ORIGINE ABSOLUMENT DOUTEUSE OU INCONNUE
Cucurbita Melopepo, L. — Probablement une race obtenue par la culture, qu on sache précisément où elle a commencé.
On voit que presque toutes les espèces cultivées ont une origine connue, si ce n'est quant au pays même, du moins quant à la grande division du globe à laquelle appartient le pays. Il est donc inutile de supposer des régions disparues sous l'Océan depuis l'invention des cultures, et encore bien moins une création miraculeuse et spéciale des plantes cultivées indépendamment des espèces ordinaires. L'ensemble des faits prouve que les hommes ont cultivé tout simplement les espèces qui étaient à leur portée et qui leur paraissaient offrir quelque avantage. Dans certains cas, ils les ont transportées avec eux d'un pays a l'autre, mais souvent aussi ils les ont trouvées en arrivant dans une région. En particulier, la diversité absolue des espèces cultivées dans l'ancien monde et en Amérique, avant la découverte, montre combien les deux continents étaient isolés, ainsi que leurs habitants, depuis une époque impossible à préciser.
| IV. ANCIENNETÉ DE PLUSIEURS RACES DANS LES VÉGÉTAUX CULTIVÉS ; MANIERE DE DISTINGUER LES RACES ET LES ESPÈCES.
Une chose m'a extrêmement frappé dans la recherche méthodique à laquelle je viens de me livrer. C'est l'ancienneté de plusieurs des races ou variétés héréditaires de nos végétaux cultivés.
On attribue probablement à la culture de trop grands effets. De ce qu'elle peut créer des formes transmissibles par les graines, on croit que ce phénomène est arrivé souvent, et que les principales modifications sont dues à cette cause.
Le fait est que la culture produit beaucoup de petites modifications, tandis que les races vraiment héréditaires et tranchées sont presque toujours anciennes, c'est-à-dire qu'elles remontent à une époque dont l'homme a perdu la trace, et qui, probablement, dans beaucoup de cas, est contemporaine des premières cultures, peut-être antérieure à toute culture.
Ainsi, on remarque dans les ouvrages du xvi* siècle les principales races de choux, de navets, de courges, sans parler de diverses qualités de céréales et d'arbres fruitiers dont l'identité est moins évidente. Les Romains, du temps de Pline, cultivaient déjà une grande quantité de poires, prunes, etc. Homère distinguait déjà les pavots à graine blanche et à graine noire. Les Égyptiens cultivaient le Sesame à graine blanche. Les Hébreux distinguaient l'Amandier à fruit doux et à fruit amer. Les vignes à raisin rouge et blanc paraissent aussi d'une grande ancienneté historique.
Indépendamment de ces exemples où l'identité spécifique n'est guère douteuse, il y a un grand nombre de cas dans lesquels deux formes voisines, bien distinctes et héréditaires, existent depuis un temps reculé, sans qu'on puisse affirmer si ce sont des races on des espèces. Les Psidium pyriferum et pomiferum, l'orange douce et l'orange amère, la pèche lisse et la pèche velue, en sont des exemples remarquables. L'hérédité de leurs formes n'est peut-être pas aussi bien établie que celle des pavots à graines noires et à graines blanches, ou des vignes à fruit rouge et fruit blanc, et il y a des indices historiques pour les classer parmi les races et non parmi les espèces proprement dites; d'un autre coté,, comme leurs caractères distinctils sont plus nombreux et plus importants, beaucoup d'auteurs les regardent comme des espèces distinctes. Ce sont des questions analogues à celles de l'unité de l'espèce humaine, ou de l'espèce canine, dans le règne animal. Elles sont toujours difliciles. On peut cependant se laisser guider par quelques raisonnements, qui conduisent à certaines probabilités là où les preuves manquent.
Lorsque les caractères distinctife se trouvent uniquement dans les
organes pour lesquels on cullive la plante, c'est une grande probabilité que ces caractères viennent de la culture. Ainsi, quand deux formes voisines d'arbres fruitiers diffèrent par la grosseur, la saveur ou la forme du fruit, le botaniste doit y mettre moins d'importance que si les caractères étaient dans la fleur ou les feuilles. Evidemment, en effet, l'homme a été entraîné à conserver les modifications qu'il obtenait pour les fruits, et il cherche toujours à les obtenir. Dans les thés, le tabac ou le chanvre, qui sont cultivés pour leurs feuilles ou leurs tiges, les diversités de fleurs et de fruits sont probablement naturelles et non artificielles.
Quelquefois une modification qui semble être ou une espèce ou une race est indiquée dans les livres, à une certaine époque et dans certains pays, avec des circonstances qui font présumer une introduction récente dans les cultures. Si la modification en question a des qualités économiques supérieures a celles des variétés qu'on cultivait avec elle plus anciennement ou plus communément, il est probable qu'elle s'est produite par la culture. En effet, si elle avait existé de tout temps comme espèce sauvage et distincte, la culture aurait commencé par elle. Au contraire, les qualités inférieures qui se maintiennent par habitude dans les cultures, ont la chance d'être des espèces primitives, car une variété médiocre étant produite, on l'abandonne volontiers.
En appliquant cette règle de probabilité, les Hordeum vulgare, distichon, hexastichon, paraissent de bonnes espèces, carie plus riche, l'Hordeum hexastichon, est d'une grande antiquité comme culture, et il est probable qu'on a eu l'idée de le cultiver parce qu'il existait avec de bonnes apparences. Après lui on aurait rebuté les autres, s'ils s'étaient manifestés par accident dans les cultures, mais comme on les a cultivés aussi, il est probable que certains peuples les avaient trouvés dans la nature autour d'eux, et qu'ils ont continué de les cultiver par habitude, ou par défaut de communication avec ceux qui avaient la meilleure espèce. Inversement l'oranger à fruit doux semble une modification de l'oranger à fruit amer, car il parait moins ancien dans les cultures, et cependant, si l'un et l'autre avaient existé en Asie spontanément, les peuples les moins habiles se seraient emparés d'abord de l'orange douce, comme ayant des avantages évidents, et auraient négligé l'autre pendant longtemps.
Lorsqu'on hésite pour savoir si une forme héréditaire de plante cultivée est une race ou une espèce, il convient aussi de chercher si la culture en a commencé dans des régions différentes ou dans la même région. Si le premier cas se présente, plus les régions sont éloignées, plus il est probable que les formes représentent des espèces distinctes. On sait que les espèces phanérogames communes a l'ancien et nu nouveau monde, sont infiniment