‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 68 sur 146 · ELA S PME “HE RÉ · texte numérisé non relu

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Dios, ou le Pont-de-Dieu : c’est un rocher sous lequel l’eau s’est creusé un canal; il est à environ 400 milles au sud-est de Mexico, près du village de Molcaxac, sur la profonde rivière appelée Aquetoyaque ; on y passe comme sur un grand chemin. Plusieurs cataractes offrent des aspects romantiques. La grande caverne de Dante, traversée par une rivière ; les orgues porphyriques d’Actopan, et beaucoup d’autres objets singuliers, frappent le voyageur dans cette région montagneuse , où l’on traverse les rivières écumeuses sur des ponts formés de fruits de la crescentia pinnata, liés ensemble avec des cordes d’agave.

Le pays dont nous venons de donner un aperçu sous le rapport physique forme aujourd’hui quatre divisions nouvelles : l'État de Querctaro au nord, l'État de Mexico au centre, le district fédéral enclavé dans le précédent, et l’Etatde Guerrera, formé en 1850 de la partie méridionale de celui de Mexico.

L'État de Queretaro occupe une partie du plateau central du Mexique ; le Rio-Tula, son principal cours d’eau , coule dans une vallée élevée de 2,050 mètres au-dessus du niveau de l’Océan. C’est un pays aride, dont le chef-lieu, Querelaro, est une des plus belles, des plus industrieuses ct des plus considérables villes de la confédération. Elle égale les plus belles cités de l’Europe par l’architeciure de ses édifices, et s'enrichit par ses fabriques de draps et de maroquins. Sa population, qui était de 50,000 âmes avant la révolution du Mexique, ne s’élève plus qu’à 35,000. Ses rues sont bien alignées et ornées de beaux édifices. L’aqueduc qui fournit de l’eau à la ville est un des plus beaux de l'Amérique, et le couvent des religieuses de Santa-Clara est peut-être le plus grand qui existe au monde, puisqu'il a plus de 3,200 mètres de circonférence. Cadereila, petite ville de 5,000 ames, possède dans ses environs de belles mines d’argent. San-Juan-del-Rio, à 8 lieues au sud-est de cette vilie, est entourée de beaux jardins, et doit son importance à la grande foire qui s’y tient au mois d'octobre, et à la belle église de Notre-Dame, qui chaque année attire un grand nombre de pélerins.

Le District fédéral est une circonférence d’un rayon de 2 lieues, et dont Ja place de la cathédrale de Mexico est le centre ; il résulte de cette disposition qu’à proprement parler il ne comprend que Mexico et sa banlieue. Sur le dos même du grand plateau mexicain, une chaîne de montagnes porphyriques enferme un bassin ovale, dont le fond est généralement élevé de 2,277 mètres au-dessus du niveau de l’Océan. Cinq lacs remplissent le milieu de ce bassin. Au nord des lacs unis de Xochimilco et de Chalco, dans la partie orientale de celui de Tezcuco, qui a 40 lieues carrées, s'élevait

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l’ancienne ville de Mexico, dont le nom indien Mexitli où Huitzlipochtli signifie habitation du dieu de la guerre, et qui fut communément appelée Tenochlitlan par les Mexicains jusqu’en 1530, époque à laquelle prévalut le nom de Mexico que iui donnèrent les Espagnols. On y arrivait par des chaussées construites sur dr bas-fonds, La nouvelle ville, quoique située à ja même place, se trouve en terre ferme, et à 4,500 mètres des anciens lacs.

Ce changement de situation n’est pas venu seulement de la diminution naturelle des eaux ; il a été provoqué par la destruction des arbres qui les ombrageaient et qui ont été employés par les Européens aux constructions nouvelles et aux pilotis sur lesquels les édifices sont bâtis ; elle a été surtout hâtée par la construction d'un canal commencé en 1607, ec dans lequel s’écoulent les eaux des lacs de Zumpango et de San-Christobal, qui alimentaient jadis celui de Tescuco. En détruisant les arbres, les Espagnols ont contribué à la diminution de la fertilité du sol ; dans beaucoup d’endroits la verdure est remplacée par des efilorescences salines.

La ville est traversée par de nombreux canaux ; les édifices sont construits sur pilotis. Le desséchement des lacs se continue par le canal d’écoulement qu’on a ouvert à travers les montagnes de Sincoq, afin de garantir la ville des inondations. Le sol est encore mouvant dans plusieurs endroits ; et quelques bâtiments, comme, entre autres, clui de la cathédrale, se sont enfoncés de plus de 4 mètre. Les rues sont larges et droites, mais mal pavées. Les maisons présentent une apparence magnifique, étant construiles en porphyre et en roche amygdaloïde; plusieurs palais et hôtels offrent une ordonnance majestueuse. Les églises, au nombre de plus de 300, brillent par leurs richesses métalliques. La cathédrale surpasse dans ce genre toutes les églises du monde ; la balustrade qui entoure le maîtreautel est d'argent massif. On y voit une lampe de même métal, si vaste que trois hommes entrent dedans quand il faut la nettoyer ; elle est en outre enrichie de têtes de lions et d’autres ornements d’or pur. Les statues de la Vierge et des saints sont ou d’argent massif, ou recouvertes d’or, et ornces de pierres précieuses. Dans l’intérieur de ce temple, comme dans toutes les autres églises, il n’y a ni chaises ni bancs ; les hommes se tiennent debout, et les femmes, même les plus riches et les plus élégantes, sont à genoux ou accroupies sur leurs talons. Quoique la ville de Mexico soit dans l'intérieur des terres, elle est le centre d'un vaste commerce entre la Vera-Cruz à l’est, et Acapulco à l’oucst. Les boutiques y regorgent d’or, d’argent et de joyaux. Cette superbe ville, peuplée de 212,000 âmes, se distingue aussi par de grands établissements scientifiques, qui, dans le Nouveau- Monde, n'ont

pas de semblables. Le Jardin botanique, l'École des mines (ia Mineria), l'Académie des beaux-arts de San-Carlos, qui a formé d'excellents dessinateurs, peintres et sculpteurs, voilà des établissements qui répondent aux préjugés de ceux qui regardent les Américains comme inférieurs, en capacité naturelle, aux Européens. Nommons encore parmi les établissements littéraires l’Académie de San-Juan de Letran, récemment fondée. On y publie des recueils importants : le Museo-Mejicano, la Ilustracion-Mejicanana ; deux journaux français, le Trait-d'Union et le Courrier-Français; enfin plusieurs journaux en langue espagnole, dont les deux plus importants sont : e/ Montlor, journal officiel, et el Siyolo XIX, organe du parti libéral.

La plaza Mayor, la plus belle place de Mexico, à laquelle aucune de celles d'Europe ne peut être comparée sous le rapport de la dimension, est bornée au nord par la cathédrale, bel et vaste édifice entouré de larges trottoirs, qui ont environ 42 mètres sur la face principale et 6 sur les faces latérales. Il est construit en pierres d’une dimension remarquable; son style est du genre d’architecture qui suivit en Espagne celui de la renaissance, lorsque l’on abandonna la légèreté et la grâce pour une sorte de régularité souvent lourde et monotone. L’aspect en est cependant imposant : deux tours carrées placées aux deux extrémités servent de clochers; entre elles s’élève un fronton. A la cathédrale, se rattache, pour former tout un côté de la place, le Sagrario, petite église qui, suivant l’usage espagnol, accompagne la cathédrale, et où se célèbrent toutes les cérémonies de la paroisse. Ces deux édifices n’ont aucun rapport de style ; celui du Sagrario, d’une construction plus récente, appartient au genre nommé en Espagne churrigueresca, du nom de Churriguera, l'architecte qui le mit le premier en usage. Ce style est remarquable par la bizarrerie de ses ornements. Sur le côté oriental de la place, s’élève le palais du Gouvernement, dont l'architecture paraît plus simple qu’elle ne l’est réellement, à cause de l’accablant voisinage de la cathédrale. Le côté du sud présente la façade de l'Ayuntamiento (l'hôtel-de-ville) ; enfin à l’ouest, est un monument à arcades basses, nommé los Porlales-de-Mercaderes. Malheureusement la régularité de la plaza Mayor est détruite par une espèce de bazar nommé le Parian, édifice carré de mauvais goût et assez mal construit, occupant environ un tiers de la place. C’est autour du Parian, et sous les Portaiesde-Mercaderes que se promène la haute société de Mexico.

Le palais du Gouvernement, l’ancienne demeure des vice-rois espagnols, est tellement grand , qu’il comprend l’Aôlel des Monnaies, vaste bâtiment

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d’une architecture noble et simple , et l’un des établissements les plus beaux et les mieux organisés dans ce genre; depuis la fin du seizième siècle jusqu'au commencement du dix-neuvième, on y a frappé pour plus de 6,500,000,000 de francs en or et en argent. Il comprend en outre la prison de l’Alcordava, bel édifice , dont les chambres sont spacieuses et bien aérées ; la caserne générale , les ministères , les deux chambres et le logement du président de la confédération mexicaine.

Parmi les couvents , au nombre de 38, on cite le plus somptueux, celui de Saint-François, fondé en 1531, dont le revenu en aumônes est de plus de 600,000 francs, et qui possède des tableaux du plus grand prix; celui de l’Incarnalion possède une église où l’on voit une statue dela Vierge en argent massif et du plus beau travail. L’hospice , ou plutôt les deux hospices réunis, dont l’un entretient 600 et l’autre 800 enfants et vieillards, jouit d’un revenu de 250,000 francs. L'église de l’Æôpilal de Jesus de los Naturales , fondé par Cortez , renferme dans un beau mausolée les cendres de ce conquérant.

A la sortie de la ville , se trouve la magnifique promenade appelée A/améda. C’est un jardin bien dessiné et orné de cinq jets d’eau ; il est très fréquenté à la chute du jour , lorsqu'on revient du Bucareli, longue avenue entourée de verdure, et peu distante de là où les hommes vont caracoler à la portière des voitures. On se promène ici tous les jours, les femmes en voiture et les hommes à cheval. Un sot usage ne permet point quejamais une femme comme il faut mette pied à terre, ce qui jette de la monotonie dans ce genre de plaisir. Il est vrai de dire qu’il en coûte si peu pour avoir un cheval, et que les Mexicains sont tellement passionnés pour l’équitation, que les mendiants eux-mèmes ne vont jamais à pied. Pendant le carême, et jusqu’au mois de mai , l’Alaméda est abandonnée pour une autre promenade appelée Las Vigas, qui consiste en une allée longue d’un quart de licue et plantée d’une double rangée de tilleuls et de saules.

De l’aveu même des auteurs espagnols, les bals et les jeux de hasard sont suivis avec fureur à Mexico, tandis que les jouissances plus nobles de l’art dramatique sont moins généralement goûtées. L’Espagnol mexicain joint à des passions vives un grand fond de stoicisme : il entre dans une maison de jeu , perd tout son argent sur une carte, puis il tire son cigare de derrière ses oreilles, et fume comme si rien n’était arrivé.

Les chinampas , espèces de radeaux sur lesquels on cultive des fleurs et des légumes, donnaient autrefois un aspect unique aux lacs mexicains. Ils étaient flottants et ressensiaient à des îles couvertes de jardins; mais aujour- Y. 41

d'hui, fixes, on circule à l’entour dans de longs arbres creusés en canots , que les Indiens conduisent avec une adresse merveilleuse,

Mexico conserve peu de monuments antiques, Les ruines des aquedues, la pierre dite des sacrifices ; la pierre calendaire, exposée avec la précé dente dans la grande place de la ville, sur l’un des murs de la cathédrale; des manuscrits, ou tableaux hiéroglyphiques, mal conservés dans les archives du palais des vice-rois; enfin la statue colossale de la déesse Teoyaomiqui, couchée sur le dos dans une des galeries de l’Université, sont les seuls qui existent.

La pierre calendaire, ou le grand calendrier, est sculptée en relief sur un bloc énorme de porphyre trappéen d’un gris noirâtre ; elle a # mètres de diamètre. Elle représente, dit M. de Humbolt, des cercles concenwriques, des divisions et des subdivisions exécutés avec une régularité, une exactitude mathématique et un fini qui distinguent tous les monuments des anciens Mexicains. La statue colossale de la déesse Teoyaomiqui a Cté taillée dans un bloc de basalte haut de 3 mètres. Rien n'est plus hideux que cette figure, qui présente le monstrucux assemblage d’une tête humaine, de deux bras en forme de serpents, de deux ailes de vautour, avec les pieds et les griffes du jaguar. Ses ornements consistent en guirlandes composées de vipères entortillées en de nombreux anneaux, ct en un large collier de cœurs humains, de crânes et de mains noués ensemble avec des entrailles humaines.

Au coin du bâtiment occupé par l’administration de la loterie, on voit encore la tête colossale d’un serpent en pierre qui dut servir d’idole. Enfin dans les cloîtres, derrière le couvent des Dominicains, on conserve une idole semblable, mais presqueentière, représentée dévorant une victime humaine. Telles sont les antiquités les plus remarquables qui restent à Mexico.

Hors de l’enceinte de la ville en voit encore les chaussées pavées qui la faisaient communiquer avec la terre ferme; mais, au lieu de traverser le lac salé de Tezcuco, elles nes’élèvent plus que sur des terrains marécageux. Deux beaux viviers qui ernaient les jardins de l’ancien palais des rois de Tenochtitlan , se voient aussi hors la ville.

L'industrie de Mexico a été arrêtée, dans ses progrès, par les troubles politiques. Ses principaux établissements industriels sont des manufactures de cotonnades, de tabac et de savon; l’orfévrerie et la bijouterie y ont acquis une rare perfection; la passementerie et la sellerie y ont fait de grands progrès.

L'État de Mexico s'étend entre ceux de San-Luis et Vera-Cruz au nord,

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