AIRE 01 SURFACE DE L'HABITATION DES GENRES
géographique considérable , mais cette lui n'est pas la seule qui régisse le phénomène. Si Ton pouvait comparer facilement les genres très homogènes avec ceux dont les espèces se groupent en plusieurs sections ou sous-genres distincts, on verrait probablement que ces derniers ont une habitation plus «'tendue. L'état de la science ne permet pas de donner des chiffres rigoureux à l'appui de cette opinion. Je me borne à en appeler au sentiment de tous ceux qui ont publié des Monographies ou qui ont travaillé au Prodromus. Ils savent que dans bien des cas, les sous-genres sont propres à un seul continent, à une seule région, et que les espèces les plus analogues sont souvent agglomérées dans un même pays. Le nombre absolu des espèces doit, selon toute probabilité, contribuer A l'extension du genre, non pas précisément à cause du nombre, mais à cause de la diversité de nature physiologique des éléments qui constituent le genre. En d'autres termes, le nombre est l'indice le plus commode, mais non le plus exact, de ce qui détermine probablement l'extension d'un genre.
La multiplicité et la diversité des éléments du genre ne sont pas encore les seules causes qui déterminent son extension ; la nature propre des espèces y contribue aussi notablement. La preuve en est que si l'aire des genres augmente avec le nombre des espèces, ce n'est pas dans la môme proportion. Ainsi, les dix genres les plus nombreux dans les Crucifères ont quarante-huit fois plus d'espèces que les genres de cette famille réduits à une seule espèce, mais leur aire est seulement six fois plus grande. D'ailleurs, les genres d'une famille qui ont, par exemple, une dizaine d'espèces en moyenne, n'ont pas la même extension que les genres d'une autre famille ayant aussi dix espèces.
Le tableau (p. 1136) semble montrer que l'aire moyenne des genres dépend en partie de l'aire moyenne des espèces qui les composent. En effet, les groupes dans lesquels l'aire moyenne des genres est la plus vaste (Papavéracées, Crucifères), sont ceux où les espèces ont aussi l'aire moyenne la plus étendue; et ceux dans lesquels l'aire des genres est la plus restreinte (Mélastom., Myrtac), sont ceux où l'aire des espèces est également la plus petite; enfin, les Campanulacées, Anonacées et Myrsinéacées, offrent quelques anomalies, tenant peut-être au petit nombre de leurs genres, mais considérées en masse, on voit cependant qu'elles sont intermédiaires entre les autres familles quant à l'étendue, soit des genres, soit des espèces. En réunissant les sept familles en trois groupes de 60 à 1 15 genres chacun, comme je l'ai fait au bas du tableau, la relation entre l'aire des genres et des espèces devient régulière, et l'on a la preuve que les anomalies tenaient au petit nombre de genres et d'espèces de quelques-unes des familles prises pour exemples.