‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 83 sur 146 · Balize. ; Aux Anglais qui occupent les ports · texte numérisé non relu

Balize. ; Aux Anglais qui occupent les ports

de Saini-Juan de Nicaragua

2,061 4,000 Blewtields. (Grey-Town) el de Truxillo,

Suite de la Description dé l'Amérique. — Description physique générale de l'Amérique Méridionale.

Nous entrons dans la plus riche, la plus fertile, la plns salubre, la plus pittoresque de toutes les péninsules du monde, et dans celle qui, sans v. 45

PAfrique , serait la plus étendue. C’est désigner l'Amérique méridionale, qui serait plus légitimement et plus convenablenient nommée tour court Amérique, tandis que la reconnaissance attacherait à la partie septentrionale le nom de Colombie. Les estimations des géographes portent l’étendue de cette grande péninsule à 895,000 lieues carrées de 25 au degré équatorial. Près des trois quarts de cette étendue se trouvent dans la zone torride. La plus grande largeur entre le cap Saint-Augustin, au Brésil, et le cap Blanc, au Pérou , est de 4,600 lieues. La longueur de la péninsule doit être prise depuis la pointe Gallianas, voisine du cap Vela, en Terre-Ferme» à 42 degrés latitude nord, jusqu’au cap Froward en Patagonie, à 54 degrés latitude sud; elle sera alors de 1,650 lieues; mais l’on ne peut guère se refuser de Pétendre 50 lieues plus au sud, jusqu’au cap Horn, dans la Terre de Feu, à 56 degrés de latitude, car les îles qui composent la Terre de Feu sont pour ainsi dire adhérentes à l’Amérique , et l’œil les en distingue à peine en les considérant sur le globe terrestre.

La géographie physique de cette grande péninsule présente un ensemble dont les traits sont faciles à saisir. Un plateau généralement élevé d’environ k,000 mètres, couronné par des chaînes et des pics isolés, forme toute la partie occidentale de l'Amérique méridionale; à l’est de cette ferre haute, une étenâue deux ou trois fois plus large de plaines ou marécageuses ou sablonneuses, sillonnées par trois fleuves immenses et par de nombreuses rivières; enfin à l’est une autre ferre haute de moins d’élévation et de moins d’étendue que le plateau occidental, voilà toute la péninsule. La race Indo-Hispanique (Indiens et Espagnols) occupe ou réclame tout le plateau occidental et la plus grande partie des plaines ; la race Indo-Lusitanique (Indiens et Portugais) possède le plateau oriental. A l’exception de la description des grands fleuves qui traversent plusieurs territoires, le tableau physique général de l'Amérique méridionale peui se coordonner avec les deux grandes divisions politiques.

Les ZLlanos sont des savances ou plaines couvertes de pâturages, qui s'étendent au-dessus de plaines basses et marécageuses jusqu’aux mon tagnes, et qui, sans être très-élevées, le sont assez pour n’être jamais envalies par les caux des fleuves qui les traversent.

On à cru longtemps à l’existence d’une grande chaîne au centre des Llanos, et de ces montagnes imaginaires les gtographes faisaient descendre les fleuves de l'Amérique méridionale; mais les travaux géographiques faits depuis par le colonel Codazzi ont prouvé qu’il existe au milieu des Llanos un grand plateau dont la hauteur varie de 300 à 450 mètres, et qui

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donne naissance à plus de quarante rivières coulant dans différentes directions. Elles ne sont d’abord à leur origine que de petits ruisseaux ‘achés par des bruquets de palmiers de l'espèce appelée maurilia fleruosa ; mais à mesure que ces ruisseaux s’éloignent de leur source, on les voit se grossir rapidement sans qu'aucun affluent visible ne vienne les alimenter. A quelques lieues des talus qui les produisent, ils deviennent des rivières navigables. Les unes descendent alors vers la mer des Antilles et le golfe de Paria, et les autres vont se rendre dans l’Orénoque et dans l'immense delta qu’il forme à son embouchure. Ce phénomène trouve son explication dans ia nature géognostique du sol qui forme le plateau dont nous venons de parlsr.

A ce grand plateau appelé Mésa de Guanipa qui s'élève au centre des Llanos, s’adossent plusieurs plateaux dont les espaces intermédiaires sont parcourus par autant de rivières. Leur surface offre en général un sol arénacé que recouvrent les hautes herbes des savares. Dans la saison de l’hivernage, dit M. Codazzi, les pluies s'infilrent à travers ce sol sablonneux jusqu’à la couche argileuse qui les arrête. Ainsi concentrée, la masse d’eau se fait jour par les talus latéraux, et filtre de toutes parts le long de leurs bords. Des ruisseaux se forment et suivent la ligne de pente par les espaces resserrés que les plateaux laissent entre eux ; les thalwegs qu’ils parcourent, à la base des talus, leur fournissent sans cesse un nouvel aliment par la filtration continuelle des eaux qui les minent: ce sont autant de sourees invisibles qu’ils rencontrent sous leurs pas, une sorte de crue incessante et progressive qui bientôt les convertit en rivières pour les répandre dans différentes directions, selon les obstacles qui déterminent leurs cours.

Les majestueux fleuves de l'Amérique médidionale effacent, par la loneueur de leur cours et la largeur de leur lit, tous ceux de Pancien monde, à Pexception du Nil dont le cours connu est de {,234 lieues. Le superbe Amazone revendique le premier ranx,

Ce fleuve, que les Espagnols nomment Haranon et les indigènes Guièna, ne prend le nom d’Amazone qu’au confluent de deux grandes rivières , le Tunguraqua ct l'Ucayale, qui ont leurs sources dans les Andes. La première sort du lac Lauricocha, et la seconde des monts Cailloma, sous le nom d’Apurimac, qui prend celui d'Ucayale après s’être réuni au Beni. Ses principaux affluents sont, sur la rive gauche, l'Zca, le Fupura et le Rio-Negro ; sur la rive opposée, le Favari, le Futayetle Furna. L'Ucayale Wa pas moins de 200 licues de cours; il reçoit la Mugua et le Rios-de-los-

Capanachuas à droite, et le Z achica à gauche. Il traverse des gorges de montagnes d’un difficile accès, des forêts désertes et de vastes solitudes, où sans doute son cours étale des beautés pittoresques.

Depuis San-Joaquin-d'Amaguas, l'Ucayale et le Tunguragua roulent leurs ondes réunies à travers une immense plaine, où, de toutes parts, les rivières tributaires apportent leurs eaux. Le Napo, le Yupura, le Parana, le Cuchivara, le Yutay, le Puruz, seraient partout ailleurs des rivières considérables; ici elles ne sont qu’au troisième et au quatrième rang. Le Bio-Negro, qui vient de la Terre-Ferme, et qui mérite le nom de grand fleuve, est englouti dans le vaste courant de l'Amazone.

Jusqu'au confluent du Rio-Negro et de l'Amazone, les Portugais aprellent cette derrière Rio des Solimoens, ou rivière des Poissons ; elle ne prend qu’ensuite le nom de rivière des Amazones, auquel plusieurs auteurs: à l'exemple des Espagnols, substituent la dénomination de Marañon où d’Orellana ; mais le nom poétique de l’Amazone nous paraîl à la fois plus harmonieux et plus exempt de discussion. Il s’entend de soi-même qu’en l’adoptant, nous n’admettons pas la vérité historique de quelques relations exagérées, où la bravoure d’une bande de femmes a servi de texte pour renouveler les recits également exagérés des Grecs sur lexistence d’une nation d’Amazones.

La rivière Hadera ou des bois est le plus grand de tous les affluents de l'Amazone; elle en est en quelque sorte une branche principale; elle vient d'aussi loin que l'Ucayale, étant formée par le concours de la Hamore, dont le principal bras, nommé Guapihi, vient de Cochabamba et de la rivière des Chiquitos, nommée rivière de Santa-Madalena, où Guaporé.

Les grandes rivières de Topayos et de Xingu viennent du même côté que la Madera; elles sejettent dans l'Amazone; mais quant à la rivière de Tocantins ou de Paru, qui se grossit de l’Araguay, on doit regarder son embouchure comme indépendante, suoique réunie à l’Amazone par un bras de communication.

Depuis son confluerc avec le Rio-Negro jusqu’à l'Océan, l’Amazone a 315 lieues de cours; depuis la source de Tunguragua, il en a 4,035, y compris ses grandes sinuosités; enfin si l’on faisait commencer le fleuve aux sources les plus éloignées de lUcayale, il aurait 4315 licues.

La largeur de ce fleuve varie d’une demi-lieue à une lieue dans la partie inférieure de son cours ; sa profondeur surpasse cent brasses ; mais depuis son confluent avec le Xingu, et près de son embouchure , elle devient semblable à une mer; l'œil peut à peine découvrir ses deux rivages à la fois.

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La marée s’y fait sentir à une distance de 250 lieues de la mer. La Condamine pense que le gonflement est occasionné par la marée de la veille, qui se propage dans la rivière. Près de l'embouchure on voit un combai terrible entre les eaux du fleuve, qui tendent à se décharger, et les flots de l'Océan, qui se pressent pour entrer dans le lit de la rivière. Nous en avons déjà tracé la peinture. !

Le second rang appartient, sans contredit, au fleuve que les Espagnols ont nommé Rio-de-la-Plata, ou rivière d'argent. Il est formé par le concours de plusieurs grands courants, parmi lesquels la Parana est regardée comme le bras principal; aussi les naturels du pays donnent-ils ce nom à tout le fleuve : le nom de la Plata vient des Espagnols. La Parana part des environs de la Villa-del-Carmen, au nord de Rio-de-Janciro: grossie d’une foule de rivières, elle coule à travers une contrée montagneuse. Ce qu’on appelle la grande cataracte de Parana, non loin de la ville du Guayra, est un long rapide où lefleuve, pendant l’espace de 42 lieues, se presse à tr..vers des rochers taillés à pic, et déchirés par des crevasses effroyables. Arrivée dans les grandes plaines, la Parana reçoit du nord le Paraguay, rivière très-considérable, qui prend sa source sur le plateau dit Campos- Parexis, et qui, dans la saison pluvieuse , forme, par ses débordements, le grand lac de Xurayes, lequel par conséquent n’a qu’une existence tenporaire. Le Paraguay, avant de se jeter dans la Parana, reçoitle Pilcomayo, grande rivière qui vient des environs de Potosi, et qui sert à la navigation intérieure et au transport des minerais. La rivière de la Plata recoit encore le Vermego et le Salado du côté des Andes, et l’Uraguay du côté du Brésil. Son cours majestueux égale en largeur celui de l’'Amazone; son immense embouchure pourrait même être considérée comme un golfe, puisqu'elle approche de la Manche en largeur.

On compte pour le troisième grand fleuve de l'Amérique méridionale, l'Orinoco ou POrénoque ; mais il est loin d’égaler les deux autres, soit par la longueur, soit par la largeur de son cours. Suivant la Cruz d'Olmedilla, il prend sa source dans le petit lac d’Ypava, latitude nord 5 degrés 5 minutes; de là, par un détour en forme de spirale, il entre dans le lac Parima , dont l'existence a été reconnue par don Solano, gouverneur de Caracas, mais qui peut-être doit son origine à des débordements plus ou moins temporaires. Si le pays était en plaine, nous comparerions la lac de Parima à celui de Xarayes ; mais comme c’est au moins un pays de coliines,

1 Volume Le", p. 586,

nous pensons que ce fameux lac ressemble à la grande inondation presque permanente que forme la rivière Rouge dans les États-Unis.

Le lac Amven est l’origine du lac Parima ou Parime, et de la prétendue mer Blanche de quelques anciens voyageurs. Aux mois de décembre et de janvier, lorsque M. Schomhurgh le visita, il avait à peine une lieue de long et était à demi couvert de joncs. La rivière du Pirara sort du lac à l’ouest-nord-ouest du village indien de Pirara et tombe dans le Maou. Ce dernicr naît au nord de l’arête de Pacarina, qui, dans la partie orientale, n’a que 500 mètres d’élévation. Ses sources se trouvent dans un plateau où la rivière forme une belle cataracte appelée Corona. Dans le mois d’avril les savanes sont inondées, et offrent le phénomène particulier que les eaux dérivées de deux systèmes différents de rivières se mêlent ensemble, La grande étendue qu’occupe cette inondation temporaire peut avoir donné lieu à la fable dulac Parina, « Pendant le temps des pluies, ajoute M. Schom- « burgh, une communication par eau pourrait être établie dans Pintérieur « des terres de l'Essequibo au Rio-Branco ct au grand Para. Quelques « groupes d'arbres, placés sur des collines de sable, s'élèvent comme des « oasis dans les savanes , et paraissent à l’époque des inondations des îlots « épars dans un lac: ce sont là, sans doute, ces éles Ipomucena de don « Antonio Santos. »

Après être sorti du lac d’Ypava par deux débouchés, à ce qu’on prétend, l'Orénoque reçoit le Guyavari et plusieurs autres rivières, et entre dans l'Océan à travers un large delta, après un cours de 270 ou tout au plu: de 300 lieues. A son embouchurso il paraît néanmoins comme un lac sans bords, et ses eaux douces couvrent au loin l'Océan. Ses ondes verdtres , ses vagues d’un blanc de lait au-dessus des écueils, contrastent avec le bleu foncé de la mer, qui les coupe par uneligne bien tranchée.

Le courant formé par i'Orinoco ou l’Orenoco, entre le continent &e PAmérique du sud et l’île de la Trinité, est d’une telle force que les mavires favorisés por un vent frais de l’ouest, peuvent à peine le refouler. Cet endroit, solitsive et redouté, s’appelle le golfe Triste. L'entrée en est formée par la Bouche du Dragon. C’est là que, du milieu des flots furieux , s’élèvent C’énormes rochers isolés, « restes, dit M. de Humboldt, dans ses € Tableaux de la Nature, de la digue antique renversée par le courant, « qui joignit jadis l'île de la Trinité à la côte de Paria. » Ce fut à l’aspect de ces lieux que Colomb fut convaineu, pour la première fois de existence du continent de l'Amérique. « Une quantité si prodigieuse d’eau douce, » ainsi raisonnait cet excellent observateur de la nature, « n’a pu être ras-

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« semblée que par un fleuve d’un cours très prolongé. La terre qui donne « cette eau doit être un continent, et non pas une ile.» Mais ignorant la ressemblance de physionomie qu'ont entre elles toutes les productions du climat des palmes, Colomb pensa que le nouveau continent était la prolongation de la côte orientale de l’Asie. La douce fraîcheur de l'air du soir, la pureté éthérée du firmament , les émanalions balsamiques des fleurs que la brise de terre lui apporiait, tout lui fit conjecturer qu’il ne devait pas être éloigné du jardin d'Éden, ce séjour sacré des premiers humains. L’Orinoco lui parut un des quatre fleuves qui, selon les traditions respectables du monde primitif, sortaient du paradis terrestre pour arroser ct partager la terre nouvellement décorée de plantes 1.

L'Orinoco a plusieurs cataractes, parmi lesquelles M. de Humboldt a distingué celles de Maypures et d’Astures. L’une et l’autre sont de peu d’élévation, et doivent leur naissance à un archipel d’ilots et de rochers. Ces rapides ou r'audal’s, comme les Espagnols les appellent, présentent des aspects très-pittoresques. « Lorsque du village de Maypures on des- « cend au bord du fleuve, en franchissant le rocher de Manimi, on jouit « dun aspect tout à fait merveilleux. Les yeux mesurent soudainement « une nappe écumeuse d’un mille d'étendue. Des masses de rochers d’un « noir de fer sortent de son sein comme de hautes tours; chaque ilot, « Chaque roche se pare d'arbres vigoureux et pressés en groupe; au-dessus « de l’eau est sans cesse suspendue une fumee épaisse; à travers ce « brouillard vaporeux où se résout l’écume, s’élance la cime des hauts « palmiers, Dès que le rayon brûlant du soleil du soir vient se briser dans « le nuage humide, les phénomènes de J’optique présentent un véritable « enchantement. Les arcs colorés disparaissent et renaissent tour à tour; « et, jouet léger de l’air, Icur image se balance sans cesse. Autour des « rocs pelés, les eaux murmurantes ont, dans les longues saisons des « pluies, entassé des îles de terre végétale. Parées de drosera, de mimosa, au feuillage d’un blanc argenté, et d’une multitude de plantes, elles forment des lits de fleurs au milieu des roches nues. »

Los communications qui existent entre l’Orinoco et l’Amazone sont un des phénomènes les plus remarquables de là géographie physique. Les Portugais annoneèrent ce fait il y a plus d’un demi-siècle, mais les géographes à système se liguèrent pour prouver que de telles conjonctions des

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t Herrera : Historia de las Indias oceidentales. Dec, 1, lb. IE, €. x, col. 4604, — Jean-Baptista Munos : Histoire du Nouwveau-Monde, s. p. 376.

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fleuves étaient impossibles. Aujourd’hui l’on n’a plus besoin ni d’analogies ni de raisonnements critiques. M. de Humboldt a navigué sur ces rivières, il a examiné cetle singulière disposition du terrain. Îl est certain que l'Orinoco et le Rio-Negro errent sur un plateau qui, dans cette partie, n'a aucune pente décidée; aucune chaine de mon/agne ne sépare leurs bassins; une vallée se présente, leurs eaux s’y écoulent et s’y réunissent : voilà le fameux bras de Casiquiare, au moyen duquel MM. de Humboldt et Bonpland ont passé du Rio-Negro dans l’Orénoque. Il existe, d’ailleurs, encore plusieurs autres communications entre le Rio-Negro et divers affluents de l’'Amazone.

Quoique médiocrement large, PAmérique méridionale renferme plusieurs rivières et fleuves sans écoulement, Tel est, sur un plateau formé par les Cordillères, le lac Tilicaca, qui se décharge, à la vérité, dans le lac dit das Aullagas; mais ni l’un ni l'autre de ces lacs ne s’écoule dans la mer. Dans le Tucuman et au sud-ouest de Buënos-Ayres, une immense plaine tout à fait horizontale est sillonnée par des cours d’eau ct des chaines de petits lacs qui se perdent dans les sabies ou dans les lagunes.

Tels sont les grands détails de l’isdrographie de l'Amérique méridionale, naguère soumise à l'Espagne. Passons à la description de la chaine des Andes, tout entière comprise dans la partie espagnole.

Les Andes, qui tirent leur nom du mot péruvien anti, signifiant cuivre, et donné primitivement à une chaine voisine de Cuzco, forment comme un long rempart dirigé du nord au sud, et couronné de chaines de montagnes, tantôt placées dans le sens de la grande chaine, tantôt dans une direction transversale ou oblique, renfermant des vallées ou s’étendant en plateaux.

Cette terre haute suit les côtes de l’océan Pacifique à travers le Chili et le Pérou ; rarement elle s’en éloigne de plus de 40 à 42 lieues. Étroite vers l'extrémité méridionale, elle s’élargit tout à coup au nord du Chili. Près de Potosi et du lac Titicaca, elle a sa plus grande largeur, qui est de 60 lieues. Près Quito, sous l'équateur, se trouvent les plus hauts sommets de cette chaine, qui sont au nombre des montagnes les plus élevées qu’on ait encore mesurées sur le globe terrestre. A Popayan, la grande digue ou terre haute se Lermine et se divise en plusieurs chaines ; deux en sont les plus remarquables : l'une extrêmement basse, court vers l’isthme dont elle forme le dos ; l’autre s'approche de la mer des Carxibes; elle en suit les côtes, et paraît même, par un chemin sous-marin, se continuer jusque dans lil de la Trinité.

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de tracer une description méthodique complète, nous voyagerons avec A. de Humboldt, La Condamine, Bouguer et Helm.

La chaîne qui borde les côtes septentrionales de la Terre-Ferme a, généralement parlant, 4,200 à 1,500 mètres au-dessus de la mer; les plaines qui s’étendent à la base sont élevées de 200 à 500 mètres; mais il y a des sommets isolés qui s’élancent à une hauteur très-grande; la Sterra- Nevada-de-Merida atteint 4,580 mètres, et le Silla-de-Caracas 4,515 mètres. Ces cimes sont couvertes de neiges éternelles; il en sort souvent des torrents de matières bouillantes; les tremblements de terre n’y sont pas rares, La chaîne est plus escarpée au nord qu’au midi; il y a dans la Silla-de-Caracas un précipice effroyable de plus de 2,534 mètres. La subsiance des rochers de cette chaîne est de gneiss et de sehisle micacé (comme dans les branches inférieures des Andes) ; ces substances sont quelquefois en lits d'environ 4 mètre d'épaisseur, et renferment de grands cristaux de feldspath ; le schiste micacé présente souvent des grenats rouges et des disthènes ; dans le gneiss de la montagne d’Avila, on trouve des grenats verts ; on y rencontre aussi des nœuds de granit. Au sud, la chaîne est accompagnée par des montagnes calcaires, qui s'élèvent quelquefois à un plus haut niveau que les montagnes primitives, et qui renferment quelques rocher, de serpentine veinée et de stéatite bleuâtre. On peut donner à ce système de montagnes le nom de chaîne de Caracas.

La chaîne granitique qui se dirige à travers l’isthme de Panama, mais qui en mérite à peine le nom, n’a que 400 à 300 mètres d’élévation, et semble même être tout à fait interrompue entre les sources du Rio-Atrato et du Rio-San-Juan.

Dans la Colombie, depuis les 2° 30! jusqu’au 5° 45! de latitude boréale, la Cordillère des Andes est divisée en trois chaines parallèles, dont les deux latérales seulement, à de très-grandes hauteurs, sont couvertes de grès et d’autres formations secondaires. La chaîne orientale sépare la vallée de la rivière de la Magdalena des plaines de Rio- Meta. Ses plus hautes cimes sont le Paramo de la Summa-Paz, celui de Cingaza, et les Cerro’s de San- Fernando et de Tuquillo. Aucune d’elles ne s’élève jusqu’à la région des neiges éternelles. Leur hauteur moyenne est de 4,000 mètres, par conséquent de 560 mètres plus grande que la montagne la plus élevée des Pyrénées, La chaîne centrale partage les eaux entre le bassin de la rivière de la Megcalena et celui du Rio-Cauca ; elle atteint souvent la limite des neiges perpétuelles; elle la dépasse de beaucoup dans les cimes colossales du Guanucas, du Buragan et du Quindiu, qui sont toutes élevées de 4,900 à Y. 46

5,500 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, Au lever et au coucher di soleil, ctte chaîne centrale présente un spectacle magnifique aux habitar!: de Santa-Fe, et elle rappelle, avec des dimensions plus imposantes, la vue des Alpes de la Suisse. La chaîne occidentale des Andes sépare la vallée le Cauca de la province de Choco et des côtes de la mer in Sud, Son élévation est à peine de 1,500 mètres.

Ces trois chaînes de montagnes se confondent de nouveau vers le nord, sous le parallèle de Menzo et d’Antioquia, par les 6e et 7e degrés de latitude boréale. Elles forment aussi un seul groupe, une seule masse au sud de Popayan, dans la province de Pasto, Il faut bien distinguer ces ramifications d’avec la division des Cordillères, observée par Bouguer et La Condamine, dans le royaume de Quito, depuis l'équateur jusqu’au 2e degré de latitude australe. Cette division n’est formée que par des plateaux qui séparent des montagnes placées sur le dos même des Andes ; le fond de ces plateaux est encore à 2,750 mètres au-dessus du niveau de l’Océsn. Les trois chaînes dont nous venons de parler sont, au contraire, séparées par de grandes et profondes vallées, bassins des grandes rivières, dont le fond est encore moins élevé au-dessus du niveau de l'Océan, que le lit du R'ône ne l’est dans la vallée de Sion,

Les passages par lesquels on traverse ces chaînes, méritent notre attention. M. Bouguer et de Humboldt nous en donnent une idée. La ville de Ssatn-Fi de Bogota, capitale de l’ancien royaume de la Nouvelle-Grenade, esi situe à l’ouest du Paramo de Chingaza, sur un plateau qui a 2,645 mètres de hauteur absolue, et qui se prolonge sur le dos de la Cordillère orientale. Pour parvenir de cette ville à Popayan et aux rives du Cauca, il faut descendre la chaîne orientale, traverser la vallée de la Magdalena, et passer la chaîne centrale. Le passage le plus fréquenté est celui du Paramo de Guanacas, décrit par Bouguer, lors de son retour de Quito à Carthagène des Indes. M, de Humboldt a préféré le passage de la montagne de Quindiu ou Quindio, sntre les villes d'Ibagua et de Cartago. C’est le plus pénible que présente la Cordillère des Andes. On s’enfonce dans une forêt épaisse, que, dans la plus belle saison, on ne traverse qu’en dix ou douze jours, et où l’on ne trouve aucune cabane, aucun moyen de subsistance. Le sentier par lequel on passe la Cordillère, le plus souvent réduit à la largeur de moins d’un mètre, ressemble en grande partie à une galerie creusée à ciel ouvert. Dans cette partie des Andes, comme presque partout ailleurs, le roc est couvert d’une croûte épaisse d'argile. Les filets d’eau qui descendent de la montagne y ont creusé des ravins. On marche en émissant

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Les Quebrada’s sont tractes sur une échelle bien plus grande ; ce sont d'immenses fentes qui, partageant la masse des Andes, produisent une solution de continuité dans la chaîne qu’elles traversent. Des montagnes comme le Puy-de-Dôme seraient absorbées dans la profondeur de ces ravins qui isolent les diverses régions des Andes, comme autant de pres: qu’iles au sein d’un océan aérien. C'est dans les Quebrada’s que l'œil du voyageur épouvanté saisit le mieux la Cordillère, C’est à travers ces portes naturelles que les grandes rivières descendent vers l'Océan,

En avançant de Popayan ver sud, on voit, sur le plateau aride de la province de los Pastos, le ns des Andes se confondre dans un même groupe, qui se prolon à de l'équateur, Ce groupe, dans l'ancien royaume de Quito, of. et particulier depuis la rivière de Chota, qui serpente dans des montagnes de roche basallique, jusqu’au Paramo de l'Ossuay, sur lequel on observe de mémorables restes de l'architecture péruvienne, Les sommets les plus élevés sont rangés en deux files, qui forment comme une double crète de la Cordillère : ces cimes colossales et couvertes de glaces éternelles ont servi de signaux dans les opérations des académiciens français, lors de la mesure du degré équatorial. Leur disposition symétrique sur deux lignes dirigées du nord au sud les a fait considérer par Bougucr comme deux chaînons de montagnes séparées par une vallée longitudinale. Mais ce que cet astronome célèbre nomme le fond d’une vallée est le dos même des Andes; c’est un plateau dont la hauteur absolue est de 2,700 à 2.900 mètres. Il ne faut pas confondre unc double crête avec une véritable ratification des Cordillères. C’est sur ces plateaux que se trouve concentrée la population de ce pays merveilleux ; c’est là que sont placées des villes qui comptent 30 à 50,000 habitants. « Lorsqu'on a vécu pendant quelques mois sur ce plateau élevé, où « le baromètre se soutient à Om,54, ou à 20 pouces de hauteur, on « éprouve, dit M. de Humboldt, irrésistiblement une illusion extraordi- « naire : on oublie peu à peu que tout ce qui environne l’obscrvateur, ces « villages annonçant l’industrie d’un peuple montagnard, ces pâturages « couverts à la fois de troupeaux de lamas et des brebis d'Europe, ces « vergers bordés de haies vives de duranta et de barnadesia, ces champs « Jabonrés avec soin, et promettant de riches moissons de céréales, se « trouvent comme suspendus dans les hautes régions de l’atmosphère ; on « se rappelle à peins que le sol que l’on habite est plus élevé au-dessus

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En regardant le dos des Cordillères comme une vaste plaine bornée par des rideaux de n'ontagnes éloignées, on s’accoutume à considérer les inégalités de leur crête comme autant de cimes isolées. Le Pichincha, le Cayambé, le Cotopaxi; tous ces pics volcaniques que lon désigne par des noms particuliers, quoiqu’à plus de la moitié de leur hauteur totale, ils ne constituent qu’une seule masse, paraissent aux yeux de l'habitant de Quito autant de montagnes distinctes qui s'élèvent au milieu d’une plaine dénuée de forêts. Cette illusion est d’autant plus complète que les dentelures de la double crête des Cordillères vont jusqu’au niveau des hautes plaines habitées : aussi les Andes ne présentent-elles l’aspect d’une chaine que lorsqu'on les voit de loin, soit des côtes du Grand-Océan, soit des savanes qui s’étendent jusqu’au pied de leur pente orientale.

Les Andes de Quito forment la partie la plus élevée de tout le système, particulièrement entre l'équateur et le 4er. degré 45 minutes de latitude australe. Ce n’est que dans ce petit espace du globe que l’on a mesuré exactement des montagnes qui surpassent la hauteur de-6,000 mètres. Aussi n’y en a-t-il que trois cimes : le Chimborazo, qui excéderait la hauteur de l'Etna placé sur le sommet du Cauigou, ou celle du Saint-Gothard placé sur la cime du pic Ténériffe; le Cayambé et l’Antisana. Les traditions des Indiens de Lican nous apprennent avec quelque certitude quela monlagne de l’Autel, appelée par les indigènes Capa-Urcu, était jadis plus élevée quele Chimborazo, mais qu’après une éruption continuelle de huit ans, ce volcan s’affaissa : aussi son sommet ne présente-t-il plus, dans ses pics inclinés, que les traces de la destruction.

La structure géologique de cette partie des Andes ne diffère pas essentiellement de celle des grandes chaînes de l’Europe. Le granit constitue la base sur laquelle reposent les formations moius anciennes; il est à découvert au nied des Andes, sur les bords de l'océan Pacifique, comme sur les bords de l’océan Atlantique, près des bouches de l’Orénoque. Tantôt en masse, tantôt en bancs régulièrement inclinés et parallèles, enchassant des masses rondes où le mica domine seul, le granit du Pérou ressemble à celui des Hautes-Alpes ct de Madagascar, Sur cette roche, et quelquefois alternativement avec elle, se trouve le gneiss ou granit feuilleté. {1 fait passage au schiste micacé, et celui-ci au schiste primitif. La roche calcaire grenue, le trapp primitif et le schiste chloritique forment des couches subordonnées dans le gneiss et le schiste micacé; ce dernier, extrémement répandu dans

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les Andes, renferme souvent des couches de graphite, et sert de base à des formations de serpentine qui alternent quelquefois avec la siénite. La crête des Andes est partout couverte de porphyres, de basaltes, de phonolithes et de roches vertes ; divisées en colonnes, toutes ces roches présentent de loin l’aspect d'une immense suite de tours écroulées. L’épaisseur et l’étendue des roches schisteuses et porphyriques est le seul grand phénomène par lequel les Andes diffèrent des montagnes de l’Europe : les porphyres du Chimborazo ont 3,700 mètres d’épaisseur, sans mélange d'aucune autre roche ; le quartz pur, à l’ouest de Caxamarca, 2,900, et le grès des environs de Cuenca, 4,590. Ces roches forment toute l’élévation centrale des Andes, tandis qu’en Europe le granit où l’ancien calcaire constitue la ‘cime des chaînes. Les volcans se sont fait jour à travers ces bancs immenses, et en ont couvert les flancs de picrres obsidiennes et d’amygdaloïdes poreuses. Les volcans les plus bas jettent quelquefois des laves, mais ceux de la Cordillère proprement dite ne lancent que de l’eau, des roches scorifiées, et surtout l'argile mêlée de soufre et de carbone 1.

En pénétrant dans le Pérou, nous voyons les chaînes des Andes se multiplier, s'étendre en largeur, et en même temps perdre leur élévation.

Le Chimborazo, comme le Mont Blanc, forme l'extrémité d’un groupe colossal. Depuis le Chimborazo jusqu’à 420 lieues au sud, aucune cime suivant M. de Humboldt, n’entre dans la neige perpétuelle. La crête des Andes n’a que 3,100 à 3,500 mètres d’élévation. Depuis le 8e degré de latitude australe, les cimes neigées deviennent plus fréquentes, surtout vers Cuzco et la Paz, où s’élancent les pics d’{limani et de Cururana.

Depuis le voyage de M. de Humboldt, on considérait le Chimborazo comme le sommet le plus élevé de toute l'Amérique: sa hauteur est de 6,530 mètres; mais un voyageur anglais, M. Pentland, a reconnu que le point culminant des Andes est le Vevado de Sorata, situé dans la Cordilière orientale, vers le 15e degré 50 minutes de latitude méridionale : il a 7,696 mètres de hauteur.

Partout, dans cette région, les Andes proprement dites sont bordées à lorient par plusieurs chaînes inférieures. Les missionnaires qui ont parcouru les montagnes de Chachapoya, celles qui bordent la Pampa-del- Sacramento, celles qui forment la Sierra-de-San-Carlos ou le Grand- Pajonal, et les Andes de Cuzco, nous les présentent comme couvertes de grands arbres et de prairies verdoyantes ; par conséquent comme considérablement inférieures à la Cordillère proprement dite. A l’égard de celle-

1 A, de Humboldt : Tableau des régions équatoriales, p. 122-130,

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ci, M. Helm, directeur des mines d’Espagne, a donné quelques notions sur Ja partie la plus centrale , où l’on aperçoit encore très-visiblement ce partage en deux crêtes parallèles que Bouguer avait observé plus au nord. Selon lui, les flancs orientaux des Andes présentent quelquefois du granit rouge et vert, et du gneiss, entre autres, vers Cordova et Tucuman; mais la grande chaîne consiste principalement en schiste argilcux, ou en différentes espèces d’ardoise épaisse, bleuâtre, d’un rouge obscur, grise ou jaunâtre; on y trouve aussi, de temps entemps, des lits de pierre à chaux ct de larges masses de grès ferrugineux. Une belle masse de porphyre couronne la montagne de Potosi. Depuis cette ville jusqu’à Lima, leschiste argileux dominait aux yeuxde cet observateur; le granit y paraissait quelquefois en longues couches ou en forme de boules; souvent la base du schiste argileux était couverte de lits de marne, de gypse, de pierre à chaux, de sable, de fragments de porphyre, et même de sel gemme.

Les observations accidentelles de M. Helm ne fournissent pas un coup d'œil géologique complet, mais elles coincident avec le tableau que nous avons tracé, d’après M. de Humboldt, des Andes de Quito.

Les Andes du Chili ne paraissent pas le céder en hauteur à celles du Pérou; mais leur nature est moins connue. Les volcans y semblent encore plus fréquents. Les chaînes latérales continuent, mais la Cordillère paraît offrir qu’une seule crête. Plus au sud, dans le nouveau Chili, la Cordillère se rapproche si fort de l'Océan, que les ilots escarpés de l’archipel des Huayatecas peuvent être regardès comme un fragment détaché de la chaîne des Andes. Ce sont autant de Chimborazo et de Cotopaxi, mais noyés aux deux tiers dans les abîmes de l'Océan. Sur le continent, le cône neigé de Cuptana s’y élève environ à 2,900 mètres; mais p'° usud, vers le cap Pilar, les montagnes granitiques s’abaissent jusqu'a . mètres, et même jusqu'à de moindres hauteu”s.

Ainsi que nous l’avons dit ailleurs , les Audes du Chili sont composées en grande partie deroches graniliques. Sur le :evers oriental, on observe de vastes dépôts de terrains diluvien et alluvien. Sur les granits et les gnéis reposent des calcaires, parmi lesquels on voit des marbres de différentes couleurs; des dépôts salifères, des porphyres et des basaltes se font remarquer dans plusieurs localités. Ces montagnes étaient autrefois extrémement riches en métaux précieux ; au commencement de ce siècle, M. de Humboldt évaluait leurs produits à 2,800 kilogrammes d'or et à 6,800 d’argent. On y trouve des dépôts diluviens aurifères dont l'exploitation se fait par le lavage. L'argent est fréquemment en veines dans le schistes le

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