‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 99 sur 146 · DBS DEUX SENS DU MOT CARACTÉRISTIQUE · texte numérisé non relu

DBS DEUX SENS DU MOT CARACTÉRISTIQUE

Une famille est caractéristique de la végétation d'un pays dans deux cas très différents :

1° Lorsque cette famille présente un nombre d'espèces plus considérable dans le pays dont on parle que dans les autres ;

2° Lorsque la proportion des espèces de cette famille dans le pays, relativement à l'ensemble des Phanérogames, est plus considérable qu'ailleurs.

Ce sont deux points de vue différents. Dans le premier, on compare les espèces d'une famille à l'ensemble de toutes les espèces analogues en divers pays ; dans le second, on les compare à l'ensemble des Phanérogames du pays lui-même.

Quand une famille est propre à une région, elle en est caractéristique sous les deux points de vue à la fois. Ainsi, les Trémandrées, qui sont toutes de la Nouvelle-Hollande; les Bruniacées, toutes du Cap; les Cactacées, toutes du nouveau monde, offrent dans chacune de ces régions le maximum possible à l'égard, soit d'elles-mêmes, soit de la végétation de ces contrées. Les exemples en sont rares. Presque toujours, une famille offre une, deux ou plusieurs agglomérations principales d'espèces dans diverses régions ; mais il n'en résulte pas nécessairement que la proportion relativement aux Phanérogames soit remarquable dans chacune de ces régions. Il se peut bien, au contraire, qu'une famille constitue une proportion considérable des Phanérogames, sans avoir dans le même pays un nombre d'espèces aussi important qu'ailleurs. Ainsi, il y a plus de Myrtacées dans l'Amérique intertropicale, surtout au Brésil, que dans la Nouvelle- Hollande ; mais relativement aux Phanérogames, la proportion est deux fois plus forte dans ce dernier pays. Il y a infiniment plus de Crucifères dans l'Europe méridionale que dans les régions polaires ; cependant, à voir l'aspect du pays et à compter les espèces relativement aux Phanérogames, la proportion est bien plus élevée au Spilzberg ou à l'île Melville que dans nos Flores du midi de l'Europe. Le pays «lu monde où il y a, dans un sens, le plus de Composées, c'est l'île de Juan Kernandez (27 pour 100 des Phanérogames), et quelques-unes en sont bien remarquables; cepen-

dant, eu égard à la masse des Composées, cette famille caractérise bien davantage l'Afrique australe, le Mexique, la chaîne des Andes ou même l'Europe méridionale. Il serait aisé de multiplier ces exemples.

A vrai dire, les deux points de vue ont leur valeur. C'est bien un trait caractéristique pour une végétation, de présenter la totalité ou une grande proportion des espèces d'une certaine famille ; c'est aussi un caractère distinctif de présenter une proportion inusitée d'espèces d'une famille, relativement aux Phanérogames du pays. Dans le premier cas, l'habitation principale de la famille constitue le caractère; dans le second, c'est la grandeur de la proportion, l-c premier point de vue louchera principalement les botanistes auteurs de Monographies, le second frappera surtout les auteurs de Flores et les voyageurs.

ARTICLE 11

Le tableau qui suit (p. 1258) est destiné à faire ressortir les deux points de vue dont je viens de parler.

La surface du globe a été divisée en 13 grandes régions géographiques et naturelles : la zone autour du pôle arctique, les pays tempérés de l'ancien et du nouveau monde dans l'hémisphère boréal, les quatre régions intertropicales de l'Amérique, l'Afrique, l'Asie et la Polynésie ; enfin, les terres australes, qu'il a fallu répartir en six groupes distincts, vu leur éloignement les unes des autres. Cette division très large convient dans le cas actuel, à cause de l'immensité de l'habitation des familles, et parce que les familles caractéristiques de l'Asie méridionale, je suppose, se trouvent d'ordinaire sur le continent et dans l'archipel de Ja Sonde ou des Moluques, de même qu'une famille américaine se trouve commupément au ftrésil et à la Guyane, à Guyaquil et à Cuba, etc.

Pour chacune de ces grandes divisions du globe, le tableau indique ; 1° dans la colonne de gauche, les familles caractéristiques sous le premier point de vue, c'est-à-dire ayant dans cette région leur habitation principale, ou l'une des principales s'il y en a plusieurs; 2° dans la colonne de droite, les proportions remarquables, relativement aux Phanérogames du pays. Comme premier résultat, il saute aux yeux que les régions pauvres en espèces (arctique et antarctique, 1 et 13) ne sont le centre d'aucune famille, et que, inversement, certaines familles y régnent à l'ex- Husion des autres et avec des proportions énormes relativement aux Pha-

nérogames. C'est une conséquence directe du nombre très faible des espèces phanérogames et de la disette de formes particulières.

Qu'on me permette en passant une réflexion de pure philosophie naturelle. Si les conditions physiques les plus spéciales avaient produit des êtres organisés spéciaux, les climats polaires étant très distincts et offrant des conditions extrêmes, auraient produit des formes bizarres, peu nombreuses peut-être, mais distinctes. C'est précisément le contraire qui existe, et à mon avis, ce fait n'est pas une des moindres objections aux théories dans lesquelles on considère les êtres organisés comme la conséquence des conditions physiques extérieures. On ne saurait trop le répéter : les formes sont le plus variées, le plus caractéristiques dans les zones où les conditions de climat sont le plus uniformes. Ceci est très connu, très élémentaire, mais on oublie trop les conclusions graves qui en découlent.

Je reviens au tableau.

Dans la colonne de gauche, les chiffres mis entre parenthèses, a la suite des noms de familles, résument les grandes divisions du globe où elles sont indiquées comme caractéristiques. Ainsi, les Henonculacées ont un maximum de leurs espèces dans les régions tempérées de l'ancien monde (3), et un second maximum moins important dans les régions tempérées de l'Amérique septentrionale (2), ce qui est indiqué par (3,2).

Lorsque l'état de la science ne permet pas d'affirmer que le nombre des espèces d'une famille soit plus élevé dans une région que dans une autre, ou lorsque les espèces sont véritablement groupées dans deux ou plusieurs régions d'une manière égale, j'ai employé la désignation -K Ainsi, les Malvacées ont la formule 1 4 + â + 6), qui veut dire : Elles sont réparties à peu près également dans la division /i, la division 5 et la division 6 ; ailleurs, elles sont moins nombreuses.

Le signe ' indique les régions supérieures; ainsi, Onagrariées (2, 4', 3) signifie que les points principaux de l'habitation de celle famille sont l'Amérique septentrionale tempérée (2), ensuite les parties élevées «4e l'Amérique méridionale (4*) ; enfin , les pays tempérés de l'ancien monde (3). On comprend qu'il exisle aussi des Onagraircs ailleurs, mais elles y sont éparses et dans une proportion insignifiante relativement à l'ensemble des espèces de la famille.

Les indications or. oec. signifient orient et occident. Ainsi, les Berbéridées(3*'',2, 12" ), existent principalement dans la partie orientale des régions tempérées de l'ancien monde, ensuite dans l'Amérique septentrionale tempérée ; enfin, dans l'Amérique australe occidentale, au Chili.

Ce travail, du reste, n'est pas susceptible de précision, car on découvre chaque année de nouvelles espèces et l'on pénètre dans des pays dont la

flore est à peine connue. Les chiffres calcules sur les ouvrages généraux ne sont que provisoires; aussi, ai-je préféré ne pas les citer [a). J'estime cependant que les faits essentiels sur la distribution des familles sont déjà connus. Plus tard, on les complétera et précisera. Je n'ai pas tenu compte des familles dont on connaît moins de 10 espèces. Elles m'ont paru devoir être envisagées, dans la question actuelle, plutôt comme des genres.

Quelques familles de Dicotylédones sont dispersées d'une manière si générale ou si égale, qu'elles ne sont caractéristiques d'aucune région. Je les ai omises volontairement, du moins dans la première colonne, car elles figurent quelquefois dans la seconde, sous un autre point de vue. Ces familles omises sont les Nymphéacées, Fumariacées, Ampélidées, Ilicinées, Célastracées , Rhamnées, Flacourtianées , Homaliacées , Térébinthacées, Légumineuses , Cucurbitacées , Paronythiées , Porlulacaeées , Rubiacées, Loganiacées, Sésamées, Convolvulacées, Scrophulariacées , Solanacées, Plantaginacées , Phytolaccacées., Salsolacées , Amarantacées, Thymélées, Euphorbiacées, Monimiées, l'rticacées. Par les mêmes motifs, et à cause de la confusion où se trouvent plusieurs familles de Monocotylédones depuis l'ouvrage de Kunth, j'ai omis dans la première colonne un nombre assez considérable de familles de cette classe, savoir * les Hydrocharidées, Alismacées, Lemnacées, Naïades, Orchidées, Cannacées, Musacées, Dioscorées, Asparagées, Commélynacées, Pontédériacées, Joncées, Typhacées, Aroïdées.

Les familles qui sont au plus haut degré caractéristiques d'une région sont celles dont le nom est accompagné d'un seul chiffre, dans la première colonne, car alors elles ont un seul centre d'habitation. Voici leur énumération par grandes régions :

.1 . Régions arctiques. — Aucune.

2. Amérique septentrionale tempérée. — Podophyllacces, Hippocastanées, Hydrophyllées. Chacune de ces familles a quelques espèces dans d'autres régions.

3. Régions tempérées de V ancien monde. — En général: Crucifères, Tamariscinées, Ombellifères, Dipsacacées, Orobanchacées, Plumbaginées. Dans la partie occidentale principalement : Cistacées, Résédacées, Frankéniacées, Caryophyllées, Globulariacées. Dans la partie orientale : aucune. La région sud-ouest formée par les îles Canaries et Madère, le pourtour de la mer Méditerranée, l'Anatolie et la Perse, présente comme on voit

(a) M. Hinds a donné dan» les Annals and mag. of'naf. hist., 1842, p. 415, le nombre des espèces contenues clan» les quatre premiers volumes du Prodfomus, par familles et selon les parties du monde. J'ai consulte ce tableau, en me servant aussi de Walpcrstt de diverses monographies.

un assez grand nombre de familles particulières. Les Cistacées, Résédacées, Frankéniacées et Globulariacées y sont presque complètement renfermées. La partie septentrionale de nos régions tempérées ne présente rien d'analogue, et la partie orientale (Japon , Chine) se distingue moins par des familles propres, que par des familles communes avec l'Amérique septentrionale, comme les Magnoliacées, Philadelphées, Berbéridées.

h. Amérique inter tropicale. — Marcgraviacées, Érythroxylées, Malpighiacées, Sapindacées, Tropaeolées, Simarubées, Samydées, Vochysiacées, Passiflorées, Loaséès, Gessnériacées, Théophrastacées, Hydroléacées, Aristolochiacées, Dégoniacées, Broméliacées. De ces seize familles, quatre, les Marcgraviacées, Vochysiacées, Loasées, sont essentiellement de l'Amérique inlertropicale. Il ne faut cependant pas se hâter de dire qu'elles manquent ailleurs, car le progrès des découvertes infirme très souvent des assertions aussi tranchées.

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