ESPÈCES CULTIVÉES MALGRÉ LA VOLONTÉ DE L'HOMME
rares, excepté vers le Nord, ainsi quand on parvient à établir qu'un Indigofera, je suppose, ou un Gossypium, a été cultivé d'abord en Amérique, on a démontré presque complètement qu'il appartient à une espèce, relativement aux formes voisines de l'ancien monde, quelque difficiles à distinguer que ces plantes puissent paraître. D'après un raisonnement analogue on peut supposer une confusion d'espèces dans le lin cultivé, uniquement parce que la culture semble avoir commencé à la fois dans l'Europe tempérée et en Égypte, c'est-à-dire dans deux pays qui ont infiniment peu d'espèces phanérogames communes. Le cas inverse n'a pas la même valeur. Si la culture de deux formes voisines a commencé dans la même région, on peut croire ou que les deux formes étaient spontanées dans le pays, ou que l'une d'elles s'est développée anciennement dans les cultures, sans que l'histoire ou les noms vulgaires en aient laissé le moindre indice.
Ces raisonnements tendent donc à montrer, dans certains cas, si deux formes héréditaires d'une plante cultivée sont plus anciennes que l'agriculture, ou si elles sont le résultat de l'action de l'homme. Quand on a établi que deux formes sont antérieures à l'agriculture, on peut encore soupçonner que l'une d'elles est dérivée de l'autre à une époque plus ancienne , peut-être avant la présence de l'homme ou avant certains phénomènes géologiques. On retombe alors dans les grandes questions de la définition de l'espèce, de la date des espèces actuelles, du nombre et de la répartition de leurs individus avant l'époque historique, et même de leur origine première, questions formidables , sur lesquelles les espèces cultivées n'apprennent rien, et dont la solution dépend de la distribution actuelle des espèces spontanées, éclairée par la paléontologie et la géologie. J'y reviendrai dans les chapitres XI et XXVI.