I. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Sur chacun des continents, les espèces se sont propagées «le proche en proche, et, à moins qu'elles ne soient d'une introduction récente, elles ont du rencontrer les limites imposées par les effets du climat sur chaque organisation particulière. Ces limites ne varient plus que dans un espace restreint, par oscillations, en raison des différences successives «les années quant à la chaleur et à l'humidité. On voit ainsi des espèces, le Dattier, par exemple, lutter sur la même limite moyenne depuis des milliers d'années, attestant à la fois le peu «le changement des climats pendant l'époque géologique actuelle, et la permanence de l'organisation des végétaux, malgré les générations qui se succèdent.
Toutefois, un grand fait, un fait d'une importance immense au point de vue delà géologie et de l'histoire naturelle, vient de temps en temps se manifester. Une espèce qui habitait quelque pays lointain, transportée par une cause connue ou inconnue, se montre comme plante spontanée et se multiplie «lans un pays où elle n'existait pas auparavant. Elle y résiste à une succession d'années qui comprend toutes les variations possibles du climat; elle y devient de plus en plus commune ; elle s'y répand dans tous les sens, jusqu'à ce qu'enfin elle rencontre sur cette nouvelle terre une limite qu'elle ne franchira plus, à moins que les conditions extérieures ne viennent elles-mêmes à changer.
Les faits qui offrent ces caractères constituent re qu'on appelle des
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608 CHANGEMENTS PANS i/HaBITATION DES ESPÈCES.
naturalisations. Ils prouvent deux choses, également très importantes : d'abord, que chaque région n'a pas reçu à l'origine toute» les espèces qu'elle peut nourrir et maintenir ; ensuite, que les causes physiques actuelles, même prolongées pendant des siècles, ne peuvent pas engendrer toutes les espèces appropriées à un pays, suit en les tirant de la matière inorganique, soit en modifiant des espèces existantes. L'adaptation complète des végétaux à chaque pays, en raison de sa nature et de son climat ; la génération spontanée, et la possibilité de modifications graves d'espèces sous l'empire des causes actuelles, sont donc trois théories, toutes les trois renversées ou fortement ébranlées par ce simple fait de naturalisations bien constatées d'espèces dans des pays nouveaux pour elles.
Il y a, comme on le voit, de l'importance à scruter les détails relatifs aux naturalisations. Je vais m'en occuper; mais d'abord, il convient de préciser les mots naturaliser et naturalisation, car ils sont pris dans des sens divers, et l'on doit bien s'entendre à leur égard. Je veux aussi montrer comment certaines extensions des limites d'espèces, et certaines diiïusions des individus dans l'intérieur de l'habitation, sont des phénomènes semblables aux naturalisations proprement dites. Délaissons d'abord les termes à employer.