‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 146 · A SE · texte numérisé non relu

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geurs modernes ont aussi retrouvées chez les habitants de la côte nordouest de l'Amérique. En rassemblant et comparant tous les faits, il semblerait, en définitive, que les Indiens sont plus barbus à mesure qu’ils s’éloignent de l’équateur. D’ailleurs, ce manque apparent de barbe est un caractère qui n’appartient pas exclusivement à la race américaine. Plusieurs hordes de l’Asie orientale, les Aléoutes, et surtout quelques peu: plades des nègres africains, en ont si peu qu’on serait tenté d’en nier entièrement l'existence. Les nègres du Congo et les Caraïbes, deux races d’homn°s éminemment robus: ::, souvent de structure colossale, prouvent que c’est un : ‘e physiologique que de regarder un menton imberbe comme un signe certain de la dégénération et de la faiblesse physique de l’espèce humaine. ‘

Ces caractères physiologiques rapprochent sans doute la race américaine de celle des Mongols, qui peuple le nord et l’est de l’Asie, ainsi que de celle des Malais ou des hommes les moins basanés de la Polynésie et des autres archipels de l'Océanie. Mais ce rapprochement, qui ne s’étend qu’à la couleur, n’embrasse pas les parties les plus essentielles, le crâne, les cheveux, le profil du visage. Si, dans le système de l’unité de l’espèce humaine, on veut considérer la race américaine comme une branche de la race mongole, il faudra supposer que, pendant une suite de siècles sans nombre, elle a été séparée de son tronc et soumise à la lente action d’un climat particulier. |

Les langues sont, après les caractères physiologiques, la marque la plus certaine de l’origine commune des peuples.

C’est dansles idiomes de l'Amérique qu’on a crutrouver les seules preuves positives d’une émigration des nations asiatiques, à laquelle le Nouveau- Monde devrait sa population. M. Smith Barton a le premier donné à cette hypothèse une sorte de consistance, en rapprochant un grand nombre de mots pris dans divers idiomes américains et asiatiques !. Ces analogies, ainsi que celles qu’ont recueillies l’abbé Hervas ? et M. Vater 5, sont sans doute trop nombreuses pour pouvoir être considérées comme un jeu du hasard; mais, ainsi que M. Vater le remarque, elles ne prouvent que des communications isolées et des émigrations partielles. L’enchaînement géographique leur manque presque entièrement ; et, sans cet enchainement, comment en ferait-on la base d’une conciusion?

1 Smith Barton : New Views, etc.

2 Hervas : Dictionnaire polyglotte, p. 38, etc. 3 Vater : De la population de l'Amérique, p. 155.

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Nous avons repris les recherches des trois savants nommés, et, sans avoir à notre disposition des matériaux bien étendus, nous avons amené des résultats qui nous ont fait croire un moment que nous allions démontrer comme une vérité historique l’origine tout asiatique des langues américaines.

Nous avons d’abord retrouvé l’enchainement géographique incontestable de plusieurs mots principaux qui se sont propagés depuis le Caucase et l’Oural jusque dans les Cordillères du Mexique et du Pérou. Ce ne sont point des syllabes que nous rapprochons par des artifices étymologiques, ce sont des mots entiers, défigurés seulement par des terminaisons ou des inflexions de son, et dont nos lecteurs pourront pour ainsi dire suivre le voyage. Les objets les plus frappants dans les cieux et sur la terre, les relations les plus douces de la nature humaine, les premiers besoins de la vie, tels sont les chainons qui lient plusieurs langues d'Amérique aux langues de l'Asie. Il se présente même quelques rapports, pour ainsi dire plus métaphysiques, dans les pronoms et les nombres; mais ici la chaine est plus souvent interrompue. Ce n’est pas encore tout. L’enchaînement géographique s’est souvent offert à nos recherches sous l'aspect dune ligne de communication double et triple; quelquefois ces lignes se confondent dans les points intermédiaires, vers le détroit de Béring et dans les îles Aléouticnnes; mais elles se distinguent par les chaînons extrêmes. Le nombre des analogies certaines est plus du double que celui qu’on avait observé. Enfin, ce n'est pas une seule dénomination du soleil, &e la lune, de la terre, des deux sexes, des parties du corps humain, qui a passé d’un continent à l’autre, ce sont deux, trois, quatre dénominations différentes, provenant de langues asiatiques reconnues pour appartenir à diverses souches.

Tant de rapprochements inattendus, et que n’avaient pas aperçus nos devanciers, avaient pu nous engager à soutenir avec une sorte d'assurance l'origine purement asiatique des principales langues américaines. Mais, plus attaché à intérêt de la vérité, nous n’essaierons pas de fonder sur nos observations une assertion imposante et hasardée ; nous dirons franchement que les analogies entre les idiomes des deux continents, quoique élevées par nos recherches à un nouveau degré de certitude et d'importance, ne nous autorisent qu’à tirer les conclusions suivantes :

1° Des tribus as‘atiques, lites de parenté et d’idiome avec les nations finnoises, osliaques, permicnues et caucasiennes, ont émigré vers l'Amérique, eu suivant les bords de la mer Glaciaie, et en passant le détroit de Béring. Cette émigration s’est étendue jusqu'au Chili et jusqu’au Groenland ;

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2e Des tribus asiatiques, liées de parenté et d’idiome avec les Chinois, les Japonais, les Aïinos et les Kouriliens, ont passé en Amérique en longeant les rivages du Grand-Océan. Cette émigration s’est étendue pour le moins jusqu’au Mexique ;

30 Des tribus asiatiques, liées de parenté et d’idiome avec les Toungouses, les Mandchoux, les Mongols et les Tatars, se sont répandues, en suivant les hauteurs de deux continents, jusqu’au Mexique et aux Apalaches ;

4 Aucune de ces trois émigrations n’a été assez nombreuse pour effacer le caractère originaire des nations indigènes d'Amérique. Les langues de ce continent ont reçu leur développer” at, leur formation grammaticale et leur syntaxe, indépendamment de toute influence étrangère;

5° Les émigrations ont été faites à une époque à laquelle les nations asiatiques ne savaient compter que jusqu’à deux ou tout au plus jusqu’à troiss et où elles n’avaient pas formé complétement les pronoms dans leurs langues. Il est probable que les émigrés d'Asie n’amenèrent avec eux que des chiens et peut-être des cochons; ils savaient construire des canaux et des cabanes; mais ils ne donnaient aucun nom particulier aux divinités qu’ils ont pu adorer, ni aux constellations, ni aux mois de l’année;

6° Quelques mots malais, javanais et polynésiens ont pu être transportés dans l'Amérique méridionale avec une colonie des Madécasses, plus facilement que par la route du Grand-Océan, où les vents et les courants ne favorisent pas la navigation dans une direction orientale;

7° Un certain nombre de mots africains paraissent avoir été transportés par la même voie que les mots malais et polynésiens; mais les uns et les autres n’ont pas encore été reconnus en assez grande quantité pour pouvoir servir de base à aucune hypothèse;

8° Les mots de langues européennes qui paraissent avoir passé en Amérique proviennent des langues finnoise et lettone; ils se rattachent au nouveau continent par les langues permienne, ostiaque et ioukaghire. Rien dans les langues persane, germanique, celtique ; rien dans les langues sémitiques ou de l’Asie occidentale, ni dans celles de l'Afrique septentrionale, n'indique des émigrations anciennes vers l'Amérique.

Voilà le résultat de nos recherches et de celles de nos devanciers, Quelques idiomes asiatiques ont pénétré en Amérique; mais la masse des langues parlées dans ce continent présente, comme la race des hommes qui les parlent, un caractère distinct et original. Nous allons en considérer les rapports généraux

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Parmi le nombre prodigieux d’idiomes très différents qu’on rencontre dans les deux Amériques, il y en a quelques-uns qui s'étendent sur de vastes pays. Dans l'Amérique méridionale, lu Patagonie et le Chili ont, en quelque sorte, une seule langue : les dialectes de l’idiome des Guaranis sont répandus depuis le Brésil jusqu’au Rio-Negro, et même, par la langue omagua, jusque dans le pays de Quito. Il y a de l’analogie entre les lan:rues des Lule et des Vilela, et plus encore entre celles d’Aymar et de Sapibocona, qui ont notamment presque les mêmes mots de nombres. La langue quichua, la principale du Pérou, partage également avec celles-là plusieurs mots de nombres, sans parler des analogies particulières qu’elle présente avec d’autres langues du voisinage. L'idiome de Maypure est étroitement lié avec ceux de Guaypunavi et de Caveri; il tient aussi beaucoup de l'Avanais, et il a donné naissance au maypure propre, ou parène, ou chirupa, et à plusieurs autres qu’on parle autour du Rio-Negro, du Haut-Orénoque et du Maranon. Les Caraïbes, après avoir exterx:iné, dans le seizième siècle, les Cabres, étendirent leur langue avec leur empire depuis léquateur jusqu'aux iles Vierges. Au moyen de la langue galibi, un missionnaire assure qu’il pouvait communiquer avec tous les naturels de cetle côte, les Cumangoles seuls exceptés ?. Gily considère la langue caraïbe comme la langue-mère de vingt autres, et particulièrement de celle de Tamanaca, dans laquelle il pouvait se faire comprendre presque partout sur le Bas- Orénoque ?. La langue Saliva est la mère des idiomes ature, piaroa et quaqua, et le faparita descend de l'otomaca.

Dans l'Amérique sep'entrionale, la langue des Aztèques s'étend depuis le lac de Nicaragua jusqu’au 37°, sur une longueur de 409 lieues. Elle est moins sonore, mais aussi riche que celle des Incas. Le son {/, qui, dans l’aztèque, n’est joint qu'aux noms, se retrouve dans l’idiome de Noutka, même comme finale des verbes. L’idiome de Cora a les principales formes du verbe pareilles aux conjugaisons aztèques, et les mots offrent quelques rapports. Après la langue mexicaine ou aztèque, celle des Olomiles est la langue la plus générale du Mexique; mais, à côté de ces deux principales, il y en a, depuis Pisthme de Darien jusqu’au 23° de latitude, une vingtaine d’autres, dont quatorze ont déjà des grammaires et des dictionnaires assez complets. La plupart de ces langues, loin d’être des dialectes d’une seule, sont au moins aussi différentes les unes des autres que l’est le grec de

! Pelleprat, dans le Dictionnaire galibi gré ij CHepPaE, i galibi gréf., p. vij.

? Dictionnaire polyglotte d'Hervas. Dal

l'allemand, ou le français du polonais. Ce n’est qu'entre l’idiome huastèque et celui de Yucatan qu’on découvre quelques liaisons.

Le Nouveau-Mexique, la Californie et la côte nord-ouest forment encore une région pen connue, et c’est là précisément que la tradition mexicaine place l’origine de beaucoup de nations. Les langues de cette région seraient très-intéressantes à connaître; mais à peine en a-t-on une idée obscure. Il y a une grande conformité de langage entre les Osages, les Kansès, les Ollos ou Ollous, les Mssouris et les Mahas. La prononciation gutturale des fiers Sioux est commune aux Panis. La langue des Appaches et des Panis s’étend depuis la Louisiane jusqu’à la mer de Californie. Les Eslenes et les Rumsen ou Runsienes, dans la Californie, parlent aussi un idiome trèsrépandu, mais différent des précédents.

Les Tancards, sur les bords de larivière Rouge, ont un certain gloussement, et Ja langue si pauvre, qu’ils parlent moitié par signes.

Dans les provinces méridionales des Etats-Unis, jusqu'au Mississipi, il y a des rapports immédiats entre les idiomes des Chaktahs et des Chikkasahs, qui ont en outre quelque air de parenté avec celui des Cheerakes. Les Kreels ou Muskohges et les Katahbas en ont emprunté des mots. Plus au au nord, la puissante tribu des Six-Nations parle une seule langue, qui forme entre autres les dialectes des Sexekas, des Mohawks, des Onondagos, des Cayugas, des Tuscaroras, des Cochnewagoes, des Wyandots et des Oneidas. Les nombreux Nadowessies ont leur idiome à part. Des dialectes

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Molhicans, aux Minsis, aux Narragansels, aux Natiks, aux Algonquins et aux Anislenaux. Les Miamis, avec lesquels Charlevoix classe les Z{linots, en tiennent aussi des mots ei des formes. Enfin, sur les confins des Knistenaux, dans le nord le plus reculé, sont les £squimaux, dont l'idiome s’étend depuis le Groenland jusqu’à Ounalachka; le langage des iles Aléoutiennes parait mème offrir des ressemblances intimes avec les dialectes esquimaux, comme ceux-ci en offrent avec le samoyède et l’ostiac. Au milieu de cette zone de nations polaires, semblables par le langage comme par le teint et les formes, nous voyons les habitants des côtes américaines du détroit de Béring constituer avec les Tehouktchis, en Asie, une famille isolée, distinguée par un idiome particulier, par unetaille plus avantageuse, et probablement originaire du nouveau continent.

Ce grand nombre d’idiomes prouve que la plupart des tribus américaines ont longiemps vécu dans l’isolement sauvage où elles croupissent encore. La famille ou la tribu qui erre dans les forêts à la poursuite des animaux,

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et toujours armée contre d'autres familles, d’autres tribus qu’elle redoute, se crée nécessairement des mots d'ordre, des paroles de ralliement, enfin un argol de guerre qui sert à la garantir de surprises et de trahisons. Ainsi, les Ménomènes, tribu de la Haute-Louisiane, parlent un langage singulier qu'aucun blanc n’a jamais pu apprendre; mais tous comprennent l’algonquin, et s’en servent dans les négociations !. |

Mais quelques langues américaines présentent d’un autre côté une composition si artificielle, si ingénieuse, que la pensée en rapporte nécessairement linvention à quelque nation anciennement civilisée; je ne dis pas civilisée à la manière des modernes, mais comme l’étaient les Grecs d'Homère, ayant des idées morales développées, des sentiments exaltés, une imagination vive et ornée, enfin assez de loisir et de tranquillité pour se livrer à des méditations, pour se créer des abstractions.

C’est principalement sur la formation du verbe que les inventeurs des langues américaines ont exercé leur génie. Presque dans tous les idiomes, la conjugaison de cette partie du discours tend à marquer, par des inflexions sarticulières, chaque rapport entre le sujet et l’action, ou entre le sujet et les êtres qui l’environnent; en général, les circonstances où il se trouve placé. C’est ainsi que toutes les personnes des verbes sont susceptibles de prendre des formes particulières, à l'effet de rendre les accusatifs pronominaux qui peuvent s’y rattacher comme idée accessoire, non-seulement dans les langues de Quichua et de Chili, qui diffèrent totalement l’une de l’autre, mais encore dans le mexicain, le coraen, le totonacaen, le natiquam, le chippiwaye-delawarien et le groenlandais.

Ce merveilleux accord dans un mode particulier de former les conjugaisons d’un bout de l’Amérique à l’autre favorise singulièrement la supposition d’un peuple primitif, souche commune des nations américaines indigènes. Mais lorsqu'on sait que des formes à peu près semblables existent dans la langue du Congo et dans la langue basque, qui, d’ailleurs, n’ont aucun rapport ni entre elles, ni avec les idiomes américains, on est forcé de chercher l’origine de toutes ces analogies dans la nature générale de l'esprit humain,

D’autres finesses grammaticales achèvent l’étonnementque nous inspirent les langues américaines.

Dans les diverses formes des idiomes du Groenland, du Brésil et des Beloë, la conjugaison est autre lorsqu'on parle négativement; le signe de négation est intercalé dans le moscan et l'arawaque aussi bien que dans la

! Voyez le Voyage de M. Pike, traduction française.

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langue turque. Dans toutes les langues américaines, les pronoms possessifs sont formés de sons annexés aux substantifs, soit au commencement, soit à la fin, ct qui diffèrent des pronoms personnels. Les idiomes guarani, brésilien, chiquitos, quichua, tagalien et mandchou, ont un pronom pluriel de première personne, nous, excluant le tiers auquel on adresse la parole, et un autre qui comprend ce tiers dans le discours. L’idiome tamanacan ou tamanaque se distingue des autres branches de la langue par une richesse extraordinaire en formes indicatives du temps. Dans le même idiome et dans ceux des Guaicures et des Huaztèques, ainsi que dans le hongrois, les verbes neutres ont des inflexions particulières. Dans les idiomes arawaque et abipon, de même que dans les langues basque et phénicienne, toutes les personnes des verbes, à l’exception de la troisième, sont marquées par des préfixes pronominaux. L'idiome betoi se distingue par des terminaisons de genre, exprimées par os, qui manquent à toutes les autres langues d'Amérique !.

Si l'histoire des langues américaines ne nous conduit qu’à des conjectures vagues, les traditions, les monuments, les mœurs, les usages, hous fourniront-ils des lumières plus positives ?

Lorsque les Européens firent la conquête du Nouveau-Monde, la civilisation était concentrée dans quelques parties de la grande chaine de plateaux et de montagnes. L’Anahuac renfermait le despotique État de Mexico ou Tenochtitlan, avec ses temples arrosés de sang humain, et Tlascala, peuplé de républicains non moins superstitieux. Les Zagues, espèce de pontifesrois, gouvernaient du sein de la cité de Condinamarca les montagnes de la Terre. Ferme, tandis que les fils du Soleil régnaient sur les vallées élevées de Quito et de Cuzco. Entre ces limites, le voyageur rencontre encore aujourd’hui de nombreuses ruines de palais, de temples, de bains et d’hôtelleries publiques. Parmi ces monuments, les féocalli des Mexicains rappellent seuls une origine asiatique : ce sont des pyramides, environnées de pyramides plus petites, comme le sont les temples pyramidaux appelés Cho-Madon ct Cho-Dagon dans l'empire birman, et Pkah-Ton dans le royaume de Siam.

D'autres monuments ne nous parlent qu’un langage absolument inintelligible. Les figures, probablement hiéroglyphiques, d'animaux et d’instruments, gravées sur les rochers de siénite, voisins du Cassiquiare, les Camps ou forts carrés découverts sur les bords de l'Ohio, ne nous fournissent

1 Voyez dans le Mithridates de 1817, le beau travail de M. Vater, sur les langues américaines et H, Ternaux , Bibliothèque américaine.

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aucun indice. L'Europe savante n’a jamais eu de nouvelles de l'inscription en caractères tatars qu’on disait avoir été trouvée dans le Canada et envoyée au comte de Maurepas.

On cite encore des monuments d'une nature très-douteuse. Les peintures des Toultèques ou Toltèques, anciens conquérants du Mexique, indiquaient d’une manière claire, nous dit-on, le passage d’un grand bras de mer; assertion qui, après la disparition des preuves, doit inspirer peu de confiance. Les peintures mexicaines existantes ont un caractère si obscur et si vague qu’il serait bien téméraire de les considérer comme des monuments historiques.

Les mœurs et les usages dépendent trop des qualités générales de Pesprit humain et des circonstances communes à plusieurs peuples, pour pouvoir servir de base à une hypothèse historique. Les peuples chasseurs, les peuples pêcheurs ont nécessairement la même manière de vivre. Que les Toungouses mangent ka viande crue et seulement desséchée par la fumée ; qu'ils mettent de la vanité à pointiller sur les joues de leurs. enfants des lignes et des figures en bleu ou en noir; qu’ils reconnaissent la trace de leur gibier au moindre brin d’herbe courbé; ce sont là des traits communs à tous les hommes nés et élevés dans les mêmes circonstances. Il est sans doute un peu plus remarquable de voir les femmes toungouses et américaines s’accorder dans l’usage de coucher leurs enfants tout nus dans un tas de bois pourri et réduit en poudre; cependant les mêmes besoins et les mêmes localités expliqueraient encore cette ressemblance. Il est aussi digne de remarque que les anciens Scythes aient eu, comme les Américains, l’usage de scalper ou d’enlever à leurs ennemis la peau de la tête avec les cheveux, quoique sans doute la férocité ait partou* inspiré à l'homme des excès semblables. Un certain nombre d’analogies plus importantes rattache le système religieux et astronomique des Mexicains et des Péruviens à ceux de l'Asie. Dans le calendrier des Aztèques, comme dans celui des Kalmouks et des Tatars, les mois sont désignés sous les noms d'animaux. Les quatre grandes fêtes des Péruviens coïncident avec celles des Chinois; les Incas, à l'instar des empereurs de la Chine, labouraient de leur propre main une certaine étendue de terrain. Les hiéroglyphes et les cordelettes en usage chez les anciens Chinois rappellent d’une manière frappante l'écriture figurée des Mexicains et les quipos du Pérou. Enfin, tout le système politique des fncas péruviens et des Zaqgues de Condinamarca était fondé sur la

réunion du pouvoir civil et ecclésiastique dans la personne d’un dieu incarné,

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Sans attacher à ces analogies une importance décisive, on peut dire que l'Amérique, dans ses mœurs comme dans ses langues, montre l'empreinte d'anciennes communications avec l'Asie. Mais ces communications ont dû être antérieures au développement des croyances et des mythologies actuellement régnantes parmi les peuples asiatiques. Sans cela, les noms de quelques divinités auraient été transportés d’un continent dans l’autre.

Un savant américain a prouvé que tuutes les nations éparses depuis la baie d'Hudson jusqu’au golfe du Mexique, bien qu’inconnues les unes aux autres, et parlant un idiome différent, n'avaient jadis qu’une seule et même religion. Elles adoraient un Etre suprême, créateur de toutes choses, qui aime à se communiquer à certaines âmes choisies; elles ne se permettaient pas de le représenter sous aucune forme. Elles reconnaissaient aussi des génies tutélaires dont elles faisaient des images. Elles croyaient à l’immortalité de l’âme et à des peines et des récompenses dans une autre vie.

Aucune tradition américaine ne remonte à l’époque infiniment reculée de ces communications. Les peuples de l'Amérique méridionale n’ont presque pas de souvenirs historiques. Les traditions des nations septeritrionales se bornent à assigner la région où jaillissent les sources du Missouri, du Colorado et du Rio-del-Norte, comme la patrie d’un très-grand nombre de tribus. |

En général, depuis le septième jusqu’au treizième siècle, la population parait avoir continuellement reflué vers le sud et vers l’est. C’est des régions situées au nord du Rio-Gila que sortirent ces nations guerrières qui, les unes après les autres, inondèrent le pays d’Anabuac. Les tableaux hiéroglyphiques des Atzèques rous ont transmis la mémoire des époques principales qu'offre la grande migration des peuples américains. Cette migration à quelque analogie avec celle qui, au cinquième siècle, plongea l'Europe dans un état de barbarie dont nous ressentons encore les suites funestes dans plusieurs de nos institutions sociales. Les peuples qui traversèrent le Mexique laissèrent, au contraire, des traces de culture et de civilisation. Les Toultèques y parurent pour la première fois l’an 648, les Chichimèques en 4170, les Nahualtèques l’an 4178, les Acolhues et les Aztèques en 1196. Les Toultèques introduisirent la culture du mais et du coton ; ils construisirent des villes, des chemins, et surtout ces grandes pyramides que l’on admire encore aujourd’hui, et dont les faces sont très-exactement orientées. Ils connaissaient l’usage des peintures hiéroglyphiques; ils

1 Jarvis: Discourse on the religion of the Indian tribes of North America, etc. New-York, 1820,

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Les traditions et les hiéroglyphes historiques donnent à la première demeure de ess peuples voyageurs les noms de Auehuetlapallan, Tollan et Aztlan. Rien n’annonce aujourd’hui une ancienne civilisation de l'espèce humaine au nord de Rio-Gila, ou dans les régions septentrionales parcourues par Hearne, Fiedler et Mackenzie; mais sur la côte nord-ouest, entre Noutka et la rivière de Cook, dans la baie Norfolk et dans le canal de Cox, les indigènes montrent un goût décidé pour les peintures hiéroglyphiques ; quand on se rappelle les monuments qu'un peuple inconnu a laissés dans la Sibérie méridionale, quand on rapproche les époques de l’apparition des Toultèques, et celle des grandes révolutions de l’Asie, lors des premiers mouvements des Hioungnoux, ou Turcs, on est tenté de voir dans les premiers conquérants du Mexique une nation civilisée qui avait fui des rives de l’frtyche ou du lac Baïkal, pour se scustraire au joug des hordes barbares du plateau central de l'Asie.

Le grand déplacement des tribus américaines du nord est constaté par d'autres traditions. Tous les indigènes des États-Unis du midi prétendent y être arrivés de l’ouest, en passant le Mississippi. Suivant l'opinion des Muskohges, le grand peuple dont ils sont sortis demeure encore dans l'ouest : leur arrivée ne parait dater que du seizième siècle. Les Senecas en étaient autrefois des voisins. Les Delawares ont trouvé sur le Missouri des naturels qui parlaient leur langue. D’après M. Adair, ies Chaktahs sont venus avec les Chikkasahs, postérieurement aux Muskohges.

Les Chipiouans ou Chepewyans, ont seuls des traditions qui paraissent indiquer leur sortie de l’Asie. Ils habitaient, disent-ils, un pays très-reculé vers l’ouest, d’où une nation méchante les chasse ; ils traversèrent un long lac, rempli d’îles et de glaçons ; l'hiver régnait partout sur leur passage ; ils débarquèrent près de la rivière du Cuivre. Ces circonstances ne sauraient s'appliquer qu’à une émigration d’une peuplade de Sibérie, qui aurait passé le détroit de Béring ou quelque autre détroit inconnu, et encore plus septentrional. Cependant, la langue des Chipiouans n'offre pas un caractère plus asiatique que les autres idiomes américains. Leur nom ne

se retrouve pas plus parmi l'immense nomenclature des tribus asiatiques Y. 4

anciennes et modernes que celui des Hurons, qu'on a si mai à propos voulu comparer avec les Æuires de Marco-Polo et les Æuiur de Carpin, qui ne sont que les Ouigours.

En dernière analyse, les traditions, les monuments et les usages comme les idiomes rendent très-probables plusieurs invasions de nations asiatiques dans le nouveau continent; mais toutes les circonstances concourent aussi à reculer l’époque de ces événements jusque dans les ténèbres des siècles antérieurs à l’histoire. L'arrivée d’une colonie de Malais, mélés de Madécasses et d’Africains, est un événement vraisemblable, mais enveloppé d’une obscurité encore plus épaisse. La masse des Américains est indigène.

Après avoir exposé l’ensemble de nos recherches et de nos conjectures sur l’origine des Américains, ce serait fatiguer inutilement nos lecteurs que d'analyser longuement toutes les opinions qu’on a proposées à ce sujet. Il suffit de savoir que tout a été imaginé. La ressource banale de la dispersion des Israëlites a été employée par un grand nombre d'écrivains, parmi lesquels un seui mérite d’être remarqué, c’est l'Anglais Adair, qui, avec beaucoup d’érudition, a démontré les ressemblances de mœurs qui existent entre les anciens Hébreux et les peuples de la Floride et des Carolines. Ces ressemblances ne prouvent qu’en général une communication avec l’Asie, et quelques-unes, telles que l’usage de l’exclamation hallela yuh, paraissent ilusoires. Les Égyptiens ont été donnés pour ancêtres aux Mexicains par le savant Huet, par Athanase Æircher et par l’érudit américain Siguenza, dont les vastes recherches n’ont pas été imprimées. Les systèmes astronomiques et chronologiques diffèrent totalement; le style dans l'architecture et la seulture peut se ressembler chez beaucoup de peuples, et les pyramides d'Anahuac se rapprochent plus de celles de l’Indo-Chine que de celles d'Égypte. Les Cananéens ont été mis en avant par Gomara , d’après de faibles analogies de mœurs remarquées dans la Terre-Ferme. Beaucoup d'écrivains ont soutenu la réalité des expéditions carthaginoises en Amérique , et on ne saurait en nier absolument la possibilité. On connaît trop peu la langue de ce peuple fameux , né d’un mélange d’Asiatiques et d’Africains, pour avoir droit de décider qu’il n’existe aucune trace d’une invasion carthaginoise. Nous pouvons, avec plus de certitude , exclure les Celtes, malgré les artifices étymologiques employés pour retrouver des racines celtiques dans l'Algonquin. Les anciens Espagnols ont aussi de bien faibles droits ; leur navigation était bien bornée. Les Skandinaves ont conservé les’ preuves historiques de leurs navigations au Groenland et à Terre-Neuve : mais elles ne remontent qu’au dixième siècle, et elles prouvent seulement que l’Amé-

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rique était déjà peuplée en totalité , argument très-fort pour la haute antiquité des nations américaines. Le célèbre Æugo Grolius a très-maladroitement combiné ce fait historique avec quelques étymologies hasardées, pour attribuer la population de l’Amérique septentrionale aux Norwégiens, qui, hors l'Islande et le Groenland , n’y ont laissé que de faibles traces.

L'origine purement asiatique a trouvé de nombreux défenseurs. Le savant philologue Brerewood est peut-être le premier qui l'ait proposée, Les historiens espagnols ne l’ont admise qu’en partie.

De Guignes et William Jones conduisent sans beaucoup de peine, l’un ses Huns et Tibetains, l’autre ses Hindous, dans le Nouveau-Monde. Forniel, dont nous n’avons pu consulter l'écrit, a le premier insisté sur les Japonais, qui, en effet, peuvent réclamer un grand nombre de mots américains. Forster a attaché beaucoup d'importance à la dispersion d’une flotte chinoise, événement trop récent pour pouvoir avoir produit une grande influence sur la population américaine.

Depuis plus d’un demi-siècle, le passage des Asiatiques par le détroit de Béring a été élevé au rang d'une probabilité historique par les recherches de Fischer, de Smith-Barton, de Vater et d'Alexandre de Humboldt. Mai ces savants n’ont jamais soutenu que tous les Américains fussent les descendants des colonies asiatiques. |

Une opinion mixte, qui réunit les prétentions des Européens, des Asiatiques, des Africains et même des Océaniens, a obtenu quelques suffrages de poids. Acos{a et Clavigero en paraissent les partisans. Ce dernier insiste avec raison sur la haute antiquité des nations américaines. L’infatigable philologue Æervas admet aussi l'hypothèse d’une origine mixte. Elle a été savamment d'veloppée par Gecrge de Horn. Cet écrivain ingénieux exclut de la population de l'Amérique les nègres, dont on n’a trouvé aucune tribu indigène dans le Nouveau-Monde, les Celtes, les Germains et les Skandi : naves, parce qu’on n’a vu parmi les Américains ni des cheveux blonds, nt des yeux bleus; les Grecs et les Romains, et leurs sujets, à cause de leur timidité comme navigateurs ; les Hindous, parce que les mythologies américaines n’offrent aucune trace du dogme de la transmigration des âmes. Il cherche ensuite l’origine primitive des Américains chez les Huns et les Tatars-Kathayens ; leur migration lui paraît très-ancienne. Quelques Carthaginois et Phéniciens auraient été jetés sur le rivage occidental du nouveau continent. Plus tard, les Chinois s’y seraient transportés ; Facfour, roi de la Chine méridionale, s’y serait enfui pour éviter le joug de Koublaï-

! Georg. Horni: De Originibus Americanis, libri IV. Hag. Com. 1699.

28 LIVRE CFAT UNIÈME.

Khan ; il aurait été suivi de plusieurs centaines de milliers de ses sujets.

Manco-Capac serait aussi un prince chinois, Ce système, hasardé lorsqu'il h parut , s'accorde avec plusieurs faits postérieurement observés et que nous gi. avons recueillis ; quelque écrivain hardi et peu scrupuleux n’aurait qu'à ‘%

s'emparer de ces faits, les combiner avec les hypothèses de Æorn, et nous donner ainsi l’histoire certaine et véridique des Américains,

Rien n’empèche même qu’un jour l'Amérique, enorgucillie de sa civilisation, ne se dise à son tour le berceau du genre humain. Déjà deux 1 savants des États-Unis ont soutenu que les tribus du nord de l'Asie pouvaient aussi bien être les descendants des Américains que ceux-ci des premières 1. |

Dans l’état actuel des connaissances, le sage s’arrêtera aux probabilités que nous avons indiquées, sans tenter Yainement de les combiner en forme de système,

TaBLEau de l'élévation absolue des principales monti5nes de l'Amérique.

Mitres, À

Le Chichaldinskoi, volcan de Pile Ounimak f (Aléoutes), .,,,.,.,.,,,.,,...... 2729 Le mont Saint-Élie (Amérique russe). . , . .. 5i13

Le mont Fairweater ou Beau-Temps, volcan de

V'Amériqne Russe, ,.., .......... 4519 Montagnes-Neigeuses, ou Cordillère de la côte. 2400 Le pic Delong (États-Unis). . .........7 4658 Les monts Ozarks. ......,,.,........ 600 Le Popocatepelt, volcan du Mexique. . ..... 5400 L'Orizaba, Id. Éd 5295 L'Ampilas occidental (Amérique centrale). . . 4011 L'Agua, volcan de l'Amérique centrale. . . .. 3845 L'Irasou, Jd. Id. ] (; ER 3499

Le mont de Washington, dans les Montagnes-

Blanches. .................... 2027 ut Id. ALLÉCHANIEN. . . / Le mont Otter, dans les Montagnes-Bleues. . . 1320 Le mont Greenbrier,en Virginie. . ....... 1150 Monts Katatin, . ................. 2046

1 Bernard Romans : Natural History of Florida; New-York, 1716. Jefferson : Notes on Virgina, p. 162.

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