H. RÉFLEXIONS
Après des exemples aussi nombreux, dans une catégorie de plantes absolument parlant peu nombreuse, on ne peut douter que la distribution des espèces habitant les eaux douces ne tienne ordinairement à des causes antérieures ou géologiques, et rarement aux causes actuelles.
Ce sont des plantes que le vent, les courants marins et la plupart des animaux ne peuvent pas transporter; des plantes que l'homme se soucie bien peu de naturaliser, et qui ne sont presque jamais mélangées avec les graines destinées aux jardins et à l'agriculture, ou avec les marchandises que l'on transporte; plusieurs mûrissent leurs graines au fond de l'eau f d'autres en donnent rarement; le cours des rivières ne peut pas les transporter d'un bassin à l'autre; il tend vers la mer où ces plantes périssent ; néanmoins ce sont les espèces qui se trouvent le plus fréquem-
ment semblables dans les îles et sur les continents, ou sur des terres éloignées, ou encore d'un côte et de l'autre des grandes chaînes de montagnes ! Si la température leur permet d'exister dans une île, ou dans un bassin séparé par des montagnes et par la mer des autres bassins du môme continent , on est presque sûr de les y trouver. Donc , ou elles ont été créées sur place, avec similitude de formes, d'un endroit à l'autre, ou elles ont eu jadis des aires plus vastes et ont été transportées d'un point à l'autre, lorsque la forme des terres était différente, lorsque certains continents étaient contigus, n'offraient pas les chaînes de montagnes actuelles, ou étaient ravagés par d'immenses inondations, qui pouvaient porter les graines à de grandes distances.
J'avoue que cette dernière hypothèse me parait peu probable, à cause de la présence des mers et du mélange inévitable des eaux douces avec l'eau salée, qui doit, ce me semble, faire périr la plupart des plantes aquatiques. Nous ne voyons pas qu'elles vivent dans les eaux salées ou même saumàtres du bord de la mer. Les Nymphéacées, par exemple, en sont certainement exclues. Or, la quantité d'eau douce a dù être infiniment moindre que celle des mers, dans le cas d'une submersion soit générale, soit très étendue des continents. Des submersions partielles d'eau douce, avec de grands courants, seraient plus plausibles, ou des submersions momentanées. Celles-là du moins n'auraient pas détruit les germes des plantes aquatiques. D'un autre côté, le phénomène de disjonction est général pour ce3 espèces. On l'observe sur tous les continents, à l'égard de toutes les îles, pourvu qu'elles contiennent aujourd'hui des lacs ou des marais. Il faudrait donc supposer qu'il y a eu partout des déluges d'eau douce, ou des déluges, très courts, d'eau salée, ou enfin que ces déluges n'ont jamais été simultanés. La première hypothèse, celle des origines multiples pour chaque espèce, paraîtra peut-être moins compliquée (a).
Il serait à désirer, que, dans le but de résoudre ces grandes questions, on fit des expériences exactes sur la durée des graines de plantes aquatiques et sur la possibilité de vivre de ces plantes, lorsqu'elles sont immergées dans de l'eau salée ou dans un mélange d'eau douce et d'eau salée. Il est possible qu'une couche de vase protège la vie des graines et des tubercules ou racines, contre l'eau de mer. Cependant si la submersion se prolongeait, et si les jeunes plantes devaient lever dans de l'eau salée, pourraient-elles vivre? J'en doute infiniment d'après ce qui se passe dans les régions maritimes, notamment à l'embouchure des fleuves où l'eau est un peu salée.
t (a) Le chapitre suivant et le chap. xxvi sont consacre» » ce genre de questions.