RESULTATS PRINCIPAUX. § I. ERREURS A ÉVITER
Avant tout, il ne faut pas s'exagérer l'importance des chiffres qui précèdent. Leur seule signilication est d'indiquer le nomhre des espèces dans certaines familles, mais la valeur de ces familles sur le terrain dépend de bien d'autres circonstances, en particulier de la taille des individus, de leur durée, de leur nomhre pour chaque espère, de leur distribution égale ou inégale dans toutes les parties dtf rcrriloire, t?nnn nrot de.toutes les condilions qui se rapportent aux plantes elles-mêmes et non à leur espèce (p. 115/j, 1107). On ne saurait trop le répéter, ces chiffres ne montrent la question des diversités de végétation que sous un seul point de vue.
Cependant, on évite une grande partie de ces causes d'erreur, en com-
parant de préférence les familles de nature analogue dans divers pays. Ainsi, on se tromperait si l'on se figurait que dans deux Flores 3 pour 100 d'espèces de Conifères et 3 pour 100 de Cypéracées ou de Caryophyllées sont des valeurs équivalentes; mais 3 pour 100 de Conifères peuvent balancer dans notre esprit 3 pour 100 de la famille des Amentacées, et A pour 100 de Crucifères sont analogues à h pour 100 de Caryophyllées. Il faut surtout, dans ce genre de comparaisons, tenir compte de la grandeur moyenne des espèces et de la fréquence commune,
• laquelle se lie heureusement à une condition plus facile à apprécier, l'aire moyenne des espèces par famille (p. 547).
L'erreur provenant de la comparaison entre pays «l'inégale étendue ressort de quelques-uns de nos tableaux. Ainsi la proportion des principales familles en France indiquerait une végétation presque semblable à celle des environs ^le Montpellier, et s'éloigne à plusieurs égards des chiffres concernant les départements du centre de la France. Le bon sens indique cependant que la Flore des déparlements du centre doit* être à peu près celle de la moyenne de toute la France. Il ressort de nos tableaux que
* si l'on faisait la proportion de chaque famille d'après une moyenne des quatre-vingt-six départements, les résultats seraient autres que par le calcul fondé sur la Flore de toute la France. La cause en est bien simple et je l'ai déjà indiquée (p. 1107) : les espèces méridionales, entre autres celles de la Corse, du Yàr, des Pyrénées, qui sont extrêmement locales et assez nombreuses, pèsent d'un poids disproportionné dans la Flore de la France entière , tandis que les espèces plus répandues , abondantes même dans le nord, se trouvent diminuées en proportion. Par analogie, nous devons admettre que dans la Flore des Ftals-lTnis septentrionaux, dans celle du Mexique, de la Nouvelle-Grenade, surtout de l'Inde anglaise, en un mot dans toutes les Flores de pays très vastes, la proportion des familles à aire spécifique restreinte (Orchidées, Légumineuses, Mélastomacées, Myrtacées, etc.) est exagérée, tandis que celle des familles à espèces communes et répandues (Graminées, Cypéracées, Joncées, Polygonées, etc.) est trop faible. L'inverse a lieu quand on considère des districts peu étendus, comme j'ai été obligé de le faire quelquefois, faute de documents convenables.
L'erreur provenant du défaut de connaissance à l'égard de certains pays n'est pas aussi grande .nVon pourraiVle croire. Sans doute les Orchidées, les Cypéracées cl les plaftles grasses sont mal représentées dans un grand nombre de collections et de Flores; mais pour les autres familles, on récolte à peu près uniformément et les omissions portent sur tous les chiffres.
S II. DU NOMBRE DES FAMILLES QUI CONSTITUENT ENSEMBLE, DANS CHAQUE PAYS, LA MOITIÉ DES ESPÈCES PHANÉROGAMES.
Lorsqu'il s'agit d'un pays dont la flore est bien connue et qui se trouve dans la zone tempérée, en Europe, par exemple, jusque vers le 60" degré, il faut énumérer les huit ou neuf familles les plus nombreuses en espèces pour comprendre la moitié du nombre total des Phanérogames.
Sous des latitudes extrêmes, vers les deux pôles, il suffit d'énumérer les trois ou quatre familles les plus nombreuses (voy. Spilzberg, Melville, Malouines). Cela tient moins, probablement, au degré de latitude qu'a la pauvreté de ces Flores; ou plutôt, une certaine position boréale influe seulement lorsqu'elle est assez extrême pour réduire beaucoup le nombre des espèces, des genres et des familles. En effet, pour quatre Flores d'Europe et trois d'Amérique, comprises entre 01° et 71° lat. N., la moyenne des familles prédominantes, dont l'énumération est nécessaire pour comprendre la moitié des espèces, est de (5,0; pour vingt Flores d'Europe, d'Asie et d'Amérique, comprises entre les 51" et 60" lat. N., celle moyenne est de 8,3; pour seize Flores des mômes parties du monde, comprises entre Al° et 50", elle est de 8,0; pour seize Flores, entre 31" et âO" lat. N., de 8,1; pour huit Flores, entre 21" et 30" lat. N., de 7,4; pour vingt-sept Flores intertropicales, de 8,9; pour onze Flores exlratropicales de l'hémisphère austral, comprises entre le tropique et le 37" lat. S., elle est de 7,8; enlin pour quatre Flores de cet hémisphère, siluées entre 49" et 52", elle est de 5,6. Cette moyenne, pour un ensemble de plusieurs Flores, varie donc assez peu , à moins qu'il ne s'agisse de régions très froides, comme le Spilzberg et l'Ile Melville où elle se réduit a trois, ou comme les îles Malouines où elle esl de quatre.
Si l'on en juge par les localités dont la flore est complètement connue, le nombre de ces familles prédominantes, dont la somme fait la moitié des espèces du pays, dépend de la richesse totale des espèces. Ainsi, dans le centre de l'Europe, où les flores sont ordinairement de 1000 à 1200 espèces et où le nombre des familles comprenant la moitié esl ordinairement de 9, quelquefois de 8, il arrive que pour les sommités des montagnes (Brocken , Alpes de Claris, sommet du Pic du Midi de Bagnères) où le total des espèces est seulement de 70 à 320, le nombre des familles à énumérer tombe entre 5 et 8.
De même dans certaines lies bien situées, dont la végétation suffisamment connue présente un nombre d'espèces faible (Sitka, Açores, Madère, Fernandez, Iles du cap Vert), ou môme un nombre d'espèces réduit à 39
i'286 KAMILLKS LIS PLl'S .\OMWlKr.M-:S KN K>PÈCES HANS DIVERS PAYS.
(Ascension», et à 33 (Tristan d'Aeunha), lo nombre «les familles tiont je parle est rarement de S, souvent de 7, et parfois de /|, de 2. Lutin pour l'Kgypte, dont la flore, très connue, n'a pas 1000 espèces les six à se|»t premières familles font la moitié, tandis que pour Java, dont on connaît 8000 espèces, et qui eu renferme peut-être 5000. pour la (îéorgie et l;i Caroline qui en ont plus de 2*200, ce sont les dix premières familles qui comprennent la moitié. Pour les Mores des pays entre 21 et 30 lat. N. et celles des rêvions extratropicales australes, il faut énumérer seulement 7 familles 1/2 pour la moitié des espèces; mais plusieurs de ces Flores appartiennent à des pays très desséchés (Egypte, Arabie, certaines partie» du Map) ou à de petites îles dans des conditions qui réduisent beaucoup le nombre des espèces. Knlin la grande inégalité des chiffres montre que ces Flores exotiques ne sont pas assez connues pour que nous devions attacher de rimporlanre aux anomalies apparentes.
La loi générale est celle-ci : Plus une flore est riche en espèces, d'un? manière absolue, plus il faut énumérer <lr familles, en commençant par les plus nombreuses, pour comprendre une moitié du nombre total des Phanérogames.
Celte relation, à laquelle on ne peut pourtant pas donner une précision arithmétique, n'e-t pas sans utilité si l'on cherche à apprécier le nombre probable des espèces dans des pays que l'on connaît imparfaitement. Par exemple, les 16 familles qui doivent être comptées au Japon pour former la moitié, les 12 familles au pays d'Assam , les 11 à Timor, les 17 A la Nouvelle-Grenade, les 10 de la Chine septentrionale, font présumer que ce* régions renferment un nombre total d'espèces bien supérieur à celui que l'on («muait actuellement. Par la raison inverse, les flores du Congo, de la Nubie, du Texas, de la Nouvelle-Hollande, paraissent devoir être moins riches «pie la position géographique ne pourrait le faire présumer.
La grandeur relative des pays n'est pas sans influence sur ces rapport». Évidemment les pays très étendus (le Cap comparé à ses districts, les Ktals- Unis septentrionaux, la Nouvelle-Grenade, l'Inde anglaise dans son ensemble) présentent un nombre considérable de familles prédominantes, et, inversement, les sommités de montagnes et les petites iles en ont un nombre réduit Toutefois, les premières sont en même temps des répions où la variété des espèces est grande, et quand les petites îles ont beaucoup d'espèces, comme aux Antilles, on voit quelquefois le nombre des familles
(a) Les deux petite* île* ilt: Hn* lie et lln i.it (p. |2fl.'l) fin' ck>: '-/.'hmi , uni j je soupçonne f d'après lo nombre des fauiilles précI^uiMil, que le uo h'hm «lui e*peo,,> e»t loin U'elre complut.
HÉSULTATS PRINCIPAUX.
préduminantes se relever. L'étendue parait donc avoir moins d'influence que le nombre absolu des espèces.
En scrutant ces relations numériques, il n'est pas facile de remonter à leurs causes, parce que probablement celles-ci sont nombreuses et agissent en sens divers. L'aire relative des espèces et des familles dans chaque zone de la surface terrestre exerce une influence; mais cette action, en ellemême assez variée et compliquée, n'est pas la seule. La question n'a pas assez d'importance pour m'entrait u t à plus de recherches. Je prends les faits en eux-mêmes, et ils me semblent de quelque intérêt indépendamment de leurs causes.
Ces faits reviennent à dire que les végétations de l'extrême nord, des sommités alpines, des pays très arides et des îles éloignées des continents, perdent surtout par les familles les moins nombreuses en espèces dans la région du monde où elles se trouvent, et même par leur disparition totale. Il suffît alors d'énumérer six ou sept familles prédominantes, quelquefois seulement deux ou trois pour compter la moitié des espèces. Au contraire, les végétations riches quant au nombre des espèces, gagnent surtout par l'addition dans des familles ordinairement peu nombreuses, et aussi par l'addition de nouvelles familles, qui atténuent l'importance des principales et oblige à étendre leur nombre pour comprendre la moitié des espèces. Ceci me conduit à parler des familles qui constituent dans la plupart des Flores une proportion un peu notable des espèces.