AMÉRIQUE
Description de l'Amérique. — Considérations générales. — Orographie et géologie de l'Amérique. — Origine des Américains.
Deux fois déjà l’histoire des découvertes géographiques nous a conduit sur les rivages du Nouveau-Monde; nous y avons suivi les navigateurs de la Scandinavie, et, après avoir vu disparaître ou s’obscurcir les notions qu’ils avaient recueillies, nous avons de nouveau accompagné l’immortel Colomb dans ce continent qui aurait dù porter son nom ?. Notre marche descriptive nous y ramène. Nous allons parcourir les diverses régions de cette partie du monde; mais, conformément à notre méthode, nous jetterons d’abord un coup d’œil sur sa physionomie générale, ainsi que sur la race d'hommes qui l’habite.
L'esprit de système a exagéré tantôt les similitudes et tantôt les différences qu’on a cru observer entre l'Amérique et l’ancien continent. Les
1 Voyez notre vol. I, p. 288-291.
2 Ibid., p. 374 et suiv.
formes extérieures du Nouveau-Monde nous frappent, il est vrai, au premier coup d'œil, par le contraste apparent qu’elles présentent avec l’ancien. L'immense ile que forment l’Asie, l'Afrique et l’Europe, offreun ovale dont le grand axe est très-incliné vers l’équateur ; le contour en est assez également interrompu de deux côtés par des golfes ou des méditerranées; les fleuves découlent de toutes parts dans une proportion à peu près égale. L'Amérique présente, au contraire, une figure allongée, découpée, indéfinissable, mais dont le côté le mieux marqué présente une courbe à plusieurs courbures, dirigée presque dans le sens des aeux pôles; deux grandes péninsules sont liées ensemble par un long isthme qui, soit par sa forme, soit par la nature des roches primitives qui le composent, ne ressemble en rien à l’isthme entre l’Afrique et l’Asie; les grands golfes, le méditerranées d'Amérique ont leur ouverture du côté oriental; le côté opposé offre un rivage uni, et ne présente qu'aux deux extrémités quelques dentelures; enfin, les grands fleuves coulent presque exclusivement vers l’océan Atlantique.
Ces différences réelles disparaissent cependant, ou perdent du moins leur importance, lorsqu’en contemplant l’ensemble du globe, on s’aperçoit que l’Amérique n’est que la continuation de la ceinture de terres élevées qui, sous les nozus du plateau de Cafrerie, d'Arabie, de Perse, de Mongolie, forment le dos de l’ancien continent, et qui, à peine interrompues au détroit de Bering, forment également les monts Rocheux ou Colombiens, le plateau du Mexique et la grande chaîne des Andes. Cette ceinture de montagnes et de plateaux, semblable à un anneau écroulé et retombé sur sa planète, présente, généralement parlant, une pente plus rapide et plus courte du côté du bassin du grand Océan que du côté des océans Atlantique et Glacial, Voilà le grand fait commun à l’un et l’autre continent, et dans lequel les différences secondaires s’absorbent.
Les montagnes du Nouveau-Monde peuvent se diviser en cinq systèmes, dont deux appartiennent à l'Amérique septentrionale et trois à l'Amérique méridionale. |
40 Le système Orégo-Mexicain, commençant à l'extrémité la plus septentrionale de l'Amérique, et se terminant vers le golfe de Darien, se divise en deux groupes : le groupe occidental, comprenant la Cordillère du Nouveau- Cornouailles et celle de la Californie; le groupe oriental, comprenant les monts Orégon ou montagnes Rocheuses, les monts Ozarks, la Cordillère du Nouveau-Mexique, celle de Durango, celle d'Oaxaca et de Mexico, celles de Guatemala, de Veragua et de Costa-Rica.
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90 Le système Alleghanyen est formé de plusieurs chaînes réunies comme un seul groupe.
3 Le système Ando-Péruvien pourrait être considéré comme formé de quatre groupes qui seraient, à proprement parler, les quatre grandes divisions adoptées par M. de Humboldt : 4° les Cordillères de la Nouvelle-Grenade; 2° les Andes du Pérou; 3° les Andes du Chili el du Potos; ke les Andes Patagoniques. Les nœuds ou points de jonction de chacune de ces divisions déterminent la limite naturelle de chaque groupe.
4e Le système Parimien se compose de plusieurs chaînes dont la plus importante est la Sierra-Parime.
50 Le système Brésilien s'étend sur le côté oriental de l’Amérique, depuis le 4e degré de latitude méridionale jusqu’à l'embouchure du Rio-de-la- Plata !
Esquissons la constitution géognostique de ces montagnes. Les nombreuses observations du major Long ont fait connaître celle de l'Amérique septentrionale. Le mont Saint-Elie, dont la cime volcanique, élevée de 5,113 mètres, est couverte de neige, forme un des points les plus septentrionaux de la longue chaîne granitique qui borde les côtes occidentales de l’océan Pacifique jusqu’à la pointe de la Californie, et qui, par une chaine transversale, se rattache aux montagnes Rocheuses. Les montaynes Rocheuses appartiennent aux différentes roches de cristallisation, c’est-àdire aux terrains primordiaux. Le calcaire s’y montre rarement ; le granit et les rochers qui l’accompagnent paraissent y dominer. Depuis le cours de la rivière de la Paix, sous le 56e parallèle, jusqu’à celui du Missouri, on a peu examiné la constitution physique de ces montagnes; il est cependant probable que, dans cette région, on retrouve les mêmes roches que dans celles qui lui succèdent au sud. A partir des montagnes Noires s’étend, vers l’orient et le midi, un immense désert dont le diamètre moyen est de plus de 200 lieues ; toute sa surface est couverte d’un sable granitique. Sur le revers opposé des montagnes Rocheuses, on traverse un désert presque aussi considérable, jusqu’au pied des montagnes de la Nouvelle-Californie. Près de l'embouchure de la rivière Plate, qui porte ses eaux au Missouri, on remarque des roches calcaires eu couches horizontales, qui vont se rattacher à la chaîne des monts Ozarks. Au sud de la rivière de l’Arkansas, le désert n'offre plus que des sables fins, qui forment de petites buttes ondulées, comme si ce terrain avait été occupé jadis par les eaux d’un lac
? Voyez l’article Montagnes dans l'Encyclopédie moderne, et l'article Syslème des montagnes, dans l'Encyclopédie méthodique, par M. Auot,
immense. Les collines de grès micacé et de poudingues qui s'élèvent au bas des montagnes Rocheuses, sont séparées des masses granitiques par une zone de roches micacées dont les couches sont fort inclinées. Les grès de ces collines renferment des animaux marins et des plantes. Plus on s’approche des montagnes Rocheuses, plus ces grès deviennent ferrugineux ; ils sont couverts de dépôts argileux et schisteux dans lesquels on trouve souvent de la houille. Près des sources de la rivière Canadienne, on reconnaît un grand nombre de roches d’origine ignée, qui forment des buttes et des collines ; les grès argileux qui lesenvironnent contiennent des lits de gypse et de sel gemme. Le plateau qui unit l’extrémité méridionale des montagnes Rocheuses avec les monts Ozarks est composé aussi de roches primordiales.
On retrouve, dans ces dernières montagnes, des grès micacés et des roches quartzeuses alternant avec des calcaires de transition, c’est-à-dire appartenant aux ferrains de sédiment infra-inférieurs, sillonnés par des filons plombifères. Un calcaire moins ancien succède à ces roches, dont la série repose sur le granit que l’on aperçoit çà et là dans quelques endroits,
La triple chaîne de l’Alleghany, qui s’étend du sud-ouest au nord-est, depuis le 34° parallèle jusqu’à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, oftre, à partir de son extrémité méridionale, une longue suite de montagnes de grès, qui se termine à une région de schistes ardoisiers et de marnes bleues, à laquelle succèdent, jusque vers le fleuve Saint-Laurent, diverses roches granitiques. Entre le #1° et le 42e parallèle, on remarque, sur plusieurs points de la chaîne, des masses basaltiques et d’autres produits ignés. Les dépôts que supportent celles-ci sont en couches inclinées d'environ 45 degrés. Les roches appartenant aux ferrains de sédiment inférieurs, tels que les gypses, les calcaires et les grès houillers, forment une zone qui s'étend jusqu'aux environs du lac Michigan. Les pentes qui se dirigent des monts Alleghanys vers l’océan Atlantique et le golfe du Mexique, ainsi que les terrains que traverse le Mississipi depuis sa réunion avec le Missouri, sont couverts de dépôts d’alluvion et de transnort.
La continuation méridionale des montagnes Rocheuses traverse le Mexique, où des rochers porphyriques, trachytiques et basaltiques la constituent en grande partie et forment les majestueux colosses volcaniques des Andes.
Les montagnes du Mexique renferment des filons de métaux précieux dont la richesse est telle que, jusqu’à présent, on peut les considérer comme
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inépuisables. C’est surtout entre le 2: et le 24e parallèle que ces métaux sont le plus abondants.
Les quatre groupes du système i#do-Péruvien présentent des caractères qui le distinguent du précédent. Suivant M. de Humboldt, il se montre partout déchiré par des crevasses ; s’il y existe des plaines élevées de 2,700 à 3,000 mètres, comme dans l’ancien royaume de Quito et plus au nord dans la province de Pasto, elles ne sont pas comparables en étendue à celles de la Nouvelle-Espagne : ce sont plutôt des vallées longitudinales, limitées par deux branches de la grande Cordillère des Anues. Au Mexique, au contraire, c’est le dos même des montagnes qui forme le plateau. Au Pérou, les cimes les plus élevées constituent la crête des Andes : au Mexique, ces mêmes cimes, moins élevées, sont dispersées sur le plateau.
La Cordillère se divise en trois chaînes parallèles, depuis le ‘7e degré au nord de l’équateur jusque vers le 2°. Au sud des précédentes, les Andes ne forment qu’un seul dos jusqu’au 6e parallèle ; là elles se séparent en deux chaînes, dont les sommets les plus élevés, rangés sur deux files, composent une double crête. Leurs cimes colossales sont au nombre des plus hautes du globe. Vers le 41° degré, les Andes se divisent en trois chaînes irrégulières qui vont se terminer sur la rive droite de l’Amazone. Les Andes du Chili et du Potosi occupent une largeur moyenne d'environ 45 lieues. Elles renferment un grand nombre de volcans, dont une quinzaine se font remarquer par des éruptions continuelles, tandis que d'autres, plus nombreux encore, lancent par intervalles d’épais nuages de fumée. Les Andes Patagoniques sont encore peu connues; elles sont beaucoup moins élevées que les précédentes ; leurs plus hautes cimes ne dépassent guère 3 à 4,000 mètres; leur extrémité méridionale, jusque vers le cap Pilar, n’en atteint que 400, et s’abaisse de plus en plus jusqu’au détroit de Magellan. On y connaît aussi plusieurs volcans.
Le granit se montre à découvert à la base des Andes, sur les côtes du grand Océan. Tantôt il supporte le gneiss, et tantôt alterne avec lui. Il est, ainsi que les roches qui l'accompagnent, en couches inclinées vers le nord-ouest, ce qui indique la direction imprimée à la force volcanique qui souleva les montagnes qu’elles forment, Ces granits renferment souvent des couches de calcaire et de schiste; ils sont ordinairement surmontés de roches d’origine ignée, telles que des basaltes, des porphyres et des phanolithes, dont les profils, bizarrement taillés, ressemblent de loin à desédifices
en ruine. Au pied de ces montagnes reposent diverses masses de grès et des dépôts de débris agglomérés sur lesquels s'appuient des calcaires anciens,
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des gypses et d’autres roches. Enfin on trouve çà et là des dépôts d’alluvion renfermant des ossements d’animaux gigantesques qui n'existent plus,
Ces montagnes sont traversées par des filons de divers métaux, vrincipalement de fer et d'argent. Les mêmes montagnes fournissent aussi des émeraudes, des topazes et d’autres pierres précieuses.
Le système Parimien, compris entre le cours de l’Orénoque et celui de l’'Amazone, est bien peu important après celui que nous venons de parcourir. Au lieu de composer une chaîne continue, il offre une suite de montagnes granitiques, séparées les unes des autres par des plaines et des savanes, dont l’uniformité est interrompue çà et là par des masses de granit qui imitent de loin des piliers et des ruines.
Les montagnes du Brésil occupent une superficie trois ou quatre fois plus grande que le système précédent; mais elles sont inférieures en élévation : les plus hautes ne dépassent pas 4,800 mètres. Elles se composent de trois grandes chaînes parallèles, qui changent plusieurs fois de nom et qui projettent vers le nord et à l’ouest divers rameaux importants.
Le granit constitue la plus grande partie de toutes ces montagnes ; elles présentent cependant aussi plusieurs formations calcaires. Les terrains d’alluvion qui couvrent les vallées formées par les nombreuses branches du système Brésilien renferment une si grande quantité d’or qu’on en retire par le lavage près de 8,000 kilogrammes. La Serra-da-Tapollama, celle do-Mar, et leurs prolongements, qui bordent la côte orientale, ainsi que les montagnes plus éloignées vers l’ouest, renferment des filons argentifères, mais ils ne sont nulle part d’une grande richesse, Il en est de même du fer et du cuivre; ces métaux paraissent être peu abondants au sein des montagnes brésiliennes. Le plomb est exploité dans plusieurs iocalités; l’étain et le mercure y sont assez rares. Quant aux diamants et aux autres pierres précieuses, telles que la topaze et l’améthyste, on les trouve principalement dans les terrains d’alluvion composés de cailloux roulés, aux pieds des montagnes de la Serra-do-Mar, de la Serra-d'Espinhago et de celles qui sont à l’ouest du Rio-Grande.
Le niveau de l’Amérique présente véritablement une différence remarquable avec l’ancien continent. Cette différence ne consiste pas dans l’élévation plus grande des montagnes; car si les Cordillères de la Bolivie et du Pérou atteignent, par quelques-uns de leurs sommets, au niveau de 7,000 mètres, il est aujourd’hui certain que les montagnes du Tibet s'élèvent à un niveau supériez.r. Mais les plateaux qui servent de support aux montagnes sont séparés en Amérique des plaines basses par une pente
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extrêmement courte et rapide. Ainsi la région des Cordillères et celle du plateau du Mexique, régions aériennes, tempérées et salubre5, touchent presque immédiatement aux plaines qu’arrosent le Mississipi, l Amazone et le Parana. Ces plaines mêmes, quelle que soit leur nature, qu’elles soient couvertes d'herbes élevées et ondoyantes comme les savanes du Missouri; qu’elles offrent, comme les Llanos de Caraccas, une surface tantôt calcinée par le soleil, tantôt rafraichie par les pluies tropiques et revêtue de graminées superbes, ou qu’enfin, semblables aux Pampas et aux Cumpos Parexis, elles présentent à la fureur des vents leurs collines de sable mouvant, mélées d’étangs saumâtres et couvertes de plantes salines, loutes elles conservent, à des distances immenses, un niveau très-bas et rarement interrompu par des coteaux; car le système des montagnes Apalaches, ou Alleghany, dans l'Amérique septentrionale, et celui des Cordillères du Bré-
- sil, dans l'Amérique méridionale, ne sont liés au système des grandes Cor-
dillères que par des plateaux un peu plus élevés, ou par de simples escarpements et hauteurs de terrain.
De cette vaste étendue des plaines américaines, résulte P’immense longueur du cours des fleuves qui arrosent cette partie du monde. Le tableau suivant peut donner une idée des grandes divisions physiques de l'Amérique.
TABLrAU des divisions physiques de l'Amérique.