 Plin. IV. 17.
3 Kiep. ThesscU. Epeiros, "^ Steph. 422.
* Steph. 75. 8 V\m. IV. 17.
Pilorus, appelée aussi Pidorus, doit être cherchée entre Sithone et Singus, autour de l'île de Diaporo, peut-être à Port-Vurvuri \ Enfin, au delà du coude occupé par Sithone, mais en deçà du cap Mavro, Leake mentionne un Paléo-Castro ; il y place avec vraisemblance l'ancienne Assa^ qu'il croit être la même que Cassera, colonie deChalcis\ Nous adoptons cette opinion, et nous croyons aussi que c'est la même qu'Assorus^ placée en Mygdonie par Ptolémée*. Aristote nous apprend en effet que son territoire, l'Assoritide, situé dans la Chalcidice de Thrace, était arrosé par le Psychros, que cette rivière devait son nom à ses eaux très-froides, et qu'elle avait la réputation de faire produire des agneaux noirs aux brebis qui paissaient sur ses bords ^^ Il ne faut pas s'étonner de trouver autant de villes accumulées sur un aussi petit espace : toutes ne fleurirent pas en même temps , et les profits de la navigation fournissaient à toutes les blés que leur territoire leur refusait. Assa, Pilorus, Singus et Sarta ont été visitées par la flotte de Xerxès.
e* Acié.
Le nom d'Acte, synonyme de celui d'iEgialus, veut dire rivage : c'est ainsi que nous voyons Denys le Périégète appeler Thasos le rivage de Cérès^ (Ayî[jL7iTipoç àxTTi). Il s'applique à la péninsule formée par le mont Athos depuis le cap Nymphœum jusqu'au canal de Xerxès. L'Athos, dit Hérodote, est une montagne vaste, célèbre et peuplée qui s'avance dans la mer, et se termine du côté du continent en forme de péninsule ^ dont l'isthme a environ 12 stades
1 Kiep. Karte von der Eur. Turk» ^ Arist. Hist. Aimn. III. 12.
2 Leake. III. 153. « Denys le Périég. V. 523. 8 Plin. IV. 17. ^ Hérod. VII. 22.
* Ptol. III. 13. p. 94.
37$ GÉOGRAPHIE ANqiSNNE DB LA MAGEDOmE.
(2^"',120). Selon Strabon, son pourtour a 400 stades de navigation depuis Acanthe jusqu'à Stagire (52 kilomètres)? cette évaluation est très-insufûsante, et la correction proposée par M. MuUer (t^ pour u, ou 700 stades) ne donne ellemême que 91 kilomètres. Nous croyons qu'il faut peut-être lire : du port d'Acanthe (Panormos) au port de Stagire (Alapta), et la correction de M» Muller, encore au-dessous de la distance réelle, répond un peu mieux à cette indication.
L'isthme, coupé par le canal de Xerxès, ou canal royal, consiste en une plaine avec de petites collines qui vont du golfe d' Acanthe au golfe Singitique ; le mont Athos s'y termine *. La première ville qu'on y rencontre après le canal, dont la tracé se reconnaît encore, est la ville de Sané, colonie d'Andros, tournée vers la mer qui regarde l'Eubée. Andros obéissait aux habitants d'Erétrie% et les villes fondées par les Andriens sont en réalité des colonies érétriennes. Cependant Uranopolis, dont l'existence est prouvée par des médailles, a été fondée par Alexandre, frère de Cas-^ sandre; roi de Macédoine ; Pline ^ est, avec Athénée,* le seul auteur qui en fasse mention, et parmi les villes de l' Athos il ne nomme pas Sané. C'est peut-être une raison de croire que Sané est la même qu'Uranopolis, et Leake et Kiepert l'ont pensé ^ Cette opinion devient encore plus plausible si on remarque que Sané ou UranopoUs, bâtie par Alexandre au nord-est, était dans une position analogue à celle de Cassandréa, bâtie par Ca^sandre au sud-ouest, et que les deux villes fondées par les deux frères défendaient les deux isthmes.
La région de TAthos était habitée par un mélange de na» tions barbares qui parlaient deux langues ^ Tune entre
1 Hérod. VII. 22. s Leake. IIL 149. — Kiep. Thess,
2 Thucyd. IV. 103. Epeiros.
3 Plin. ÏV. 17. « Thucyd. IV. 109.
* Athén. Deipnosôph, III. ^0.
euï, qui était leur idiome propre, l'autre avec les Grec3 pour h^ besoins du commerce S II y ayait deg Cbalcidiens en petit nombre, des Dictidiens, des Bisaltiens, des Crestoniens, des Pélasges Tyrrhépiens, Leurs petitaa villes 3e rendirent presque toutes à Brasidas, excepté Dium etSané, qui lui résistèrent, et dont il ravagea le territoires Thyssus, alliée d'Athènes, occupée par les Dictidiens, et appelée Thyné par Pline % est placée par Leake à Kastamonitu, Cléones à Xéropotamo, Nymphéum à Hagia Anna; ce sont là ces petites colonies deg Pélasges mentionnées par Thucydide* et par Pomponius Mêla S et qui occupent le pied de la montagne sur les deux versants; cette observa^ tion s'applique aussi par conséquent à la côte septentrio-» nale.
Le cap Nymphéum, appelé par Strabon promontoire d'Athos, est actuellement le cap Hagio Giorgi. Sur la côte nord-est, en face de Thasos, le cap Acrathos^ ou Acrothoon (Smyrna)^ indique l'entrée du golfe Strymonique'^, limité au nord, dans Tîle de Thasos, par le cap Képhalo. La ville d'AcrothoïS ou d'AthosaS située sur TAthos, et près de son sommet, était renommée pour la longévité d^ sea habitants, dit^ Macrobieps. Elle fut eugloutie par un tremblemeut de terre avec ges habitants devenus athées '% et elle n'existait plus du temps de Pline ; ApoUonie Tavait remplacée *\ Ou cogiiptait d'Apollonie à Amphipolis un jour de navigation (environ 90 kilomètres) ^S Olophyxus est placée par Leake ^^ et d'Auville ^* à l'opposé de Thyssus, près du monastère de Siménu. Entre cette ville et ApoUonie, il faut en indiquer
1 Thucyd. V.8Î. » Ptol. m. 15. p. 9â.
2 Jd. IV. 109. 10 Simplic. Cotnm. in EpicU En*-
• î»lin. ÎV. 17. chirid.
* Thueyd. IV. 109. ii Plin. IV. 17.
5 Pomp. Mêla. II. 2. 12 Liv. XLV. 28.
6 Ptol. III. 13. p. 92. 13 Leake. Mapoff^prth. Gr,
. 7 Strab. VII. Fragm. 32. i'* D'Anv. Geogr, ant. Gr. tab.
8 Thueyd.
deux autres : Emathia,en face de ThasosS et Charadrus, appelée aussi Charadries. Leake* et Kiepert' mettent Charadries à Vatopédhi, où il y a encore quelques ruines sans caractère. Dium est placée par Leake à l'entrée du golfe d'Acanthe, à Port-Platy *, presque à la pointe extrême du cap de ce nom ; c'était une colonie de Chalcis ^ Kiepert veut qu'elle soit sur la rive opposée près de Zografou. Nous croyons que l'opinion de Leake doit être préférée, et qu'elle répond mieux au sens du texte d'Hérodote. Les villes, dit-il, qui sont renfermées dans l'Athos en deçà de Sane, et que Xerxès de continentales voulait rendre insulaires ^ sont Dium, Olophyxus, Acrothoon, Thyssus et Cléones. Evidemment il commence son énumération par la côte nord, et Dium doit y être située. En outre, la position de Port-Platy est très-avantageuse; elle a dû être anciennement occupée, et c'est une raison de plus pour y mettre Dium. Paléorium, indiquée par Pline ^ était peut-être à Zografou.
f. Chalddlee proprement dite.
Depuis le huitième siècle jusqu'à Tinvasion macédonienne sous Philippe, fils d'Amyntas, les Chalcidiens, c'est-à-dire les colons grecs de l'Eubée (Chalcis, Erétrie, Andriens),ont dominé dans la Chalcidice ; ils y ont d'abord occupé la presqu'île de Sithonie, puis celle d'Acte, et se sont répandus à l'intérieur jusqu'au lac de Bolbé. Pour ce qui concerne leur histoire et leur existence autonome, le nom de Chalcidice embrasse la région tout entière. Mais si on attache au nom de Chalcidice une valeur spéciale, postérieure à l'invasion macédonienne, et propre seulement à un canton,
1 Steph. 295. 8 Scyl 66.
« Leake. III. 140. 6 Hérod. VII. 22.
3 Kiep. Eur. Turk. ? Plin. IV. 17 * /d. ibid.
la Chalcidice aura pour limite à Touest le mont Gissus (Chassia), qui la sépare de la Grosséa; au sud-ouest et au sud le cours inférieur du Ghabrius, et la Paraxia ; au sudest le golfe Singitique, et le canal royal, qui la sépare de l'Acte ; à Test le golfe^d' Acanthe depuis le canal royal jusqu'au cap Marmara; au nord la chaîne du mont Hypsizonus (Salomon), qui la sépare de TAmphaxitide. La Paraxia, la Sithonie, la Ghalcidiceet TActé sont souvent mêlées et* confondues; laSithonie et T Acte n'ont jamais dépassé leurs limites naturelles , mais les noms de Ghalcidice et de Paraxia ont prévalu à tour de rôle, et se sont étendus selon les époques à la région tout entière.
En reprenant la vallée de Ghabrius, sur la limite de la Paraxia, nous trouvons plusieurs montagnes données par Pline ^ (Hypsizorus, Epitus, Halcyoné, Levomné), dont nous ignorons remplacement, mais que nous attribuons à la Ghalcidice, parce que c'est au milieu des villes chalcidiennes que se rencontrent leurs noms. Peut-être le mont Hypsizorus (Hypsizonus?) est-il le point le plus élevé du mont Gholomonda, c'est-à-dire le mont Salomon, indiqué parLapie : c'est ainsi que le point culminant de Ttle de Thasos s'appelle le mont Ipsari. La ville de Ghalcis, qui a donné son nom à la contrée, est placée dans KAthos par Eudoxe ^, qui appelle aussi Ghalcis le golfe Toronaïque. Nous avons déjà remarqué queTorone et la presqu'île de Sithonie étaient le point de débarquement des Eubéens de Ghalcis, comme la presqu'île de Pallène était celui des Eubéens d'Erétrie. Il est naturel que les Ghalcidiens aient fondé la nouvelle Ghalcis sur le cours d'eau le plus important, au fond du golfe Toronaïque, et c'est avec beaucoup de vraisemblance que d'Anville a placé Ghalcis sur le cours
1 Plin. IV. 17. î Steph. 714.
382 GEOGRAPHIE ANCteNMtf t»Ë LA MACEDOINE.
moyen du Chabrius ; tous les textes qui ise rapportent atix Chalcidleûs admettent cette position. La fondation de Chalcis est d'une époque très-reculée : en effet la guerre entre Erétrie et Chalcis d'Eubée est une deà plus anciennes qui aient éclaté entre les Grecs, et Chalcis d*Eubée fut secourue alors par Chalcis de Thrace *. Elle fut sans doute du nombre des trente-deux villes * détruites par Philippe en même temps qu'Olynthe, Car depuis il n'en est plus fait mention .
Apollonie de Chalcidice, clairement désignée par Xénophon* et par Athénée \ ne peut être confondue avec Apollonie de Mygdonie, ou avec Apollonie de l'Acte. Elle était située à la source des deux rivières qui arrosent l'Olysia, et qui se perdent dans les lagunes du Bolyca ; sa distance à 10 ou 12 milles d^Olynthe (10 à 19 kilomètres) répond à la position de Polygyro, sur lu versant méridional des derniers prolongements du Gissus (Chassia). Leake suppose que Chalcis ne fut jamais qu'un nom de pays, et que le cheflieu de la Chalcidice était Apollonie ^ Aristote, dit-il, connaissait bien la Macédoine, et il ne nomme pas Chalcis ; les monnaies des Chalcidiens de Thrace portent une tête d'Apollon, et au revers une lyre, avec la légende XAAKIAEÛN ; enfin Polygyro est aujourd'hui le chef-lieu de la contrée, comme autrefois Apollonie. Ces raisons ne nous paraissent pas suffisantes : les textes d' Aristote ne sont pas concluants, et de son temps Chalcis était probablement détruite ; les Chalcidiens pouvaient avoir une monnaie générale, ayant cours dans toutes les villes de leur confédération, et désignant moins la ville que le peuple ; Apollonie, .après la destruction de Chalcis^ a très-bien pu être la
i Thucyd. I. 15. [ * Hégésandr. Ap. Athën. VIII. 5.
* Plut. Amator. narr. » Leake. III. 457.
3 Xénoph. Hellén. V. 5.
TOPOGRAratt* , 383
métropole de la Chalcidice ; enfin Chalcis pomait comme Apollonie avoir un temple d'Apollon. De plus, nous ne trouvons pas vraisemblable que les ancieng, qui choisissaient avec tant de discernement l'emplacement de leurs villes, aient laissé la vallée moyenne du Chabrius sans établissements, lorsqu'à ses deux extrémités ils avaient bâti Héracléus Stibus et.Sermylis ; et si une ville existait sur ce bassin moyen, cette ville devait être Chalcis.
Diodore nous apprend ^ que Gira, place forte desChaloidiens, fut prise et détruite par Philippe. Angéa ou Augéa, seule ville de Chalcidice citée par Ptolémée, est placée par Kiepert sur un des affluents du Chabrius *, au pied du mont Hypsizonus (Salomon). Héraclée (Ravana), désignée par les itinéraires sous le nom d'Héracleustibus, et écrite plus correctement par Kiepert Héracléus Stibus, petite place forte, était une mutation de la voie Egnatia ^, entre Mellisurgis et Apollonie ; elle se trouvait au delà du Dysoron, et une route qui partait de Thessalonique et traversait TAnthémontide s'y raccordait à la route principale. Elle*commandait le passage de l'Amphaxitide dans la vallée du Chabrius (StCSoç, chemin battu, piste). Sur la côte depuis le canal royal étaient échelonnées plusieurs villes assez considérables. Acanthe, d'après Thucydide * et Scymnus deChio ^ était une colonie d'Andros ; selon la chronique d'Eusèbe, elle avait pour fondateur Argée, roi de Macédoine. Elle était ainsi appelée, soit à proprement parler à cause des épines qui lui servaient de clôture, soit flgurément à cause de la solidité de ses murailles, ou encore parce qu'elle était située au-dessus de TAthos par rapport à la Grèce ^ : cette dernière étymologie est la plus raisonnable. Quelques anciens l'ont placée sur
1 Diod. XVI. 52. * Thucyd. IV. 84.
2 Kiep. Thess. Epeiros, » Scymn. V. 646-650.
3 Itin. Anton. 6 steph. 49!
384 gëographib aiigienne de la macédoine.
le golfe Singitique \ et sur Tisthme de TAthos, près du canal royal ^ ; probablement il s'agit ici du port de Panormus, qui pouvait être situé à Touest du canal, et du port de Sané ^. Hérodote place positivement Acanthe sur la côte septentrionale : l'armée de Xerxès, après avoir côtoyé le golfe Strymonique par Argilus et la plaine Syléenne, arrive à Acanthe dans toute sa force. La flotte en part pour traverser le canal, et longer dans le golfe Singitique les côtes de Sithonie \ Scymnus de Chio dit également qu'on ne rencontre Acanthe qu'après avoir doublé TAthos ^; il ne peut y avoir de doute , et le texte de Strabon est fautif ou altéré. Mais les Acanthiens ont pu avoir un port sur le golfe Singitique, dont le littoral était proche, et Kiepert l'a compris ainsi \ Toutefois, nous ne croyons pas comme lui que Panormus ne fût qu'une rade ouverte, et nous préférons chercher son emplacement entre le cap Mavro et- l'Ile Maliani, peut-être à l'endroit de la côte le plus rapproché d'Acanthe elle-même. Si Panormus avait existé entre l'île Maliani et le canal royal, la fondation d'Uranopolis l'aurait ruinée, et Ptolémée n'en aurait pas parlé.
Au cinquième siècle les Athéniens étaient les maîtres d'Acanthe. Dans la guerre du Péloponnèse, cette ville, craignant pour ses récoltes encore sur pied (8la toO xapuou To Sioç £TL IÇo) ovroç), ouvrit ses portes à Brasidas, et les Acanthiens, en quahté d'auxiliaires, accompagnèrent les Spartiates dans leur expédition contre Arrhibée''. Lors de la paix de Nicias, les Athéniens recouvrèrent leur colonie^ mais elle devait être autonome, libre dans ses alliances à la condition de payer le tribut consenti du temps d'Aristide, et ceux qui n'acceptaient pas ces conditions pouvaient s'ex-
1 Ptol. m. 13. 8 Scymn. V. 646.
2 Strab. VII. Fragm, 31. 33. e Kiep. Thess, Epeiros.
3 Ptol. III. 13. 7 Thucyd. IV. 84.
* Hérod VII. 118-121. . » Diod. XII. 67.
patrier en emportant leurs biens. On sait quelle était cette liberté; les habitants étaient consultés sur la paix et sur la guerre, mais pour la forme, et Tavis des Athéniens remportait toujours dans les assemblées; ou bien encore, outre Je tribut, il fallait fournir des soldats et des marins, et recevoir des garnisons commandées par un chef athénien *• Acanthe subit à son tour le joug de la Macédoine; elle fut prise et pillée en 200 par les flottes unies de Rome et de Pergame. Probablement ces flottes stationnèrent à Panormus, et attaquèrent les Acanthiens par le sud-est, car Tite- Live nous dit qu'elles doublèrent le cap de Torone ^ (Derrhis), et ne parle pas de TAthos, que sans doute elles n'osèrent pas aflronter. Acanthe est encore mentionnée par Pline ^. C'est avec beaucoup de vraisemblance que Leake lui assigne la position du village actuel d'Erisso. Il y a constaté, sur le versant nord et maritime d'une colline occupée par ce village, quelques débris de murs helléniques construits de blocs carrés de granit gris provenant d'anciennes carrières près de Dium (port Platy) ; plus loin de la mer, d'autres débris paraissent appartenir à une acropole. D'Acanthe au golfe Singitique et au port de Panormus, il y a moins de deux milles anglais (3^»'-,200) *.
Arné était située dans la plaine Syléenne entre Acanthe et Stagire ; Brasidas y avait son camp, et il en partit pour conquérir Amphipolis. La ville devait être à une moyenne distance de l'Aulon, car dans la saison où on se trouvait alors, les jours étaient courts ; il tombait quelque peu de neige, et cependant il atteignit l'Aulon au coucher du soleil*. C'est ce passage qui a porté d'Anville et après lui Kiepert à placer Arné dans la plaine, à l'est-nord-est d'Erisso. Elle
1 M. B. Nicolas. De ing, et fort » Pliû. IV. 17. Grœc. ap. Thr. col. p. 2t. * Leake. III. 147. 148.
s Liv. XXXI. 45. * Thucyd. IV. 103.
est peut-être la même que Calarna, placée en Macédoine par Etienne de Byzance\ et la tour Calarnéenne, indiquée par Pomponius Mêla entre le Strymon et TAthos ^ est peutêtre aussi le seul débris encore existant au premier siècle après Jésus-Christ.
Ptolémée^ et Etienne de Byzance* ont parlé d'une ville de Stratonicéa, et l'ont placée en Macédoine sur le golfe Singitique. Nous croyons que cette ville, peut-être fondée par Perdiccas II en l'honneur de sa sœurStratonice, épouse de Seuthès^, était à Textrémité nord-ouest du golfe d'Acanthe, en face de Dium, et nous la mettons avec Leake à Str^toni. On y trouve quelques traces de fondations helléniques, des restes d'un ancien port, et la très-grande ressemblance des noms est une forte présomption pour croire à leur identité^. Si Perdiccas II a fondé Stratonicéa, ce serait un argument en faveur de la fondation d'Acanthe par Argée, comme lui roi de Macédoine.
Tel était l'ensemble des villes grecques de la Chalcidice : les Grecs, leurs fondateurs, y transportèrent pendant une longue suite de siècles l'excédant de leur population, et vinrent y chercher les métaux précieux, les blés et les bois de construction. Elles étaient aussi un boulevard contre les invasions des Perses, à qui la route de terre était fermée. Athènes leur dut sa puissance; jamais elle n'aurait succombé, si les Spartiates n'avaient pas provoqué leur affranchissement; jamais Phihppe n'eût asservi la Grèce, si elles étaient restées indépendantes. La possession des côtes de la Chalcidice, en lui procurant des vaisseaux et des marins, put seule donner de la consistance à ses vastes projets, et assurer leur accon^plissement''.
» Steph.545. s Thucyd. II. 101.
2 Pomp. Mêla. II. 2. 6 Leake. III. 159. 160.
3 Ptol. m. 13. 7 M. B. Nicolas. Dfi ing. et k>rt. * Steph. m. Grœc. ap, Jhr. eoL p. 68.
TOPOGRAPHP. 3^7
Thrace épîctéte.
La Thrace épictète répond à la partie nord-est de la région macédonienne, et s'étend le long des côtes depuis la frontière de la Mygdonie et de TAmpliaxitide jusqu'aux bouches du Nestus (Karasou). Nous avons déjà énuméré les peuples qui se la partageaient : elle emhrasse le cours entier du Strymon (Strouma) et duNestus (Karasou), et les Agrianes sont le seul peuple étranger aux bassins des deux fleuves qui soit compris dans cette cinquième section. Les limites de la Thrace épictète sont : à Touest, FOrbélie, le cours inférieur de l'Egri-Dérê, occupé aux derniers temps par les Dardaniens, le pays des lores et des JEstréens (Tripolide Péonienne), le mont Tchengel, et le mont Cercine (Sultanilza, Gumendsche) qui la séparent de la Macédoine proprement dite et de la Chalcidice; au sud, le golfe Strymonique (golfe d'Orfano ou de Contessa); à Test, leTchal- Tépê et les autres sommets du Rhodope (Despoto-Dagh), qui la séparent de la Thrace proprement dite, jusqu'aux sources du Nestus; au nord, le mont Hémus, depuis les sources du Nestus jusqu'au mont Orbélus (Spatz), qui la séparent des Denthelètes, des Triballes et des Dardaniens. Cette vaste région n'a été sérieusement explorée que de nos jours, et les anciens la connaissaient fort peu. Elle se divise naturellement en deux parties, dont le Sultanitza à l'ouest du Strymon, les monts Ali-Boutousch, Simnitza, Bozdagh et Buzdagh entre le Strymon et le Nestus, les monts Kaïutcha et Kruchova à Test du Nestus, forment la ligne de démarcation. Au nord de cette ligne sont les peuples demeurés barbares, n'ayant de relations avec leurs voisins que par l'invasion et le pillage; m sud, les peuples ont auhidans
une certaine mesure l'ascendant des colonies grecques du littoral, et l'influence de leur civilisation.
a* Bisaltes, ilotes.
La Bisaltie proprement dite s'étendait sur la rive droite du Strymon, entre le lac Cercinitis et le mont Cercine^; elle ne dépassait pas à Test le point où le Strymon sort du lac. La Sintique proprement dite occupait au nord-est, sur la rive gauche du Strymon, le pays au nord des Odomantes jusqu'au pays des Maedes (Melnik et le mont Ploksa?). La rive droite correspondante fut occupée à une certaine époque par les Bisaltes, qui s'étendirent jusqu'aux Mœdes et jusqu'au bassin du Pontus. Aux derniers temps, sous la domination des Antigonides, ces deux peuples paraissent s'être confondus, et les deux pays semblent n'en avoir plus fait qu'un seul, appelé tantôt Bisaltie, et tantôt Sintique.
Le Bisaltes coulait au nord de la colline de Cerdilium, en face de la Piérie de Thrace, et parallèlement à la frontière^ C'est le dernier affluent du Strymon sur la rive droite. Il y avait sur son cours une ville de Bisaltia^. Euporia fut bâtie par Alexandre, et ainsi nommée à cause de l'abondance de ses productions *. Elle était située au point où le Strymon sort du lac Cercinitis, plus considérable qu'il n'y était entré\ Cette position, fixée par les itinéraires, donne à son nom une autre étymologie, plus naturelle, et qui répond mieux au but de son fondateur; elle pourrait bien être la même que Bisaltia. Callitères est placée par Kiepert^ dans le coude formé au sud par le Cercine ; entre cette ville et Euporia devait être située la petite place de Bedys. (Nous lisons Bedys et non Bedyndia : Diodore peut avoir écrit StaTieptorpa
1 Arrien. 1. 11. ♦ Steph. 278.
« Leake. North. Gr, » Pomp. Mêla. U. 2.
» Steph. 168. 8 Kiep. Thess. Speiras.
ToiteSeuffaç et on dit de même SiaTcepiTcaTlco.) Cratévas,undes généraux de Cassandre, y fut attaqué par Aristonoûs, qui commandait pour Olympias à Amphipolis, et fut réduit à capitulera
Il y a des ruines à Zervokhori : c'est l'emplacement probable d'une ville d'origine macédonienne, HéracléeSintique, ainsi appelée pour la distinguer des autres villes du même nom. Elle doit être . antérieure à Alexandre, et peut-être est-ce comme Héraclée de Lyncestide Tœuvre d'Archélatis I". Si on l'attribue à ce prince, comme on le peut raisonnablement, cela prouverait que le mélange des Sintes et des Bisaltes se serait opéré dès le cinquième siècle. Sous les Antigonides, le gouverneur de Péonie résidait à Héraclée, et Didas y fit périr Démétrius\ Peut-être ce gouvernement de Péonie est-il la province confiée à Philippe par Perdiccas III, son frère ; dans ce cas, Philippe aurait bâti, sous le règne de Perdicas III, Héraclée Sintique à Test, comme Amyntas, frère de Philippe, bâtit, sous le règne de Philippe, Héracléum de Piérie au midi. Les Bisaltes et les Sintes furent fidèles aux Macédoniens : Héraclée envoya à Persée un corps de trois mille Thraces libres sous un chef indigène, qui prit pari à la bataille dePydna\ Paul-Émile, pour punir les Héracléates, fit ravager la Sintique*. Héraclée et la Bisaltie furent comprises par les Bomains dans le premier district* , mais Héraclée était libre sous les empereurs, sans doute depuis la bataille de PhiUppes. Deux routes y aboutissaient par Euporia et par Scotussa, et sans doute cette dernière se prolongeait au nord-ouest dans la direction de Stobi.
Berga est placée par Leake et par Kiepert à Takinos sur le lac Cercinitis. Située au-dessus des bouches du Strymon,
1 Diod. XIX. 50. * Liv. XLIV. 46.
8 Liv. XL. 24. 8 Liv. XLV. 50.
3 Liv. XLn.51.
à&Ô GÉOGRAPHIE ANCÎèNKE î)fe LA MACÉDOINE.
et à riûtéWeur, elle est là patrie d'Anti{)hane, aùtëliî flëè AicKTTcfc, et poùt-ne rien dire de vrai, oti disait : parler coitlme à Berga^ (BepyatÇeiv). Ce pourrait être la mêirië Tille tJUe Brygès, nomraée par Suidas, et dont le Thrace ThatHytis était originaire. Suidas place cette Brygès chez les Edoniens; Pline àtissi place des Bryses dans le voisinage des Sapéens, sur la hve gauche du Strymon^; ce sont peut-être encore les mêmes que lesBraises, indiqués par Etienne de Byzance\ La distance de Bergaà Amphipolisétait d'ënviroti 200 stades (37 kiibmëtres) *; quelquefois on l'appelait Bergion. fei nous avions le moindre indice à l'appui, nous la plagierions volontiers avec les Brygès sur la, rive nord-est du lac Cercinitis, au delà des bouches de la Zikhna.
Ossa était peut-être à Sokho, où il y a des ruines. Kiepert y place Berta, parce qu il fait de la partie basse du Gercine lé mont Bertiscus^ Nous ne croyons pas qu'il faille ainsi comprendre Straborl et Ptolémée, et nous làissohs d'autant plus volontiers le Bertiscus au nord-ouest, bù iloils l'avons placé (mont Tourianska), que Strabon l'associe au ScftfdUs et à rOi'bélus, et que le Gercine, où le place Kiepert, n'aurait pu donner son nom au lac Gercinitis. Cependant Berta est indiquée par Ptolétnée^ : elle pouvait être quelque part aUk abords dû col de Laharta. Entre Ossa et Callitères, on petit placer Oreschia, dont l'existence est prouvée pai* des médailles ''. La position de Tristolus répond à Nigrita, où l'on reconnaît l'emplacement d'une cité antique ; c'est peut-être la même ville qu'Arolus. Nous avons déjà vu Arulos en Piérie, auprès de Bérée, Parœcopolis est la même qu'on appelle Parthicopolis ou Parthinopolis. Kiepert là
1 Scymn. V. 653-655.— Steph. 159. « Ptol. III. 15.
« Plin. IV. 18. 7 Cousinéry. II. 185. — A moins,
3 Steph. 181. pourtant, que la légende OPHSKIftN
* Strab. VIL Fra^m. 36. ne soit qu'une épithète (OPE2RinN)
8 Kiep. Thess ,^f *^^^ - 7^^ ^ et ne s'applique aux Bisaltcs, hablUnts
ce propos : Strab. Vil. Fragm, 10. ^es montagnes.
TOPOGfeAMlE. 3Ô1
place le long du mont Cercitie, au nord-est de Xylbpolis, et c'est peut-être Matékostina * .
A présent que noils avons suivi dans ieiitâ Conjectures Leake et Kiepert, nous allons exprimer nos doutes, tl est certain que les Bisaltes et les Sintes habitaient au nord des Oddmantes la vallée étroite et fertile arrosée par le Strymon*, c'est-à-dire cette partie comprise entre le confluent du Pontus et le pays des Odomantes, et resserrée entre le mont Gercine (Sukanitza) et les chaînes du Menikion et de rAli-Boutousch. Comment supposer qu'une région aussi vaste n*avait pas de villes, et qu'aucune de celles mentionnées par Plolémée ne se trouvait sur la rivé gauche ? Sans doute Tite-Live, dans l'organisation de Paul-Emile, met la Sintique sur la rive droite avec laBisaltie, tnais elle n'y était pas tout entièi-e ; s'il en était autrement, il faudrait donner la rive gauche au nord de Sirris jusqu'à Melnik soit aux Besses, soit aux Maedes. Si les uns ou les autres avaient possédé cette partie de ïa vallée du Strymon, c'est certainemeht par là qu'ils auraient envahi la Macédoine, et en urie ou deux étapes on les aurait Vus sous les murs d'Aihphipolis. Pourquoi nd les y voit-on pas, sinon parce que le passage était gardé parles Bisaltes et les Sintes, ces hommes courageux, dont l'appui aurait suffi pour rendre l'espérance àPersée? Aux yeux de plus d'un géographe, Démir-Hissar est rancieriiie Héraclée Sintique ; dn trouve au-dessus deDémir-Hissaf lehan deMarékostina,dont le nom se rapproche beaucoup de Parsecopolis, et là résidence de Démir-Hissar ne conviendrait pas moins à un gouverneur de Péonie que celle de Zervôkhori. Il est vrai qu'un itinéraire passant au nord du lac Gercinitis place liné Héi*aclée dans la Bisaltiaà 4 milles de Scotussa (6 kilomètres), et à 55 milles de Philippi (81kii-,455), qu'un autre itinéraire, passant au sud du même lac, place cette Héraclée à 82 milles
1 M. Viquesnel. Carte de la Thrace. 2 strab. VU. Fragm. 36/
de Philippi (77 kilomètres*) et à 17 milles d'Euporia (25^^-, 177), et que cette Héraclée est dite par Hiéroclès Héraclée du Strymon ^ il faut donc que cette Héraclée, située sur la rive droite, soit Héraclée Sintique. Mais Etienne de Byzance nous indique une ville de Sintia, située en Macédoine et voisine de la Thrace^; c'est cette ville que nous donnons aux Sintes, et que nous plaçons sur la rive gauche, à Démir-Hissar.
^. IMcedes, AgrianeS) liééens, Denttoelèteai, Besses.
Au delà des Sintes, au confluent du Strymon avec le Pontus, les Msedes occupaient la vallée du Strymon entre le mont Cercine (Malesch, Piantza) et THémus (Tchad ir- Tépê). Ils touchaient aux Bisaltes*, et possédaient trois villes, Pétra, Desudaba, et Jamphorina. Pétra était située presque au confluent du Pontus, et elle répond à la ville de Pétridj ^ ou Pétrovich : Philippe s'en empara en revenant de sa visite au mont Scomius (181)^. Trente ans auparavant, il avait pris la capitale des Msedes, Jamphorina, que nous ne connaissons que par cette expédition (211) ^ Jamphorina nous paraît répondre à lamborana, située au nord de Kustendil sur la Goranovitza. Enfin, quand les Gaulois vinrent offrir leurs secours à Persée , ils attendirent le retour de leurs envoyés à Desudaba dans la Mœdique, à 75 milles (111 kilomètres) de l'Axius. Nous croyons que cette position ne doit pas être cherchée au nord, comme le fait Leake ^, mais à Test ; le nord était occupé par les Dardaniens et les Triballes, et non par les Msedes. Desudaba pouvait être située sur le versant oriental du mont Piantza,
1 Leake. III. 227. 228. 8 m. Viquesnel. Carte de la Thrace.
2 Hiérocl. p. 639. 6 Liv. XL. 22.
8 Steph. vo. p. 603. ' Liv. XXVI. 25.
* Piln. IV. 17. 8 Leake. III. 473.
aux environs du monastère de Libochtitza*. Les Agrianes, peuples de TEgri-Dérê, et les Lééens, peuples du haut Strymon, n'habitaient que des bourgades, et ne nous ont transmis le nom d'aucune résidence fixe. Il en est de même des Digères, qui occupaient la vallée de la Dubnitza, et des peuples limitrophes, Trères, Tilatéens ou Denthelètes, tribus sédentaires, mais barbares, qui seraient demeurées inconnues sans leurs brigandages.
Les Besses occupaient tout le bassin du Nestus , et la partie montueuse du bassin occidental de THèbre entre les Msedes, les Sintes et les Odryses. Les quatre bourgades qui leur valent aux. derniers temps le nom de tétracomes^, lorsqu'affaiblis par un siècle de luttes contre les Romains, ils ne conservent plus que quelques plateaux du Rhodope, ne sont pas nommées par les auteurs anciens ; les villes indiquées par eux dans le pays des Besses sont antérieures à cette dernière époque, et doivent être comptées en plus. Quand Philippe reporta la limite de son royaume au Nestus, il voulut garantir ses possessions du Pangée contre les incursions des Thraces, et il fonda sur l'Hèbre supérieur, entre les Besses et les Odryses, la ville de Philippopolis (Philip popoli). Comme il la peupla de malfaiteurs, elle fut appelée aussi Ponéropolis, et comme elle se trouvait placée entre trois montagnes, on l'appelait encore Trimontium^ à cause de cette situation. Ce ne sont pas les seuls noms qu'elle ait portés. Les rois de Macédoine exercèrent pendant quelque temps une sorte de surveillance sur cette colonie lointaine, et Alexandre, qui avait à sa suite comme otages les rois des Odryses, devait être le maître de PhiUppopolis. Lysimaque aussi la posséda, etTépoque où elle devint indépendante peut répondre à Tinvasion des Gaulois (280). Un siècle plus tard, PhiUppe, fils de Démétrius, la prit à son
1 M. Viquesnel. Carte de la Thrace. ^ steph. 650. 3 Plin. IV. ''IS.
à§4 GÉOGRAPHIE ANClÉlVNE DE LA MACÉDOINE.
tour (183), tnais cette dernière occupation ne dura point, et la cdlbtiië, demeurée autonome, fut tenue perpétuellement assiégée par les barbares. Elle portait le nom d'Eumolpias quàrid M. Lucullus la soumit, et elle reprit sous les empereurs son premier nom de Philippopolis\ Envahie en 250 après Jésus-Christ par les Goths, qui y massacrèrent cent mille personnes, elle se releva de ce désastre, et a conservé jusqu'à nos jours une certaine importance.
La càpitalie des Besses, au premier siècle avant Jésus- Christ, était Tratia ^ ; M. Lucullus s'en rendit maître. Il prit aussi UsCudama et Calybé\ appelée aussi Cabylé, située près du pays des Astes*^ et, comme Philippopolis, colonie de Macédoniens ^ Uscudama est la même qu'Andrinople, située au confluent de l'Hèbre et du Taxus, et du temps de P. Lucullus les Besses s'étendaient jusque-là ^ Aucune de ces villes n'est située dans les limites de la région inacédonienne, pas même Philippopolis. Nous nous y sommes arrêté un moment, parce que Philippopolis eut un roi de Macédoine pour fondateur, et aussi pour avoir le droit d'en tirer cette conséquence, que dans la partie de leur territoire qui se rattachait à la région macédonienne, c'est-à-dire dans le bassin du Nestus, les Besses n'avaient point de villes. Malgré les incursions fréquentes mentionnées par les historiens, ils appartiennent moins à la Macédoine qu'à la Thrace, et jamais leur pays, tnême sous les Romains, ne fut asservi complètement.
c. Odonâanies, fedonlens.
Les Odomantes, jadis puissants, étaient resserrés dès le cinquième siècle avant Jésus-Christ entre les tribus thraces
l i Sext. Ruf. IX. |4 Polyb. XIII. 5.
I 2 Jd. S Steph. 347.
8 Èutr. VI. 10. 8 Sfext.hiir. IX. .
TOl^OGàAPËlfe. âÔ&
des Èisaltés et des Sintes et lès Besses, dont ils étaient une des tribus ; ils habitèrent la ville de Sifris, lorsque les Sitfopéotliens furent transportés en Asie par les Perses. Ils oècupaient au nord du Pangée la plaine fertile comprise ëntt^e le mont Ménikion, le fleuve Angitas, et le lac Cërciiiills, el on leur connaît trois villes : Satxa, ScotUssa et Sirris. Sarxd, située sur une des routes dé Philipfies à Héfacléé , était à 18 milles du cours septentrional de TAngitas (26^^*-,658) et à 26 milles de Drabescus (SS'^'^-jSOG) ^ Scotussa ou Sébtusa, libre sous les empereurs, se trouvait probablement sur la rive gauche du Strytnon^, au pont jeté sur le îleuVe avant son entrée dans le lacCerciUitis. Sirris, appelée aussi Sira% était la principale Ville des Odomantes : Xerxès y établit ses malades* ; Paul-Etoile y fît camper ses troupes^ pendant sort séjour à Âmphipolis, et c'est encore aujourd'hui, sous le nom de Sérès, une des villes les plus florissantes et les plus agréables de Tintérieur.
De l'autre côté de l' Angitas (Anghista), dont Leâke fait ressortir heureusement la désinence toute macédonienne*, le pays au nord et à l'est du Pangée jusqu'au mont Syhibole était habité anciennement par les Edoniens, qui, chassés de la Mygdonie, s*y fixèrent en dernier ressort. Il était ti^èsfertile en beaucoup d'endroits, très-peuplé, enrichi par l'exploitation des mines du Pangée, et sillonné de routes. Sur le cours septentrional de l'Angitas, appela aussi rivière de Névrékop, Drabescus (Drama) était au nord-est la première ville des Edoniens; les Satres, Saiens, Derséens, biobèses, rattachés politiquemeni à la grande nation des Èesses, entouraient la vallée de Drabescus à l'ouest, au nord et à l'est, et se répandaient par le mont Ménikion jusqu'au pied du
1 Leake. III. 227. ^ , * Hérod. VIII. 115.
2 Ptol. IIL 13. T- Plin. iV. il s Liv. XLV. 4.
8 Leake. III. ^27. 6 Leake. III. 226.
Pangée. L'oracle célèbre de Bacchus, dont les Satres étaient les prêtres, était situé vraisemblablement près du mont Bozdagh, au nord de Drabescus, où l'Angitas reparaît, après un cours souterrain de plus d'une lieue. Malgré le péril d'un tel voisinage, Drabescus resta aux Edoniens. Lorsque les Athéniens fortifièrent pour la première fois Amphipolis, ils furent battus par les Edoniens à Drabescus. Quoique Thucydide dise expressément que les Athéniens pénétrèrent alors dans l'intérieur S nous avons de la peine à croire que ce Drabescus où ils furent battus soit Drama. Il y a de cette ville à Amphipolis au moins quinze heues, et c'est une distance bien grande pour une première expédition. D'ailleurs qu'y pouvaient-ils chercher, puisque les mines d'or, objet de leur convoitise, étaient toutes au midi? II faut, selon nous, admettre deux Drabescus, l'un, celui des itinéraires, à Drama; l'autre, celui de Thucydide, à Drawik, bourgade située en effet à l'intérieur, mais sur le versant nord du Pangée, et à 12 ou 14 kilomètres d' Amphipolis seulement. On trouve à Drama beaucoup de débris antiques, tous de l'époque romaine ^ ; Drabescus avait alors une certaine importance : c'était le premier relais sur la route dePhilippes à Héraclée, à 12 milles de PhiUppes (17^''-, 770).
L'Angitas, qui dans son cours inférieur est resserré entre le Ménikion et le Pangée, arrose dans son cours supérieur une assez large plaine, et la vallée du Gangès ou Gangitès, son bras méridional, est encore plus spacieuse. Philippes y était bâtie, à peu près à égale distance de Drabescus et de Néopolis, sur un rocher élevé qui dominait toute la région du Pangée. Il ne paraît pas qu'il ait existé en cet endroit aucun établissement avant l'avènement de Philippe. A cette époque, Thasos, qui s'était affranchie d'Athènes, essaya de
1 Thucyd. I. 100. IV. 102. 2 m. perrot. Rev. archéol. août
1860. p. 73. -Peut. Tabul.
reconstituer son empire en Thrace, et fonda près du Gangitès la ville de Crénides\ Ce nom lui était donné à cause des sources qui jaillissaient du sol autour de la montagne qu'elle occupait. Philippe s'en empara, et la trouvant bien située pour servir de rempart contre les Thraces, il la fortifia et rappela de son nom Philippes. Appien, qui nous donne * ces détails, décrit très-bien sa position. La ville, dit-il, est située sur une colline élevée dont elle occupe tout le plateau ; elle a au nord des défilés, par où Rhascupolis fit passer Tarmée deCassius; au midi et près d'elle un marais, et ensuite la mer; à l'est les gorges des Sapéens et des Corpiles; à l'ouest une plaine qui s'étend jusqu'à Myrcine et Drabescus, et jusqu'au Strymon, sur 350 stades environ (65 kilomètres. — Cette distance répond assez exactement à la distance en ligne droite de Philippes à Scotusa et au pont du Strymon, ce qui fait entendre que dans la plaine indiquée par Appien l'Odomantique était comprise). Elle est fertile et agréable, et c'est là, dit-on, que Pluton enleva Proserpine, pendant qu'elle cueillaitdes fleurs^ Le Zygactès, affluent du Gangitès, était appelé ainsi parce que Pluton y brisa l'essieu de son char. On serait tenté de croire tout d'abord que c'est la rivière de Zikhna, qui arrose l'Odomantique, mais le récit de la bataille de Philippes s'oppose à cette interprétation, et il faut reconnaître le Zygactès dans le premier affluent du Gangitès à gauche, entre Philippes et la mer, près du village actuel de Zigosto^ Du camp de Brutus à la rivière de Zikhna, il y a 40 kilomètres en ligne droite. Selon Etienne de Byzance* et Artémidore% si Philippe occupa Crénides, ce fut pour la secourir contre une invasion des Thraces. Il repeupla la ville de nombreux colons, et elle
1 Diod. XVI. 3. 4 Steph. 699.
2 Appien. Guèrr. civ. IV. 105. * •* Artémid. Fragm,
3 M. Viquesuel. Carte delà Thrace,
398 GÉOGRAPHIE ANqENjNp DE LA MACÉDOINE.
devint prQmplement florissante. Mais elle tire sa principale renommée de la bataille qxxe les triumvirs livrèrent à Brutus et à Cassjps dans la pjaine marécageuse du sud-ouest. Après la victoire des Césariens, Çhi lippes fut traitée libéralement at ornée de magnifiques /monuiftents. Déjà la voie Egnatia y passait; deux autre^ routes la relièrent à Drabescus, à Sirris et à la Bisaltie ; les particuliers disputèrent aux em- . pereurs le soin de l'embellir; saint Paul y prêcha TEvangileS et elle resta florissante jusqu'aux derniers temps de la domination romaine. Elle fut détruite alors, sans qu'on puisse en préciser l'époque, mais son nom s'est conservé au sud-est de ses ruines, dans le petit village de Filibedjik.
Quoiqu'ici, cqmme à Pella, les lieux environnants, à d'assez grandes distances, aient enlevé beaucoup de débris curieux, peut-être même les mieux conservés et les plus beaux, cependant les ruines de Philippes sont importantes, et très-intéressantes à visiter. La yoie Egnatia traversait la ville basse au-dessous de la citadelle, et on suit aisément son tracé. Belon y avait vu au seizième siècle (1546-1549) des restes d'amphithéâtre, et des colonnes d'un temple de Claude qui n'existent plus. Gousinéry y signale un théâtre, un pionument qu'il appelle le trophée de Vibius^ et que M. Heuzey a reconnu pour être un tombeau monolithe d'un beau caractère ^ Leiike n'a pas visité les ruines, mais il a pu constater de loin leur haute valeur et leur authenticité. En 1856, M, ferrot a reconnu l'acropole, très-forte et presque imprenable, sur iin roc élevé; les traces des maisons adossées à ce roc, et celles de l'enceinte antique, les ruines d'un temple et des fragments qui attestent l'existence de plusieurs s^utreis ; il décrit également le piédestal de
1 Epit. aux Phil. 3 Rapport à V Empereur. 15 avril
* Gousinéry. II. 17. 18. 1862. ^ "**~
Valérius Firmus, et divers débris de sculpture \ M. Heuzey, •dans une exploration postérieure, et plus féconde encore en résultats précieux, nous révèle à son tour Vin ten^ple de Sylvain, des thermes dont la style semble ype trappition vers l'art byzantin, une voûte constrifite sur la voie Egn^tia près du Gangitès, et se rapportant à une CQnstructiop triomr phale ; enfin i^ne centaine d'inscriptions d'un grapd intérêt pour l'histoire de ces contrées^. Il est très-regrettable que des hommes aussi compétents et aqssi conscienpjeux n'aient eu à examiner que ce qui a échappé, après quatorze siècles, à Taction du temps et aux coups des barbares.
La dislance de Philippes à DyrjLacbium était, pav la voje Egnatia, de 325 milles (481'^" -,320). Les tuniulus situés près de Philippes sont peut-être artificiels; nous ne saurions dirp dans quel but on les aurait élevés ^ Au sud-est, dans la direction de Filibedjik et de Zigosto, il y avait des mines d'or. Il ne paraît pas qu'il ait existé de centre de population important au sud, entre Philippes et la chaîne du Symbole : les marais y mettaient obstacle. Mais il y avait dans le Symbole même des carrières de marbre blanc pareil à celui de Thasos, que Gousinéry a visitées \ et c[ui ont sans doiite été exploitées pour Tembellissement de Philippes et de Néopolis (à 2 kilomètres de cette dernière ville). En remontant le Gangitès par sa rive droite, Tragilus, appelée aussi Trogilus, Bragilus et Trailium, désignée dans les itinéraires sous le nom encore plus altéré de Triulo, était située au pied diji Pangée, à 10 milles de Philippes (14'^^' ,810), et à Topposé de cette ville. Sa position répond à la ville actuelle de Pravista ^
1 Rev. archéol. juillet 1862. p. 48- tombeau de Bacchus, dont l'oracle se
52. Ibid. août 1862. p. 68-72. trouvait au nord de Drabescus, dans
* Rapport à l'Empereur. le pays des Salres.
3 Deux de ces turaulus ont été oc- * Gousinéry. 11.107. cupés par les camps de firutus et de ^ Leake. 111. 226. —M. Viqqespel.
Cassius ; un autre, plus voisin; et à un Carte de la Thrace. mille de la ville, passait pour être le
Asclépiade, qui a écrit sur le chant dans la tragédie, était de Tragilus\ On trouve assez souvent des médailles de cette ville aux environs d'Amphipolis ^
A 17 milles de Tragilus {i5^'\ 176), et à 8 milles d'Euporia (11^"',848), était situé, sur la route de Philippes à Héraclée par le sud du lac Cercinitis, le relais de Graéro. Ce doit être le nom corrompu de la ville de Gazorus, placée par Ptolémée chez les Ôdomantes ^ ; Diane Gazoritide y avait un temple célèbre *, et nous avons vu deux temples semblables à Scydra et à Pella. A peu de distance de Gazorus, et près du Strymon, les Edoniens possédaient la ville de Myrcine ^ peu considérable aux derniers temps \ mais qui a dû Têtre davantage avant la fondation d'Amphipolis. Etienne de Byzance l'appelle Myrcinnum \ et paraît ailleurs la confondre avec Amphipolis ®. Dans la guerre de Darius contre les Scythes, Histiée de Milet avait gardé le pont de bateaux jeté sur le Danube, et sauvé Tarmée des Perses: il obtint en récompense la ville de Myrcine, et s'empressa de la fermer de murailles. Cependant Mégabyze avait compris l'importance de cette position ; il représenta qu'en permettant à un Grec habile et prudent de posséder une ville dans un endroit de la Thrace où il y a des mines d'argent, beaucoup de bois de construction, et d'habiles rameurs, beaucoup de Grecs et de barbares dont il pouvait devenir le chef, le grand roi s'exposait à une guerre domestique. Darius comprit ce langage, révoqua son présent, et emmena Histiée avec lui à Suse ^ Pendant la révolte de rionie, lorsqu'on pouvait déjà prévoir la supériorité des Perses, un autre Milésien, Aristagoras, parent d'Histiée,
i Steph. 662. 6 Hérod. V. 124.
2 Leakfe. III. 226. — Cousinéry. « Diod. XII. 68. II. 197. 7 Steph. 478.
3 Plol.III. 13. 8 /d. 79.
* steph. 195. 9 Hérod. V. 23.
voulut réaliser la même entreprise par la force ; il fut tué par les Edonieus, avec lesquels il ne parvint pas à s'entendre^, et Myrcinus demeura au pouvoir du peuple vainqueur. Soumise plus tard par les Athéniens, elle fut affranchie par Brasidas en même temps qu'OEsyme et Galepsus '. Comme après cette époque elle ne reparaît plus dans l'histoire, sa proximité d'Amphipolis çt son obscurité définitive ont pu engendrer quelque confusion.
Amphipolis est la ville la plus célèbre de laThrace épictète : elle s'appela d'abord Neuf- Voies, et devait probablement ce nom aux routes qui y aboutissaient de toutes les directions *. On pourrait retrouver les neuf voies : trois à droite de Strymon, venant de Bisaltia (Euporia?), d'Argilus, d'Eioné mendésienne; six à gauche, venant d'Eion, d'ApoUonie, de Galepsus, de Phagrès, de Gazorus, et de Myrcine. Toutes ces villes existaient avant l'invasion des Perses, et passaient le Strymon au même endroit. On l'appelait encore, selon Etienne de Byzance*, Myrica, Eion, Cradamna, Anadraimus (Dindrymœ ?) enfin Amphipolis, parce que le Strymon coulait autour de ses murs ^ Sans doute le nom de Myrica a fait qu'on a pris Amphipolis pour Myrcinus; le nom d'Eion est ou une intercalation maladroite, ou une erreur d'Etienne de Byzance. On passait le Strymon à Neuf- Voies dans les temps les plus anciens, et ce lieu ne paraît pas avoir reçu d'habitants , ni s*être appelé autrement que Neuf-Voies avant l'arrivée des Athéniens. Hérodote place formellement à Myrcinus Tentreprise d'Aristagoras, et si Diodore, très-postérieur, la place à Amphipolis % c'est peutêtre que, longtemps après, sous la domination romaine par exemple, les habitants de Myrcine y avaient émigré, comme on Ta vu pour Cassandréa et pour Thessalonique.
1 Hérod. V. 126. ♦ Steph. 79. 237.
,8 Thucyd. IV. 107. » Steph. 79.
8 Diod. XIl. 68. « Diod. XII. 68.
Cimoa, vainqueur des Perses. aux bouches de TEurymédon, prit Thasos ^ et Eion. Sans doute il laissa garnison dans cette dernière ville, qui demeura athénienne, car on ne voit pas qu'elle ait été reprise depuis jusqu'à la bataille d'iEgos-Potamos. C'est en effet Eioné Mendésienne, de l'autre côté du Strymon, qui fut prise par Gléon, ou du moins assiégée '^ (lîpoaêoXiç eitoteTTO t$ 'TîoXt(T[jiaTi.) . C'était une entreprise bien conçue, qui aurait eu pour effet de couper la retraite à Brasidas. Thucydide n'en parle pas, mais il dit que Cléoh avait fait d'Eion du Strymon son centre d'opéralion, et qu'avant d'attaquer les Spartiates, il y attendait tranquillement ses renforts^ (auToç y\(T{)yix^e îcspifÀivcov h vi\ H;6vv), Deux ans auparavant, l'illustre historien avait préservé Eion des attaques de Brasidas ; si dans un aussi court intervalle Eion avait succombé, il npus l'aurait apprijs certainement. Seloq Plutarque, à la suite de l'expédition de Cimon \ les Athéniens colonisèrent Amphipolis et Eion ; ^Emilius Probus l'a répété après lui^ Deux ans après avoir subi l'alliance d'Athènes, les Thasiens, jaloux de conserver leurs établissements de Thrace et l'exploitation des minQs, la rejetèrent, et dix mille hommes furent envoyés tant d'Athènes que des villes amies, qui s'emparèrent d' Amphipolis. A cette occasion Thucydide dit formellement que la ville s'appelait Neuf- Voies, et était possédée par les Edoniens. Le langage d'un historien aussi compétent permet de supposer, ou que Cimon n'a pas été jusqu'à Neuf- Voies, ou qu'il n'y a fondé rien de durable : son expédition fut moins une conquête qu'une reconnaissance des lieux. Las nouveaux colons s'étendirent à l'extérieur jusqu'à Drabescus (Drawik) ^ mais ils y furent taillés en pièces (StecpOàpYiaav) par les Thraces^coalisés, auxquels leur établis-
1 Diod..XI. 60. * Plut. Cim.
2 Diod. XII. 73. 5 ^mii, prob. cim.
3 Thucyd. V. 6. e Kiep. Kartevon («er Sur, T^rk
sèment était odieux ^ (uoT^élxwv). Plusieurs autres expédia tions se succédèrent depuis ; Sophanès fut tué par les Edoniens à Datum en essayant de s'emparer des mines ^(464), et la lutte se prolongea avel3 des chances diverses pendant vingt-neuf ans (466-457) .
Quelques années avant la guerre du Péloponnèse , Athènes, alors à Tapogée de sa grandeur, envoya de nouveaux colons sous Hagnon, fils de Nicias. Hagnon se rendit les dieux favorables en rapportant de Troie jusqu'aux bords du Strymon les restes de Rhésus ; il reproduisit en Thrace la ruse de Thémistocle, construisit un mur à la faveur d'une trêve, et battit les Edoniens, irrités de ce manque de foi^ C'est ainsi qu Athènes demeura maîtresse d'Amphipolrs. Selon Thucydide, le nom d'Amphipolis a été donné par Hagnon. C'est possible, et il n'y a pas de témoignage absolument contraire ; mais il ne faut pas ajouter que ce fut à cause de la situation de la ville au milieu des deux bras du Strymon *. Ces deux bras n'existent pas, et Thucydide ne ledit pas. 11 ressort seulement de son récit que la ville était comprise tout entière dans un coude formé par le fleuve, qu'un mur, conduit du fleuve au fleuve, fermait ce coude, et défendait la ville là où le fleuve ne la protégeait pas ^
Nous avons déjà vu comment Brasidas, envoyé par les Spartiates, souleva les villes de la Chalcidice, et comment, parti le soir de Bromiscus et des bords de l'Aulon, il campa inopinément devant Amphipolis, et occupa sans coup férir cette ville opulente, qui lui fut livrée par des Argiliens. L'alliance d'Argilus et d'Eioné Mendésienne, l'adhésion de Myrcinus, d'OEsyme et de Galepsus consolidèrent sa conquête; les Amphipolitains le proclamèrent fondateur de leur ville, et substituèrent son cult^ à celui d'H^gnon ®.
1 Thucyd. l, 100. * Raoul-Rocbette. IV. 41.
2 Hérod. IX. 75. » Thucyd. IV. 102.
3 Pelyen. Stratag. VI. 53. « Thucyd. V. 11.
Quand il périt au sein de la victoire, Sparte avait repeuplé Amphipolisde colons tirés de son sein \ et ce fut cette population nouvelle, d'origine dorienne, qui s'y perpétua jusqu'à la conquête des Macédoniens. Chênes essaya de reprendre la ville, et Uassiégea même parle lit du fleuve, avec des galères^ : elle ne réussit pas. Mais elle n'abandonna jamais l'espoir de la reconquérir, quoiqu'Amphipolis eût déjà coûté quatre ou cinq fois le nombre de ses habitants, et elle y songeait encore au bout d'un demi-siècle ^.
Lors de son avènement, Philippe s'était saisi d'Amphipolis, sans doute pour la protéger contre les Thraces, comme Crénides. Mais, voyant que les Athéniens ne soutenaient Argée, son rival, que pour rentrer en possession de leur colonie, il évacua volontairement la ville, renonça pour un temps à sa possession, et lui rendit son autonomie *. Deux ans après, affermi sur le trône, il la prit d'assaut ^ Par sa position avantageuse, elle fermait à l'orient tout accès dans la Macédoine ®, et garantissait la possession du pont de Strymon, qui eut à toutes les époques une si grande importance*^. Alexandre, fondateur d'Euporia, partit d'Amphipolis pour soumettre le monde entier % et, dans les projets qu'il avait formés, Amphipolis devait avoir un temple de Diane Tauropole ^ Sans doute il prétendait, comme à Gyrrhus, l'agrandir*seulement, car nous retrouvons ce temple de Diane sous le règne de Persée ^\ Quand Olympias entreprit de conserver à son petit-fils Alexandre Aigus le royaume de Macédoine, elle . confia la garde d'Amphipolis à Aristonoûs, qui se comporta vaillamment, et ne se rendit à Gassandre que sur un ordre écrit delà vieille reine *^ Presque tous les membres de la famille d'Alexandre encore existants, Philippe Arrhidée, Eury-
1 Thucyd. V. 21, * * Diod. XVI. 3. » Plin. IV. 47.
2 Thucyd. VU. 9. » /d. ibid. 8. 9 Diod. XVIII. 4.
3 Isocr. {Ep. ad PhiL) e lîy. xLV. 30. lo Liv. XLIV. 44. II. 80. 7 Hérod. VI 221. h Diod. XIX. 53.
dice, Roxane, Alexandre Aigus, y périrent misérablement.
Sous les derniers Antigonides, le rôle d'Amphipolis s'élargit encore. Philippe, fils de Démétrius, y vint souvent, et y mourut K Les Amphipolitains conservaient une certaine indépendance municipale : ils refusèrent de recevoir Lucrétius, envoyé romain, dont ils redoutaient l'avarice ^ Persée, vaincu et fugitif, ne fut pas mieux accueilli par eux, et ils rengagèrent à ne pas les compromettre davantage aux yeux des Romains en restant dans leurs murs\ C'est à Amphipolis que Paul-Emile reçut des mains de C. Octavius le roi captif; il y célébra des jeux *, y organisa le pays conquis, et dans cette organisation, Amphipolis devint la capitale du premier district. Pline nous apprend qu'elle était libre^ sans doute depuis la bataille de Philippes. Les monnaies d'Amphipolis la disent autonome ^' on. y lit le nom du Strymon, qui, dans cette ville, était Tobjet d'un culte; le produit de certaines amendes y était affecté, et le nom de Strymodore était porté par beaucoup d'Athéniens nés en Thrace, à Eion et à Amphipolis ^ La voie Egnatia se rendait d'Apollonie par Pennana au pon t du Strymon et à Amphipolis ; de là elle gagnait le versant septentrional du Pangée, et par Gazorus se reliait à la route méridionale de Philippes à Euporia, dont nous avons parlé. Sur ce tronçon de 33 milles d'Amphipelis à Philippes, (48 '*^'- 873), l'itinéraire d'Antonin n'indique ni mutation ni mansion, mais nous savons que la route passait à Gazorus, probablement près deDrabescus (Drawik), et à Tragilus (Pravista) ^
Que reste-t-il aujourd'hui d'Amphipolis, cette ville fameuse? Quelques débris du mur d'enceinte sont visibles sur la crête de la colline à droite, au-dessous du village turc
1 Liv. XL. 56. « Holst. ap. Steph. 33.
* Liv XLIII. 7. ' Letronne. Acad, inscr, 2« série. 3 Liv, XLIV. 45. XIX. — Corp. inscr, 2007.
* Liv XLV. 30. 32. s Peuting. Tab.
» Plin. IV. 17.
d'Alibassa; remplacement réel s'appelle Marmara. Le rapide séjour de Leake, interrompu par la mauvaise voldnté des Turcs, ne lui a pas permis de faire une exploration suffisante. Cependant il a pu copier Un décret de bannissement porté parle peuple d'Arîiphipolis contre Slratoclès et Philoti^ et donné aussi par Cousinéry ^ On a beaucoup de médailles d'argent de l'époque de la tétrarchie, où Amphipolis se t*econnaît à la tête de sa principaîe divinité, Diane Tailropole^; il y avait aussi à Amphipolis un teniple d'Apollon. Cousinéry a pu voit* plusieurs tours, selon lui d'époque incertaine, mais probablement bâties par les Bulgares sur des fondements anciens, et semblables à celles reconnues par lui dans toute la Chalcidice. Il a recueilli plusieurs inscriptions et copié dans l'église principale de Néokhori (léni-Keui) un bas-relief satirique de composition bizarre, qui ne peut appartenir qu'à une époque de décadence *. Ces détails sont suffisants assurément pour établir l'identité d'Amphipolis avec les ruines de Marmara, mais ils sont très-incomplets pour une ville de cette valeur. Espérons qué de nouvelles recherches y suppléeront : là aussi la moisson ne peut être qu'abondante.
Les Panéëns (Pangéens); tribu des Edoniens ^, étaietit voisins d'Amphipolis, et le versant septentrional du Pangée depuis l'Angitas jusqu'à Eion portait le nom de Phyllis ^ La ville d'Hagnoiiia \ fondée par Hagtion, était probablement au sud-est. Kiepert place au nord du Pangée, à peu près où se trouve Drawik 8, unevilledeDoberus.il est possible, probable même, que lesDobéropéoniens aient euurie ville de ce nom, mais nous la placerions sur le versant méridional ou sur le plateau moyen, car Hérodote dit que Xerxès avait à sa droite
1 Leake. IIL 180-188. » Steph.523.
a Cousinéry. t. 129.130. e Hérod. VII. 113.
» Leake. III. 483. t Steph. 706.
* Gousittéry, I. 125-132. ^ Kiep. Thess, Epeiros,
TOPOGRAPHIE. iOi
les Dobères, et il n'eût pas été tenté de nommer ces peuples, s'ils s'étaient trouvés sur le versant opposé à celui des Perses. Ici se présenté, avant de quitter l'Edonide,une question aé»sez obscure. Qu'est-ce que cette Torone de Thrace *,diâtitiguée de Torone Sithonienne par Etienne de Byzànce? Qu'est-ce encore que cette région de Thrace, appelée Doris, que cette Sacus, située dans la Lacédémonie de Piérie, et ainsi appelée parce qu'en la bâtissant on avait trouvé un bouclier (Sàxoç) ^ ? Nous pensons que Torone et Sactis ne peuvent être que des bourgades doriennes autour d'Amphipolis, se rattachant à la colonisation de cette ville par Bra* sidas, et aux Péloponnésiens qui l'ont suivi, et que le nom de Doris demeura attaché à leur territoire jusqu'à la conquête macédonienne.
d. Plérle de f hraee, Parstrymonle, l^arorée.
Nous appelons Piérie de Thrace et Parorée les côtes du golfe Strymonique habitées par les Piériens et lesParoréens sur les deux rives du Strymon, depuis les frontières de la Mygdonie et de l'Amphaxitide jusqu'aux bouches duNestus. La Piérie devait son nom aux Piériens du golfe Thermaïque, qui s'y établirent lorsqu'ils furent chassés de leur pays par les Téménides \ C'est ce littoral de Thrace près du Strymon (BpàxY^ç alyiaXoç icapoc tcJ) STpùjjiovt) * dont parle Hécatée; Tite-Live l'appelle aussi Parstrymonie (Parastrymonia ^ comme nous avons déjà vu Paraxia, Paracheloïs). Il ne faut pas, comme le fait Kiepert, placer la Parstrymonie au nord du lac Cercinitis ; Tite-Live, qui seul en parle, la joint à la Parorée, et c'était, soit la Piérie de Thrace tout
1 Steph.:vo. 4 Hécat. Fragtn. 125.
* Steph. 581. s Liv. XLII. 51.
« Tlîucyd. II. 9^.
entière, qu'en effet Tîte-Live ne nomme pas dans ce passage, soit la partie de la Piérie répondant au bassin duStrymon depuis Myrcinus jusqu'à Eion. La Parorée tirait son nom des montagnes qui Tavoisinaient L'armée de Xerxès traversa le pays tout entier depuis le Nestus jusqu'à TAu- Ion, et ne toucha à TEdonide qu'à Neuf- Voies, pour passer les ponts construits sur le Strymon par ordre du grand roi*. Le littoral entre TAulon et le Strymon est aride, et Cousin^y Ta parcouru pendant trois heures, cheminant sur des sables brûlants entre la mer et les bruyères. Mais les coteaux entre les bruyères et la montagne (mont Cercine) sont trèsfertiles et très-peuplés, et attirèrent de bonne heure les colonies grecques *. Cermorum, ou Cermosa, et le golfe du même nom, indiqués par Pline entre le temple de Neptune et la ville d'Amphipolis % répondent probablement à une courbe décrite par le littoral, à peu de distance de Bromiscus, où Kiepert place le village de Jénimahalle. Argilus, colonie d'Andros^ était ainsi appelée d'un mot thrace qui signifie rat^ parce qu'un rat sortit de terre lorsqu'on creusait ses fondements *. Elle était voisine d'Eion ot d'Amphipolis, et hostile aux Athéniens i.cefut un Argilien qui dénonça Pausanias, roi de Sparte, son ami^; ce furent encore des Argi- 1 iens qui facilitèrent à Brasidas l'occupation d'Amphipolis%et la paix de Nicias leur rendit leur autonomie . L'emplacement d'Argilus correspond au village actuel de Kutchuk-Orsova ; à quelque distance au nord-ouest, au village de Buïuk-Orsova, était située Cerdylium, dite aussi Cardylium, qui faisait partie du territoire des Argiliens.*On voyait de là partout à Tentour, et Brasidas y établit son camp, en face d'Amphipolis, lorsque déjà la ville était entre ses mains, et queCléon se préparait aie combattre; Il descendit de la colline, et ren-
1 Hérod. vu. 122. * Steph. 101.
« Cousinéry. I. 118. * Thucyd. IV. 103.
« Plin. IV. 9. « Thucyd. 1. 133. IV.103-106.V. 18.
tra dans Amphipolis avant d'engager raction où il perdit la vie (xaTaêocç xal auTOç àito to5 KepSuT^lou eo-ep-j^iTai Iç ttiv l[xcpiTuoXtv) ^ Entre Argilus et les bouches du Strymon,mais toujours sur la rive droite du fleuve, était située Eioné, colonie de la ville pallénienne de Mendé, et, comme Argilus, hostileraux Athéniens ^. Simonidela prit par trahison, mais les Chalcidiens et les Bottiéens, qui combattaient ensemble en Piérie comme à Spartôlus, l'en chassèrent *, et elle fut encore assiégée par Cléon *. Elle était située à quelque distance de la mer et du fleuve, entre Argilus et le pont du Strymon. Lycophron lui donne Tépithèle de Biêaltia^ ; les Bisaltes, en effet, touchaient à son territoire. Entre Eioné et Cermorum, sur le littoral, était la mutation de Pennana, mentionnée par Kiepert^ et appelée Penenanapar d'Anville\ Nous ne l'avons trouvée ni dans Leake, ni dans Nicolas Bergier.
Sur l'autre rive du Strymon, entre ce fleuve et un conti:efort du Pangée, qui limite à l'ouest le bassin du Gangitès, la Piérie renfermait plusieurs autres villes. Eion (Contessa), située aux bouches même du Strymon, à 25 stades ^ (4 kii.625) d'Amphipolis, fut occupée parlesPerses dans la seconde guerre médique, et Xerxès y établit des dépôts de farines. Selon quelques auteurs, il s'y embarqua pour retourner en Asie\ Bogès ou Butés, gouverneur de cette place pour le grand roi, s'y défendit courageusement contre Gimon. Béduit à l'extrémité faute de vivres, il tua sa femme, ses enfants et ses serviteurs, jeta dans le Strymon toutes ses richesses, et se brûla lui-même ^^. Le vainqueur ne retira aucun butin de cette expédition, mais il trouva le pays si beau, qu'il voulut en faire don à sa patrie, et ce fut l'origine
1 Thucyd.V. 6. « Kiep. Thess. Epeiros.
2 Thucyd, IV. 7. ? D'Anv. Geogr. ant. tah.
3 Thucyd. s Thucyd. IV. 102.
* Diod. XII. 73. 9 Hérod. VII. 25. VIII. 120.
» Lycoph. V. 49. lo Hérod. VII. 107.
416 GÉOGRAPHIE ANCIENNE bJE LA MACÉDOINE.
des pretnier^ établissements des Athéniens dans celte partie de la Thrace *. bit tnilie éoions, envoyés d'Athènes, occupèrent le territoire conquis sur les Perses et s'établirent à Amphipôlis; Eioti, port de la colonie, devint le quartier général des Athéniens et leur entrepôt maritime*. Datisla guerre dii Péloponnèse, Thucydide commandait à Thasos une partie de l'armée athénienne; rappelé trop tard par Eudes, son collègue, à la défense d*Amphipolis, il Ue put sauver cette ville, mais il arriva asse:2promptement poUrrester maître d'Eion \ L'emplacement d'Eion répond à peu près exactement à Celui de Gontessa, ville également détruite, et qui a dôtiné au golfe Strymonique son nom moderne. Gepeudant presque toutes les ruines qui s'y voient datent du Bas- Empire*.
Hérodote nous* apprend que l'armée des Perses, dans sà marche, avait à sa droite le Pangée, et les Péoniens, les Dobères, les Péoples, qui habitaient Ters le nord-est les hauts plateaux de la montagne (T'itepotxiovtaç 8è Ta BàY^aiov TxpoçBop&o) àvi[JLOU lïabvaç AoÊT^pàç Te xal IlaiiitXaç irapsitè^v)*. Elle passa entre le Pangée et le contre-fort qui longe le littoral jusqu'à la hauteur d'Orfana. Cet espace forme une petite vallée, se prolongeant du nord-est au sud-ouest jus^ qu'au golfe Strymonique, et arrosée par plusieurs cours d'eau • Leake nous semble lui appliquer avec vraisemblance le nom de Iliepixoç xi^Tcoç^ donné par Thucydide \ Outre les exemples d'un sens analogue qu'il rapporte (et auxquels on peut ajouter ce passage de Strabon : BtcràXTai..... èy(oyztq axiktbvciL euxapitov ov Staipeï o STpi»[ùbv ^), il faut avouer qu'il serait embarrassant de trouver sur toute cette côte un autre golfe que celui du Strymon. Il y a bien à l'est un
1 Plut. Cim. » Hérod. VIII. 113.
2 Thucyd. IV. i02. » Leake. III. 177.
» Thucyd. IV. 106. ^ Thucyd. II. 99.
4 Leake. III. 17l » Strab. VII. Fragfn. 56..
TOPOGlIilPHIC. 411
vaste golfe entre la terre ferme et Thasos : mais ce golfe appartient tout entier à la Paroréë ; il était tout eiltiei" dêcupé par les Péoniens du Pangée et par les colonies dëô Thasiens, et jamais les Piériens n'y ont eu d'établissetnetitS.
Phagrès* et Pergamus étaient situées dans la vallée Piêrienne, et en occupaient les deux extrémités. î^ëfgâiîulB correspond probablement à Pravista^, et Phagrès àDffantt*. Leake a reconnu à Orfana remplacèîtletit d'une cité àfitique, quelques faibles débriâ de murailles, et il ajôtlté (ju'ôti y trouve souveritdes monnaies gi^ecqiies. ApoUbnie de Piéfiê* est indiquée par Pline sur la côte Egéetine entté le Stï^yttaon et la ville d'Œsyme ^ Strabon la place positivement (sic (jiivTot Taxpiêèç) à l'extrémité du cap qui, avec celui d*A-^ crathos, ferme le golfe Strymonique^ Quoique cette expression pour nous manque d'exactitude, et que le golfe StrymoniqUe soit réellement fermé aU nord par le cap Hagio Giorgi daris Ttle de Thasos, ou tout aU tîlditlg ^àt le cap Kéfalo, situé dans la même île/ cependant il feëte acquis que Strabon a voulu désigtier par là le cap KàfÇà, ou le cap Deftéro \ à l'extrémité méridionale du renfleitteût formé par la côte de Piérie; par conséquent c'est là qii'il faut placer ApoUonie de Piérie. Nous croirions aussi Volontiers que les Bottiéefls de Piérie, mentionnés par PliUe entre le Strymon et les Edonièns, occupaient au-dessous d'Ampbipolis le littoral entre Eion et Apolloilié^ et qu'ApoUonie de Piérie était leur ville. Les Piériens, chassés comme eux de leurs foyers^ et de la même race, ne pouvaient leur être hostiles; la contrée avait avec celle qu'ils abandonnaient une certaine analogie qui n'échappe pas aux exilés, et le nom d'Apollonie, que nous retrouvoné etiGhàl-
1 Scyl. 67. s Plin. IV. 18.
2 Leake. III. 177. « Slrab. VU. Fragm. 25.
3 Kiep. Thess, Epeiros, "^ Kiep. Karte von dèr Ehr , Turk,
4 Pomp. Mêla. II. 2. » Plin. IV. 18.
cidice et en Mygdonie, pourrait bien indiquer Torigine commune des trois villes. Nous ne serions pas arrêté par la dénomination de colonies de Chalcis, donnée aux deux dernières ; nous savons en effet que les Chalcidiens et les Bottiéens s'unirent de bonne heure, qu'il y a eu des Bottiéens à Spartolus et à Olynthe, et que Perdiccas en établit près du lac de Bolbé.
Œsyme\ appelée par Ptolémée* Elyma, et placée par Pline' entre le Strymon et ApoUonie, était vraisemblablement située à Test de cette ville, et c'est au territoire d'Œsyme que commence la Parorée. Œsyme* et Galepsus étaient des colonies desThasiens ^ Galepsus, appelée par Ptolémée^ Gapsélus, appartenait, selon Hécatée, aux Péoniens du Pangée^ Pline confirme son témoignage, et fait des Paroréens une peuplade péonienne\ Elle se soumit à Brasidas, fut prise parCléon^ et fut détruite par Philippe ^^ en même temps qu'Apollonie. Elle se relevaC de ce désastre, et quand Persée, repoussé par ceux d'Amphipolis, descendit le Strymon, il relâcha à Galepsus avant de passer à Samothrace*^ D'après Etienne de Byzance, Œsyme aurait, de niême qu'Amphipolis, Œnoset Maronée, refusé de recevoir Lucrétiuset Hortensius, députés romains, et se serait mise à Tabri de leur avarice en leur fermant ses portes^*. Mais Tite- Live dit Emathia*% et non Œsyma, et comme ce sont des envoyés des villes de Chalcidice qui rapportent ce fait au sénat, que la ville d'Emathia, située dans l'Acte, sur la côte du golfe Strymonique,etsur le passage des députés romains pour aller à Amphipolis, est citée'par lui la première, ce qui est
1 Iliad. IX. V.304. s Plin. IV. 17,
2 Ptol. III. 13. 9 Thucyd. IV. 107. V. 6.
3 Plin. Vf. 18. 10 strab. VIL Fragm, 17.
* Steph. 510. 11 Liv. XLIV. 45. — Diod. XXXI.
» Thucyd. IV. 107. -Diod. XII. 68. Fragm. 21.
« Ptol. III. 13. 12 steph. vo. Emathia,
7 Steph. 197. 13 Liv. XLIir. 7.
conforme à Titinéraire des Romains, nous ne voyons pas qu'il soit nécessaire de corriger cet endroit.
Faut-il attribuer au territoire d'Œsyme cet excellent vin de Bibline vanté par Athénée, et célèbre dans toute l'antiquité? Bibline, dit Athénée ^ est une contrée de la Thrace qui produit le vin de Bibline; Epicharme veut qu on l'appelle ainsi de certains monts Bibiins. Arménidas ajoutée que la Biblia, ou Bibline, est un canton de la Thrace appelé depuis Tisaré ou Œsyme, dont les vins étaient renommés dans tout le pays pour leur douceur. Démus de Délos prétend que ce vin de Bibline est le vin de Naxos, parce qu'il y a à Naxos un fleuve Bibles ; mais jamais Naxos n'a été en Thrace. Enfin, on donnait le nom de vin de Bibline à certains vins de Sicile dont le plant était venu de Thrace 2, et qui étaient aussi en grande réputation. Il y a dans ces témoignages très-divers peut-être une indication précieuse. La contrée qui produit le vin de Bibline aété appelée depuis, selon Arménidas, Tisare ou Œsyme ; Œsyme, colonie dç Thasos, devenue Macédonienne, est nommée par Scymnus de Ghio, Strabon, Pline et Ptolémée. Casaubon, au lieu de lire Tisaré, propose de lire Anlisara, et cite Etienne de Byzance, qui lui-même, sur la foi d'Hérodien, donne Antisara, appelée aussi Tisare, pour port aux Daténiens (ÀvTbapa eitivewv AaTYivwv)^. Nous ne sommes pas loin de la vérité. Galepsus, oii il faut que Persée ait pu aborder, peut être placée au sud du Leftéro-Limani, en avant d'un petit cap qui ferme le golfe de Néopolis. Datum, que M. Perrota très-justement placée dans cette région, était située, selon nous, non pas à Eski-Gavala*, maiâ àLeftéropoU, à 5 ou !6 kilomètres à l'intérieur, et ce doit être la même ville que Tisara ou Œsyme, dont le nom, très-ancien, reparaît quand celui de
! t^^^u' .L^^ • ^ Holst. ap. Steph. 38.
•^ Steph. 166. 4 /{pv. archéol. juill. 1860. p. 46-47,
4H GÉOGRAPHIE Ar^GlflNNf; J)I5 LA MACÉDOINE.
Dfttum tombe en désuétude. Le port des Daténiens, Antisara, situé en face de Tisara, était sur le rivage même oii se trouvent lee débris appelés Eski-Cavala. Ces trois établissements des Thasiens (Galepsus, Datum, Antisara) occupaient au nordouest la pointe extrême du golfe ; c'était sur toute la côte de Thrace le point le plus avantageux pour la navigation ; (grand ovale d'un bon quart de lieue de profondeur, à l'abri des vents du sud et du sud-ouest ^). La situation de la ville de Thasos était semblable.
Datum avait un territoire très-bon et très-fertile ^ des chantiers de construction, des mines d'or, et c'est de là qu'est yenu le proverbe ; une Datum de biens (une forêt de biens) 3. Le contre-fort du Pangée auquel est adossé le village dç Leftéropoli a pu anciennement renfermer des mines \ peut-être même celles découvertes et exploitées par Cadmus pendant son séjour dans Tîle de Thasos. Les Athéniens, dçins leur première expédition en Thrace, en convoitèrent Ja possession, et Sophanès, leur général, fut tué à Datum par les Edoniens^, qui alors en étaient les maîtres ^ La prospérité de cette ville était attachée à la fortime de Thasos, sa métropole ; quand Thasos, après une guerre de trois ans, se rendit aux Athéniens \ Datum dépérit : on pyblia jusqu'à son nom, et celui d'Œsyme reparut. Le port de Leftéro^Limani fut négligé pour celui de Néopolis ; ce ne fut qu'au moyen âge qu'on reconnut de nouveau son utihté et son importance. Une tour génoise, qui servait probablement de vigie, y est encore debout ^
Athènes victorieuse prétendait hériter des mines et des colonies possédées par les Thasiens sur la côte de Thrace ®.
. 1 Cousinéry. II. 116, 7 Thucyd. I. 101.
a Steph. 2'25. 585. e nev. archéol, juill. 1860.
3 Strab, VII. Fragm. 33. « Cousinéry prétena que Néopolig * M. Perrot. Rev, archéoL juill. existait du temps de Cimon. Plutarque
1860. dit seulement que Cimon enleva aux
^ Hérod. IX. 75. Thasiens tout ce qu'ils possédaient sur
« Euslath. ad Dion. V. 517. le continent. (Plut. Cim. 14.)
iOPOGJ^AFPIJÎ. 415
Callistrate, son général, fonda une ville au centre de ces établissements, et il choisit un emplg^ceinent moins sûr pour les vaisseaux, mais plus facile à d^fçudre. C'est Néopolis, destinée à devenir le chef-lieu de toute cette partie du littoral sous la domination nouvelle. ^Ue étf^it située à 9 milles de Pliilippes* (IS^'^-j^SO), dont ellç était séparée par la chaîne mince et basse du Symbole^ (300 à 400 mè-» très). Lorsque Philippe s'empara de Créftidqç, et lui donna son nom de Philippes, Néopolis devint le port des PhiUppiens, et sa prospérité alla croissant, l^a flgtte de Brutus et de Cassius stationna dans son golfe, et pourvut abondamrt mentaux besoins de Tarmée républicçiiue^ S^intPaul y aborda dans son voyage en Macédoine \ Le^ monuments de Philippes sont sortis des carrières de marbre blauc qui se trouvent dans son voisinage, et la mosquée de Dramei eu est bâtie. Elle fut, sous le nom de Cavala, un des comptoirs des Génois ; elle^ attira aussi Tattenùon des Turcs, et les restes d'un bel aqueduc, qu'on admire au nord-est de la ville, sont attribués à un de. leurs pachas. On a beaucoup de médailles de Néopolis, et quoique les ruines qu'où y a découvertes soient rares et sans caractère, et qu'elles ne révèlent rien de précis, on ne peut douter du rôle imporr^ tant que cette ville a joué sur la côte de Thrace depuis »s^ fondation jusqu'aux derniers siècles de la domination romaine^.
On place généralement à Tangle nord-est du golfe de Néopolis, là où le littoral cesse d'être parallèle à la chaîne du Symbole, et se prolonge au sud, en face de Thasos, la mutation d'Acontisma donnée par les itinéraires^. Entre ce lieu et NéopoUs était probablement située "^ Scaptésylé,
1 Appien. G. civ. IV. 106, ^ M. Perrot. R^v. archéoU juill.
2 Rev. archéol. juill. 1860. p. 40. 1860.
3 Appien. G, civ. ÏV. 106. « jtin. Ant. et Hier, * Act, (Us Apôtr, XVI, '^ Steph. 606.
ainsi appelée pour ses mines d'or et d'argent \ Ces mines appartenaient à i'iiistorien Thucydide, qui y mourut pendant son exil*. Lucrèce parle aussi de Scaptésylé, dont le sol exhalait des odeurs malsaines ^ Les défilés (Stéva) en étaient voisins, de même que ce mur génois dont nous avons parlé à propos de la bataille de Philippes, et qui, selon nous, pourrait remonter pour les fondations à Tépoque romaine. Au sud-est d*Acontisma, sur la côte ouest du golfe de Néopolis, était située la ville de Pistyre, peut-être fondée par Timésias de Clazomène, fondateur d'Abdère, lorsqu'il fut chassé de cette dernière ville par les Thraces*. Sur son territoire on trouvait un vaste lac de 30 stades de circuit (5'^''-,500) et très-salé; dans la seconde guerre médique, les chevaux des Perses le mirent à sec^ Entre Pistyre et le Nestus il faut peut-être placer Perné, ville de Thrace voisine de Thasos^