AA ORIGINE ET DURÉE DES GENRES
Si la formation des genres, et par conséquent leur première distribution sont impossibles à comprendre, si en même temps leur destruction est un événement rare et difficile, on ne doit pas en dire autant de modifications diverses que peuvent éprouver leurs habitations. Évidemment les transports d'espèces étendent quelquefois d'une manière très notable la région occupée par un genre. Aujourd'hui , que l'homme transporte des espèces à de grandes distances d'un continent à un autre, ce sont souvent des formes génériques absolument nouvelles pour une terre, qui se répandent. Ainsi, nous n'avions pas d'Opuntia et même aucune plante de cette famille dans l'ancien monde, avant l'introduction de VOpunlia Ficus-indica. V Agave amerirana, le Jussiœa grandiflora, le Mimulus luteus, introduits en Kurope, sont autant de genres nouveaux. Si l'on examine à ce point de vue la liste des espèces naturalisées en Europe et dans les Élatsî'nis (p. 723, 7â<>) et les exemples de naturalisation dans les pays intertropicaux (p. 71)2), on verra que les mélanges de végétaux de pays éloignés, aujourd'hui fréquents par le fait de l'homme, changent plus l'assemblage des genres de chaque région que celui des espèces.
Il y a cependant une chose que les naturalisations ne détruisent pas, c'est le nombre considérable d'espèces du même genre dans la patrie primitive du genre. Les espèces naturalisées dans un pays y demeurent presque toujours uniques ou peu nombreuses. Pour qu'elles y deviennent plus nombreuses qu'ailleurs, il faut qu'après une série de naturalisations qui suppose un temps prolongé ou un contact intime entre deux régions, la patrie primitive du genre disparaisse ou change de climat. Cette double modification, nécessaire pour la transposition de la patrie principale d'un genre n'a pas dû arriver souvent dans la série des événements géologiques. Ainsi la fréquence d'un genre, surtout la fréquence de ses espèces et non de ses individus, sera toujours un bon indice de sa distribution antérieure et môme de son origine primitive.