‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 125 sur 146 · HOHB&E DES GENRES DANS CHAQUE PAYS · texte numérisé non relu

HOHB&E DES GENRES DANS CHAQUE PAYS

diversité des causes locales et la valeur non mathématique des chiffres dont il s'agit. Par exemple, entre la Scandinavie et l'Allemagne, le rapport des espèces est =; 1 : 2,0, celui des genres z=z X : 1,4 ; entre la Suède et la France, les espèces sont = 1 : 3,1, les genres =y 1 : 1,8; entre le Labrador, la Gironde et les Açores, les espèces sont — 1 : 5,3 : 1,8, tandis que les genres sont = 1 : 5,4 : 2,6.

On se rendra peut-être mieux compte des faits en calculant la proportion des espèces par genre. La colonne à droite dans le dernier tableau . donne cette proportion.

Et d'abord il saute aux yeux que le nombre des espèces par genre est plus grand à mesure que l'on considère des pays plus étendus. J'en ai dît ailleurs la raison (p. 1173). C'est une conséquence de l'aire moyenne des genres comparée à celle des espèces.

Maintenant, pour des pays de même étendue, la proportion des espèces par genre augmente et diminuo avec le nombre total des espèces. M. Ernest Meyer (a) l'avait déjà constaté, au moyen d'une soixantaine de Flores ; mais il avait confondu dans ses moyennes des pays de toutes les grandeurs, ce qui ôtait au résultat la clarté et la précision désirables. En comparant le nombre des espèces par genre avec le nombre total des espèces, dans divers pays de même étendue, on remarque un accroissement du premier des chiffres en s'eloignant des pôles ; une diminution sensible dans les pays tels que TÉgypte, le Sinaï, où le nombre des espèces diminue ; enfin, une diminution analogue dans les lies. Au milieu d'une foule d'irrégularités, les variations sont donc analogues à celles du nombre des espèces. Dans les pays les plus pauvres en espèces, il se trouve moins d'espèces par genre, ou si l'on veut, il y a relativement aux espèces plus de genres. Dans les pays riches en espèces, il y a plus d'espèces dans chaque genre, ou, en d'autres termes, moins de genres à l'égard des espèces. La végétation des pays pauvres se compose de quelques formes très différentes (génériques), chacune représentée par moins de modifications secondaires (espèces) et par un nombre plus grand d'individus semblables; au contraire, dans un pays riche comme le Cap, il y a un nombre plus grand de formes génériques; mais la différence est surtout que les formes principales sont représentées par une multitude de modifications secondaires (espèces) et par un nombre inférieur d'individus semblables.

D'après l'étude faite dans le livre premier des circonstances relatives au genre et a l'espèce, en particulier de leur aire géographique (p. 589, 1141), tout cela est une conséquence de la nature de ces groupes. Les

a) luxi Pflansen geogr. Documente (Flora, 1843, Beigabe, p. 13).

genres ont une aire plus vaste; ils se répandent souvent jusque dans des pays peu favorisés , où ils sont alors représentés par peu d'espèces. Ainsi, dans un désert, sur les montagnes, dans les régions glacées du Nord, on rencontre souvent une ou deux espèces de tel genre qui abonde en espèces autour du désert, dans les vallées, dans les régions inoins avancées vers le nord. Inversement , les localités favorisées présentent quelquefois une abondance extraordinaire d'espèces de tel ou tel genre (a i. La richesse vient surtout de l'accumulation des espèces à aire limitée; mais cette cause influe moins sur les genres, naturellement plus vastes, et pour ainsi dire , plus élastiques. Au Cap de Bonne-Espérance , les espèces changent considérablement d'un district à l'autre, mais non les genres ; d'où résulte que la différence d'avec l'Europe gît surtout dans le nombre des espèces, et que la proporlion des espèces par genres se trouve moins différente entre ces deux régions que d'avance on ne pourrait le croire. Le Cap, dans une étendue comme la Grande-Bretagne, renferme cinq fois plus d'espèces, et seulement deux fois plus de genres ; d'où il résulte que la proportion des espèces par genre n'est guère que double. Ainsi, il ne faut pas se figurer que le nombre des genres dépende directement de celui des espèces; mais en scrutant la question, on trouve que tous deux séparément sont réglés par des lois qui produisent des relations numériques plus ou moins régulières.

Les îles se présentent-elles à l'égard des genres autrement que les terres continentales de même grandeur? Les considérations qui précèdent aideront beaucoup à la solution de cette question.

Le baron de Buch {Phys. Besckr. Canar., p. 132), voyant que d'après les documents alors connus , le rapport des genres aux espèces était aux îles Canaries = 1 : 1,4, dans l'île de Sainte-Hélène = 1 : 1,5, et dans la régence d'Alger = 1 : A, 2, avait cru découvrir là une différence essentielle entre les îles et les continents. Il en lirait môme des inductions théoriques sur la formation des espèces. Malheureusement la comparaison reposait sur des pays d'étendue fort inégale, et il était tout simple qu'un pays aussi vaste que l'Algérie, eût, toutes choses d'ailleurs égales, trois ou quatre fois plus d'espèces par genre, que des îles fort petites. D'ailleurs, on ne connaissait alors que la moitié des espèces des Canaries et de l'Algérie, et les Flores de Sainte-Hélène publiées jusqu'à

(a) M. de Humboldt, en 1815, avait déjà constaté que l'affaiblissement du nombre des espèces par genre dépend, 1° de la petitesse du territoire, V de conditions défavorables à la végétation, comme le froid, la stérilité. Les auteurs subséquents, qui avaient des matériaux plus riches à leur disposition, n'out pas traité le sujet d'une manière aussi logique.

présent sont des ouvrages détestables, à cause du mélange des espèces cultivées, des erreurs, etc. Il faut étudier la question sur d'autres

bases.

Les îles un peu considérables, voisines des continents, comme la Sicile, la Grande-Bretagne, etc., ne présentent rien d'exceptionnel sous le rapport des genres. Le nombre absolu et le nombre des espèces par genre, s'y présentent comme sur les terres continentales voisines.

Les petites îles, rapprochées soit des continents, soit des grandes lies, ont peu d'espèces, peu de genres et une faible proportion d'espèces par genre, comme c'est le cas de toutes les localités restreintes, défavorables à lu croissance des végétaux, ici, de même que dans les pays très froids, sur le sommet des montagnes et dans les déserts, l'affaiblissement imposé par des conditions défavorables porte principalement sur les espèces. On le comprend. Il y a souvent dans les genres nombreux des pays voisins une espèce ou deux espèces, qui supportent de vivre dans une petite île très battue par les vents, inondée par les vagues, etc. Il doit donc manquer dans ces îles, à proportion, moins de genres que d'espèces. Du reste, les circonstances locales ont tant d'effet sur une île très petite, que des exemples auraient peu de valeur et pourraient se trouver aisément contredits par d'autres.

La Nouvelle-Zélande, qui est le plus considérable des archipels isolés, ne paraît pas avoir un nombre de genres et un nombre d'espèces par genre sensiblement différents des pays continentaux analogues. Le chiffre fondé sur la Flore récente du docteur Hooker donne 2,5 espèces par genre; il s'élèvera probablement à 2,8 ou 2,9, lorsque l'on connaîtra toutes les espèces (a). Or, sous des climats correspondants et avec une surface analogue, les provinces de Podolie, Volhynie, etc., offrent 3,2 espèces par genre, et la Grande-Bretagne, 2,9. S'il existe une différence, elle est donc insignifiante.

Aux îles Àçores, la proportion est un peu plus faible qu'aux Baléares, dont l'étendue et le climat sont comparables, mais qui sont rapprochées des continents. Les îles Malouines ont une faible proportion. Elles se trouvent dans des conditions défavorables de climat , comme les pays du nord, où la proportion est toujours faible; cependant, il semble que par

(a) On arrive plus vite à connaître le nombre total des genres d'un pays que celui des espèces, vu que les dernières espèces découvertes sont des espèces locales , ayant une aire beaucoup plus limitée que les genres. Les Flores de la Nouvelle-Zélande, publiées de 1832 à 1854 le montrent bien. Celle d'Achille Richard contenait 210 espèces et présentait 1,5 espèce par genre ; la Flore de Cunningham avait 394 espèces et 1,9 par genre; celle de Raoul, 507 espèces et 2,1 par genre ; enfin, celle de Hooker fils a 730 espèces et ?,5 par genre.

cette cause seule, leur proportion ne devrait pas tomber au-dessous de l'île Melvllle et du Labrador. Tristan d'Acunha, Kerguelen, les Iles de la Société , ont des proportions bien faibles, comparées à celles de Zante et de Madère , dont IV tendue est analogue. Dans un degré inférieur d'étendue , les îles de l'Ascension , Keeling , Norfolk ont des proportions faibles ; tandis que Juan-Fernandez , Auckland et Campbell offrent des proportions ordinaires. Je ne dis rien des îles Galapagos et Sandwich, parce que la moitié des espèces en est encore inconnue ; ni de Sainte- Hélène, à cause de l'imperfection des Flores publiées, et de la quantité d'espèces d'origine étrangère qui s'y trouvent mélangées. Les chiffres certains, concernant les îles ou groupes d'îles contenus dans notre tableau, ne sont pas , j'en conviens , très probants ; ils semblent toutefois indiquer un affaiblissement plus grand du nombre des espèces que du nombre des genres, dans la plupart des Iles. Assurément, aucune île ou réunion d'îles ne présente une proportion d'espèces par genre plus grande que des étendues semblables prises sur des continents, sous des conditions analogues de climat. D'après cela, une moyenne des îles, si le calcul pouvait en être fait régulièrement, donnerait une proportion d'espèces par genre inférieure.

Il y a au reste deux causes, bien certaines, qui tendent à diminuer le nombre des espèces, relativement à celui des genres dans les Iles éloignées, et surtout d'une faible étendue. L'une, que les volcans, l'incendie des forêts, l'introduction des cultures, des chèvres, et, en général, les causes de destruction peuvent bien mieux anéantir une espèce qu'un genre. L'autre cause est dans l'introduction fortuite d'espèces nouvelles, qui , venant de loin dnns le cas d'îles très distantes des autres terres, se trouvent généralement appartenir chacune a un genre nouveau. Le docteur Hooker (a) remarque avec raison combien la proportion des genres, relativement aui espèces, est considérable dans les îles madréporiques (Keeling, Malden), dont la végétation tout entière est venue de l'extérieur; tandis que les îles Oalapagos, Juan Fernandez, Sainte-Hélène ont un fond propre, dans lequel certains genres ont plusieurs espèces. J'ai aussi fait remarquer (p. 7Ô5, 759, 1 1 h h ) que le transport accidentel des espèces d'un continent ù l'autre introduit souvent des genres nouveaux pour le pays. Dans les petites îles, où les nombres sont naturellement faibles, cette addition, plus ou moins difficile A reconnaître, doit jouer un grand rôle.

Malgré ces deux câuses, dont l'une diminue les espèces, et l'autre augmente les genres, c'est-a-dire qui concourent à nflaiblir la proportion des

(o) Veget. of Galapagos (Trans. Linn. Soc., XX, p. 246).

espèces par genre dans les petites îles éloignées, il est difficile de ne pas sentir dans la distribution des genres quelque chose de plus élevé, quelque chose d'antérieur à l'état actuel du monde. Si l'on pouvait tracer sur un globe terrestre l'habitation de chaque genre, on verrait toutes les surfaces insulaires et continentales, comme enlacées dans un réseau, dont les mailles seraient croisées et inégales, plus serrées sur les continents, près de rùquateur et dans quelques régions tempérées, que dans les fies, ou dans les pays stériles, ou encore vers les pôles. Les espèces, par leur nature plus locales que les genres, se trouveraient accumulées en suivant à peu près les mômes lois, mais un peu autrement. En particulier, dans les îles, le réseau des genres serait fourni moins abondamment d'espèces. Dans cet ensemble, on peut chercher la part des influences locales et du mouvement actuel des espèces, mais les faits n'étaient-ils pas analogues il y a 500 ans, il y a 1000 ans, 10,000 ans? Cela semble probable. Alors nous remontons ici, comme dans toute la géographie botanique, a des causes antérieures, plus ou moins obscures.

Ce qui nous montre encore l'existence de causes antérieures dans la distribution actuelle des genres, c'est que pour les îles éloignées, les genres ayant une seule espèce sont assez fréquemment des genres monotypes, r/est-à-dire composés réellement et absolument de cette espèce unique, .l'en ai rencontré plusieurs exemples dans les familles dont je me suis occupé spécialement, comme les Campanulacées et les Myrsinéacées. On en voit aussi dans les Composées, les Apocynées et autres familles.

Quand les espèces insulaires ne forment pas de genres, elles forment souvent des sections constituées d'une seule espèce. Ainsi, on ne peut pas dire que les formes génériques à espèce unique, si communes dans les îles, s'expliquent toujours par des transports probables dé pays éloignés et par des modifications qui auraient changé les espèces analogues du même genre. Il y a une foule de genres monotypes dans les îles, et ceux-là ne peuvent provenir que d'une création dans l'île sur laquelle ils se 4rouvent, ou de la végétation d'une époque géologique antérieure, disparue des autres surfaces terrestres.

ARTICLE III

Page 1