AMÉRIQUE. — RÉPUBLIQUE DE L'URUGUAY
grande largeur. Sa superficie peut-être évaluée à 45,000 lieues carrées et sa population à 200,000 âmes; la république est partagée en neuf départements qui portent les noms de leurs chefs-lieux, son gouvernement se compose d’un président et de deux chambres. Mais ainsi que pour la confédération des provinces unies de la Plata, ilest impossible dans l’état de guerre et d’agitations continuelles où se trouve cette république, de rien préciser à l'égard dé sa situation politique.
Le territoire de l’Uruguay diffère de celui de Buenos-Ayres ; des collines s'élèvent entre le Rio-de-la-Plata et l’Uruguay, et entre cette dernière rivière et l'Océan. Ici tout le terrain paraît primitif, tandis que de l’autre côté tout est d’alluvion. D’épaisses forêts bordent le rapide Uruguay, rivière qui surpasse le Rhin et l’Elbe, À son embouchure, l’œil ne peut qu’avec peine découvrir ses deux rives à la fois; à 200 lieues plus haut, il faut encore une heure pour le traverser. Il est poissonneux; les loups marins y entrent; son lit est parsemé de rochers, et son cours est interrompu par beaucoup de rapides. Il est navigable jusqu’au Salto-Chico, à 70 lieues de son embouchure.
Entre le Paraguay et le Parana s'étend, du nord au sud , une chaîne considérable de montagnes appelée Amarbay, et terminée au sud de la rivière Igoatimy par un revers qui court est et ouest, et qu’on nomme Maracayer. De ces montagnes naissent toutes les rivières qui coulent dans le Paraguay au sud de Taquari, ainsi que beaucoup d’autres qui, prenant une direction opposée, débouchent dans le Parana, et dont la plus méridionale est l'Igoatimy; elle a son embouchure un peu au-dessus des Sept-Chutes.
* Cette merveilleuse cataracte offre à l’œil un spectacle des plus sublimes.
Six arcs-en-ciel y brillent, l’un au-dessus de l’autre dans les nuages vaporeux qui, s’élevant constamment de l’eau réduite en brouillards par la violence du choc, enveloppent toute l’étendue de l'horizon.
Le climat est partout tempéré; l’humidité produite par les nombreuses rivières qui sillonnent le territoire de la république, est tempérée par laction des vents sur un Pamperos , et par le voisinage de Océan. Le peu d’accroissement qu’a pris la population n’est donc dù ni à l’insalubrité de l'air ni aux maladies, mais aux dissensions politiques.
La capitale est Monte-Video ou San-Felipe. Cette ville est bâtie en amphithéâtre sur une petite péninsule appartenant à la rivegauche du Riode deux mots guaranis : Urugua (Ampullaire), et Y (rivière). Ainsi Uruguay signifie
rivière des Ampullaires, et en effet ces mollusques à coquilles y sont en grand nombre. (J. Huot.)
de-la-Plata , à l'entrée de ce fleuve; en sorte qu’elle est presque entourée d'eau de tous côtés. Son port, bien qu’il soit exposé à toute la violence des vents d’oucst appelés pamperos, est cependant plus commodeque celui de Buenos-Ayres. Il peut contenir 200 voiles, mais il n'a que # à 5 mètres de profondeur. En face de la ville, à l’ouest et tout au bord du fleuve, le Cerro, morne de forme conique légèrement affaissé sur sa base, s'élève à 50 mètres au-dessus de la mer, et porte sur sa cime une forteresse surmontée d’une lanterne 1, Plusieurs autres ouvrages de fortification, défendent la ville, sans pouvoir cependant la mettre à l'abri d’un siège foit eu règle. Elle est bâtie sur un plan régulier, c'esi-à-dire qu’elle est formée comme presque toutes les villes de l'Amérique méridionale, de cuadras ou carrés formant des rues larges et droites, garnies de trottoirs et de maisons en briques à un seul étage et à toits plats, et qu’elle a une grande place ornée des principaux édifices, dont le plus beau est la cathédrale ou l'église de la Matriz, édifice bâti dans le goût espagnol, et dont les tours sont couvertes en faïence peinte et vernissée. Peu de villes américaines ont plus souffert des gucrres intestines que Montevideo. Néanmoins, sa population s’est rapidement accrue dans ces dernicrs temps, on la porte à 50,000 âmes; elle fait avec la France un commerce important, qui, en 1848, a offert le chiffre de 6,743,664 francs pour l'importation et l'exportation. Sacramento, ou Colonta-del-Sacramento, à 35 licues au nord-ouest de la précédente, vis-à-vis de Buenos-Ayres, possède un port sur le Rio de-la- Plata : c’est une ville petite et mal bâtie, qui doit son importance à son commerce. Maldonado, cité peu importante, avec un port peu spacieux sur la rivière du même nom, près de l'Océan et de l’embouchure de la Plata, n’offre qu’un mauvais mouillage, mal abrité contre les vents dangereux du sud-ouest et du sud-est. Bâlie sur une petite éminence au milieu d'une plaine, elle a des rues bien percées, comme toutes les villes de l'Amérique. Ses sculs monuments sont une assez belle église, une haute tour carrée qui s'élève à l'entrée de la ville du côté de la mer. Cette ville a reçu le nom d’un des respectables missionnaires qui allèrent précher la foi chrétienne sur cette côte. « Les habitants, en temps de paix, dit M. A. d'Orbigny, « n’ont guère d'autre occupation que celle de lélève des bestiaux, favo- « risée pour eux par les belles campagnes des environs; et cette aptitude « leur est commune avec tous les habitants de la Banda-oriental. Leur
Cest ce Cerro, dit un voyageur français, qui a fait changer le nom de San- Felipe, que portait d’abord la ville, en celui de Montevideo, dont l'étymologic est celle-ci: Monte, mont; vi, j'ai vu; deo, abréviation de delejos, de loin.
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« caractère est fer et indépendant. De tout temps le nom des Orientales a « fait trembler les Brésiliens. » Elle ne compte que 1,500 à 1,800 habitants. Florida, Paysandu, et les autres chefs-lieux de départements, ne ne sont que des bourgades.
La république entretient dans chaque ville, village ou bourgade , une école primaire d'enseignement mutuel.
Il existe sur le territoire de cette république une nation indigène que nous ne devons point passer sous silence : ce sont les Charruas, qui, après avoir été puissants à l’époque de la conquête de l'Amérique, sont réduits aujourd’hui à quelques petites tribus errantes qui habitent à l’est de l'Uruguay. Ils se composent d'environ 4,500 individus. Leur couleur est le brun olivâtre, souvent noirâtre ou marron. De toutes les nations américaines, c'est celle dont la peau est la plus foncée.
L'esprit d'indépendance et de liberté qui se répandait dans toutes les colonies espagnoles de l'Amérique, pénétra en 1811 dans le Paraguay, considéré depuis longtemps comme une des grandes provinces de la viceroyauté de la Plata. Les colons déposèrent le gouverneur, établirent une
junte, et praclamèrent en 1813 l'établissement d’un gouvernement républicain, à la tête duquel ils placèrent deux consuls nommés pour un an. A l'expiration de cette magistrature, l’un d’eux, le docteur Francia, eut assez d'influence et d’adresse pour se faire nommer dictateur pour trois ans, au bout desquels un congrès qu’il avait su gagner le proclama dictateur à vie. Cet homme extraordinaire conserva le pouvoir jusqu’en 4840, époque de sa mort t. Alors il y eut au Paraguay quelques hésitations politiques ; mais au
- mois de mars 1845, le congrès décida que le gouvernement serait confié à
un président, nommé pour dix ans, et le choix tomba sur Carlos-Antonio Lopez, neveu du docteur Francia. |
Le Paraguay est borné au nord et à l’est par le Brésil, au sud et à l'ouest par le territoire de la république Argentine. Sa superficie est d'environ 40,000 lieues carrées, et sa population est évaluée à 800,000 âmes par M. de Castelnau. Le pays est divisé en 8 départements et en 28 munici-
1 La terreur qu’il inspirait de son vivant était telle qu’on ne l’appelait jamais que el Supremo, ou el Perpetuo, et que les habitants des campagnes ne prononcent pa: son nom sans se découvrir. Aujourd’hui, on le désigne seulement par le nom de e! Defunto; quelques uns de ses soldats ne paraissent pas certains qu’il soit bien mort, et lors qu'ils parlent de lui, ils ne manquent jamais de regarder préalablement autour d’eux, pour s'assurer qu'ils ne sont pas surveillés par un de ces agents secrets qu’entretenait le terrible dictateur, ( Voyage de M. de Castelnau dans l'Amérique du sud, 1850)
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palités ; mais la partie du territoire des Missions, qui lui appartient, à la droite du Parana, est divisée en districts administrés d'une manière particulière; car bien que les jésuites aient été expulsés du Paraguay dès l'année 1768, les huit Missions qu'ils avaient établies existent encore, et peuvent même donner une idée de ce qu’elles devaient être à l’époque où ils les administraient. Cette contrée est entrecoupée de lacs, de murais, de grandes plaines et de vastes forêts; elle a environ 420 lieues de longueur sur 65 de largeur. Une chaîne de montagnes, appelée la Sierra-Amambahy, la même qui sillonne la Bande Orientale, pénètre jusqu’au centre, où elle se divise en deux grands rameaux, dont l’un va se terminer vers l’ouest près des bords du Paraguay, et l’autre se joindre aux montagnes qui, sur le territoire du Buenos-Ayres, s’avancent en séparant le bassin du Parana de celui de l'Uruguay. Pendant la saison des pluies, les rivières sortent de leur lit et répandent sur le terrain qu’elles envahissent un limon gras et fertile. Le Paraguay n’est pas moins riche que les contréesenvironnantes, en coton, en tabac et en arbres utiles par les différents usages auxquels on peut les employer ou par les gommes précieuses qu’ils fournissent; mais l’unc des plantes les plus dignes d'intérêt, est le thé qui porte le nom du pays, et qui n’est que la feuille d'une espèce d’ileæ, appelée maté ou I. paraguariensis : infusée comme le thé de la Chine, elle fournit une boisson fort agréable. On évalue à 3,000,000 de francs le seul revenu annuel de la vente de ce théet du tabac.
Le Paraguay propre doit son nom à la tribu des Payaguas, qui vit de lu pêche, et qui se distingue par son caractère rusé. On prétend qu’ils adorent la lune ; mais M. d’Azara a grand soin de leur refuser tout sentiment religieux. Leurs femmes fabriquent des couvertures de laine. Ils conservent, contre la coutume des autres Indiens, les objets laissés par un mort, Ils élèvent de petites hutles au dessus des tombeaux !,
Quoique, en remontant vers les sources du grand fleuve, on rencontre des collines, rien ne prouve que les mines du Brésil s'étendent jusque dans ie Paraguay. Le même rapport manuscrit adressé au roi d'Espagne, et que nous avons déjà cité, n'indique qu’une pauvre mine d’or sur l’Uruguay, etn’en marque absolument aucune dun: Le l'ur, uay 5 il jusuile ainsi les rapports des jésuites ?.
Le Paraguay produit, selon les missionnaires, le fameux arbre du Brésil, auoiqu’il soit beaucoup plus commun dans le beau pays dont if porte le
1 D'Azara: Voyage au Paroguay, p. 119-144.
? Muracori : Missions du Paraguay, p.27, trad. franc.
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