III. DES PROPORTIONS DE DIVERSES FAMILLES PRÉDOMINANTES
Dans les tableaux qui précèdent, le nombre des familles offrant dans un pays quelconque ou dans plusieurs, au raoius ô pour 100 du nombre des Phanérogames, s'élève à .35. l'eut-être le ferait-on monter à une quarantaine en obtenant des chiffres sur les flores, mal connues jusqu'à présent, des pays tropicaux. Je trouve cependant le nombre de 35 à AO assez élevé, car il y a peu de familles, dans l'ensemble du règne végétal et du monde qui présentent la proportion de 5 pour 100. Si le nombre total des espèces phanérogames est, par exemple, de 150,000, ce sont les familles de 7500 espèces ou plus qui ont cette proportion ; or, après les Composées et les Légumineuses, il est douteux qu'il y ait d'autres familles ayant ce nombre total d'espèces. La proportion de 5 pour 100 ou plus, dans tel ou tel pays, vient de l'agglomération des espèces d'une même famille dans certaines régions et aussi de la diffusion extrême des plantes de quelques autres familles, causes qui multiplient le nombre apparent des espèces, en multipliant le nombre- des individus. Un comprend aussitôt la distinction nécessaire des familles prédominantes, en familles caractéristiques de certains
pays (Protéacées , Myrtacées, etc.), et familles très répandues, abondantes partout (Graminées, Cypéracées, etc.).
Les familles qui offrent dans un ou plusieurs des tableaux ci-dessus de 10 à 19 pour 100 sont les suivantes :
Caryophyllées (Spitzberg),
Crucifères (Spitzberg, Ile Melville),
Légumineuses (dans presque tous les pays intertropicaux ou voisins des tropiques),
Rubiacées (Sierra-Leone), Protéacées (Nouvelle-Hollande),
Mélastomacées (Côtes occidentales de PAmérique tropicale, Brésil ?), Saxifragacées (Spitzberg, île Melville),
Solanacées (Ascension, où elles sont toutes d'origine étrangère),
Myrtacées (Brésil ?),
Cypéracées (Laponie, Islande, Brocken),
Orchidées (Nouvelle-Guinée, Java, Maurice, Mexique mérid.).
La famille des Graminées atteint jusqu'à 18 pour 100 au Spitzberg, 21 dans l'île de Melville, et 27 dans l'île de Kerguelen ; celle des Composées jusqu'à 18 J pour 100 en Californie et au Mexique, 19 aux îles Malouines , 21 au Chili , 22 à Quito, 25 au midi de Buenos-Ayres, 27 à l'île de Juan-Fernandez.
Enfin, les familles qui dépassent 30 pour 100 sont seulement (et dans des localités exceptionnelles), les Composées (dans les régions hautes du Chili), et les Cypéracées (à Tristan d'Acunha).
§ IV. COMPARAISON DES ZONES ÉQUATORIALES TEMPÉRÉES ET POLAIRES SODS LE POINT DE TUE DES FAMILLES DOMINANTES.
1° Régions équatoiiales.
Entre les deux tropiques, la famille véritablement dominante est celle des Légumineuses, qui présente ordinairement la proportion de 10 à 12 pour 100, et cela dans l'ancien monde et dans le nouveau. On voit le chiffre s'élever jusqu'à 16 pour 100 dans l'île Saint-Thomas des Antilles, 17 au Congo, et tomber à à pour 100 dans une localité élevée des Andes (Chimborazo); mais ce sont des exceptions qui viennent de conditions particulières ou de calculs fondés sur des collections trop peu étendues. Sur les confins de la région équatoriale et dans les parties élevées dont le climat est tempéré, la proportion s'abaisse à 5 ou 6 pour 100, par exemple à Pile Maurice, aux Iles Sandwich, à la Nouvelle-Grenade , à Quito. La proportion de 12 pour 100 fréquente dans les régions chaudes et humides, telles que
Timor, le Congo, les bords de l'Orénoque,est d'autant plus remarquable que la plupart des Légumineuses de ces pays sont des arbres ou de grandes lianes.
Les Graminées offrent des proportions généralement un peu inférieures. Les maxima sont aux lies du cap Vert et de l'Ascension, 13 pour 100; en Nubie, en Abyssinie et dans la Chine méridionale, 12 à 13 pour 100; aux lies Sandwich, 1 1 pour 100; au Mexique et à Quito, 10 pour 100. Les minima sont à la Nouvelle-Guinée et à la Nouvelle-Grenade, h pour 100.
Les Composées varient davantage d'un point à l'autre, entre les tropiques. Elles constituent jusqu'à 10 et 18 pour 100 des espèces Phanérogames au Mexique, jusqu'à 15 et même 22 pour 100 dans certaines collections de la chaîne des Andes, et de l'Amérique australe. Sur les confins de la zone équatoriale, à Canton, aux lies Sandwich, aux îles du cap Vert, à l'île Maurice, la proportion est encore un peu forte , 5 à 6 pour 100. Au contraire, dans les pays à climat véritablement équatorial , toujours humides, comme Java, Timor , la Nouvelle-Guinée, les lies de la Société, les bords de l'Orénoque et de l'Amazone, Surinam, la proportion tombe au-dessous de 5 pour 100 et quelquefois au-dessous de 2 pour 100. Quelques îles font exception, ainsi aux Galapagosily a 12 } pour 100 de Composées, dans l'île de l'Ascension 15 pour 100, et à Sainte-Hélène une proportion très forte également, mais qu'on ne peut préciser. Doit-on attribuer ceci aux aigrettes qui semblent favorables aux transports? Je ne veux pas nier que cette cause n'y soit pour quelque chose, cependant nous avons vu (p. 535) que l'aire moyenne des Composées sans aigrette n'est pas'inférieure à celle des Composées munies d'aigrettes. D'ailleurs ce sont les îles d'Amérique et d'Afrique seulement où la proportion des Composées est forte, tandis que dans la mer Pacifique et jusqu'à Java, elle est remarquablement faible, et enfin dans les lies de régions boréales, on n'a pas observé une plus grande proportion de Composées que sur les continents voisins. Il y a une cause d'origine, une cause tenant à une époque reculée, qui a fait prédominer cette famille surtout en Amérique et en Afrique, dans les îles comme sur les continents, d'autant plus que les espèces insulaires y sont souvent très distinctes et forment quelquefois des genres particuliers.
Les Orchidées forment jusqu'à 16 pour 100 à la Nouvelle-Guinée , il pour 100 à Maurice, 10 pour 100 à Java et au Mexique. Elles doivent être pour le moins aussi nombreuses dans les parties chaudes et humides du Brésil et de la Guyane, mais la proportion en est fort mal indiquée par les herbiers et par des Flores incomplètes. Elle paraît inférieure sur le continent africain.
Les Cypéracées sont aussi une famille dont les proportions se trouvent souvent réduites par l'ignorance ou la négligence des collecteurs. Il est
probable qu'elle est de 5 à 6 pour 100 dans la majorité des pays intertropicaux. La proportion de 10 à 11 pour 100 aux îles Sandwich mérite peu d'attention parce qu'elle repose sur une collection de 160 Phanérogames seulement.
Les Kubiacées présentent jusqu'à 10 pour 100 sur la vaste étendue de la côte occidentale d'Afrique, mais dans le Congo, d'une grandeur plus comparable aux autres régions, 7 à 8 pour 1 00 seulement ; sur les bords de l'Orénoque et probablement du fleuve des Amazones, environ 8 pour 100. En général, leur proportion ne dépasse pas 3 a O pour 100 (a).
Les Mélastomacées ont offert lia 12 pour 100 dans une collection de la côte occidentale de l'Amérique, du Mexique à Guayaquil. Dans Quelques parties du Brésil et de la Guyane, la proportion doit être de h à o pour 100, je suppose; mais elle n'est pas connue exactement. Kn Afrique et en Asie, la proportion est certainement inférieure.
Les Euphorbiacées sont répandues, assez uniformément, dans la proportion de 3 à 5 pour 100.
Les IVlicacées (Urticées, Artocarpées) présentent jusqu'à 6 pour 100 à Java et à la Nouvelle-Guinée, 5 pour 100 à Timor et aux îles de la Société; mais en Afrique et en Amérique, elles tombent à 3 ou au-dessous.
Les Scrophulariacées atteignent 7 J pour 100 dans une petite collection de Nubie, h à 6 pour 100 au Mexique.
Enfin, on voit figurer dans nos tableaux assez fréquemment, mais pour des chiffres inférieurs à 5 pour 100, les Convolvulacées, Malvacéos, Pipératées, Scitaminées, Solanacées (b)} et, plus rarement, les Acanthacées, Amentacées, Apocynées, Bignoniacécs, Borraginées, Capparidées, Cucurbilacées, Gentianacées, Labiées, Lauracées, Loranthacées, Malpigbiacées, Mvrlacées, Ombellilêres , Palmiers, Passilloracées, Hosacées, I vu lacées, Térébinthacées et Verbénacées.
Nous retrouverons plusieurs de ces familles dans les régions tempérées. J'ai cru devoir les citer, comme preuve que les familles doiuinanles entre les tropiques, par le nombre de leurs espèces, par exemple celles qui approchent de 5 pour 100 du chiffre des Phanérogames, ou qui dépassent cette proportion, sont rarement des familles propres aux régions chaudes, ou, pour mieux dire, ne sont jamais des famille» de celte nature , excepté dans quelques pays les Mélastomacées, Malpighiacées, Palmiers et Scit;uninécs. Les familles dominantes dans ces
(a) Les Rubiacées d'Amérique sont plus remarquables par l'abondance de leurs individus que par 1b nombre des espèces à l'égard des phanérogames. Yoyc* iKrsled, Central*mericas Hubittcca, traduit en anglais dans Hooker, Journ. 1852, p. 48.
(b) Les Solanacées sont plus nombreuses dans l'Ile de l'Ascension, mais elles y sont naturalisées.
RÉSULTATS PHINUPAUX. 1241
régions, qu'on se représente volontiers comme peuplées de Lauracées, Ménispermacées, Anonacées, Myrsinéncées, liombacées, etc, sont au contraire : J° nos grandes familles des pays tempérés, savoir les Légumineuses, les Graminées et les Composées; 2° quelques familles, comme les Huhiaeées el les Orchidées, plus communes entre les tropiques, mais bien tommes ailleurs, avec nos Cypéracées, qui sont répandues partout; enfin, les Kuphorbiacées, l'rticacées, Mélastomacées et Scrophulariacées, dont une seule est exclusivement des régions chaudes.
Pour compléter le sujet, il faut noter l'abondance des Fougères. Klle est remarquable dans les régions chaudes et humides, surtout dans les îles. Ainsi, à Java, les espèces de cette famille sont égales en nombre à 0,16 du chiffre des Phanérogames; dans les îles de la Société, le rapport est de 0,*2I ; à Pile Maurice, 0,2(5 ; aux îles Galapagos, 0,12 ; dans l'île de l'Ascension, 0,08. Évidemment dans ces îles, les Fougères usurpent la place d'une des familles principales des Phanérogames, et cela aussi bien par la grandeur îles individus que par le nombre des espèces.
2° lirions tempérées de l'hémisphère boirai (du tropique au '30° lat. N.).
Tctte vaste étendue de la surface terrestre présente Jes climats extrêmement variés, et, par conséquent, une grande diversité dans la proportion des principales familles. Vers le nord, le froid de l'hiver et le peu de durée de la saison chaude deviennent des conditions graduellement de plus en plus Importantes, qui excluent beaucoup de végétaux. Du côté du midi, c'est la sécheresse qui produit un effet analogue sur d'autres espèces. Klle se fait sentir en été, déjà sous le h 5* degré de latitude dans l'ancien monde, et vers le 40' degré dans l'Amérique septentrionale ; puis la durée de la sécheresse augmente en marchant vers le tropique, les pluies se concentrent sur l'hiver, et la végétation souffre, à moins que la présence de hautes montagnes ne modifie ces conditions; enfin, sous le tropique, il existe des régions (nord-Ouest du Mexique, Sahara, Arabie) d'une sécheresse complète, qui déterminent une séparation tranchée entre les régions équalorialeset celles de la zone tempérée (a).
D'après cet ensemble de conditions climatologiques, il nous faut considérer les familles dominantes d'abord au centre de la zone tempérée, dans les régions qui ne présentent ni grands froids, ni grandes sécheresses, puis comparer avec les parties méridionales el septentrionales. C'est ce que je vais faire en commençant par les familles les plus importantes.
(a) Voir dans l'ouvrage do Scliouw, Sur le elinmi do l'Italie, la carte :>• représentant
par «les ombres |»lus un moins intcnteila quantité de pluie eu Europe et eQ Afrique.
Les Composées sont, ordinairement, la famille la plus nombreuse en espèces sous les degrés moyens de latitude. Ainsi leur proportion est de 8 à 12 pour 100 des Phanérogames dans les îles Britanniques, en France, dans presque toutes les Flores d'Italie, d'Allemagne, de Russie jusqu'au 60* degré, de la Sibérie méridionale, au Kamtscbalka et aux États-Unis, et il est assez rare de trouver dans ces régions aucune des autres familles qui soit plus nombreuse. Le chiffre proportionnel des Composées ne diminue pas sensiblement vers le nord, si ce n'est sous des latitudes très avancées, dont nous parlerons plus tard.
Au midi, les régions sèches ont une proportion encore plus grande de Composées, du moins en Europe et en Amérique. Ainsi en Bessarabie, dans les steppes entre l'Oural et la mer Caspienne et en Egypte, on en compte 1 h pour 100; dans le Languedoc, les deux Castilles, 13 pour 100. En Amérique, le maximum est aussi, vers le midi de la région tempérée, par exemple dans la Géorgie et la Caroline méridionale, 16 pour 100; en Californie, 18 pour 100; au Texas, et (grâce à l'élévation) sur toute la région supérieure du Mexique, de même que dans la chaîne des Andes, 15 à 16 pour 100. La proportion faiblit cependant vers la Chine et le Japon, car elle tombe dans ces régions à 7 pour 100 malgré une analogie frappante de climat avec le midi des États-Unis.
Enfin les montagnes et, par conséquent, les régions montueuses offrent une augmentation notable de Composées, relativement aux plaines voisines (mont Brocken, Hirschberger comparé à Beuthen, Claris, Pic du Midi de Bagnères, régions élevées de Grenade, Altaï). Plus on considère des sommités nues et rocailleuses, plus on est frappé de ce fait. Il explique la forte proportion de Composées dans toute la chaîne des Andes, aux Canaries et ailleurs.
Les Graminées suivent de près les Composées et finissent par être les plus nombreuses dans les régions tout à fait boréales de la zone tempérée (Aberdccn, Suède propre). Leur proportion se maintient assez uniformément entre 7 et 9 pour 100. Elle faiblit vers l'Asie orientale, mais peutêtre dans nos catalogues incomplets plus qu'en réalité. La proportion augmente dans les pays desséchés et méridionaux, comme certains districts de l'Inde (15 à 17 pour 100), l'Arabie Pétrée (11 pour 100), l'Egypte (12 pour 100), le Texas (12 pour 100); elle est forte aussi à Madère et aux Açores (10 et 11 pour 100), ce qui ne s'observe pas aux Canaries (8 pour 100). Quelques sommités (Brocken) et pays élevés (Hirschberger) offrent une proportion plus grande que dans les plaines adjacentes, mais ce n'est point une loi qui se vérifie ailleurs. Le caractère général est plutôt une proportion uniforme dans toutes les régions et à toutes les hauteurs.
Les Cypéracccs, grâce à des répétitions fréquentes de la môme espèce dans plusieurs flores, présentent une proportion de 6 à 8 pour 100 dans les pays tempérés plus ou moins humides. Le chitTre diminue sensiblement vers le midi, par l'effet de la sécheresse, à tel point que la famille ne compte plus dans les principales.
Les Légumineuses, qui abondent dans la zone équatoriale, diminuent de taille et de nombre en avançant vers le nord. Leur proportion change dans une progression assez régulière. Ainsi en Afrique et en Europe, si nous suivons deux lignes, l'une occidentale, l'autre orientale, nous trouvons sur 100 Phanérogames :
Côté
Iles du cap Vert. ...... 14
Canaries 11
Madère 11
Açores 8
Irlande 4
Féroé 1,6
Côté*
Nubie. . . .
Egypte . . .
Moree . . .
Naples . . .
Bessarabie. .
Kasan. . . .
Russie Pi.-E.
En Amérique, nous voyons de même :
Californie 10
Orégon ?
Sitka
Géorgie et Caroline du Sud. . 5 États au N. de la Virginie. . . 3 £ Labrador 2
Dans l'Asie orientale, on peut croire qu'il y a plus d'uniformité et une proportion de Légumineuses généralement plus faible :
Canton et Macao 9
Chine septentrionale 9
Lou-Chou et Bonin 4,5
Japon 4
Kamtschatka 2
Il ne faut pas oublier cependant que les chiffres sont déduits de collections très incomplètes, excepté pour Lou-Chou et le Kamtschatka. Je ne puis mettre en doute que la Chine méridionale n'ait plus de Légumineuses que la Chine septentrionale. Pour l'Europe, où les chiffres sont certains, la progression est plus régulière :
Côté ouest.
Crcnade (région inférieure) ... 13
Les deux Caslillc». 9
Centre de la France 7
Calvados î> -
Yorkshire 4 \
Aberdeen 4
Feroë | j
Côté est.
Naples 9
Province de Pavie (a) G
Wurtemberg 5
Silésie 5
Cothie
Suède propre 4
Laponie occidentale 3
La température paraît la cause essentielle pour cette famille, car nous voyons les proportions diminuer en s'élevant sur les montagnes, et cela aussi bien en Silésie qu'en Suisse, aux Pyrénées, dans le royaume de Grenade.
(a) D'après Bola, Pivspelto, etc., dans Giorn. bot. it.f ann. 2, 1852.
\'2Ml FAMILLES LES PU > NOMBREtSES EN ESPECES DANS DIVERS PAYS.
Les Crucifères atteignent asset ordinairement la proportion de 5 pour 100 dans les régions tempérées de l'Kurope et de l'Asie. Les variations sont comprises entre h et pour K>0. Le chiffre tombe quelquefois à 3 ou 2 pour 100 vers le midi (Japon, Iles Madère et Canaries) et même plus bas (Iles Lou-Chou). Klle est plus faible dans l'Amérique septentrionale qu'en Europe. Klle n'augmente pas sensiblement vers le nord , du moins jusque vers le 00* degré. Il y a une augmentation assez remarquable sur les hauteurs des Pyrénées et de la Sierra Nevada, mais on ne voit pas le même fait se reproduire en Suisse, en Silésie et sur te Harz (Brocken).
Les Ombellifères qui présentent ô pour 100 ou à peu près dans plusieurs pays de l'Kurope centrale ou méridionale, en Algérie et vers le Caucase, tombent à un chiffre inférieur dans les autres régions tempérées et dans les Flores de montagnes.
Les Caryophyllées atteignent 5 pour 100 dans les Flores de Suéde, de tinsse et de Sibérie; elles dépassent ce chiffre au Labrador, mais ce pays, • malgré sa latitude, n'est plus dans la zone tempérée. Ailleurs, la proportion tombe à h pour 100 et au-dessous. Elle est de 7 pour 100 dans la région nivale du royaume de Grenade, et de 8 J pour 100 au Pic du Midi de Bagnères; mais en Suisse et en Allemagne, on n'observe pas un accroissement analogue sur les hauteurs.
Les Scrophulariacées atteignent 6 à 7 pour 100 sur b's hauteurs des Alpes suisses, du royaume de Grenade, et en Californie.
Les Rosacées atteignent 5 pour 100 dans plusieurs parties de la Grande- Bretagne, en Suède, en Russie, en Sibérie, et ce chiffre est dépassé sur les Alpes de Claris, dans la Chine septentrionale (7 * ), dans les régions froides, telles que Labrador (i>) , Sitcha et le Kamtschalka. La proportion faiblit ailleurs.
Les Labiées comptent 6 pour 100 aux Canaries et dans la Turquie d'Europe, 5 ~ à Madère, aux Baléares, dans la zone alpine de Grenade, au Sinaï et dans l'Assam. Klles offrent encore 0 pour 100 dans quelques régions moins méridionales, mais sèches, comme la Bessarabie, la Hongrie, les steppes de l'Oural, mais elles faiblissent vers le centre et le nord, en Europe et en Asie, et ne dépassent pas 3 J pour 100 en Amérique.
Les Salsolacées offrent une proportion de ô j dans la région des steppes entre la mer Caspienne et l'Oural, de 5 pour 100 dans la région de l'Altaï, de 5 pour Î00 aussi en Egypte; mais ailleurs, une proportion toujours moindre. L'étendue des terrains salés détermine l'augmentation dans les pays indiqués, et sans doute on remarquerait une proportion aussi forte si l'on possédait une Flore distincte du pays des Mormons en Amérique, et,
en général, si l'on considérait le voisinage de la mer et des lacs salés dans l'ancien et le nouveau monde.
En Californie, on remarque une proportion de h $ pour 100 de Polémoniacées, et de S J pour 100 d'Hydrophyllacées; dans l'Arabie Pétrée, 5 pour 100 de Zygophyllacées.
Les îles Lou-Chou offrent 5 pour 100 de Rubiacées et autant de Vcrbénacées, de sorte qu'elles ont du rapport avec les îles intertropicalcs de l'océan Pacifique, bien plus qu'avec les régions tempérées, et de fait, elles se trouvent sur leur limite. La Flore d'Assam, d'après les chiffres douteux que l'on connaît, présente aussi des caractères tropicaux : 5 pour 100 de Hubiacées, 5 pour 100 d'Orchidées.
A l'autre extrême, les 5 pour 100 d'Ericacées et à de Vacciniacées dans l'île de Sitcha, les 5 { pour 100 de Henonculacées dans la région alpine de Claris, les 7 pour 100 de Joncées sur le sommet du Brockcn , montrent que ces localités froides échappent aux conditions ordinaires de la zone tempérée.
En définitive, les familles prédominantes dans la plupart des pays tempérés de notre hémisphère sont, au 1" degré : les Composées, Graminées, Cvpéracées, Légumineuses; ensuite les Crucifères yGmhelli[ères, Caryophyllées ; enfin, d'une manière moins constante et moins importante, les Labiées, Rosacées et Scrophulariacées. Les autres familles n'atteignent jamais 5 pour 100, ou ne présentent ce chiffre que dans un seul pays ou dans des conditions locales exceptionnelles, par exemple les Salsolacées dans les terrains salés.
3" Zone boréale {au delà du 60" degré lat.).
Les régions polaires ne sont pas détachées nettement de la zone tempérée, comme celle-ci l'est de la zone équatoriale, par l'interposition des régions desséchées. Vers le nord, la température' diminue plus ou moins brusquement, mais sans démarcation bien claire. Il faut donc se transporter sous des latitudes très avancées pour constater dans la proportion des familles dominantes un caractère particulier.
Les Flores du Spitzberg et de l'île Melville en sont l'expression la plus pure. Trois familles principales suffisent pour comprendre la moitié au moins des espèces phanérogames. Ces familles sont d'abord les Graminées, qui forment le quart des espèces à l'île Melville, et qui ne sont peut-être pas moins nombreuses au Spitzberg, dont la flore est moins complètement connue. Les Crucifères, puis les Saxifragacées en approchent; viennent ensuite les Caryophyllées , Henonculacées , Rosacées, Cvpéracées, dont le chiffre proportionnel est de 5 à 7 pour 100. Les Composées dépassent
7 pour 100 à l'île Melville, mais au Spitzberg, elles ne forment que A à 5 pour 100 des espèces phanérogames.
Sous des latitudes un peu moins élevées, on remarque plus de variété dans les familles prédominantes et une transition vers les régions tempérées. Les Composées prennent un rang élevé, 11 pour 100, au nord-ouest de l'Amérique, entre 67° et 71° latitude, et dans le nord-ouest de la Russie, par 64° à 70n ; mais comme en Laponie, sous 69" à 71°, et aux îles Féroé, 01* à 62*, elles offrent 8 et 7 pour 100, je présume que, dans les deux premières localités, leur chiffre apparent est augmenté par rétendue des régions et le fait de l'omission de plusieurs Graminées et Cypéracées dans le nombre total des espèces. Les Amentacées et les Joncées offrent quelquefois 5 pour 100 ; enfin, les Polygonées, Éricacées, Scophulariacées, approchent du même chiffre, en restant le plus souvent au-dessous. Le Labrador et l'île de Sitcha, qui méritent bien, par leur température, d'être envisagées comme régions polaires, malgré une latitude inférieure au cercle arctique, et même au 60* degré, confirment l'importance des Rosacées, Éricacées, Amentacées et Scrophulariacées dans les pays froids et humides.
4° Zone extratropicale australe.
Les terres australes se rattachent plus ou moins à trois continents, qui doivent offrir des diversités dans les familles dominantes. En même temps, la distinction des régions sèches, situées prés du tropique, surtout dans l'intérieur des terres, et des régions humides, insulaires, ou éloignées du tropique, est plus tranchée peut-être que dans l'hémisphère boréal. Le Gap, la Nouvelle-Hollande, le Chili et laPlata, sont des pays très secs; mais le voisinage de la mer et une latitude un peu plus australe produisent sur leurs confins ou dans leur voisinage des régions plus ou moins humides. Certains points de l'Afrique australe reçoivent assez souvent des pluies venant de la mer; l'île deYan-Diémen,- la Nouvelle-Zélande, les îles deChiloé, etc., sont des régions essentiellement humides. De là sans doute la diversité remarquable de végétation dans quelques régions australes, et la nécessité pour nous de distinguer, autant que possible, la zone sèche delà zone humide. Malheureusement, les Flores ne sont pas rédigées dans ce but et les proportions de famille ne peuvent pas toujours être indiquées suivant cette distinction.
R«glon« aéchci» (continentales). Les Composées dominent toutes les familles au Cap et en Amérique, dans les régions extra-tropicales desséchées. Leur proportion devient énorme sur les montagnes du Chili, où elles forment le quart ou le tiers des espèces phanérogames. A la Nouvelle- Hollande, elles sont moins importantes. Leur proportion n'est pas bien
connue à la Nouvelle-Galles, mais elle paraît s'éloigner peu de 7 pour 100£ Je la crois plus forte dans l'intérieur du pays et dans l'Australie méridionale. A Swan-River, elle est de 5 à 6 pour 100 seulement.
Les Légumineuses constituent 7 à 12 pour 100 des Phanérogames au Cap, au Chili et dans le Brésil extratropical, de sorte qu'elles y sont moins nombreuses que les Composées. En Australie, leur proportion est, au contraire, plus forte dans la plupart des provinces. Elle est de 14 pour 100 à Swan-River, et ne semble pas inférieure à ce chiffre sur la côte orientale; mais, dans l'Australie méridionale, les Composées dépassent les Légumineuses.
Les Graminées jouent un rôle insignifiant de '6 à 6 pour 100 dans toutes ces régions, et les Cypéracées leur sont inférieures.
En revanche, on voit figurer au Cap et à la Nouvelle-Hollande certaines familles spéciales, ou tout au moins peu communes ailleurs, qui parviennent à devenir dominantes. Les Protéacées, au Cap, constituent de 2 à 6 pour 100, suivant les districts; à la Nouvelle-Hollande, de 8 à 12 pour 100. Les Restiacées constituent dans le premier de ces pays de 1 (et peut-être moins) à 7 pour 100 (a); à la Nouvelle-Hollande, environ 2 à 3 pour 100. Les Myrtacées s'élèvent jusqu'à 9 pour 100 dans la Nouvelle- Hollande, par exemple à Swan-River; les Épacridées, plus spéciales à cette partie du monde, constituent 4 à 5 pour 100; les Stylidiées et les Goodénoviée3, 3 à 5 pour 100. Au Cap, les Iridées s'élèvent à 4 et 6 pour 100 selon les districts ; les Liliacées parviennent quelquefois à 4 ou 5 pour 100; les Éricacées varient de 2 à 6 pour 100.
Réglons australe» hnmldes (lie» ou promontoires étroits). Ces pays se rattachent de près ou de loin à l'Australie, à l'Afrique ou à l'Amérique.
Du côté de l'Australie, il serait intéressant de connaître la proportion des familles à Van-Diémen, relativement à la Nouvelle-Galles, à Swan-River, et l'Australie méridionale ; mais il n'existe encore aucune énumération des familles qui soit achevée pour ces divers pays, excepté pour Swan-River.
Les Graminées, Cypéracées, Orchidées, Restiacées, paraissent augmenter à Van-Diémen, tandis que les Protéacées, Myrtacées, Légumineuses, Stylidiacées, Goodénoviacées, Myoporacées, Composées diminuent, mais je ne puis citer des chiffres (6).
Norfolk présente encore 4 à 5 pour 100 de Légumineuses (autant que de Composées); mais déjà la Nouvelle-Zélande, plus australe, n'a pas assez de Légumineuses pour qu'elles figurent dans les familles dominantes, et les
(a) Ci-dessu* p. 1228, et E. Meyer et Drège, Zwei Documente, etc., p. 38. (6) Ceci e«t tiré en partie de Ferd. Mtiller, dans Hook., Journ., 18V», p. 6(ï.
îles Auckland et Campbell n'en ont pas môme une. Celte rareté des Légumineuses ne peut pas s'expliquer uniquement par le climat humide. Elle tient en partie aux antécédents de la division dont il s'agit, qui s'étend jusqu'à l'île de Juan Fernandez, mais non jusqu'au Chili.
Les Composées et les Graminées grandissent en s'éloignant du tropique, tollement que de 4 i et 7 pour 1 00 à Norfolk, elles montent toutes les deux à là pour 100 dans les îles Auckland et Campbell.
Les Cypéracées s'élèvent également de 3 £ à 6 \. Les Orchidées constituent de A | à 8 { pour 100. Les Malvacées à Norfolk, les Rubiaeées et les Joncées aux îles Auckland et Campbell, atteignent ou dépassent 5 pour 100. Les familles caractéristiques de la Nouvelle-Hollande ne figurent plus dans les familles principales, si ce n'est les Épacridées à la Nouvelle-Zélande; quelques-unes (Stylidiacées, Goodéhoviacées, Protéacées, Hestiacées) sont à peine représentées. Mais ce qu'il y a de plus importent, c'est la prépondérance des Fougères qui, dans ces îles, dépassent en nombre les familles de Phanérogames les plus considérables.
Les îles qu'on pourrait rattacher à l'Afrique en sont tellement éloignées qu'en vérité il faut les considérer comme indépendantes de tou3 les continents actuels. Tristan d'Acunha est remarquable par l'abondance des Cypéracées : le tiers des Phanérogames. Les Graminées et les Composées offrent des nombres analogues à ceux d'autres pays sous des températures de même degré. Il y a plus de Fougères que d'aucune famille de Phanérogames. Kerguelen, située à 12° de latitude plus au sud, avec un climat également très humide, mais dans une direction géographique très différente, offre un grand contraste : une seule Fougère, aucune Cypéracée et 27 j pour 100 de Graminées.
Près du continent américain, Juan Fernandez présente un caractère commun avec le Chili, sous une latitude correspondante, savoir la prépondérance des Composées ; mais, d'un autre côté, on ne connaît encore qu'une seule Légumineuse dans cette île (a), tandis que les Flores du Chili en ont de 7 à 10 pour 100. Juan Fernandez doit à son climat insulaire, doux et humide, et probablement à des causes antérieures, que les Fougères dépassent en nombre aucune des familles de Phanérogames. Sa végétation est constituée principalement de Fougères et de Composées,
(a) Edwardsia microphylla Hook., indiquée dans la Flore du Chili, de M. Cl. Gay. J'ai ajouté ci-dessus, p. 1231 , aux espèces mentionnées par A. de Jussieu cette Légumineuse, et trois Graminées mentionnées par E. Desvaux, dans Gay, Flora Chilena, VI, p. 240, 248, 298, comme ayant été trouvées à Juan Fernande* par divers voyageur»! Cela porte le nombre des Phanérogames à 48. On pourrait faire un compte plus exact d'après la Flora Chilma, mais les voyageurs à Juan-Fernande* ont négligé
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dont quelques-unes très caractéristiques, circonstance bien étrange d'après les hypothèses de la géologie actuelle. En effet, les Fougères sont anciennes sur le globe, èt il peut y avoir dans leurs espèces actuelles des espèces très anciennes; les Composées, au contraire, paraissent récentes, du moins dans notre hémisphère , puisqu'on n'en a trouvé de traces que rarement et dans des formations récentes. Les Composées seraient-elles plus anciennes dans la végétation de l'hémisphère austral que dans la nôtre? Leur abondance au Cap, en Australie et dans l'Amérique australe, même dans les îles humides comme Auckland, Juan Fernande* et Tristan d'Acunha, appuie cette hypothèse, que les paléontologistes auront à examiner. Je reviendrai du reste sur ces questions curieuses dans le chapitre XXVI.
Suf la prolongation méridionale de l'Amérique et jusqu'aux îles Malouines, les Composées sont de beaucoup les plus nombreuses vers le tropique; les Graminées les surpassent ensuite plus au midi. Les Cypéracées, les Renonculacées, les Caryophyllées, les Ombellifères, les Joncées se joignent aux Graminées, mais dans des proportions de 2 à 8 pour 100 seulement.
En définitive, l'extrémité australe de l'Amérique ressemble beaucoup plus aux régions tempérées et humides de notre hémisphèrè, que les îles de Kerguclen, Tristan d'Acunha et celles du groupe australien.
o° Comparaison des Légumineuses , Composées et Graminées dans les
régions boréales et australes.
Le tableau qui suit montre la proportion dans les deux hémisphères des trois familles principales de Phanérogames. Il peut se résumer en quelques mots :
1° Les Légumineuses craignent surtout l'absence de chaleur, les Composées craignent le froid et l'humidité; les Graminées, la sécheresse.
2° Des causes antérieures 5 l'ordre de choses actuel ont amené dans chacune des grandes divisions du globe et dans quelques localités, par exemple dans certaines îles, une augmentation ou une diminution remarquables du chiffre proportionnel des espèces de chaque famille, dont il est impossible de se rendre compte uniquement par les climats «le notre époque.