‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 104 sur 146 · PROVINCES. | DÉPARTEMENFS VILLES PRINCIP ES · texte numérisé non relu

PROVINCES. | DÉPARTEMENFS VILLES PRINCIP ES

POPULATION approximative-

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POPULATION DES PROVINCES. | DÉPARTÉMENTS, VILLES PRINCIPALRS

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Les villes en téalique sont les capitales des provinces.

Suite de la Description de l'Amérique. — Description particulière des républiques Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay.

L'un des plus vastes territoires de l’Amérique du Sud, est celui sur lequel nous allons entrer : il confine, au sud, à l’océan Atlantique et à la Patagonie, dont il est séparé par le cours du Rio-Negro; à l'ouest, la Cordillère des Andes le sépare du Chili; au nord, il a pour limite la Bolivie; à l'est, les rives droites du Paraguay et de l’Uruguay le séparent du Paraguay, du Brésil et de l’'Uruguay.

Découvert, en 4515, par Juan Dias de Solis, il dépendit d’abord du Pérou; mais en 4778, il fut érigé en vice-royauté par l'Espagne, et prit le nom de vice-royauté de Buenos-Ayres. La vice royauté de Buenos-Ayres comprenait, outre la région qui nous occupe, les pays qui forment aujourd’hui les républiques de Bolivie, du Paraguay et de l'Uruguay. A l’époque où toutes les colonies espagnoles se levèrent pour conquérir leur indépendance, celle de Buenos-Ayres fut affranchie l’une des premières. Ce fut en

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1810 qu’elle se proclama libre; mais, depuis quarante-deux ans, le gouvernement de ce pays n’a pu acquérir celte stabilité salutaire si nécessaire à la prospérité des États. En 1815, il parut cependant se constituer définitivement : le Buenos-Ayres prit le titre de Provinces-Unies du Rio-de-la-Plata, puis celui de République ou de Confédération Argentine. En 1829, plusieurs traités furent signés avec de nouvelles provinces, qui entrèrent dans la confédération. Aujourd’hui elle se compose de quatorze États, dont l'étendue collective est de 148,600 lieues géographiques carrées, et dont la population ne dépasse pas 800,000 habitants, presque tous concentrés dans les grandes villes. Les provinces argentines actuelles sont : Buenos- Ayres, sur la rive droite du Rio-de-la-Plata et sur l'Océan, en s'étendant vers le sud; Corrienles et Entre-Rios, entre le Panama cet l'Uruguay, et avoisinant le Paraguay, ou la Bande-Orientale ; Santa-Fé et Cordova, au centre; les autres provinces s’étendant du nord au sud, le long des Andes, dans le voisinage de la Bolivie et du Chili, sont : Juguy, Salla, Santiagodel-Estero, Tucuman, Catamarca, la Rioja, San-Juan, Mendoza et San- Luis.

Presque tous les grands cours d'eau qui arrosent la confédération Argentine se rendent dans l’océan Atlantique. Les principaux sont: le Rio-de-la-Plata, le Rio-Mendoza ou Coloradv, et le Rio-Negro, nommé Rio-del-Diamante, dans la partie supérieure de son cours, fleuve qui sépare le Buenos-Ayres de la Patagonie.

Si de la capitale du Chili nous voulons diriger notre course vers les rives du Paraguay, il faut traverser les Andes, où souvent le voyageur est assailli par d’effroyables orages. On passe par Mendoza, chef-lieu de la province du même nom. Cette contrée, qu’on nomme aussi Trasmonlano, par rapport au Chili, est fertile en fruits et en blé. Le vin est transporté à Buenos- Ayres et à Montevideo. Ce vin a la couleur d’une potion de rhubarbe et de séné ; son goût en approche assez. Il prend sans doute ce goût des peaux de bouc goudronnées dans lesquelles on le transporte.

La ville de Mendoza, capitale de la province, est située dans une vaste plaine, et près des bords de la Cienega-de-Mendoza, lac marécageux de 43 lieues de longueur, sur 5 à 6 de largeur; elle est à plus de 1,000 mètres au-dessus de l'Océan. C’est une des plus importantes villes de la confédération; elle est grande, bien bâtie, ornée de beaux édifices, d’une vaste place carrée, et d’une belle promenade publique appelée Alameda, d'où l’on jouit d’une vue magnifique sur les Andes. Entrepôt du commerce de Buenos-Ayres avec le Chili, elle exporte, avec les vins, les eaux-de-vie, les v. 59

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grains et les fruits de son territoire, les productions des divers États de la confédération, et reçoit en échange le thé du Paraguay, et les divers produits des manufactures étrangères. Sa population est d'environ 10,000 âmes. Elle a même le mouvement d’une ville plus importante encore, Après l'heure de la sieste, une multitude de cavaliers circule dans les rues : il est vrai que le plus chétif habitant possède une monture. La petite ville d'Upsallata, dans une vallée à laquelle elle donne son nom, possède de riches mines d'argent, On remarque dans ses environs des restes de grandes routes construites par les Incas, et qui par leur solidité annoncent le haut degré de civilisation auquel était parvenu le peuple auquel elles sont dues.

A 54 lieues au nord de Mendoza, nous traverserons San-Juan-de-la- Frontera, qui fait un commerce important de vins, d’eau-.de-vie, et des produits agricoles de ses environs; elle renferme 8,000 âmes : c’est la capitale d’une province. Rioja, autre capitale, n’a que 3 à 4,000 ames. On remarque sur son territoire la montagne de Famatina, où l’on exploite des métaux précieux, mais surtout de l'argent. Catamarca, ou San-Fernando-de-Catamarca, est célèbre par la quantité de coton que l’on récolte sur son territoire; elle donne son nom à une province. La ville de Jujuy, sur l’affluent du Rio-Grande, est la capitale de la province la plus septentrionale de la confédération Argentine, c’est une cité commerçante d'environ 40,000 âmes, près de laquelle se trouve un volcan vaseux.

Au nord-est de la province de Catamarca, s’étend le Tucuman. Les Andes, qui prolongent leurs branches à travers la partie septentrionale, y rendent le climat très-froid. Le reste n’est qu’une vaste plaine. Il parait même que tout le Tucuman est rempli de véritables plateaux, car plusieurs rivières, n’y trouvant point de débouchés, y forment des lacs sans écoulement. Les deux principaux fleuves du Tucuman sont le Rio-Salado, qui se réunit à la rivière de la Plata, et le Rio-Dolce, qui se perd dans la lagune de Porongas. La vallée de Palcipas, qui s’étend entre deux branches des Andes, renferme une rivière considérable qui s’écoule dans un lac. Toutes les rivières de la province de Cordova, excepté une, se perdent dans les sables.

Avec un hiver sec et des chaleurs d’été aussi fortes que subites, le Tucuman passe pour une contrée extrêmement salubre. Dans les endroits où les rivières fertilisent les campagnes, le pays est rempli de pâturages excellents; les bœufs, les moutons, les cerfs, les pigeons et les perdrix s’y multiplient prodigieusement. Le maïs, le vin, le coton et l'indigo, y sont cultivés

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Tucuman, ou San-Miguel-de-Tucuman, dans une position agréable, près du confluent du Rio-Dolce et du Tucuman, est une jolie ville de 40 à 12,000 âmes, bâtie au milieu de bosquets d'orangers, de figuiers et de urenadiers.

San-Felipe, ou Salta-de- Tucuman, est située près du Rio-Baqueros, dans

la fertile vallée de Lerrica ; le bas peuple y est sujet à une espèce de lèpre; les femmes d’ailleurs très-belles, ont communément des goitres vers l’âge de vingt-cinq ans. Cette ville est peuplée de 9 à 40,000 âmes. Il s'y tient tous les ans, aux mois de février et mars, un marché considérable de peaux, de viandes salées et de mules, qui y attire un grand nombre d'étrangers. Jujuy, près d’un volcan qui lance des torrents d’air et de poussière !, est à environ 25 lieues au nord de Balta, sur la rivière du Jujuy. C’est une jolie cité, capitale de province, dont les environs sont couverts de pâturages qui nourrissent un grand nombre de vigognes et de chevaux, et dont les habitants font un commerce considérable avec la république de Bolivie. Ses environs sont riches en métaux précieux.

Sur le Rio-Dolce, Sanfiago-del-Estero, capitale d’une province de ce nom, est pelite, peu peuplée, et renferme cependant trois couvents. On donne 6,000 âmes à Santa-Fé, petite ville avantageusement située sur la rive droite du Parana.

Cordova, ou Cordoue, résidence d’un évêque, est une des principales villes de la confédération ; elle donne aujourd’hui son nom à une province. On y remarque plusieurs églises assez belles. Les jésuites y avaient une Université qui a perdu sa célébrité. Mais ses fabriques de tissus de laine et de coton lui assurent une importance qu’elle n’avait pas du temps de ces pères. On porte sa population à 42 ou 45,000 âmes.

Les contrées sur les bords du grand fleuve de la Plata sont quelquefoi encore désignées sous le nom de Paraguay, quoique, à proprement parler, ce nom appartienne à un État indépendant.

L'ancienne province de Chaco, qui s’étend entre le Rio-Grande et le

1 Viagero universal, XX, p. 139.

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Paraguay, n’est qu’une plaine imprégnée de sel et de nitre, souvent inondée de sables mouvants ou infectée par des marais dans lesquels les rivières s’écoulent, faute d’une pente qui suffise à les conduire dans la mer.

Ce pays est presque entièrement occupé par des tribus indigènes, plus ou moins sauvages. Il y en a qui s’éteignent ou qui changent de nom, de manière qu'on ne sait plus les retrouver avec certitude; telle est la tribu des Lule, dont 1: langue, en opposition avec la plupart des idiomes d’Amérique, a une grammaire extrêmement simple. Les Zamucas parlent une langue-mère très-remarquable, selon les missionnaires. Les Guaycurus, ou Guaïcouros, les plus féroces de tous les Indiens, sont les véritables maîtres de ces déserts, où i,3 errent en troupes, toujours hostiles aux voyageurs, et ne vivent que du produit de leur chasse et de leur pêche. Un autre peuple intéressant du Chaco, est les Lenguas.

M. Alcide d’Orbigny nous apprend que non-seulement les Lenguas ont le lobe de l'oreille chargé d’un gros morceau de bois rond qui le traverse. mais qu’ils ont une ouverture {ransversale à la base de la lèvre inférieure, et que de cette ouverture sort une petite palette de bois longue de 3 à 6 centimètres, retenue en dedans de la bouche par une partie plus large, ressemblant à la tête d’une béquille. « Comme le trou transversal, dit-il, « s'agrandit toujours, ils sont obligés de changer souvent le morceau de « bois, qui est énorme chez les plus vieux individus. C’est cette singulière « parure qui leur a valu, du temps des premiers Espagnols, le nom de Len. « guas (langues), parce que cette palette ressemble assez à une langue. « On sent combien l’étirement des lèvres dans le sens transversal doit les « défigurer ?, »

Les Moyas, ou Mbayas, font la guerre à tout le monde; ils s’arrachent le poil des sourcils et des paupières ; ils subsistent de l’agriculture exercée par leurs esclaves, Très-libres dans leurs mœurs, les femmes de cette tribu se font une habitude de l’avortement.

La tribu guerrière des Abipons, ou mieux Abiponés, composée autrefois de 6,000 âmes, habitait une partie de la contrée dite Fapizlaga, entre le 28° et le 30e degré de latitude, sur les bords de la rivière du Parana. Aujourd’hui, leur nombre s’élève à peine à une centaine d'individus. Le sang de cette tribu est assez beau ; les femmes ne sont pas beaucoup plus basanées que les Espagnoles. Les traits des hommes sont réguliers; ils ont souvent le nez aquilin. Hs ont l'habitude de s’arracher les cheveux de dessus le front, au point de paraître chauves.

! Voyage dans l'Amérique méridionale par M. Alcide d'Orbigny, t. 1, p. 294.

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M. d’Orbigny nous fait connaître encore un autre peuple qui se nomme Tobas, et qui habite le Chaco; c’est ce peuple dont les diverses tribus ont été désignées comme autant de nations par le voyageur d’Azara, sous les noms de Pitilagas, Aguilots, Mbocobys et Machicuys. Comme les Lenguas, et tous les Indiens de cette partie de l'Amérique, les Tobas ont le teint bronzé, les pommettes saillantes et les yeux légèrement inclinés. Leur taille cst généralement de 4 mètres 80 centimètres. Leurs cheveux sont gros, longs, plats et noirs. Ils s’épilent tout le corps et ne conservent même point leurs sourcils. Ils ont un assez grand nombre de chevaux, et sont habiles cavaliers. Leurs armes sont peu redoutables; ce sont des arcs longs de 2 mètres et des flèches de 4 mètre 33 centimètres de longueur, dont l’extrémité fort aiguë est faite en hois de palmier très-dur. Lorsqu'ils sont à pied, ils se servent de la massue. La chasse est leur principale occupation ; mais ils ont commencé depuis quelques temps à se livrer à l’agriculture autour de leurs cabanes ; la pêche est aussi l’une de leurs occupations.

La coutume du tatouage est répandue chez les Tobas, bien qu’elle n’existe pas chez la plupart des autres peuples de l'Amérique. Les deux sexes n’ont d’autres vêtements pendant la belle saison qu’une pièce d’étoffe qui leur enveloppe les hanches. Pendant l’hiver, ils se couvrent d’un poncho, ou d’un manteau fait de peaux de coypus, assez souvent couvert de peintures sur le côté opposé au poil. Les femmes ont toujours le sein découvert, et elles font tout ce qu’elles peuvent pour rendre leur gorge pendante,

. afin de pouvoir donner à téter plus commodément à leurs enfants, qu'elles

ont l’habitude de porter sur leur dos. M. d’Orbigny porte le nombre des Tobas à 14,000.

Les Mataguyos, que M. d’Orbigny pense être les mêmes que les Guanas, peuple que d’Azara représente comme les plus civilisés des Indienc, bien qu’ils n’aient, dit-il, aucune idée positive de religion ni de morale, et que leurs femmes enterrent tout vivants la plupart des enfants de leur propre sexe !, les Mataguyos couvrent une assez grande surface du Chaco. Leur nombre parait être d'environ 6,000. Leur couleur sépia foncée est identique à celle des Tobas; leurs teints sont aussi peu différents; néanmoins, dit M. d'Orbigny, on remarque chez eux plus de gaieté, un air plus ouvert, moins de fierté dans le regard,

Lô province de Corrientes, qui comprend aujcurd’hui une partie du célèbre ferriloire des Missions, s'étend entre Parama et l’Uruguay. La capitale, appelée aussi Corrientes, ville de 4 à 5,000 äâmes, est située un

1 D'Azara : Voyage au Paraguay, t. II, p. 93.

peu au-dessous du confluent du Paraguay et du Parana; malgré son peu derégularité, c’est une ville assez jolie et dont le séjour est agréable. Sa position, favorable pour le commerce, doit lui donner un jour une plus grande importance; ses environs sont couverts de marais et de lagunes. Les anciens villages de Santa-Anna et de Candelaria, bâtis par les jésuites, sont aujourd’hui ruinés.

Cette contrée était 1e principal siège des fameuses Missions des jésuiles, dans lesquelles on a prétendu voir le germe d’un empire. L’envie a tour à tour trop embelli et trop noirci le tableau de ces établissements, que regrettront à jamais la religion, l’histoire et la géographie. Ces religieux instruits et habiles ne se bornèrent pas à la persuasion et à la prédication apostolique pour réduire les Indiens; ils surent employer les moyens temporels, mais ils les manièrent avec beaucoup de modération et de prudence. La formation des peuplades des jésuites, le long du Parana et de l'Uruguay, fut aussi due en grande partie à la ferreur que la féroce tyrannie des Portugais inspirait aux Indiens. Chaque peuplade était gouvernée par deux jésuites ; l’un, appelé curé, uniquement chargé de l’administration du temporel, ne savait souvent pas parler la langue des Indiens; l’autre, que l’on appelait compagnon, ou vice-curé, était subordonné au premier et remplissait les fonctions spirituelles. L’unique loi était l'Évangile et la volonté des jésuites. Les magistrats, choisis parmi les Indiens, n’exerçaient aucune espèce de juridiction, et n’étaient qu’un instrument entre les mains du curé, même pour la partie criminelle. Jamais un accusé ne fut cité devant les tribunaux du roi. Les Indiens de tout âge et de tout sexe étaient obligés de travailler pour la communauté de la peuplade; aucun ne pouvait s’occuper pour son propre compte. Le curé faisait emmagasiner le produit du travail, et se chargeait de nourrir et d’habiller tout le monde. Tous les Indiens étaient égaux et ne pouvaient posséder aucune propriété particulière. Ce régime offrait la seule transition possible de létat barbare où étaient les Indiens à une civilisation plus parfaite. Il est vrai que sous ce régime nul motif d’émulation ne pouvait porter les Indiens à perfectionner leurs talents, puisque le plus vertueux et le plus actif n’était ni mieux nourri, ni mieux vêtu que les autres, et qu’il n’avait pas d’autres jouissances. Mais celte espèce de gouvernement était la seule convenable, au milieu de hordes aussi abruties, aussi féroces; elle faisait le bonheur des Indiens, qui, semblables à des enfants, étaient incapables de se gouverner eux-mêmes. C’était un changement bienheureux pour ces sauvages, accoutumés à s’égorger les uns les autres, ou à servir les Espagnols comme

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« aves. Ces Indiens étaient baptisés et savaient les commandements de L.su et quelques prières; c'était un commencement d'instruction morale auquel les jésuites bornèrent sagement leurs premiers efforts. Ces peuples n’apprenaient aucune science; mais ils fabriquaient des toiles dont ils s’habillaient. Les arts mécaniques leur étaient enseignés par des jésuites envoyés d'Europe à cet effet. Aucun de ces Indiens n’avaient de chaussure, et les femmes, sans exception, ne portaient d'autre vêtement qu’une chemise sa. manche. Le climat rendait superflu un vêtement plus compliqué. Il fallait employer les médiocres profits d’une culture naissante à se procurer des instruments, des ustensiles et des armes. Les Indiens néophytes portaient dans les villes espagnoles tout ce qui leur restait de toiles, de tabac, d’herbe du Paraguay, de peaux. Ces effets étaient remis entre les mains du procureur-général des missionnaires jésuites, qui les vendait ou les échangeait le plus avantageusement possible. Il rendait ensuite un compte exact du tout, et après avoir pris sur le produit des marchandises le payement du tribut, il employait le restant à l’achat des choses utiles ou nécessaires aux Indiens, sans rien retenir pour lui-même.

Les Indiens des Missions étaient des peuples libres qui s'étaient mis sous la protection du Roi d’Espagne. Ils étaient convenus de payer un tribut annuel d’une piastre par tête. Ils ont rendu de grands services à l'Espagne dans la guerre contre les Portugais. Depuis l'expulsion des jésuites, en 1767, les moines qui furent chargés du soin de leurs peuplades ne nourrirent ni n’habillèrent les Indiens aussi bien qu’autrefois, et les fatiguèrent de travail. Les marchands et les commandants militaires purent recommencer leurs exactions. Enfin, un rapport ministériel inédit, adressé au roi d'Espagne par un ennemi des jésuites, avoue « que la population des « 30 villages des Guapanis établis par ces religieux s'élevait, en 1774, à 82,066 individus, et que, lors de l’expulsion des jésuites, elle était au « moins de 92,000 ; qu’elle a été réduite, en 20 années, à 42,250 âmes, « c’est-à-dire de plus de la moitié ; que les Portugais, autrefois contenus, « ont envahi sept villages, et que, pour arrêter l'invasion de ces étran- « gers, il faut rétablir l'excellent règlement militaire des jésuites. » Voilà des faits qui parlent. Si, depuis cette époque, les Indiens ont continué à se civiliser, s’ils jouissent de quelque aisance, si quelques-uns s’habillent à l’espagnole, et si dans quelques endroits ils acquièrent de petites propriétés, que faut-il voir dans ces faits isolés, sinon les rejetons du magnifique

arbre qu’une politique aveugle arracha, mais ne put entièrement déraciner ?

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Dans la province d’Ent/re-Rios, la ville de Bazada ou Bajada (la descente) est assez grande ; l’église, qui est son plus bel édifice, est éloignée d’un demi-quart de lieue de la côte du Parana. Son petit port offre un aspect assez animé.

Il nous reste à parler des principales villes de la province de Buenos- Ayres. Barragan, sur le bord de la mer, est importante par sa baie, où s'arrêtent les gros navires qui ne peuvent remonter la Plata jusqu’à la capitale; le fort Zndependencia, El-Carmen et Bahia-Blama sont des colo- | nies naissantes fondées dans la partie méridionale de la province, sur le | territoire même des naturels, que l’on nomme Aucas. s

El-Carmen, ou Le Carmen, sur la rive gauche du Rio-Negro, appelé £ aussi Patagones, est administré par un commandant militaire dépendant a de l’armée de Buenos-Ayres. Ce chef est investi de tous les pouvoirs, tan- s dis qu’un employé des douanes est chargé du maniement des finances. Les e habitants sont au nombre d’environ 600, composés d'agriculteurs, presque ti tous venus des montagnes de la Castille, de Gauchos exilés pour crimes, de et de nègres esclaves employés comme ouvriers aux différentes exploita- tr

tions. Ces habitants sont organisés en milice et forment la cavalerie, qui, lorsqu'on en a besoin, se joint à la garnison, composée d’une centaine de

soldats.

Buenos-Ayres est la plus peuplée, la plus riche et la plus commerçante cité de la confédération. C’est là que se réunissent le congrès, les minis- V2 tres et toutes les autorités. Elle est aussi le siége d'un évêché. La forme de Di la ville est un carré, long de trois quarts de lieue et large d’une demi-lieue, divisé en 360 carrés (cuadras), laissant entre eux 61 rues coupées à au angles droits. La cathédrale, la banque, le cabildo, ou l’ancienne maison- da de-ville, l'hôtel des monnaies et le palais de la chambre des députés, sont on ses principaux édifices ; ils décorent la grande place (Plaza-de-la-Victoria), be au milieu de laquelle s’élève un obélisque. Cette place est traversée dans dans toute son étendue par d’immenses arcades d’un bel effet, et dont la PI: partie inférieure est occupée par des boutiques, où l’on vend des boissons fe rafraichissantes. La forteresse, ou el Fuerte, est un assemblage de plusieurs grands bâtiments entourés d’une épaisse muraille dominée par un B rempart garni de canons, et protégé par un fossé qu’on traverse sur un ar pont-levis. Toutes les administrations relevant du pouvoir exécutif s’y de trouvent réunies ; mais le gouverneur n’y réside pas. Les maisons, à un sis seul étage et bâties en briques, que dominent les grands édifices et les nom- m

breuses églises avec leurs coupoles et leurs clochers, donnent à Buenos-

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Ayres un aspect un peu triste; ses rues, droites et garnics de trottoirs, mais un peu trop en pente, ont le désagrément d’être sales, ce qui dément un peu la réputation de salubrité qui lui a valu son nom, dont la signification est bon air. Elle a été fondée en 4635 au milieu d’une plaine, sur la grève du Rio-de-la-Plata, à 70 lieues de son embouchure. Malgré les scènes d’anarchie dont elle a été le théâtre depuis 1806, elle renferme 90,000 habitants, parmi lesquels on compte environ 45,000 Français et autant d’Anglais. Depuis la révolution, il s’y est établi plusieurs fabriques, dont les plus importantes sont celles de chapeaux et de taillanderie. Quoique située sur la rive droite du Rio-de-la-Plata, qui sous ses murs a 40 lieues de largeur, elle n’a pas de port pour les gros navires ; mais le gouvernement a assigné des fonds pour en creuser un le plus tôt possible. Malgré le peu de sûreté de son port, elle fait avec la France un commerce considérable qui, en 14850, s’est élevé à 30 millions de francs pour l'importation et l’exportation. Son entrée par le fleuve est mieux défendue par les rochers, les bancs de sable et les pamperos, ou vents du sud-ouest, ainsi appelés de ce qu’ils traversent les pampas, qu’elle ne le serait par des travaux de fortification

Buenos-Ayres ne possède plus d'université. Cependant on y compte

deux colléges importants, le collège San-Martin et le collège Republican federal, tous deux actuellement dirigés par des Français. On y publie plusieurs journaux : la Gacela mercantil, journal officiel du gouvernement; l'Archivo americano, écrit en trois langues (français, espagnol, anglais); le Diario de la Trade et le journal anglais le Bristish Paket. . La bibliothèque publique, enrichie d’un grand nombre d'ouvrages, est aujourd’hui l’une des plus considérables de l'Amérique méridionale. Cependant les hommes sont en général élevés avec beaucoup de négligence; ils ont un physique agréable et de belles manières. On vante généralement la beauté, la grâce et l’amabilité des femmes.

L'ile granitique appelée Martin-Garcia, que l’on voit en remontant la Plata, est une forteresse qui appartient à la république Argentine. Elle défend l'entrée de l’Uruguay et du Parana.

Les végétaux et les animaux des plaines immenses qui environnent Bucnos-Ayres diffèrent considérablement de ceux du Paraguay. Le durasno, arbre semblable au pêcher, et qui parait n’êlre qu’une variété transplantée de l’Europe, fournit d’abondantes récoltes. Les blés de l’Europe réussissent. Les jaguars s’y montrent encore, et ils y sont même très gros; mais les singes, les tapirs, les caïmans disparaissent ou deviennent extrémement rares depuis les 32° et 33e degrés de latitude. Le chat des Pam-

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pas, le quouya, espèce nouvelle de rongeur, connu aussi dans le Tucuman; le lièvre-vizcache, qui habite par nombreuses familles dans des terriers ; le lièvre des pampas, dont le poil sert à fabriquer des tapis moelleux ; l’autruche magellanique (nandu), amie des plantes salines et des plaines battues du vent; voilà les principaux animaux de la région de Buenos-Ayres. On y trouve, outre les chevaux et les bœufs, des chiens d'Europe devenus sauvages, et dont les troupes innombrables sont redoutées des habitants de la campagne. |

Près de Buenos-Ayres le bois manque, mais en revanche leterrain est très-propre à l’agriculture. Le sol est sablonneux , mêlé d’un terreau noir. Au sud de Buenos-Ayres s’étendent à perte de vue les immenses plaines appelées pampas, où règnent des vents très-impétueux, et où l'œil ne fait qu’errer tristement d’un arbuste rabougri à une louffe de plantes salines.

Presque tous les Indiens convertis, surtout ceux des bords de la rivière de la Plata et des villes, s’oceupent de la culture; mais comme cet état est fatigant, il n’est embrassé que par ceux qui n’ont pas le moyen de se faire négociants ou d’acquérir des terres et des troupeaux pour devenir bergers, etenfin par les journaliers qui ne peuvent pas se louer pour la conduite des troupeaux. Les habitations des agriculteurs d’origine espagnole, situées au milieu des terres en exploitation, et assez éloignées les unes des autres, sont en général des baraques ou des chaumières petites et basses, couvertes en paille. Les murs sont formés par des pieux fichés en terre verticalement les uns à côté des autres, etles intervalles sont remplis de mortier de terre.

Les agriculteurs lemportent beaucoup sur les bergers par leur caractère moral, par leur civilisation et par leur manière de se vêtir. Ce genre de vie a presque réduit à l’état sauvage les Espagnols qui l’ont embrassé. Les bergers que l’on nomme gauchos, sont occupés à garder 45 millions de vaches, 3 millions de chevaux, avec un nombre considérable de brebis. On ne comprend pas dans cette énumération les animaux devenus sauvages. Tous les troupeaux domestiques sont divisés en autant de troupeaux particuliers qu’il y a de propriétaires : un pâturage qui n’a que # ou 5 lieues carrées de surface est regardé comme peu considérable; à Buenos-Ayres il passe pour ordinaire. C’est dans l’intérieur de ces possessions qu’on établit les habitations des bergers. Accoutumé dès l'enfance à l’oisiveté et à l’indépendance, le berger ne connait en rien ni mesures ni règles. L'amour de la patrie, la pudeur, la bienséance, sont pour lui des sentiments inconnus.

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Habitué à égorger des animaux, il répand tout aussi facilement le sang de son semblable, mais toujours de sang-froid et sans colère. Le calme du désert semble avoir donné à ces hommes une profonde insensibilités ils sont anclins à la défiance et à la ruse. Lorsqu'ils jouent aux cartes, obje’ de leur plus violente passion, ils s’asseyent à leur ordinaire sur leurs talons, tenant sous leurs pieds la bride de leur cheval, de peur qu’il neleur soit volé, et souvent ils ont à côté d’eux leur poignaïd ou leur couteau fiché en terre, prêts à percer celui qui oserait manquer de loyauté au jeu. Ils jouent dans un instant tout ce qu’ils possèdent et toujours de sang-froid. Ils ont d’ailleurs la vertu des sauvages, le goût hospitalier ; et si quelque passant se présente chez eux ils le logent et le nourrissent, souvent sans lui demander qui il est et où il va, quand bien même il resterait plusieurs mois. Sans morale, ils sont naturellement portés à voler des chevaux ou d’autres moindres objets; mais étant aussi sans désirs, ils ne commettent jamais de vol d'argent. Ces Tartars d'Amérique ont beaucoup de répugnance pour toutes les occupations auxquelles ils ne peuvent pas se livrer à cheval. Très-robustes et peu sujets aux maladies, ils fontpeu de cas de la vie, et bravent pour un rien la mort, qui ordinairement ne les atteint que dans une vicillesse avancée,

Outre les gauchos, il vit dans les plaines beaucoup d’hommes qui ne veulent absolument ni travailler ni servir les autres, à quelque titre et à quelque prix que ce soit. Ces vagabonds, presque tous voleurs, enlèvent même des femmes de Buenos-Ayres : ils vivent souvent avec elles dans Punion la plus tendre, et quand le ménage éprouve quelque besoin urgent, l’homme part seul, vole des chevaux dans les pâturages, va les vendre au Brésil, et en rapporte ce qui lui est nécessaire,

Il n’est guère possible de préciser l’état politique actuel de la confédération argentine, la chute récente du général Rosas, qui, d’abord gouverneur et capilaine général de Buenos-Ayres en 1829, était parvenu à s’emparer de ia dictature la plus absolue, sur les rives dela Plata, doit, sans doute, apporter de grandes modifications dans le régime gouvernemental des provinces unies. Nous nous contenterons donc de dire, que chacune des provinces a sa chambre de représentants, son gouverneur, son administration, ses ressources particulières; que le gouverneur de limportante province de Buenos-Ayres a la direction générale des affaires de la guerre et des affaires étrangères; qu’enfin les provinces forment entre elles une alliance offensive et défensive contre toute évasion étrangère et qu’elles sont unies par des traités les plus favorables de commerce et de navigation,

Les vastes espaces que nous avons parcourus pour visiter les principales villes de la république Argentine annoncent combien la population y est peu considérable relativement à leur étendue. Qu'est-ce en effet qu’une population de 800,000 individus sur une superfcie de plus de 418,600 lieues carrées? Leterritoire de cette républiquecomprend, malgré de grands espaces stériles, tant de terrains fertiles, qu’il n’y manque que des bras pour en obtenir toutes les richesses agricoles, et pour donner au commerce une activité que la civilisation réclame. La paix intérieure, une sage administration, de bonnes lois, augmenteront tôt ou tard l’industrie avec la population. C’est alors que la culture s’étendra non-seulement sur les terrains qui y sont le plus favorables, mais encore sur ces pampas ou plaines salées qui occupent entre l’Atlantique, le Rio-Dolce et le Colorado, une longueur de 300 lieues et une largeur de 480. Nul doute que leurs herbes longues et épaisses ne fassent un jour place aux peupliers, aux saules et aux arbres fruitiers , et que le bétaii sauvage qu’elles nourrissent ne soit remplacé par une population active. Les bras en se multipliant donneraient de la valeur aux forêts qui bordent le Parana et d’autres importants cours d’eau; des routes tracées dans l’intérieur se joindraient aux canaux et aux fleuves rendus navigables por faciliter les relations commerciales et porter la civilisation chez les tribus indigènes.

Une province appelée Banda-Oriental, qui avait fait partiede l’ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres, et qui fut ensuite réunie au Brésil sous le nom de Provincia-Cisplatina, a été depuis 1814 jusqu’en 1826 le sujet de contestations sérieuses entre la confédération du Rio-de-la-Plata et le Brésil, La première s’en était emparée; le second la reprit; et dans la crainte de la voir retomber au pouvoir des républicains, il se l’attacha fédérativement en la constituant en république appelée Cisplatine. Après plusieurs combats, la voix de la raison se fitentendre; la possession de cette province fut abandonnée de part et d’autre, et, par un traité de paix du 27 août 4828, la Banda-Oriental fut déclarée indépendante. Ce pays, organisé définitivement et librement en république, a pris le titre de république de l’Uruguay.

Les limites de cet état sont, au nord, le Brésil, dont la frontière méridionale est depuis 1804 fixée par une ligne tracée du nord-ouest au sud-est, depuis le Rio-Cuarcy jusqu’au Rio-Faguaron; à l’est, le petit territoire neutre compris entre la lagune de Mirim et l’océan Atlantique ; au sud, cet océan et le Rio-de-la-Plata; à l’ouest, le cours de l’Uraguay ou Uruguay 1. Il a environ 450 lieues de longueur sur 120 dans sa plus 1 Suivant M. Alcide d'Orbigny, on doit dire Uruguay. Ce nom se compose, dit-il

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