‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 79 sur 146 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ARTICLE PREMIER

La végétation d'un pays ou d'un district quelconque offre toujours des caractères plus ou moins importants, plus ou moins distincts. Ils sont nombreux, et peu d'auteurs, en écrivant des Flores ou des descriptions de géographie botanique pensent à les énumérer tous , encore moins à les envisager selon leur degré réel d'importance.

Ces caractères se rapportent aux conditions des classes ou grandes catégories du règne végétal, des familles, des genres et des espèces dans le pays dont on s'occupe; aux analogies et aux différences qui en résultent relativement à d'autres régions; enfin, à l'origine probable des espèces. L'énumération suivante fera comprendre la multiplicité de ces points de vue.

1° Caractère* relatifs aux classes

Proportion des Phanérogames et Cryptogames. — Dans l'étal actuel

des connaissances, il est fort inutile de rechercher cette proportion; d'ailleurs, si on la connaissait autre part qu'en Europe, il est douteux qu'elle présentAt un véritable intérêt. L'espèce étant mal définie et mal connue dans les Cryptogames ; la structure, l'apparence et la station des plantes de celte classe étant d'une diversité extrême, et ordinairement sans analogie avec celles des Phanérogames, on ne voit pas bien quel serait l'objet ni le résultat de la comparaison.

Proportion des Dicotylédones et Jlonocotylédones. — Il V a peu de

chiffres que l'on donne aussi souvent en géographie botanique ; cependant cette proportion n'est ordinairement ni exacte, ni bien importante à connaître en elle-même.

Elle n'est pas toujours exacte, attendu que les Cypéracées et les Graminées, qui constituent la majeure partie des Monocotylédones dans la plupart des pays, et les Orchidées dans quelques régions chaudes et humides, sont les dernières familles dont on connaisse le nombre précis. Il y a une grande quantité de Flores, même pour l'Europe, où le nombre des Cypéracées est très incomplet. En général, plus une Flore de ville ou de province est près d'être complète, plus la proportion des Monocotylédones augmente, ce qui n'est probablement pas vrai pour les Flores de pays très étendus, par suite d'une autre cause dont je vais parler, cause à laquelle des auteurs ordinairement très judicieux n'ont pas fait attention. Les chiffres ne doivent pas être comparés entre pays d'inégale grandeur, puisque l'aire moyenne des espèces de Monocotylédones est plus vaste que celle des Dicotylédones, au moins pour nos régions tempérées et boréales. Dans la Flore d'une province, on trouve la plupart des Graminées, Cypéracées et Joncées qui existent dans une grande région autour de cette même province. Plus on étend l'espace, plus aussi on ajoute à la Flore des espèces locales, et ce sont le plus souvent des Dicotylédones qui ont ce caractère. Les faits indiqués plus haut (chap. VII, p. 409) ne permettent pas d'en douter. Voici quelques exemples qui le confirment.

La Flore du département de Maine-et-Loire, de M. Guépin (3e édit.), offre un rapport des Monocotylédones aux Dicotylédones comme 1 : 3,2. La Flore du même département, avec plusieurs autres du centre de la France, par M. Doreau, donne, le rapport = 1 : 3, 5; celle de toute la France, d'après le Bntaniron de M. Duby, = 1 : 4,3. Pour donner des fractions plus complètes et sous une forme plus logique, je dirai qu'il y a sur 100 Phanérogames, dans le département de Maine-et-Loire, 23,7 Monocotylédones ; dans les départements du centre (compris le précédent), 22,2; dans la France entière, 18,8 (o).

Mêmes différences en prenant des parties distinctes, et l'ensemble des Flores de l'Allemagne, entre l'Adriatique et la Baltique. Ainsi, en Dalmatie, le rapport est = 1 :3,5, d'après la Flore de M. de Visiani (v. III, p. 390); dans l'Autriche inférieure = 1 : 3,7 (Neilr., Ff. M ien, p. xxxi); en Wurtemberg = 1 : 3,1 (Schûbler et Martens, p. xv); dans le royaume de Saxe = 1 : 3,5 (Reichb., Fl. Sax.y édit. 1844); dans la Siiésie (W'imm. et Grab., Fl.t II, p. 95;= 1 : 3,2; dans la province île

(o) Dan» mes relevé» de chiffres, les espèces volontairement cultivées ont été exclues.

Prusse (E. Mcy., FI.) = \ : S, 2. Tour l'Allemagne entière, le rapport est, d'après Fiirnrolir (/*7. de Halisb.,^. xxxi), = 1 : 3,7, et en comprenant les possessions de l'Autriche sur les bords de l'Adriatique (Koch, St/n., 1, p. lx), = 1 : 3,8.

Si l'on pouvait s'étendre à toute l'Europe, on trouverait probablement line proportion plu? Torle d'espèces Dicotylédones, car, sans parler de familles secondaires, il y a bien plus de Graminées et de Cypéracées communes aux deux extrémités de celle vasle région que de Composées ou de Légumineuses. Il est vrai qu'en prenant la proportion sur les Flores tout à fait locales, autour d'une ville, par exemple, on trouve quelquefois une quantité de Dicotylédones presque aussi forte, ou môme plus forte, que dans la province entière où est située celle ville (a) ; niais les environs d'une ville ne présentent pas ordinairement toutes les variétés de stations qui sont indispensables aux espèces, et de là des causes accidentelles qui empêchent la loi de se vérifier. Lue ville entourée de collines ou «le montagnes aura plus de Dicotylédones, une ville entourée de prairies humides plus de Monocotylédones que l'ensemble des conditions de la région ne le ferait supposer.

De ces deux causes d'inexactitude dont je viens de parler, la première, la connaissance imparfaite des Monocotylédones dans les pays peu explorés, est ordinairement la plus grave. La seconde, l'inégale extension des espèces, est moins importante ; elle peut, d'ailleurs, être éludée, en ayant soin de comparer seulement des pays d'étendue à peu près semblable.

Mais il y a des objections plus sérieuses aux calculs dont il s'agit.

Les Monocotylédones sont loin d'être homogènes. Quelles conclusions tirer d'un chiflre qui englobe des Orchidées ou Iridées, des Palmiers, «les Graminées, Cypéracées ou Joncées, en quantités très «lifférentes suivant les pays, pour ensuite les comparer aux Dicotylédones? Les milliers d'Orchidées ou les centaines de Palmiers du Brésil, sont-ils analogues aux Cypéracées et Liliacées de nos régions? El cependant, c'est â cela «jue, sous le nom commun de Monocotylédones, on compare les Dicotylédones de divers pays. L'illusion est augmentée encore par l'usage de prendre le chiffre des Monocotylédones pour unité relativement à celui des Dicotylédones, car cette unité apparente varie, et les éléments qui la composent ont, dans certaines régions, la valeur de plantes à organisation simple, ailleurs, de plantes â organisation compliquée; ici, de plantes herbacées insignifiantes, là, de plantes ligneuses, et même de grands arbres.

(a) Autour de Rati«bontic le rapport est = 1 : 3.5 (Furnrohr, p. xxxi); autour de Vit-nue, = 1 : 3,6 (NeUreirh, Fl., p. xxxi) ; autmir de Strasbourg, — 1 : 3.* (Kirschl., dans Flora, 1843, v. I, p. 196) ; de Wunburg, = 1 : 3,3 (Schenk, Flora, 1849, p. 61).

Je rappellerai, de plus, que la fréquence des individus et leur effet dans la végétation d'un pays, n'est pas en rapport avec le nombre des espèces de chaque groupe (p. H54, 457).

La proportion des espèces nionocotylédones et dicotylédones est donc, par tous ces motifs, une chose abstraite, qui se calcule d'après les Flores, mais qui ne se voit pas. Je défie le botaniste le. plus exercé de deviner au premier coup d'œil quelle est la proportion des deux classes, même dans un district de peu d'étendue. Il est aisé, au contraire, de dire à la simple vue si les Composées, si les Légumineuses, ou les plantes à feuilles persistantes, prédominent dans une région, parce que ces groupes sont plus homogènes, plus faciles à saisir dans leur ensemble et à comparer entre eux. Il faudrait au moins pour qu'on pût attacher de l'importance à la proportion des deux grandes classes, avoir toujours le soin d'ajouter de quoi se compose chacune d'elles, en particulier la classe des Monocotylédones, dont les formes sont si disparates entre elles.

Proportion de* groupes naturels supérieurs aux familles et Inférieurs aux classes. — Les botanistes s'évertuent à associer les familles en groupes inférieurs aux grandes divisions du règne, et cependant fondés sur des caractères positifs ; mais ces tentatives sont encore trop récentes, trop imparfaites, pour pouvoir être utilisées en géographie botanique. Il serait prématuré de calculer les proportions d'espèces de ces groupes qui ne sont que provisoires, ou du moins mal définis. D'autres associations d'une valeur botanique plutôt faible, mais qui répondent à des caractères très apparents, méritent de fixer davantage l'attention du botaniste géographe.

La proportion des espèces ligneuses et herbacées; celle des espètes annuelles, bisannuelles, vicaces et ligneuses, soit M onocarpiennes et Polycarpicnncs ; la proportion des espèces a feuilles ou tiges charnues, soit plantes grasses ; celle des espèces à feuilles composées, des espèces à feuilles persistantes ou caduques, voilà des éléments à constater dans tout assemblage de végétaux. Chacun de ces groupes renferme des plantes de diverses familles ou classes, mais leur importance dans la nature est évidente. Le nombre des espèces ligneuses, des arbres surtout, a une valeur bien réelle, à cause de l'aspect des forêts et de leur action positive sur les plantes non ligneuses. Sous ce point de vue, les informations de statistique sur l'étendue des forêts dans un pays ne sont point à dédaigner. Je dirai même qu'un tableau statistique montrant la proportion des forêts, terres cultivées, prairies, marais, etc., en apprend plus a l'égard delà végétation générale d'un pays que certaines Flores extrêmement savantes, dont les botanistes font le plus grand cas.

On a essayé quelquefois de classer les formes des plantes en certaines catégories répondant à l'aspect, au port, qu'elles présentent dans la nature. M. de Humboldt(o), et ensuite Meyèn (/>), ont distingué de cette manière 15 à 20 groupes, on peut dire physiognomiques, des végétaux. C'est un moyen de faciliter les descriptions des voyageurs. Toutefois, un grand nombre de formes ne sont pas assez tranchées pour rentrer dans une de ces catégories, ou plutôt il y a des formes tellement abondantes et vulgaires qu'elles renferment la grande majorité des espèces dans la plupart des Flores. De là peut-être le peu d'emploi de ces subdivisions.

î" Caractère* relatifs aux familles Propor t Ion dieu f^p^c^s die dUPéncn^ew f«i m 1 1 It* s rd t\ 1 1 \ cro4*ut mi \

Phanérofamrs. — Le calcul qu'on fait ordinairement pour exprimer la proportion des familles dans un pays, suppose implicitement, ce qui n'est pas exact, que les espèces de différentes familles sont également abondantes en individus dans le même pays. On aurait une idée plus juste, peut-être, en cherchant quelles sont les espèces les plus communes et en calculant la proportion des familles sur ces espèces. Malheureusement, les données sur le degré de fréquence sont difficiles à recueillir, assez vagues en ellesmêmes ; et pour la plupart des pays, elles manquent totalement.

En outre, l'aire moyenne des espèces varie suivant les familles et suivant les régions (p. 500, bhh). Ainsi, toutes choses d'ailleurs semblables, plus on considère un espace étendu, plus par cela même on additionne d'espèces différentes dans certaines familles où les aires spécifiques sont limitées, comparativement à d'autres familles où les aires sont vastes. Dans une région centrale de l'Europe, par exemple, on trouvera une petite partie des Légumineuses, Labiées ou Composées qui existent dans toute l'Europe , mais une forte proportion des Cypéracées, Joncées ou Graminées ; par conséquent, la proportion de ces familles ressortira différente suivant qu'on envisagera, ou la région centrale supposée, ou l'ensemble de l'Europe. Les premières de ces familles auront un chiffre plus fort dans l'ensemble de l'Europe; cependant, sur le terrain, elles ne seront pas plus importantes qu'il ne semble d'après les Flores locales. Voyons jusqu'à quel point cette cause d'erreur peut devenir grave. Nous ne pouvons guère l'apprécier qu'en Europe , les énumérations d'espèces pour des pays compris les uns dans les autres, étant ailleurs nulles ou défectueuses.

(a) Essai sur la géogr. des plantes, in-4, p. 31 ; Tableaux de la nature, c«lit. 1851, II, p. 22.

(b) GrundrUtâer Pftans™ r.eagr., pari, m, p. m.

Je me bornerai à comparer les Légumineuses, Composées et Graminées, car les Cypéracées sont souvent incomplètes dans les Flores, et les autres familles n'ont pas assez d'espèces pour que les proportions soient indépendantes des erreurs et des circonstances de localités. Quant aux pays, je prendrai mes exemples sur le continent et sous des latitudes moyennes.

Je comparerai d'abord le département de Maine-et-Loire, d'après la Flore de M. Guépin (3* édit., 1845, sans le suppl. de 1850) ; les départements du centre de la France, compris le précédent, d'après la Flore de M. Boreau, et la France entière, d'après le Botanicon de M. Duby. J'ai exclu partout les espèces cultivées (a).

FAMILLES

Page 1