‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 146 · FR RE · texte numérisé non relu

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-Aigland) ; elle est fréquentée par des Groenlandais nomades à l'époque de

la belle saison, relativement à ces tristes contrées. Le point le plus septen. trional de cette côte est le cap Alexander, situé vers le 77e 40” de latitude à l'entrée du détroit de Smith. Entre ce cap et Upernavick on rencontre successivement le détroit de Whale, le cap Parry, Yentrée de Wolstenholme , te cap York et la profonde baie de Melville. Cette dernière renferme les îles Sabine, de Bushnan et de Browne quelquefois fréquentées par les baleiniers ; au fond de la baie de Melville on en trouve une plus petite qui a reçu le nom de Baie du Prince-Régent,

La côte orientale a été explorée dans le courant de 1828 à 4830, par le capitaine danois Graah, pour y retrouver les traces de la colonie qui, partie de l'Islande, s'établit au Vieux-Groenland pendant le quatorzième siècle. Il dépassa le 69e parallèle, mais il ne retrouva pas de traces d'anciens élablissements ; cependant les indigènes, au nombre d'environ 600 qu’il rencontra sur cette côte, Jui parurent avoir plus d’analogie avec les Européens qu'avec les Esquimaux : loin d’en avoir le corps trapu et la petite stature , ils sont nerveux, d’une taille élancée.et au-dessus de la moyenne ; leur teint est aussi clair que chez les Européens : ce qui semblerait annoncer une race résultant du mélange des Esquimaux avec ces derniers,

C'est sans doute au milieu des banquises qui défendent l'approche de ces parages qu'est venu se perdre en 4833, le brick lu Lilloise, commandé par Jules de Blosseville, que les sciences géographiques regrettent encore.

Une courte traversée nous conduira de la edle wrentale du Groenland, vers une grande île qui, bien que connue sept siècles avant Colomb, n’en est pas moins uie dépendance naturelle du nouveau continent. Cette ile, c'est l'Islande, cette terre de prodigesoù les feux de l’abîme percent à travers un sol glacé, où des sources bowillantes lancent leurs jets d'eau parmi les neiges éternelles, où le génie puissant de la liberté, et le génie non moins puissant de la poésie, ont fait briller les forces de l'esprit humain aux derniers confins de l'empire de la vie.

La situation géographique de l'Islande n’a été longtemps comnue que

! Si l'on devait en croire la déposition du groënlandais Adam Beck, interprète du capitaine John Ross, les navires l'Erebus et la Terror, commandés par les capitaines sir John Franklin et Crozier, auraient fait naufrage, sur la côte, à quelque distance au nord du cap York; les hommes de l'équipage, après avoir gagné la terrre dans le plus grand dénûment, ÿ auraient péri dans l'hiver de 1846 à 1847, de froid, de faim, ou par les attaques d’une tribu ennemie. — Lettre du capitaine John Ross dans le Shipping and Mercantile Gazette du 4 octobre 1854,

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siècle, pert-être même simplement copiées par Torfœus sur quelque imitation de la carla di navegar des frères Zeni, dressée dans le quatorzième

siècle. On y avait assujetti les résultats, d’ailleurs exacts, de l’arpentage

des ingénieurs militaires, terminé en 1734. Tels étaient les éléments discordants de la carte de l’Islande, publiée par les héritiers Homann, et devenue, avec de légères corrections, la source de toutes les autres. Mais, en 1778, Borda, Pingré et Verdun de la Crenne, après avoir d’abord en vain cherché l’Islande, qui, pour ainsi dire, flottait dans l'Océan à l'instar de Délos, en déterminèrent astronomiquement plusieurs points principaux, dont quelques-uns étaient placés jusqu’à 3 et 4 degrés trop à l’ouest. La surface de l’île, qui, d’après les anciennes cartes, avait été évaluée à 8,000 lieues carrées, a été réduite, en conséquence de ces mesures, à 5,000. Elle a 120 lieues de longueur sur 56 de largeur.

L'Islande, dont le véritable nom est Iceland, c’est-à-dire le pays des glaces, n’est proprement qu’une chaine de rochers immenses, dont le sommet est toujours couvert de neige, quoique le feu couve dans leurs flancs. Le trapp et le basalte paraissent prédominer dans la composition de ces montagnes. Le basalte y forme d'immenses amas de piliers semblables à ceux de la chaussée des Géants en Irlande. Le mont d’Akrefell présente des bancs d’amygdaloïde, de tufa volcanique et de grunstein ou dolérite, dont la face inférieure a évidemment subi l’action d’un feu très-fort, mais sous une grande pression, probablement au fond de l’Océan primitif. On distingue plusieurs formations de lave ; l’une a coulé et coule souven. encore en forme de torrents enflammés, sortis des cratères ; l’autre, d’une structure spongieuse et comme caverneuse, semble avoir, pour ainsi dire, bouilli à la place même. Cette dernière lave forme les stalactites les plus singulières. L'île renferme 30 volcans, dont 9 étaient en activité dans le siècle dernier, sans compter ceux qui ont pu s’éteindre avant que l’ile fût habitée. Le plus fameux entre ces volcans est le mont Hékla, situé dans la partie DRE nale de l’île, à environ cinq quarts de lieue de la mer.

Pour monter à l’Hékia, on traverse plusieurs vallons autrefois habités, mais qui, dépeuplés par les ravages du volcan, sont encombrés de laves, de cendres et de pierres ponces. Ses flancs sont hérissés de montagnes moins hautes, terminées chacune par un cratère. Lorsque l’Hékla est en éruption, tous les cratères "sicttent des matières en fusion. Le sommet du cône principal est entouré d’une sorte de rempart ; les parties abritées contre la pluie sont couvertes d’une grande quantité de sel, Enfin on arrive à la région des

par des observations d’auteurs obscurs, faites au milieu du dix-septième

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En se rendant des deux geysers, dont nous parlerons bientôt, au mont Hékla, on traverse des espèces de dunes de sable ponceux, d'immenses champs de lave et de cendres volcaniques. A sa base, on remarque un dépôt de ponces blanchâtres renfermant des bouleaux passés à l’état de lignites. Avant d’arriver au sommet, on passe entre des montagnes de scories et de phonolithes. Sa cime est moins garnie de neige que celle du Snéefells-Iækull; mais cependant, en 4836, son cratère en était entièrement rempli. On remarque sur ses flancs un beau cratère parasite; enfin on trouve depuis sa base jusqu’à son sommet de l’obsidienne à tous les états.

Toutes ces montagnes, dont la hauteur atteint 600 ou 800 mètres, sont couvertes de neiges et de glaces éternelles ?. Les plus rrandes rivières n’ont pas plus d’une trentaine de lieues de longueur , mais elles sont larges et profondes. Parmi les nombreux lacs, le plus important est le Wy-Watn ou Lac aux Mouches : il a plus de 8 lieues de circonférence; le fond de son bassin est couvert d’une lave noire, d’où sortent en plusieurs endroits des sources chaudes qui répandent sur sa surface une épaisse vapeur.

Les volcans de Skapta-Syssel se sont fait connaitre, en 1783, d’une manière terrible. Le fleuve Skapt-Aa fut entièrement comblé de pierres ponces et de laves. Un canton fertile fut changé en un désert couvert de scories, Les exhalaisons sulfureuses et les nuages de cendres se répandirent presque sur toute l'ile : une épidémie en fut la suite. Mais aucun phénomène ne prouve mieux combien est immense cette masse de matières volcaniques, que l’apparition d’une nouvelle île qui, peu de temps avant l'éruplion de 1783, eut lieu au sud-ouest de Reykianess (cap de fumée), sons 63° 20! lat. et de 5° 40' long. ouest. Cette île, que l’on appela Stromsov, jeta des flammes et des pierres ponces. Lorsqu’en 1785 on en fit la recherche, elle avait entièrement disparu. Elle forme aujourd’hui un récif très-dangereux pour les navigateurs. Il est probable que cette ile n’étaii

# Voici la hauteur des principales montagnes :

Aèires, L'Héklas à à à + 4 4 à à à à à 1,557 L'Œrœfe-Jækull. . . . . , . . ,. . .. 2,028 Le Tindfiall, , . . . . . . . , . .. 1,745 Le Knapefell-Iækull. . . . . . . . ,. 1,949 Le Snéefells-Iækull, . . . . , , . . . 1,486 L'ŒÆster-Iækall, . , . . . . , . , .. 1,559 Le Glaama-lœkull, . . . . . , , . .. 1,625

qu’une croûte de laves et de pierres ponces, élevée à la surface de la mer par une éruption sous-marine,

En 1821, le 20 décembre, l’£ya-Fialls-Iækull, après être resté plus d’un siècle en repos, lança à la distance de deux licues des pierres du poids de 25 à 40 kilogrammes ; en 1822, le Snée-Fialls-Tækull eut nne éruption; l’année suivante, ce fut le tour du Mydal-Iækull, du Krabla, du Wester- Iœkull et du Æatilagia-Iœkull, Du 22 au 26 juin, ce dermer eut trois éruptions accompagnées de tremblements de terre si violents, que près de 40,000 personnes périrent. Les cendres que lança le cratère furent portées à la distance de plus de 30 milles en mer.

Les sources chaudes sont une autre curiosité de cette île, mais elles n'ont pas toutes le même degré de chaleur. Celles dont les eaux tièdes sortent aussi paisiblement que des sources ordinaires s’appellent laugar, c’est-à-dire bains. Les autres, qui lancent à grand bruit des eaux bouillantes, sont nommées chaudières, en islandais hverer. La plus remarquable de ces sources est celle nommée Geyser, qui se trouve près de Skalholt, au milieu d’une plaine où il y a environ quarante autres sources moins considérables ; son ouverture est du diamètre de 6 mètres, et le bassin dans lequel elle se répand en a 46 et 23 de profondeur. L’archevêque de Troi! a vu la masse d’eau s'élever à 25 mètres, le docteur Lind à 30. La colonne d’eau, environnée d’une épaisse fumée, retombe sur elle-même ou se termine par ane large girandole.

Une autre source s’est ouverte pour rivale au Geyser, c’est le S/rockur. l est situé à environ cinquante pas du grand Geyser, et paraît avoir avec celui-ci la plus grande connexion. Il occupe une sorte de puits au niveau du sol, de 25 mètres de profondeur, dans lequel l’eau ne s’élève qu’à environ 2 mètres de la surface du sol; et comme elle y oscille souvent avant de jaillir, ce phénomène, ainsi que la forme de son puits, lui ont justement valu le nom de S/rockur, ou de baratte, parce qu’il imite cette machine à battre le beurret,

Deux autres sources s’élancent et retombentalternativement. Le Badstafa est de ce nombre; il lance ses eaux à 15 mètres pendant dix minutes, discontinue pendant le même espace de temps, et recommence ainsi périodiquement ; ses eaux sont à la température de 82 degrés du thermomètre centigrade. Toute cette infernale vallée est remplie de sources et environnéc

1 Voyage en Islande et au Groenland, exécuté pendant les années 1835 et 1836 sur la corvette la Recherche, commandée par M. Trehouart, lieutenant de vaisseau, dans le but de découvrir les traces de la la Lilloise. — Minéralogie et géologie par M. Eug?ne Robert.

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de laves et de pierres ponces. Ces eaux bouillantes, et principalement celles du Geyser, déposent sur leurs bords une croûte de tuf siliceux. Les Islandais tirent quelque parti de ces sources chaudes, qui jadis ont servi à baptiser leurs ancêtres païens. Ils y font cuire leurs légumes, viandes, œufs et autre nourriture; mais il faut avoir soin de couvrir le pot suspendu dans ces eaux fumantes, afin que l’odeur volcanique ne gâte pas les mets. Les habitants y lavent aussi leur linge, et ils y font courber plusieurs instruments de bois. Les sources moins chaudes servent à se baigner. Les vaches qui boivent de leurs eaux donnent une quantité de lait extraordinaire.

Suivant un des voyageurs français qui ont visité l'Islande en 1836, le Geyser ne jaillit pas régulièrement; il est soumis à l'influence de la pluie, du vent, des saisons. « Nous avions, dit il, établi notre tente entre les « sources mêmes, afin de voir l’éruption de plus près, et nous l’attendions « avec impatience dès le moment de notre arrivée, Le jour, nous craignions de nous écarter ; la nuit, nous veillions chacun à notre tour afin « de donner le signai à nos compagnons de voyage. Plusieurs fois nous « {ùmes éveillés par les "is de celui qui montait la garde. Le Geyser com- « mençait à s’agiter; o: .: > adait un bruit souterrain semblable à celui « du canon, et le so! ui‘: z:t comme s’il eùt été frappé par des coups de « bélier. Nous courions en toute hâte au bord dela colline ; mais le Geyser, « comme pour se jouer de nous, montait jusqu’au-dessus de sa coupe de « silice, et débordait lentement, comme un vase d’eau qu’on épanche. « Enfin, après deux jours d’attente, nous fimes jaillir Le Strockur en y fai- « sant rouler une quantité de pierres et en tirant des coups de fusil. L’eau « mugit tout à coup, comme si elle eût ressenti dans ses cavités profondes « l’injure que nous lui faisions; puis elle s’élança par bonds impétueux, « rejetant au dehors tout ce que nous avions amassé dans son bassin, et « couvrant tout le vallon d’une nappe d’écume et d’un nuage de fumée. Ses s flots montaient à plus de 80 pieds au-dessus du puits ; ils étaient chargés « de pierres et de limon. Une vapeur épaisse les dérobait à nos regards; « mais, en s’élevant plus haut, ils se diapraient aux rayons du soleil, et « retombaient par longues fusées comme une poussière d'or et d’argent. « L’éruption dura environ vingt minutes, et, deux heures après, le Geyser « frappa la terre à coups redoublés, et jaillit à grands flots comme l’eau « du torrent, comme l’écume de la mer quand le vent la fouette, quand la « lumière l’impreigne de toutes les couleurs de l’are-en-ciel 1, »

(M. À. Marmier, attaché à l'expédition française en Islande, auteur de l'Histoire de l'Islande, qui fait partie de ce voyage.

D’après les observations faites par les savants attachés à l'expédition de l'Islande et du Groenland, la surface des eaux du bassin du Geyser est à la température de 100° du thermomètre centigrade; à 40 mètres de profondeur, elles indiquent 104°, et à 20 mètres 424°, Les eaux du Strockur, à 43 mètres de profondeur, sont à la température de 410c à 4440.

Les eaux du Geyser et du St ’kur sont inodores et n’ont aucune saveur désagréable; mais elles contien sent une si grande quantité de silice, qu’elles déposent autour de l’orifice cratériforme de ces deux sources, que quelques savants ont considérées comme des volcans d’eau, une masse de concrétions siliceuses, mamelonriées ou dispersées en choux-fleurs, ou imitant grossièrement d’autres objets naturels.

Les deux Geyscrs sont bornés au nord, à l’est et au sud, par la petite rivière d’Haukadalur et par une plaine marécageuse; à l’ouest par une colline, appuyée elle-même contre une montagne fortement redressée, portant des traces anciennes de l’action des eaux thermales. Cette colline, entièrement composée de diverses concrétions siliceuses, est criblée de trous par où s’échappent des vapeurs brûlantes. ,

Outre ces magnifiques jets d’eau, l’Islande a encore des sources minérales, que les habitants appellent sources de bière. Cette dénomination

semble démontrer qu’ils n’en ont pas toujours négligé l’usage comme

aujourd’hui.

Une des productions les plus singulières de l’Islande, est cette masse noirâtre, pesante, propre à brûler, nommée en islandais surfurbrand1 ; c’est un bois fossile, légèrement carbonisé, et qui brüle avec flamme. Une autre espèce de bnis minéralisé est plus pesante que le charbon de terre, et brûle sans flamme; elle contient de la calcédoine dans ses fissures transversales.

Les montagnes centrales de l’ile n’offrent point de granit; elles renferment du fer et du cuivre, que le manque de bois empêche d’exploiter ; du marbre, de la chaux, du plâtre, de la terre à porcelaine, plusieurs sortes de bols, des agates. du jaspe et autres pierres.

On trouve du soufre, tant pur qu'impur. Les mines de Krisevig et de Husavig sont les plus considérables. On a établi une raffinerie de soufre dans le dernier endroit. Les collines de soufre présentent un phénomène plus effrayant peut-être et plus instructif que le Geyser ; on voit à leurs pieds l'argile dans une ébullition continuelle ; on entend les eaux bouillonner et siffler dans l’intérieur de la montagne: une vapeur chaude 1 Surtur : Le dieu noir, le Pluton du Nord. Brand, tison,

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couvre ce terrein, d’où souvent il s’élance des colonnes d’eau boueuse. Le soufre qui forme la croûte de ces couches d'argile est ordinairement trèschaud, et s’y présente dans les cristallisations les plus magnifiques.

L'ile ne produit pas d’autre sel que celui que l’on trouve au milieu de quelques laves ; mais la mer qui l’avoisine a les eaux aussi salées que celles de la mer Méditerranée. Le sel qu’on en tire donne au poisson une teinte bleuâtre.

Le ciel de l'Islande étale aussi des prodiges. A travers un air rempli de petites particules glacées, le soleil et la lune paraissent doubles ou prennent des formes extraordinaires ; l’aurore boréale se joue en mille reflets de couleurs divers®s ; partout l'illusion du mirage crée des rivages et des mers imaginaires. Le climat ordinaire serait assez tempéré pour permettre la culture des blés, qui autrefois était suffisante aux besoins d’une population beaucoup plus considérable. Le gouvernement se donne beaucoup de peine pour la faire revivre. Mais lorsque les glaces flottantes viennent à s’arrêler entre les promontoires septentrionaux de cette île, tout espoir de culture cesse pour une ou deux années; un froid effroyable se répand sur toute Pile; les vents apportent des colonnes entières de partiules glacées ; toute la végétation s’éteint; la faim et le désespoir semblent s’asseoir sur ces montagnes qu’échauffent en vain tous les feux des abimes souterrains.

Dans un siècle on a compté #3 mauvaises années, parmi lesquelles 4% années de famine. Les années 1784 et 1785, dans lesquelles la rigueur des hivers succéda à des éruptions volcaniques, virent périr 9,000 hommes ou un cinquième de la population, 28,000 chevaux, 41,491 bêtes à cornes, et 190,488 bêtes à laine.

Dans les disettes de fourrages, on donne, dit-on, aux vaches de ‘a chair du poisson appelé dans le pays s{embitr, du genre Hennus de Linné, pilée avec des os de morue ; cette nourriture leur procure beaucoup de lait, mais il a un goût désagréable. Dans l’hiver on tient les moutons enfer... dans des cavernes ; ils y souffrent teliement de la faim qu'ils se mangent la laine sur le dos : ce qui produit dans leur estomac ces pelotes de poils connues sous le nom d'ægagropiles. Mais les Islandais connaissent le moyen de les délivrer de ces masses de poils.

L’elymus arenarius, en islandais melur, est une espèce de blé sauvage qui donne une bonne farine. Le lichen d'Islande et plusieurs autres sortes de lichens servent à la nourriture, ainsi qu’un grand nombre de racines

* Slephansen (bailli d'Islande ) : Description de l'Islande au dix-huitième siècle.

Copenhague, 1807. Olavius : Voyage économique en Isiande (en danois). Olafsen : Voyage en Islande. :

antiscorbutiques, et même plusieurs sortes d’herbes marines, entre autres l’alga saccarifera et le fucus fuliaceus. L'Islande produit, comme la Norvêge, une immense quantité de baies sauvages d’un goût excellent. Le jardinage est à présent répandu dans tout le pays. Les choux-fleurs ne réussissent pas. L: culture des pommes de terre prend des accroissements trop lents pour le bonheur de l’île. ‘k

Il y eut autrefois de grandests qui abritaient les vallées méridionales. M Une mauvaise économie les a de vastées. On ne trouve à présent que quelques bois de bouleaux et beaucoup de broussailles. Mais le bois, que la terre refuse aux Islandais, leur est amené par la mer. C’est un des phénomènes les plus étonnants dans la nature que cette immense quantité de gros troncs de pins, sapins et autres arbres qui viennent se jeter sur les côtes septentrionales de l'Islande, surtout sur le cap du Nord et sur celui nommé Langaness. Ce bois arrive sur ces deux points dans une telle abondance que les habitants en négligent la plus grande partie. Les morceaux qui sont poussés le long de ces deux proMontoires vers les autres côtes fournissent à la construction des bateaux.

ï Les chevaux sont de la même espèce que ceux de la Norvége, et on les À | emploie de même à porter des fardeaux comme les ânes. Les bœufs et les 1 vaches sont pour la plupart sans cornes. Les moutons, au contraire, en ont

| deux et quelquefois trois ; ils sont très-grands, et leur laine est plus longue D |

| h que celle des moutons danois ordinaires. L’Islande compte jusqu’à D

L' 500,000 bêtes à laine, et près de 40,000 bêtes à cornes; en 1835, elle ren-

d fermait 50,000 à 60,000 chevaux. Les pâturages, mieux soignés, seraient

la vraie richesse de l’île; mais on les abandonne aux suins de la nature. … |

Le gouvernement a fait transporter en Islande des rennes qui s’y mul- |

tiplient. Il est remarquable que cet animal n’y était point indigène, quoique :

la mousse des rennes y vienne en abondance. Les renards d'Islande four. Ù

nissent de belles pelisses : on en vend quelquefois une peau grisâtre, à Ç

Copenhague, 40 à 50 fr. C’est le seul quadrupède sauvage de l’Islande. Les

ours blancs, qui arrivent sur les îles flottantes de glaces, font quelquefois

des ravages avant d’être tués. Parmi les oiseaux d’Islande, l’édredon (anas mollissima) est renommé par son duvet délicat. Les faucons de l'Islande étaient autrefois plus recherchés qu'aujourd'hui. Les blancs, qui sont I rares, valent 90 à 400 fr. la pièce. ù ©

La mer e les rivières offrent aux Islandais des avantages qu’ils négligent trop. Les saumons, truites, brochets et autres excellents poissons dont fourmillent les rivières, vivent et meurent pour la plupart en repos. Les

entre autres nme la Norlent. Le jarurs ne rêussements trop

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anguilles sont en abondance, mais les habitants n’osent pas en manger; ils y voient l’engeance du grand serpent marin, qui, selon la mythologie odinique, enlace Ja terre entière, et qu’on prétend avoir vu lever la tête près des côtes d'Islande. Les harengs environnent les côtes, mais {es Islandais ne connaissent que depuis peu l’usage des filets. Les petites baleines, les veaux etchiens marins, et les cabillauds sont les sortes doni on pêche le plus.

L'Islande était autrefois divisée en quatre parties, nommées d’après les quatre points cardinaux. Celles du sud, de l’est et de l'ouest formaient le diocèse de Skalholt. Le diocèse de Zolum comprenait la partie du nord. Aujourd’hui cetie île fait partie, avec les Féroë, de la division politique des îles du Danemark. Elie ferme un Sfift ou province administrative de ce royaume, dont les divisions, appelées Amf, sont: le Sondre-Amt, le Vester- Amt et le Nirdre-Amt. Chacune de ces divisions est administrée par un fonctionnaire appelé Amtman ; celui du Sondre-Amt, appelé Sliftamtman, est gouverneur général de l’île. Chaque Amt est divisé en Syssel ou bailliages, dont les baillis, Sysselman, sont à la fois administrateu. ct juges de paix; le nombre des Syssels est de 23; la superficie de l’île est, avons-nous dit, de 5,000 lieues carrées; sa population peut être évaluée à 56,000 âmes.

L'Islande forme le diocèse d’un évêché luthérien. L’évêque est chargé de l’administration des affaires ecclésiastiques. Le principal dignitaire de l’église, après lui, est le slif{sprovst de Reykiavik. Le pasteur de chaque chef-lieu de canton a le titre de provst : il surveille les prêtres de son district et leur transmet les ordres de l'évêché. Il y a à Reykiavik un tribunal composé d’un président, de deux assesseurs et d’rn greffier. Il dépend de la cour suprême de Copenhague. Les revenus de l'Islande suffisent à peine pour acquitter les dépenses administratives.

La ville de Reykiavik comptait, il y a peu de temps, une centaine de maisons, et 8 à 900 âmes; c’est la capitale actuelle, c’est le siège d’un évêché et la résidence des gouverneurs et des principales autorités de l’île. Son nom, qui signifie Golfe de fumée, vient de ce qu’elle est voisine d’une source d’eaux thermales. Elle est construite sur une large chaussée naturelle, d’origine volcanique, bornée au sud-ouest par le petit lac de Tjorn, et fait face, vers le nord-ouest, à une superbe rade. Des remparls volcaniques la protègent à peine à droite et à gauche contre l’action des vents qui l’assiègent violemment de tous côtés. Elle possède un lycée, une bibliothèque publique de 5,130 volumes, une école d’enseignement mutuel, une association pour la diffusion des connaissances utiles, une société des sciences et une de littérature islandaise, qui sont des sections de la Société royale

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des antiquaires et de celle de littérature établies à Copenhague; enfin elle publie deux journaux.

Rien n’est plus triste et plus désolé que les environs de cette capitale : pas un arbre, pas un buisson; c’est une affreuse nudité.

Bessestadr ou Bessestad possède un bo gymnase, avec une bibliothèque de 4,500 volumes : c’est l’Oxford et le Gottingue de l’fslande. Son gymnase est la seule haute école de l’île. Il est destiné principalement aux jeunes gens qui se destinent à l’état ecclésiastique. À Æolum ou Holar, dans le nord de l’île, on a réuni près de 900 volumes; cette petite ville, jadis siége d’un évêché, possédait déjà une imprimerie en 4530. A Lambhuus, qui n’est qu’une petite bourgade à peu de distance de Reykiavik, on a construit un observatoire. Skalholt ou Reinkinrik, autrefois chef-luu de l’île, et siége d’un évêché, fait un commerce assez actif; la société y est d’une politesse remarquable.

Les écoles ont d’autant moins d'importance en Islande que l’éducation se donne sénéralement dans toutes les familles. Les plus pauvres paysans, dit M. Barrow, au milieu de toutes les privations de tout ce que nous regardons comme choses de première nécessité et indispensables à notre bienêtre, sont plus éclairés que les paysans des autres pays et en apparence plus heureux. Le clergé peut refuser de marier une femme qui ne sait ni lire ni écrire; c’est ce qui fait que les paysans islandais sont généra'ement instruits. L'enfant apprend tout de sa mère, lecture, religion, morale.

L'île Videy, située au nord-est de Reykiavik, semble, par sa constitution géologique, avoir tenu jadis à la côte ferme ou à la pointe de Laugarness, dont elle n’est séparée que par un canal très-étroit. Cette petite île, l’une des plus fertiles de l’Islande, et dont le climat est remarquablement doux, à cause de sa situation au pied de la chaîne d’Esia, qui l’abrite des vents du nord, est composée de basalte et d’autres roches volcaniques.

Cetteîle n’est pas moins célèbre par son imprimerie, établie dans l’une des trois ou qualre maisons en pierre que possède l'Islande, que par ses eiders.

Le commerce de l’Islande, autrefois livré au monopole, est aujourd’hui libre. On exporte chaque année du poisson, de l'huile de poisson, des viandes, du suif, du beurre, des cuirs, de l’édredon, du soufre, environ 500.000 kilogrammes de laine brute ou filée, de la grosse étoffe de laine, des toiles de chanvre et de lin, 200,000 paires de bas tricotés et 300,000 paires de mitaines. L’importation consiste en blé, grains, eau devie, tabac, marchandises coloniales, étoffes fines, quincaillerie. La valeur des exportations est estimée à environ 4 million de francs.

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Passons maintenant à l’intéressante peuplade qui habite cette terre sinulière. Les Islandais sont en général d’une taille moyenne, bien conformés ; mais une nourriture peu abondante leur donne peu de vigueur. Les mariages ne sont pas féconds. Probes, bienveillants, peu industrieux, mais fidèles et obligeants, ces insulaires exercent généreusement l'hospitalité, autant que leurs moyens le permettent. Leurs principales occupations cousistent dans la pêche et le soin de leurs troupeaux. Surles côtes, les hommes v nt à la pêche en été et en hiver. Les femmes apprêtent le poisson, s’occupent à coudre et à filer. Les hommes préparent les cuirs et exercent les arts mécaniques ; quelques-uns travaillent l'or et l’argent; ils manufacturent, comme les paysans du Jutland et de plusieurs autres provinces, une sorte d’étolfe grossière connue sous le nom de wadmal. On fabrique annuellement 146,000 paires de bas de laine et 163,000 paires de gants. Ces insulaires sont si attachés à leur pays natal qu’ils se trouvent malheureux partout ailleurs. Naturellement graves et religieux, ils ne traversent jamais une rivière ou tout autre passage dangereux sans se découvrir la tête et implorer la protection divine. Lorsqu'ils se rassemblent, leur passetemps favori consiste à lire leurs relations ou mémoires historiques : le maître de la maison commence, et les autres le remplacent tour à tour !. D’autres fois on fait lecture de poésies nouvellement composées (Rimu- Lestor). Quelquefois un homme donne la main à une femme, etils chantent tour à tour des couplets qui forment une espèce de dialogue (Vikevaka). Le reste de la compagnie fait de temps en temps chorus. Le jeu d’échecs est fort en vogue parmi eux, et, comme les anciens Scandinaves, ils tiennent à gloire d’y être habiles. Le vêtement des Islandais n’est ni élégant ni trèsorné; mais il est décent, propre et convenable au climat. Les femmes portent à leurs doigts des bagues d’or, d'argent et de cuivre. Les plus pauvres sont vêtues de l’étoffe grossière dont nous avons fait mention, mais toujours noire. Celles qui ont plus d’aisance s’habillent d’étoffes plus amples, et portent des ornements d’argent doré.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est l’analogie frappante de leur coiffure en pointe avec celle de nos Cauchoises, ce qui indique une commune origine entre les Islandais et les Normands. Les Islandais descendent d’une colonie norvégienne qui, sous la conduite du Jarl ou comte Ingolf, forcé d’abandonner sa patrie pour cause de meurtre, arriva en Islande vers l’année 860. Ces Scandinaves emportèrent avec eux leurs monuments historiques, leur tradition, leur théogonie, leur poétique, et tout ce qui carac-

* Ces réunions se nomment Sagu-Lestor,

térisait les mœurs de la mère-patrie. Relégués versle pôle, ils conservaient 1 leurs antiques croyances ; les skaldes, poëtes guerriers, chantaient encore ‘4 sur le rhythme runique les victoires d'Odin, lorsque la Gothie et le Jutland ni avaient oublié les traditionsde leurs ancêtres pour embrasser les c'oyances dr, du christianisme. Aussi est-ce aux Islandais que l’on doit ce que l’on sait #2 sur les runes, caractères employés par les Goths et les Francs, et sur leur système de versification. Qu'on ne s’étonne d’ailleurs pas que l'Islande ait 1 produit plusieurs auteurs célèbres, tels que Jonas Arngrim, Torfœus, | Sœmund, Sigfusson et Snorro-Slurleson, dont les écrits ont jeté un grand jour sur l’histoire des peuples du Nord et sur la religion des Scandinaves. L'un deux, Sigfusson, est l’auteur de plusieurs poésies skaldes, Sæmund avait déjà recueilli les sagas ou traditions des anciens princes norvégiens, lorsque Snorro-Sturleson , au commencement du treizième siècle , rédigea le système mythologique des Scandinaves, qui fut nommé Snorro-Edda ou nouvelle Edda, pour la distinguer de celle de Sæmund. Les Islandais, tant que dura leur indépendance, conservèrent dans leur gouvernement la forme républicaine : leurileétait divisée en quatre provinces gouvernées par cinq magistrats choisis parmi les principaux habitants. En 981, le christianisme y fut introduit ; en 1261, une révolution la soumit aux rois de Norvège ; mais depuis 4397, le traité de Calmar laréunit au Danemark. Depuis cette époque la langue islandaise a commencé à dégénérer. Aujourd’hui c’est un idiome mélé de mots anglais, français, hollandais et latins : il n’est même pas rare que des hommes grossiers saluent en employant des phrases atines, telles que vale, domine; salus et honor.

Il serait difficile de citer un clergé plus pauvre que le clergé des fslandais. Le pasteur n’a pas le moyen de se faire servir et de faire labourer son champ. On le voit en jaquette de grosse étoffe de laine, en caleçon de matelot et en bottes de cuir, arracher sa tourbe, faucher et faner son herbe, et se livrer aux travaux agricoles. Il est forgeron par nécessité, il excelle dans Part du maréchal, art fort considéré dans un pays où les pointes de rochers de lave et le sol rocailleux déchireraient les pieds des chevaux s'ils étaient mal ferrés, L'église est le grand refuge des paysans; ils y viennent de toutes parts. Si quelques-uns de leurs chevaux ont besoin d'un fer, vite le pasteur prend le tablier, allume sa petite forge et se met à l’ouvrage. De ces rudes travaux, le prêtre islandais se délasse par des études littéraires, et souvent par d'excellents travaux d'imagination.

Les Islandais sont en général mal logés. Dans quelques endroits, leurs maisons sont construites de bois que la mer y jette, et quelquefois les murs

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sont faits de lave et de mousse. Ils couvrent le faîte de gazons posés sur des solives et quelquefois sur des côtes de baleine, qui sont plus durables et moins chères que le bois. Il y a beaucoup de cabanes construites entièrement de gazon et éclairées par des lucarnes. Leur principale nourriture consiste en poisson sec et en laitage ; on ne prodigue pas la viande, et autrefois le pain était rare. Aujourd’hui 18,000 tonnes de seigle sont consommées dans l'ile. Les riches connaissent le vin, le café et toutes les épiceries de notre cuisine. Une imitation plus utile des mœurs danoises a fondé ici, ainsi qu’on l’a vu précédemment, plusieurs sociétés littéraires, dont quelques-unes ont publié des mémoires. Les paroisses ont commencé à former de petites bibliothèques publiques, d'où les pères de famille empruntent des livres de morale ou d'histoire. Nul Islandais n’ignore l’art d'écrire et de calculer; la plupart d’entre eux connaissent l’histoire biblique et celle de la Scandinavie. On trouve parmi les ministres beaueoup d'hommes versés dans toutes les beautés de la littérature grecque et romaine; mais l’utile étude des sciences physiques n’est pas répandue. Telle est cette colonie des Scandinaves, placée entre les glaces du pôle et les flammes de l’abime.

Au nord-est de l’Islande s'étendent des côtes mal connues qui appartiennent, soit au Groenland, soit à un archipel glacé. Elles n’ont été vues qu’accidentellement par des navigateurs qui, à la poursuite des baleines, s'étaient avancés dans ces mers dangereuses. Des secousses éprouvées en pleine mer, et des amas de picrres ponces flottantes ont paru indiquer l’existence de volcans vers le 75° degré. Retrouverait-on ici les sources chaudes qui, selon les frères Zeni, servaient à chauffer le monastère de Saint- Thomas ?

A 50 lieues du Groenland et à 400 de l'Islande, l'ile de Jean-Mayen offre des côtes plates et sablonneuses, mais souvent bordées par d'énormes amas de glaces qui s’élèvent à 400 mètres. Son sol, entièrement volcanique, est couvert! de montagnes dont la plus importante est le Béerenberg, élevé de 2,280 mètres et couvert de neiges éternelles, L’£sk, volcan de 500 mètres d’élévation, vomit fréquemment de la lave : en 1800, il lançait de la fumée; à la fin de 4848, il eut une éruption. Cette île fut découverte par le navigateur hollandais dont elle porte le nom. Elle n’est fréquentée que par les navires baleiniers ; l’äpreté de son climat n’y laisse croître que de chétives plantes. On ne trouve sur ses rivages qu’un petit nombre d'oiseaux de mer: On y a remarqué des traces d’ours et de renards.

Un groupe de trois ou quatre grandes iles, et d’un nombre considérable de petites, termine, dans l’état actuel de nos connaissances, cette chaine

de terres glaciales dépendantes du Groenland, et par conséquent de l'Amérique septentrionale.

Ces iles furent découvertes en 4553 par l'anglais Hugh Willoughby; en en 1595, elles furent visitées par les navigateurs hollandais Guillaume Barentz et Jean Cornelius, qui crurent les avoir découvertes, et qui, à cause des rochers pointus dont elles sont hérissées, donnèrent à l’une d’elles le nom de Spitzberg.

La grande ile du Spitsberg proprement dite est séparée, par des canaux étroits, de lle du Sud-Est et de celle du Nord-Est, La presqu’ile orientale de la grande île a reçu le nom de Nouvelle Frislande. Vers la pointe nordouest sont les restes de l'établissement des baleiniers hollandais, nommé Sméerenberg, c'est-à-dire château de Graisse. La quatrième ile est celle du Prince Charles. Les montagnes du Spitzberg, couronnées de neiges perpétuelles et flanquées de glaciers, jettent de loin un éclat semblable à celui de la pleine lune. Elles se composent probablement de granit rouge dont les blocs, étant à nu en grande partie, resplendissent comme des masses de feu au milieu des cristaux et des saphirs que forme la glace. Leur énorme élévation les fait apercevoir à une grande distance ; et comme elles s’élancent immédiatement du sein de la mer, les baies, les vaisseaux, les baleines, tout parait dans leur voisinage d’une extrême petitesse. Le silence solennel qui règne dans cette terre déserte accroit la mystérieuse horreur qu’éprouve le navigateur en y abordant. Cependant la mort de la nature n’est mêmeici que périodique. Un jour de cinq mois tient lieu d’été; le lever et le coucher du soleil marquent les bornes de la'saison vivante; mais ce n’est que vers le milieu de cette saison, ou, si l’on aime mieux, vers le midi de ce jour, que la chaleur, longtemps accumulée, pénètre un peu en avant dans la terre glacée; le goudron des vaisseaux fond aux rayons du soleil, et cependant on ne voit éclore qu’un pétit nombre de plantes; ce sont des cochléaires, des renoncules, des joubarbes ; Martens put même couronner son chapeau de fleurs de pavot cueillies sur ces tristes rivages. Les golfes et baies se remplissent de fucus et d'algues d’une dimension gigantesque; une espèce a 65 mètres de long. C’est dans ces forêts marines que les phoques et les cétacés aiment à rouler leurs corps énormes, ces vastes masses de graisse que les pêcheurs européens poursuivent jusqu’au milieu des glaces éternelles ; c’est là que ces animaux vont chercher les mollusques et les petits poissons, leur nourriture habituelle ; c’est là que ces êtres, en apparence si lourds, si peu sensibles, se livrent à leurs penchants sociaux, à leurs jeux, à leurs amours. Réunis snr un champ de glace, les chiens marins sèchent

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leur poil brunâtre: le morse ou hvalross, en grimpantaux rochers, montre ses énormes défenses dont l’ivoire éclatant est caché sous une couche de limon de mer; la baleine lance des jets d'eau par ses vastes évents, et ressemble à un banc flottant sur lequel divers crustacés et mollusques fixent leur demeure ; mais elle est souvent blessée à mort par le narval ou narhval, à qui la perte habituelle d’une de ses défenses horizontales a fait donner le nom d’unicorne de mer. La baleine est encore souvent la victime d’une espèce de dauphin nommé l'épée de mer, qui lui arrache des morceaux de chair, et qui cherche surtout à dévorer sa langue. Au milieu de tous ces colosses vivants de la mer Glaciale s’avance un quadrupède redoutable, vorace et sanguinaire : c’est l’ours polaire, Tantôt porté sur uu ilot de glace, et tantôt nageant au sein des flots, il poursuit tout ce qui respire, dévore tout ce qu’il rencontre, et s’assied, en rugissant de joie, sur un trophée d’ossements et de cadavres. Un autre quadrupède, le timide et aimable renne, broute la mousse qui couvre tous les rochers. Des troupes de renards et d'innombrables essaims d’oiseaux de mer viennent encore, pendant quelques moments, peupler ces îles solitaires ; mais dès que finit lejour polaire, ces animaux se retirent à travers des terres inconnues soit en Amérique, soit en Asie. |

Les animaux marins du Spitzberg présentent à la cupidité européenne un appât qui fait oublier les dangers de ces mers inhospitalières. La pêche de la baleine, mentionnée dès le neuvième siècle, a souvent occupé jusqu’à 400 gros bâtiments de toutes les nations. Les Hollandais, dans l’espace de quarante-six ans, prirent 32,900 baleines, dont les fanons et l'huile formèrent une valeur de 380,000,000 de francs. Ces animaux paraissent fréquenter aujourd’hui les parages du Spitzberg en nombre moins considérable ; on n’en voit plus d'aussi grande taille que dans le commencement de cette pêche. Le morse est plus nombreux et plus facile à attaquer ; sa peau , employée à suspendre les carrosses, et ses dents , plus compac':s que celles de l'éléphant, sont des objets qui attirent souvent au Spilzbe" des colonies temporaires russes. Les anciens Bretons en faisaient déjà, avant la domination romaine, des pommes d’épée. L'ancienne colonie scandinave du Groenland payait en « dentes deroareo » qui paraissent avoir êté des défenses de morse , letribut qui, sous le nom de denier de Saint Pierre ;’affluait des extrémités de la terre pour défrayer la magnificence des basiliques romaines et les pompes de la cour pontificale. La corne du narval a longtemps été l’objet d’un respect superstitieux ; on en tirait de:

prétendus remèdes universels ; on la suspendait dans les muséums à des v. | 8

chaînes d’or. Les margraves de Bayreuth en faisaient conserver plusieurs dans leur trésor de famille ; ils en avaient reçu une en payement de plus de 6,000 rixdalers. Les princes des deux branches de cette maison se partagèrent une de ces cornes avec autant de formalités qu'ils en auraient mis à partager un bailliage. Aujourd'hui, les médecins ont abandonné cette panacée, et le « vérilable unicorne» a perdu sa valeur imaginaire. Une autre substance, originaire de ces régions, a également été le sujet de, quelques fables; c'est la matière cérébrale du cachalot, nommée trèsimproprement sperma celi , et plus convenablement blanc de baleine ; on en fait des bougies d’une blancheur éclatante. Tous ces gros animaux sont cependant moins utiles à l’homme que le hareng, dont la mer Glaciale semble être la patrie ou l’asile. Là, dans des eaux inaccessibles, il brave l’homme et la baleine ; mais des causes inconnues l’en font sortir pour venir environner de ses innombrables essaims les côtes septentrionales de l’Europe et de l'Amérique.

Une dernière curiosité doit encore nous arrêter dans cette région polaire; : c’est l’extrême abondance de bois flottant que la mer amène sur les côtes du Labrador, du Groenland, et plus encore sur celles de l’Islande, du Spitzberg et des terres arctiques entre ces deux îles. On assure que les amas de bois flottant rejetés sur l’île Jean-Mayen égalent souvent cette île en étendue. Il est des années où les Islandais en recucillent assez pour leur chauffage. Les baies du Spitzberg. en sont remplies; il s’accumule sur les parties de la côte de Sibérie exposées à l’est. Il se compose de troncs de mélèzes, de pins, de cèdres sibériens, de sapins, de bois de Fernambouc et de Campêche. Cestroncs paraissent avoirété entraînés par les grands fleuves d'Asie et d'Amérique; les uns sont apportés du golfe du Mexique par le fameux courant de Bahama; les autres sont poussés par le courant qui, au nord de la Sibérie, porte habituellement de l’est à l’ouest. Quelques-uns de ces gros arbres, que le frottement a dépouillés de leur écorce, sont même assez bien conservés pour former d’excellent bois de construction.

TaBLEAU des divisions administratives du Groenland et de l'Islande.

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