‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 66 sur 146 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ORIGINE ET DURÉE DES GENRES ; CHANGEMENTS QUI S'OPÈRENT DANS LEURS HABITATIONS A L'ÉPOQUE ACTUELLE.

Une révolution géologique devrait avoir une étendue bien grande pour faire disparaître une proportion un peu considérable des formes génériques. Il est vrai que Taire des genres est fort inégale suivant les pays, de sorte que la submersion du cap de Bonne-Espérance, par exemple, entraînerait une perte bien plus importante que celle des régions arctiques, malgré rétendue de celle-ci infiniment plus grande.

En compensation de la faible chance de voir des genres disparaître, il faut rappeler que l'apparition de nouveaux genres est un fait impossible à prévoir et à comprendre dans le cours naturel des choses. On pourrait, en exagérant beaucoup la variabilité des formes spécifiques, et en méconnaissant une des conditions nécessaires pour la formation de races analogues à des espèces, l'isolement, on pourrait, dis-je, supposer une formation fréquente d'espèces par dérivation des espèces antérieures. Cette supposition est inadmissible pour les genres, car on ne peut pas citer dans le règne végétal un seul exemple d'une forme générique dérivée d'une autre et devenue héréditaire par les semis, au moins dans l'état de nature (a). A peine peut-on en trouver quelques exemples parmi les plantes cultivées, où l'homme s'efforce de produire des accidents et de les conserver par l'isolement et par des propagations artificielles (b). La naissance ou plutôt la continuation d'un genre nouveau, hors de l'influence de l'homme, est un phénomène qui ne peut pas s'expliquer par les causes ordinaires, c'est-à-dire un phénomène dont on ne connaît aucun exemple dans les lois et les faits observés jusqu'à présent.

(a) Le Campanula rotundifolia polypélalc, découvert H y a quelques années dans les montagnes du canton de Neuchàtel (Actes soc. Mvét. se. nat , 1845, p. 75), et désigné comme un genre nouveau par un naturaliste du pays, ne semble pas avoir été retrouvé S'il s'est reproduit de graines, ce qui est bien douteux, le croisement avec la plante ordinaire ou la loi d'atavisme l'auront détruit, après une ou deux générations. Les Peloria, qui sont un étal monstrueux ayant la valeur d'une Corme générique, ne se conservent pas régulièrement par les graines (p. 1085), malgré les soins de l'homme. Le Papaver ofllcinale à étamines transformées en carpelles, trouvé en abondance dans un champ près de Breslau, s'est conservé deux ans de suite par les graines, mais j'ignore s'il s'est maintenu indéfiniment, et eu tout cas c'est une plante cultivée (voy. Gœppert, traduct. dans Ann. des serre* et j'ai d., M, p. 241 et 215).

(6) Les Lolium, les Thticum, les Avena, avec et sans arêtes, et quelques Cormes à fleurs demi-stériles ou semi-doubles de nos plantes d'ornement, offrent des diversités qu'on pourrait regarder dans des plantes spontanées comme génériques. Cependant on pourrait aussi le contester, et il est certain que l'homme a exercé une influence, si ce n'est pour produire, au moins pour propager ce? Cormes.

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