‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 36 sur 146 · PLANTES DE MONTAGNES. 101S · texte numérisé non relu

PLANTES DE MONTAGNES. 101S

tion est lié à celui d'une grande aire. Tous les deux paraissent remonter à des causes semblables, ou connexes (a).

La disjonction de plusieurs espères entre des montagnes et des plaines fort éloignées, n'est pas un phénomène particulier a l'Europe.

Il se retrouve, par exemple, entre les montagnes Blanches (White mouutains) du New-Hampshire, aux Étals-Unis , et les régions arctiques de l'Amérique, à une distance, il est vrai, qui ne dépasse pas 200 lieues. L'incertitude où l'on est sur les limites méridionales des plantes du Groenland et du Labrador, m'empêche de donner à ce fait le degré de précision qui serait désirable.

M. Cosson a été surpris de trouver sur des plateaux élevés de l'Algérie, quelques espèces des régions centrales de l'Europe, par exemple, des environs de Paris.

Le même botaniste (fuse, m , p. 107) a découvert au sommet de la Serra de Scgura, en Espagne, le Po«en«ui« penaylvanica, L. , espèce de Sibérie et de l'Amérique septentrionale, naturalisée autour de Paris (voy. ci-dessus, p. 72 h).

Les montagnes d'Abyssinie ont de l'intérêt sous ce point de vue. Elles sont séparées du Sinaï et de l'Atlas par 350 et 500 lieues de plaines arides, exposées à une chaleur qui exclut les plantes de régions tempérées ; elles sont plus distantes encore de notre région européenne. Cependant, il n'est pas sans exemple de trouver en Abyssinie des espèces d'Europe, dont l'introduction par l'homme n'est pas probable, et dont le transport, par des moyens naturels, n'est guère possible. Je note les suivantes, d'après le premier volume de l'ouvrage d'Achille Richard (Tenlamcn florœ Abys- *m.),qui renferme une moitié à peu près des familles phanérogames, et au plus le quart du nombre probable des espèces du pays.

INDICATION DE QUELQUES ESPECES D'EUROPE OU D'ALGÉRIE QUI SE TROUVENT DANS LES MONTAGNES DE L'ABYSSINIE ET QUI MANQUENT AUX PAYS INTER- MÉDIAIRES (6).

Kniionculus aqutUU, !.. — Se trouve en Algérie (Munby, FI.). VMiurtlam ofUHnnlr, Hr. — En Algérie (Munby, Fï.)j dans les lies du Cap Vert(Wobb, dans Fl. Mgr.),

Ara Ma «Iblda, fclev. — % — Voy. p. 4 016.

(a) Je n'ai pas voulu affirmer ici au delà de ce qui résulte des faits de disjonction, mais dans le chap. XXVI , on terra un ensemble d'idées et de faits propre à expliquer ces phénomènes.

(L) J'ai consulté pour l'Egypte et l'Arabie, Forskal et Delile ; pour le Sénégal, Guillemin, Perrottet et Richard, Tent. Fi, Seneg.i'aicu sous les yeux les ouvrages de Hooker, Fl. Sigrti.; Munby, Fl. Atg.; Boissier, Vuy. Esp.; Deckisne, Fl. Siuat; Moris, Fi. Sard.; Guss., Syn. Sic, afin d'indiquer les habitations les plu* voisines de l'Abyssinic.

I»KS KSPÉCKS DISJOIMKS.

Irnblatholiana, L — i — Europe méridionale.

< nrdamlne blr— ta, L. — % — Algérie, Europe méridionale.

Crambe hinpantci», L. — (.ij — Lieux maritimes en Espagne (DC.. Sysf.), en Sardaigne (Moris, Ft., I, p. HO), en Sicile (Cuss., Syn.s II, p. 443), en Morée (Chaub., Expert, fr.). M Richard l'a reçu de Gabdia, dans le pays de Tigré, au nord-est de l'Abyssinie. Il affirme que le Crambe juncea, Hochst (non Bieb), est le même. L'espèce existerait-elle en Arabie, en Egypte? Je ne la vois cependant ni dans Forskal, ni dans Delile. Elle n'est pas indiquée non plus en Algérie, jusqu à présent (Munby, Fl. Aly.].

Anthyllia vulneraria, var hlr»nU»»ima. DC, Proilr. — % — Cette variété est commune en Europe. L'Anthyllis vulneraria croit en Algérie (Munby, Fl. Alg.).

Colatea halepplca, Lan. — 5 — Il est connu : 1° près d'Halep et au mont Sinaï (Decaisne, (Fl. Sin ) ; 2° dans les montagnes de l'Abyssinie, où il se trouve assez abondamment , soit à l'état ordinaire, soit sous farine d'une variété. La distance est de 350 lieues entro les deux habitations.

PotentlUa reptanm, L. — — - En Algérie (Munby, Fl. Alg.}.

Kpllohlum hlrwnlum, L. — % — En Algérie (Boiss., Voy. E*p.t II, p. 2H).

TllUra % aiiiiirn h wilid. — i î — Les échantillons pris à côté d'un étang sur une montagne près d'Adoua, sont identiques avec ceux de Paris, dit M. Richard. L'espèce est en Sardaigne (Moris, Fl., II, p. 409), en Sicile et à Lampoduza (Guss., Sy»., I, p. 210). D'après cela, je soupçonne qu'on la trouvera aussi on Algérie et peut-être en Égypte, auquel cas on devra l'effacer de la liste.

AmhHnrnn sylTciMrla. Hoffm. — % — M. Gay rapporte à une variété de cette espèce les échantillons de Schimper, sect n, n. \ K 29, envoyés des montagnes d'Abyssinie (Kich., /. c , p. 333). La seule différence d'avec l'état ordinaire est que les poils à la base du fruit sont : « Loiujiusculi non brevissimi «u6nulli. s L'espèce croit dans les montagnes d'Espagne, d'Italie et de Grèce(Boiss., Voy. Esp., II, p. 267).

«teahloan rolumhar la, I* — % — Ses différentes variétés se retrouvent en Abyssinie (Rich., /. c). Elle croît en Algérie (Munby, Fl. Alt/.).

Voilà 13 espèces sur 83A, qui sont énumérées dans le premier volume de Richard. On peut donc s'attendre à 50 ou 00 espèces de celte catégorie sur la totalité, encore inconnue, des espèces d'Abyssinie; mais je regarde ce chiffre comme un minimum, parce que : 1° A. Richard inclinait à réunir les espèces plutôt qu'à les diviser; 2* il est possible que les Arabis thaliana, Anthyllis vulneraria, Scabiosa columbaria, et hiêïne l'Anlhriscus sylvestris, aient été apportés par l'homme avec des marchandises, des semences de céréales, etc., et j'aurais dû peut-être les éliminer, comme je l'ai fait pour les Lotus corniculalus, Trifolium fragiferum et procumbens. D'après ces conjectures, la répétition de quelques espèces de la région tempérée dans les montagnes d'Abyssinie est un phénomène plus rare et moins caractérisé que la répétition de plantes polaires sur les mon-

PLANTES Ut MO.NTACiNES. 1015

tagnesdu midi de l'Europe. Il est vrai que les montagnes d'Abyssinie, surtout celles dont A. Richard paraît avoir examiné les plantes, sont peu élevées pour un pays aussi chaud. Peut-être trouverait-on parmi les plantes recueillies sur quelques sommités par M. Schimper, une proportion moins faible d'espèces d'Algérie et d'Europe? Ces collections, malheureusement, ne sont pas publiées en un corps d'ouvrage, et la détermination des espèces distribuées aurait besoin d'une révision. Toutes les fois que j'ai été appelé à examiner des plantes d'Abyssinie, j'ai trouvé bien plus d'espèces communes avec l'Inde ou le Sénégal, qu'avec l'Europe ou l'Algérie.

Dans les 13 espèces mentionnées ci-dessus, je n'en vois que 3 (Arabis albida, Crambe hispanica et Colutea haleppica) qui soient vraiment caractéristiques d'une Flore; les autres étant des plantes très répandues, à titre de plantes aquatiques, ou de plantes des lieux humides, du bord des chemins et des prés ordinaires. La proportion de 13 espèces sur 834 est peu de chose, en comparaison des 30 espèces de Laponie, sur 685, qui se retrouvaient sur les Alpes, sans exister dans les points intermédiaires. Le phénomène existe donc en Abyssinie, mais à un degré beaucoup plus faible. Quant à la cause qui a pu produire ici la disjonction, il est utile de remarquer la prédominance parmi les espèces disjointes eu Abyssinie, comme dans les Alpes, de plantes très répandues. Les plantes aquatiques ou hygrophiles forment près de la moitié, et si les Carex, les Juncus et autres Monocotylédones, du deuxième volume de Richard, avaient été considérées, la proportion aurait été bien plus forte (a).

Les montagnes «le l'Australie méridionale présentent un certain nombre d'espèces communes avec l'Ile de Van-Diemen (Ferd. Mûller, dans Hook., Journ.y 1854, p. 124), et, à leur tour, les montagnes de Van-Diemen ont des espèces communes avec la Nouvelle-Zélande (Hook. f., Fl. .V.-/., p. xxxm).

On ne peut rien dire des Flores de quelques chaînes qui se prolongent du nord au sud, et qui continuent ainsi l'habitation de plusieurs espèces par une extension du climat qui leur convient. Ainsi, des plantes boréales se prolongent sur les montagnes Rocheuses et sur les monts Alleghanies; des plantes australes, sur la chaîne des Andes.

L'état actuel de la science ne permet pas encore de savoir combien il y a d'espèces partagées entre les montagnes de la péninsule indienne et les plaines ou les collines du nord de l'Inde, avec interruption dans l'inter-

(a) Dans les familles de Dicotylédones, je citerai encore le Teucrhtm scordium, L., plante vivace de aurait, qui existe : 1" eu Europe, mais seulement dans les districts /•levés au midi, et qui manque même a la Sidle (liuss., Syn.), comme à l'Aline (Mntit»y, Fl. âïg.y, 2" en Abjssinic (Schimp.: Bcntli., Prodr., XII, p. 58b).

valle. On ignore davantage encore les relations qui peuvent exister entre les espèces des montagnes de Bornéo et celles de la Chine, entre les espèces des montagnes de l'Afrique équaloriale et celles du Cap. Il y a donc fort peu de régions qu'on puisse comparer, sous ce point de vue, avec l'Europe. On croit généralement que partout il existe des phénomènes analogues de disjonction, mais les preuves en sont rares, et ne forment pas, pour chaque région, un ensemble qu'on puisse étudier.

Voici d'autres faits recueillis dans les Monographies, les Flores et les ouvrages généraux. Ils se rapportent à des espèces partagées le plus souvent entre des montagnes fort éloignées, quelquefois entre des montagnes et des collines ou des plaines également très éloignées. Je ne donne que des faits bien contrôlés.

Page 1