‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 87 sur 146 · ER — E · texte numérisé non relu

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cieux qui, du Pérou, passaient par l’isthme de Panama pour être envoyés en Europe. Aujourd’hui Buénos-Ayres en est l’entrepèt. L’isthme de Panama, ainsi que l’ancienne province de Darien, produisent du cacao, du tabac, du coton; mais l’air, à la fois trop humide ou trop chaud, les rend presque inhabitables. Le sol y est montueux, mais on y trouve des plaines fertiles. La végétation y est partout d’une force surprenante, Les rivières y sont nombreuses, et quelques-unes charrient de l'or.

L’isthme de Panama n’a que 8 lieues de large dans l’endroit le plus étroit. Elle forme en cet endroit la baie de Limon ou Navy-Bay, point naturel qu’on pourrait rendre parfaitement sûr à l’aide de quelques travaux, et en face duquel est la petite île de Manszanilla. Cette petite île vient d'acquérir une immense importance, depuis qu’elle a été choisie comme tête du chemin de fer que les Anglo-Américains exécutent en ce moment, de Chagres à Panama, pour relier entre eux les deux Océans.

On avait d’abord songé à établir un canal maritime ; mais sans parler des autres difficultés d’exécution , telles que la nature rocailleuse du sol et linsalubrité, on trouva que la dépense à faire pour l'établissement d’un canal maritime capable de livrer passage aux navires de 4,200 tonneaux, devait s'élever à 125 millions. On renonça donc à cette voie de communication, et une compagnie anglo-américaine proposa et fit adopter un projet de chemin de fer, dont elle entreprit aussitôt l’exécution. Le tracé a son origine, du côté de l'Atlantique, sur l’île de Manzanilla, située au nord-est de la baie de Limon ou Navy-Bay, qui se trouve à 7 milles, (41 kilomètres) est, de Chagres. Il traverse l’île de Manzanilla en son milieu, du nord au sud, et franchit ensuite le bras de mer étroit et peu profond qui sépare l'île de la terre ferme, pour se diriger parallèlement à la baie, à travers les terrains bas et marécageux qui la limitent du côté de l’est; il s’infléchit ensuite vers le sud-sud-ouest, pour aller gagner, vis-à-vis du village de Gatun, la vallée de la rivière de Chagres. Il franchit alors le Rio-Gatun, et continue à suivre de près la rive droite du Chagres, en se maintenant sur lu bande de terrain généralement peu accidentée qui existe entre la rivière et les collines qui bordent la vallée. Sa direction générale est du nord-ouest au sud-est; mais à cause des sinuosités nombreuses du Chagres, il décrit un grand nombre de courbes. On arrive ainsi à un point situé à peu près à 1 mille (4 kilomètre 609 mètres) en aval du bourg de Gorgona; là, le chemin de fer franchit le Chagres, pou: s'en séparer et se diriger vers Panama, à travers un pays beaucoup plus accidenté en général que la première partie du parcours ; il aboutit ainsi à la baie de Panama, à l’ouest de

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cette ville. C’est entre Gorgona et Panama, à 9 milles environ de Gorgona, que le tracé franchit le faîte de séparation entre les deux Océans. La longueur totale du chemin, de la baie de Limon à Panama, est de 72 à 74 kilomètres. Dans ce trajet, il ne franchit que deux cours d’eau de quelque importance, le Rio-Gatun et le Chagres. Commencé le 45 décembre 1850 , ce chemin de fer, dont l’exécution intéresse le monde entier, est parvenu, en juin 4852, à plus de moitié de son exécution, puisqu'il atteint Gorgona, à #2 kilomètres de la baie de Limon ; les 32 kilomètres qui restent à franchir, de Gorgona à Panama, seront sans doute terminés en 1854, On pourra alors, en deux ou trois heures, se rendre d’un Océan à lautre!. L'ile de Manzanilla n’est séparée de la baie de Limon que par un petit bras de mer de 400 mètres de largeur; elle a environ 4,800 mètres de long sur 1,000 mètres de large, et doit son origine à un amas de madrépores el de polypiers. Elle est couverte d'une végétation luxuriante au milieu de laquelle se dressent le manglier et le mancenillier. La température n’est pas aussi élevée que pourrait le faire croire sa position inter-tropicale, il cal rare que le thèrmomètre s'élève à 30 degrés centigrades. Les Anglo-Américains y bâtissent une ville qui doit prendre de rapides accroissements comme tête du chemin de fer sur l’océan Atlantique. Chagres est à l'embouchure de la rivière du même nom, dans un endroit insalubre; son port qui est défendu par le fort San-Lorenzo, n’est accessible qu’aux navires de troisième ordre. Il y a à Chagres deux villages distincts; sur la rive droite de la rivière est l’ancien village indien, il renferme 300 habitants issus des deux races africaine et indienne ; en face, sur la rive gauche, est le village américain, construit depuis peu, et qui consiste en 40 on 50 maisons en bois, dont on ne pourrait évaluer la population toujours mouvante ; on y trouve des restaurants, des hôtels, des magasins, qui rappellent que l'on est sur un point de passage important. Le port de Chagres sera promptement abandonné lorsque le chemin de fer sera entièrement t:rminé.

En remontant la rivière de Chagres l’espace de 3 lieues et demie, on rencontre le petit village de Gafun, sur la rivière du même nom, composé d’une trentaine de huttes construites en bambous et en écorces de bois ; puis sucsessivement ceux de Gongona et de Crucès, qui sont destinés à prendre un rapide accroissement ; le premier comptait une centaine d'habitations avant l'incendie qui leravagea en 1854.

1 Nous empruntons ces détails à un excellent article que M. Emile Chevalier a

publié en juin 1852, dans la Revue des Deux-Mondes, sous ce titre : ricai du Nord à l'Isthme de Panama, ! ° A ALB eut

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Panama, chef-lieu du département de l'Isthme, se divise en haute et basse ville. Cette dernière, appelée El- Varal, est la plus peuplée. La plupart des rues de ses deux quartiers sont étroites, obscures et malpropres ; la plupart des maisons sont en bois et couvertes en chaume ; cependant la ville s’embellit chaque jour. La rade qui s'étend devant Panama, est large, mais dangereuse; les gros navires s’arrêtent aux îles Taboga et Taboguilla; les seuls bateaux plats peuvent abs:der dans le port. Cette ville, qui, depuis 1840, a été déclarée port franc, et dont la population est de 6,000 âmes, fait un commerce assez considérable; elle exporte, par an, pour 40,000 piastres de perles que fournissent les pêcheries établies dans la baie et sur les parages du petit archipel de Las Perlas, dont la principale île est celle d’El-Rey. Deux grandes lignes de navires à vapeur ont leur point de départ et d'arrivée à Panama ; la première fonctionne entre Panama, Callao et Valparaiso ; la seconde fait le service régulier entre Panama et San-Francisco de Californie. Tout l’avenir de cette ville.est dans le chemin de fer qui doit y aboutir.

La petite ville de Santiago de Veragua, à 60 lieues au sud-ouest de Panama, est dans une contrée fertile, qui nourrit de nombreux bestiaux. Au sud de la province dont elle est le chef-lieu, s’élève, à 6 lieues de la côte, l'ile de Quibo, qui n’est peuplée que d’animaux sauvages.

Sur la côte septentrionale de l’isthme, Porto-Bello, ou Puerto-Vello, occupe le penchant d’une montagne assez élevée, qui embrasse son port et l’abrite contre les vents. Située à 47 lieues au nord-ouest de Panama, elle éprouve, comme celle-ci, des chaleurs très-fortes et la pernicieuse influence d’une atmosphère humide, entretenue par les vastes forèts voisines ; aussi l’avait-on surnommée la sépullura de los Europeanos. Cependant la sagesse du gouvernement, en hâtant la destruction d’une partie des bois qui s’étendaient jusqu’aux portes de cette ville, a contribué à rendre plus sain l’air qu’on y respire. Sous le gouvernement espagnol, elle avait une population de 8 à 9,000 âmes, qui, dans ces derniers temps, était réduite à 4,500.

Passons dans l’ancien département de la Magdalena. Carthagène, ou Cartagena-de-las-Indias, est située sur une île sablonneuse du détroit formé à l’embouchure de la Magdalena. Son port défendu par la forteresse de Bocachica, et l’un des plus beaux de l’Amérique, est la station ordinaire d’une partie de la marine militaire de la Nouvelle-Grenade ; ses fortifications, dont quelques parties ont besoin d’être réparées, la mettent au premier rang parmiles places de guerre de cette république. Quelques

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églises, plusieurs couvents, qui passent pour de beaux édifices, sont, ainsi que ses immenses citernes, les principales constructions de cette ville. Ses rues sont étroites, sombres, mais assez bien pavées; ses maisons Ja plupart en pierres, sont régulières et élevées d’un seul étage au-dessus du rez-de-chaussée. Cependant l'aspect de cette ville est généralement triste, ce qu’elle doit surtout à ses longues galeries soutenues par des colonnes basses et lourdes, et à des terrasses en saillie qui dérobent la moitié du jour. Malgré ce qu’elle a souffert pendant les guerres de l’indépendance, elle renferme encore 48,000 habitants, en y comprenant ses faubourgs. Le 22 mai 4834, elle fut ravagée par un tremblement de terre, qui renversa les murailles de plusieurs églises. Pour éviter les chaleurs excessives et les maladies qui règnent pendant l’été à Carthagène des Indes, les Européensnon acclimatés se réfugient dans l’intérieur des terres au village de Turbaco, bâti sur une colline, à l'entrée d’une forêt mujestueuse qui s’étend jusqu’à la rivière de Magdalena. Les maisons sont en grande partie construites de bambous et couvertes de feuilles de palmiers. Des sources limpides jaillissent d’un roc calcaire qui renferme de nombreux débris de polypiers fossiles ; elles sont ombragées par le feuillage lustré de l’anacardium caracoli, arbre de grandeur colossale , auquel les indigènes attribuent la propriété d’attirer de très-loin les vapeurs répandues dans l'atmosphère. Le terrain de Turbaco étant élevé de plus de 300 mètres au-dessus du niveau de l’Océan, on y jouit, surtout pendant la nuit, d'une fraîcheur délicieuse. Les environs présentent un phénomène très-curieux. Les Volcancilos sont situés à une lieue et demie à l’est du village de Turbaco, dans une forêt épaisse qui abonde en baumiers de tolu, en gustavia à fleurs de nymphea, et en cavanillesia mocundo, dontles fruits nombreux et transparents ressemblent à des lantcrnes suspendues à l’extrémité des branches. Le terrain s'élève graduellement à 40 ou 50 mètres de hauteur au-dessus du village de Turbaco; maisle sol étant partout cou. vert de végétation, on ne peutdistinguer la nature des roches superposées au calcaire coquillier. Au centre d’une vaste plaine bordée de bromelia karatas, s'élèvent 48 à 20 petits cônes, dont la hauteur n’est que de 7 à 8 mètres. Ces cônes sont formés d’une argile gris-noirâtre ; à leur sommet se trouve une ouverture remplie d’eau. Lorsqu'on s’approche de ces petits cratères, on entend par intervalle un bruit sourd et assez fort qui précède de 45 à 48 secondes, le dégagement d’une grande quantité d’air. La force avec laquelle cet air s’élève au-dessus de la surface de Peau peut faire sup-

doser que, dans l’intérieur de la terre, il éprouve une grande pression. M. de V. 49

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Humboldt a compté généralement cinq explosions en deux minutes. Souven ce phénomène est accompagné d'une éjection boueuse. On assure que les cônes ne changent pas sensiblement de forme dans l’espace d’un grand nombre d'années, mais la force d’ascension du gaz et la fréquence des explosions paraissent varier selon les saisons. Les analyses de M. de Humboldt ont prouvé que l’air dégagé ne contient pas un demi-centième d’oxygène. C’est un gaz azote plus pur que nous ne le préparons généralement dans nos laboratoires.

Santa-Martla, ville épiscopale, dans une situation salubre, a un port sûr, spacieux et bien défendu. La plupart de ses édifices publics et particuculiers ont considérablement souffert du tremblement de terre du 22 mai 4834, qui n’épargna pas Mompox et plusieurs autres villes. La province de Santa-Marta est très-fertile ; elle a des mines d’or et d’agent, des salines abondantes , sinsi que des fabriques de coton et de vaisselle de terre. Riode-la-Hacha, sur le bord de la mer, dans un terrain productif, s’enrichissait autrefois par la pêche des perles.

En remontant la Magdalena jusqu’à 37 lieues de son embouchure, on arrive à Mompox, cité de 42 à 15,000 habitants, presque tous affligés de goîtres depuis l’âge de 30 à 40 ans. Cette ville est un entrepôt important ; elle reçoit d’Ocana du tabac, du sucre et du cacao; de Pamplona et de Cucuta, des farines; d’Antioquia, de l’or ; enfin les diversproduits que l’on transporte par Magdalena.

Le département du Cauca se divise en quatre provinces : celles de Popayan, de Past , de Choco et de Buenaventura.

Popayan florissait autrefois par son commerce d’entrepôt avec Quito et Carthagène. Elle est au pied des grands volcans de Puracé et de Sotara, Sa population était de plus de 20,000 âmes, mais la guerre de l’indépendance l’a réduite de moitié. Elle a conservé son évêché, son université et son hôtel des monnaies. Ses rues sont bordées de trottoirs en pierres, et lavées par les eaux rapides de la petite rivière de Malina, qui y entretiennent une grande propreté. Barbaccas renferme de riches mines d’or. Carlago, que l’on traverse en descendant la riante vallée du Cauca, se présente avec une b le apparence au bord du Rio-Labeixa. Ses rues sont larges et droites , et ses 6,000 habitants font un commerce assez considérable en fruits, en café, en tabac et en cacao.

Si de Popayan nous nous dirigeons vers le sud en suivant la double chaîne des Andes, nous trouvons Paslo, ville de 7 à 8,000 âmes, qui se montra longtemps opposée à la cause de l'indépendance, et qui, après

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avoir été forcée de se rendre à Bolivar en 4822, fut, en 1827, ravagée par un tremblement de terre. Elle est placée dans une situation pittoresque , sur la rivière du Cauca.

Cette ville est située au pied du terrible volcan de Puracé, et entourée de forêts épaisses, placées entre des marais où les mules enfoncent à micorps. On n’y arrive qu’à travers des ravins profonds et étroits comme les galeries d’une mine. Toute la province de Pusto est un plateau gelé presque au-dessus du point où la végétation peut durer , et entouré de volcans et de soufrières qui dégagent continuellement des tourbillons de fumée. Les malheureux habitants de ces déserts n’ont d’autres aliments que les patates, et si elles leur manquent, ils vont dans les montagnes manger le tronc d’un petit arbre nommé achupalla ; mais ce même arbre étant l'aliment de l’ours des Andes, celui-ci leur dispute souvent la seule nourriture que leur présentent cesrégions élevées.

San-Buenaventura , capitale de la province de son nom, est importante par sa baie qui est fréquentée par les navires. Zscuande n’est qu’une misérable petite ville au pied de la Cordillère, mais elle a dans son voisinage de riches mines de platine.

Le chef-lieu de la province de Choco est Quibdo ( Cilara) entrepôt des riches mines d'or et de platine des environs; Vovila est un gros bourg assez peuplé qui est le centre du commerce de l'intérieur.

Le province de Choco, que baigne le Grand-Océan, serait moins riche par ses mines que par la fertilité de ses coteaux et l’excellente qualité de son cacao , si malheureusement un climat à la fois nébuleux et brûlant n’en éloignait l’industrie humaine. Marmontel a peint cette côte avec des coueurs aussi justes que vives : » Un ciel chargé d’épais nuages, où mugissent les vents, où les tonnerres grondent, où tombent presque sans « relâche des pluies orageuses; des grêles meurtrières parmi les foudres « et les éclairs; des montagnes couvertes de forêts ténébreuses, dont les « débris cachent la terre, et dont les branches entrelacées ne forment « qu’un épais tissu , impénétrable à la clarté du jour; des vallons fangeux « où sans cessent roulent d’impétueux torrents; des bords hérissés de « rochers, où se brisent en gémissant les flots émus par les tempêtes ; le « bruit des vents dans les forêts, semblable aux hurlements des loups et au « glapissement des tigres ; d'énormes couleuvres qui rampent sous l'herbe humide des marais, et qui, de leurs vastes replis, embrassent la tige « des arbres; une multitude d’insectes qu’engendre un air croupissant, et « dont l’avidité ne cherche qu’une proie. » Mais l’auteur des Zncas a tort

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d'appliquer en totalité ce portrait de la côte de Choco à l’fle de Gorgone, où Pizarre vint se réfugier avec les douze compagnons qui lui restèrent fidèles. Gorgone, dans lu bate de Choco, de même que l'archipel des Jles aux Perles, dans la baie de Panama, sont plus habitables que le continent voisin. Dans l’intérieur de la province de Choco, le ravin de Raspadura unit les sources voisines du Rio-Noanama, appelé aussi Rio-San.Juan, et de la petite rivière de Guito. Cette dernière, réunie aux deux autres, forme le Rio-Atralo, qui se jette dans la mer des Antilles, tandis que le Rio-San-Juan tombe dans le Grand-Océan.

L'ancien département de Boyaca a formé les quatre provinces de Tunja, de Pamplona, de Socorro et de Casanarce. Elles sont situées à l’est de Santa-Fé de Bogota, et comprennent une partie des l/anos (lianos ou yanos) qui s'étendent entre l’Amazone et l’Orénoque. Une partie de ces vastes plaines, qui s'étendent aussi au sud du Venezuela, formait autrefois la province colombienne de San-Juan dé los Lanos. Tunja a été autrefois riche, populeuse et florissante, lorsqu’elle servait de résidence au zaque, ou roi de la puissante nation des Muyscas. Boyaca rappelle la victoire qui, dans ses environs, assura la cause de l'indépendance en 1819. Sogamoso, petite ville assez florissante, célèbre par son grand temple du Soleil et par le sacrifice humain du guesa (pauvre enfant de quinze ans), qui y avait lieu tous les quinze ans, au temps de la domination des Muyscas ; Pamplona, petite ville qui renferme un collège, et possède dans ses environs des mines d’or et de cuivre; Socorro à 260 kilomètres au nord-est de Bogota, sur le Souarez ; c’est une ville de 45,000 âmes, importante par son commerce et son industrie, Velez, avec des lavages d’or; Moniquira, avec des mines de cuivre; Rosario de Cucuta, où se réunit, en 1825, le congrès qui donna la constitution de la république colombienne; enfin, Chinquiquira, qui est un lieri de pèlerinage, sont dignes de fixer l’attention.

La Nouvelle-Grenade forme aujourd'hui une république démocratique ; le pouvoir exécutif est confié à un président élu tous les quatre ans. Le pouvoir législatif appartient à un congrès de 26 membres, et à une chimbre de représentants composée de 58 membres. Les sénateurs et ie: déniics Se renouvellent par moitié tous les deux ans; ils sont élus au suffrage universel, mais au second degré. Le pouvoir judiciaire est exercé par une cour suprêm':, siégeant à Bogota, et par sept tribunaux supérieurs de districts, siégeant “ans les principales villes. La religion catholique est la seule reconnue pc" lat. La !ouvelle-Grenade est divisée en un archevêché et six évéchés, Les dépenses annuelles montent à environ 47 millions

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de francs de notre monnaie; on évalue à 35,443,034 réaux ! le budget pour l’année 1850. Le commerce général est fait par les ports de Carthagène, de Santa-Marta, de Rio-Hacha et de Savanilla ; l’on peut porter à 25 millions de francs la valeur de l'importation et de Pexportation; l'or entre pour 8 millions dans ce dernier article. La force armée consiste principalement dans la milice; quant à la marine militaire, elle est à peu près nulle.

La république de Venezuela est le plus oriental des États eolembiens ; elle est baignée au nord par la mer des Antilles ; à l’est, elle confine avec la Guyane anglaise; au sud, elle s’appuie sur la prove brésilienne de Rio-Negro ; enfin, elle tient à l’ouest, à la Nouvelle-Gremade, Sur la côte, elle possède plusieurs fles, dont la principale est Margarita. Les premiers conquérants, ayant remarqué des villages indiens bâtis sur pilotis dans les iles du lac de Maracaïbu, donnèrent à tout le pays le nom de Venezuela, ou Petite-Venise, nom qui s’étendit bientôt à toute la contrée ; telle 2st l'étymologie du nom de cette république. Sa superficie est d'environ 35,797 lieues carrées; la population totale, composée de blancs Hispano-Américains, Indiens soumis et insoumis, métis, nègres, ne s'élève pas au-d ssus de 1,100,000 âmes; l’esclavage tend de plus en plus à s’éteindre, et, comme dans la Nouvelle-Grenade, une caisse dite de manumission, alimentée par un impôt sur les successions, est destinée à l’affranchissement des esclaves.

Le territoire peut être, topographiquement, divisé en trois grandes zones; la zone agricole, comprise entre les côtes et la plaine ou llœnos, embrasse une étendue de 8,737 lieues carrées, sur lesquelles 500, à peine, ont été défrichées ou cultivées depuis la conquête; la zone des llanos qui atteint à 9,000 lieues carrées; enfin, la zone des bois, des montagnes sans culture, des forêts vierges, qui absorbe dans son ensemble près de 18,000 lieues carrées.

La chaîne des montagnes qui borde la mer des Caraïbes et forme le bassin de l’Orénoque étant peu élevée, admet presque partout l’industrie du cultivateur. D'après la différence du niveau, on y jouit, dans quelques endroits, de la fraicheur d'un printemps continuel; et, dans d’autres, l'influence de la latitude se fait pleinement sentir. L'hiver et l’êté, c’est-àdire les pluies et la sécheresse, se partagent l’annéo entière ; les premières commencent en novembre et finissent en avril. Pendant les six autres mois, les pluies sont moins fréquentes, quelquefois même rares. Les orages se font moins souvent sentir depuis 4792 qu'avant cette époque; mais les tremblements de terre ont fait des ravages terribles ; la ville même de Cara-

1 Loæéal de la Nouvelle-@renade vaut à peu près 50 centimes.

AMÉRIQUE, — RÉPUBLIQUES COLOMBIENNES.

cas a été détruite en 1812. On avait découvert queiques mines d'or, mais les révoltes des Indiens en ont fait abandonner l'exploitation. En 1850, on a découvert que le Furiario, dans la province de Guyana, roulait des sables aurifères. On a trouvé, dans la juridiction de San-Felipe à Aroa, une mine de cuivre qui fournit aux besoins du pays, et même à l'exportation. La pêche des perles le long des côtes, jadis importante, est aujourd’hui presque abandonnée. La côte septentrionale du département de Venezuela produit beaucoup de sel très-blanc. Les eaux minéraies et thermales, assez abondantes, sont p: 1 fréquentées. Les forêts qui couvrent les montagnes de Taracas fourniraient pendant des siècles aux chantiers les plus considérables ; mais la nature du terrain rend trop difficile l’exploitation des bois, que d’ailleurs la navigation, peu active, ne réclame pas encore. Les . forêts produisent aussi beaucoup de bois de marqueterie et de teinture. On recueille des drogues médicinales, telles que la salsepareille et le quinquina. Le lac Haracaïbo fournit de la poix minérale ou du pisasphalte, qui, mêlé avec du suif, sert à goudronner les bâtiments. Les vapeurs bituminceuses qui planent sur le lac s’enflamment souvent spontanément, surtout dans les grandes chaleurs. Les bords de ce lac sont si stériles, et si malsains, que les Indiens, au lieu d'y fixer leur demeure, aiment mieux habiter sur le lac même. Les Espagnols y trouvèrent beaucoup de villages construits sans ordre, sans alignement, mais sur des pilotis solides. Ce lac, qui a 60 lieues de long et 30 de large, communique avec la mer; mais ses caux sont habituellement douces. La navigation y est facile, même pour des bâtiments d'une grande capacité. La marée s’y fait sentir plus fortement que sur les côtes voisines. Le lac de Valencia, que les Indiens appellent Tacariqua, offre un coup d’æil bien plus attrayant. Ses bords, ornés d’une végétation féconde jouissent d’une température agréable; long de 13 lieucs et demie sur une largeur de #, il reçoit une vingtaine de rivières et n’a lui-même aucune issue, étant séparé de la mer par un espace de 6 lieues, rempli d’äpres montagnes.

Les provinces de la république de Venezuela sont très-riches en rivières, ce qui procure beaucoup de facilité pour l’arrosement ; celles qui serpentent dans la chaîne des montagves se déchargent dans la mer, et courent du sud au nord, tandis que celles qui prennent leur source dans le revers méridional de la montagne parcourent toute la plaine et vont se perdre dans l'Orénoque. Les premières sont en général assez encaissées par la nature, et ont une pente suffisante pour ne déborder que rarement, et pour que ces débordements ne soient ni longs ni nuisibles; les secondes, qui ont leur

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leurs eaux une grande partie de l’année, et ressemblent alors plutôt à une mer qu’à des rivières débordées. Les marées, peu sensibles sur toute la côte du nord, depuis le cap de la Vela jusqu’au cap Paria, deviennent très-fortes depuis ce dernier cap jusqu'à la Guyane hollandaise. Un grand inconvénient, commun à tous les ports du Venezuela, est d’être continuellement exposé aux ras de marées, à ces lames houleuses qui ne paraissent nullement occasionnées par les vents, mais qui ne sont pas moins incommodes ni souvent moins dangereuses.

Les vallées septentrionales sont les parties les plus productives de cet État, parce que c’est là que la chaleur et humidité sont plus également combinées qu'ailleurs. Les plaines méridionales, ou /lanos, trop exposées à l’ardeur du soleil, ne donnent que des pâturages où l’on élève des bœufs, des mulets, des chevaux. Les Indiens qui les habitent sont forts, agiles et robustes. La culture devrait être très-florissante dans ces provinces, où il n'existe pas de mines; mais ses progrès sont retardés par lindolence et le défaut de lumières. Le cacao qu’elles produisent est, après celui de Soconusco, dans l'Amérique-Centrale, le plus estimè dans le commerce. On l’exporte en grande partie pour le Mexiqne. Les plantations de cacaoyers se trouvent toutes au nord de la chaine de montagnes qui côtoie la mer. Dans l’intérieur, on ne cultive que depuis 4774 l’indigo, qui est de trèsbonne qualité. Ce fut à la même époque que commença la culture du coton. En 173%, on songea à cultiver le café comme objet de commerce; mais jusqu’à présent les plantations, tenues avec négligence, ont donné des fruits médiocres. Les sucreries ne jouent encore qu’un rôle secondaire ; elles sont cependant en assez grand nombre, mais tous leurs produits se consomment dans le pays ; car les Espagnols aiment passionnément les confitures et tous les aliments qui admettent du sucre. Le tabac est excellent, et les lois n’en gênent pas la culture.

La température moyenne du pays est de 27 degrés; dans l’intérieur des terres elle est supérieure à celle des côtes, et la limite des neiges perpétuelles est à 4,540 mètres. Les rivières ont très-peu de pente, en sorte que le moindre vent, dans une direction opposée à leur cours, cause un remous qui repousse les eaux de tous les affluents, souvent à de grandes distances, et transforme les savanes en grands lacs qu’on ne peut plus parcourir qu’en réunissant l’habileté du cavalier aux connaissances du pilote. Dans les plaines, il tombe annuellement jusqu’à 2 mètres 54 centimètres de pluie, et sur les montagnes au moins 4 mètre 50 centimètres,

Le Venezuela, cumposé des anciens départements colombiens de Venezuela, Maturin, Orénoque et Zulia, se divise aujourd’hui, administrativement, en quinze provinces. Nous allons visiter ses villes les plus importantes, et nous commencerons naturellement par la capitale de cette nouvelle république, Caracas ou Léon de Caracas, que le Français ont longtemps nommée Caraque. Avant le dernier tremblement de terre de 1812, qui fit périr 10,000 habitants, elle renfermait de beaux édifices et comptait 45,000 habitants. Bâtie dans une vallée et sur un terrain trèsinégal, baignée par quatre petites rivières, elle a cependant des rues bien alignées et des maisons très-belles. Son université rivalise avec celles de Bogota et de Quito. La température de cette ville ne répond pas du tout à sa latitude; on y jouit d’un printemps presque conlinuel; elle doit cet avantage à son élévation, qui est de 910 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle est le siége d’un archevèché et le centre d’un grand commerce. Fondée en 1567, par Diégo Losada, elle fut longtemps le chef-lieu de la capitainerie générale de son nom; c’est la patrie de Simon Bolivar. Caracas a pour port la Gouyre ou Guayra, qui en est à 5 lieues, à l'embouchure de la rivière du même nom. Cette ville, qui compte 42 à 45,000 âmes, fait à elle seule plus de la moitié du commerce maritime de Ja république; on peut évaluer annuellement à 25 millions de francs la valeur de ses importations et de ses exportations. La mer n’y est pas moins houleuse que Pair n’est chaud et insalubre.

On distingue encore Puerlo-Cabello, située sur le Golfo-Triste, à 264 lieues à l’ouest de Caracas, dans une île qui communique au continent par un pont; elle offre un port commode qui peut mettre à l’abri de tous les vents une flotte considérable. On y fait un commerce important, et ses 5,000 habitants emploient plus de 60 bâtiments au cabotage. Un marais fangeux qui l’avoisine, rend malsain le séjour de cette ville. Valencia, cité florissante, à une demi-lieue du lac du même nom, qui porte aussi celui de Tacariqua, et au milieu d’une plaine fertile et salubic, est commerçante, et renferme 15,000 habitants. Coro, ancienne capitale, près de la mer, est dans une plaine aride et sablonneuse. Elle n’a que 4,000 habitants.

Cumana est destinée à devenir un jour l’une des plus importantes places marilimes de l'Amérique méridionale; sa rade pourrait recevoir toutes les escadres de l’Europe. Elle est située sur la côte méridionale du golte de Cariaco, à l'embouchure du Manzanarès. Dans la crainte des tremblements de terre, on n’y a construit aucun édifice en pierres. Sa population est d’environ 10,000 âmes. Fondée en 1523, par Diégo Castellon, c’est la plus

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ancienne des villes européennes du Nouveau-Monde; elle fait un assez grand commerce de mulets, bétail, viandes fumées, poissons et cacao.

Nouvelle-Barcelone, ou simplement Barcelona, est une ville malpropre, au milieu d’un pays inculte, mais dont le sol est excellent : elle fait un commerce de contrebande assez considérable avec l’île anglaise de la Trinité qui en est voisine. Nous remarquerons encore Maracaïbo, chef-lieu de province, bâti dans un terrain sablonneux, sur la rive gauche du lac du même nom, à 6 lieues de la mer. Elle est défendue par trois forts, L’air y est excessivement chaud ; le séjour n’en est cependant pas malsain. Ses habitants Sont en général bons marins et bons soldats; ceux qui ne suivent pas la carrière maritime s'occupent de l'éducation des bestiaux, dont son territoire est couvert ; ils ont leurs maisons de campagne à Gibraltar, de l’autre côté du lac.

La rivière de la Zulia, qui donne son nom au département dont Maracaïbo est le chef-lieu, se jette dans Je lac à son extrémité méridionale. C’est vers cette partie de ses bords que se manifeste la nuit un phénomène utile aux navigateurs. Près d’un endroit nommé Mena se trouve un dépôt considérable de poix minérale; les vapeurs bitumineuses qui s’en exhalent planent à la surface du lac et s’enflamment fréquemment pendant les grandes chaleurs. Ces feux, qui aident le pilote à reconnaître la côte, ont reçu dans le pays le surnom de lanternes du Maracaïbo. On trouve, audessus de ce lac, Merida, petite ville de 6,000 âmes, dont les habitants, très-actifs et très-industrieux, possèdent le territoire le mieux cultivé et le plus productif de la province dont elle est le chef-lieu; elle possède un collège et une université. Trumillo, ville magnifique avant qu’elle eût été ravagée, en 4678, par les flibustiers, possède encore une population au moins égale à celle de Merida; elle est bâtie dans une vallée étroite qui ne lui laisse que l’espace nécessaire à deux rues.

Varinas, chef-lieu du département de l’Orenoco, ou de Orénoque, est une ville de 10,000 âmes, où l’on récolte le tabac le plus renommé. Dans la province de Varinas, Guanare renferme 10,000 habitants et possède un collége; Montecäl, la ville la plus peuplée de la province d’Apure, n'a cependant que 4,000 âmes.

Parcourons la partie de {a Guyane qui appartient à la république de Venezuela et dépend du département de l'Orénoque; elle a plus de 250 licues de long, depuis les bouches de l’Orénoque jusqu’aux limites du Brésil. Sa largeur va en plusieurs endroits jusqu’à 450 lieues; sa superficie

est de 29,000 lieues carrées. Sur cette surface immense, on ne compte v. 50

qu'environ 40,000 habitants connus et soumis, dont 20 à 30,000 Indiens, sous la conduite des missionnaires. Les capucins calalans en avaient réuni 17,000 sur les bords du Carony, lors du voyage de M. de Humboldt. Ils leur faisaient cultiver l’arbre qui donne le cortex angosturæ. Mais cet établissement a élé ruiné pendant la guerre de l'indépendance. La seule ville est San-Thomé de la Nuevu-Guyana, communément nommée Angostura, c’est-à-dire le détroit, parce qu'elle est située près d’un resserrement du lit de l’Orénoque. Un fort construit sur une colline à Ja droite du fleuve en défend le passage. Cette ville a changé de place trois fois. Dans son deuxième emplacement il reste quelques fortifications qui conservent encore le nom de San-Thomé de la Vieja-Guyana. La nouvelle ville jouit d’un climat sain, tandis que dans l’ancienne, les ophthalmies et la fièvre jaune étaient endémiques. La nouvelle ville compte 5 à 6,000 habitants.

Les terres de la Guyane, excellentes surtout pour la culture du tabac, ne présentent qu’un petit nombre d’habilations mal travaillées, où les propriétaires font un peu de coton, de sucre et de vivres du pays. On exporte une assez grande quantité de bétail. Cette province, destinée par sa fertilité et par sa position à acquérir une grande importance, la devra surtout à l’Orénoque. Les rivières que ce fleuve reçoit, et dont le nombre passe 300, sont autant de canaux qui porteraient à la Guyane toutes les richesses que l’intérieur pourrait produire. Sa communication avec le fleuve des Amazones ajoute aux avantages qu’il peut procurer à la Guyane, en facilitant les relations avec le Brésil et les parties intérieures du nouveau continent. Les Anglais, toujours poussés par une activité éclairée, sentent l’importance de cette rivière; ils ont établi des postes militaires dans quelques îles, à son embouchure, d’où ils protègent la coupe des bois de teinture, et d'où ils communiquent avec les Indiens Guaranos, tribu paisible, qui, dans ses marais boisés, a bravé la domination espagnole. Une auire nation indépendante et belliqueuse, celle des Arouakas, qui occupe la côte maritime au sud de l’Orénoque recevait des armes et des boissons spiritueuses de la colonie hollandaise d’Essequébo et de Démérary, aujourd’hui soumise aux Anglais. Ainsi, la souveraineté des Hispano- Américains sur l’embouchure de ce fleuve important n’est rien moins que solidement garantie. .

Dans la partie supérieure du domaine de ce fleuve, entre le 3e et le &e parallèle nord, la nature e plusieurs fois répété le phénomene singulier de ce qu’on appelle les eaux noires. L’Afabapo, le Temi, le Tuamini et le

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Guaïnia, ont des eaux d’une teinte couleur de café. A l’ombre des massifs de palmiers, leur couleur passe au noir foncé; mais, dans des vaisseaux transparents, elles sont d’un jaune doré. L'image des constellations australes s’y reflète avec un éclat singulier. L'absence de crocodiles et de poissons, une fraicheur plus grande, un moindre nombre de mosquites et un air plus salubre, distinguent la région des fleuves noirs. Ils doivent probablement leur couleur à une dissolution de carbure d'hydrogène, résultat de la mullitude de plantes dont est couvert le sol qu'ils traversent !.

La Guyane colombienne comprend une partie de ces déserts arides connus sous le nom de /lanos, dont le reste appartient à l’ancienne province de San-Juan de Llanos, et qui font partie, ainsi que nous l’avons dit précédemment ?, de la Nouvelle-Grenade; on ne saurait en séparer la description, que nous devons tirer presque en entier des écrits de M. de Humboldt.

En quittant les humides bords de l’Orénoque et les vallées de Caracas , lieux où la nature prodigue la vie organique, le voyageur frappé d’étonnement entre dans un désert dénué de végétation. Pas une colline, pas un rocher ne s’élève au milieu de ce vide immense. Le sol brülant sur une surface de plus de 2,000 lieues carrées n’offre que quelques pouces de différence de niveau. Le sable, semblable à une vaste mer, offre de curieux phénomènes de réfraction et de soulèvement ou mirage. Les voyageurs s’y dirigent par le cours des astres, ou par quelques troncs épars du palnier-mauritiaet d’embothrium quel’on découvre à de grandes distances. La terre présente seulement çà et là des couches horizontales fracturées, qui couvrentsouvent un espace de 2,000 milles carrés, etsontsensiblement plus élevées que tout ce qui les entoure. Deux fois chaque année l'aspect de ces plaines change totalement; tantôt elles sont nues comme la mer de sable de Libye, tantôt couvertes d’un tapis de verdure , comme les s/eppes élevées de l'Asie moyenne. A l’arrivée des premiers colons on les trouva presque inhabitées. Pour faciliter les relations entre la côte et la Guyane, on a formé quelques établissements sur le bord des rivières, et on a commencé à élever des bestiaux dans les parties encore plus reculées de cet espace immense, Ils s’y sont prodigieusement multipliés, malgré les nombreux dangers auxquels ils sont exposés dans la saison de la sécheresse et dans

celle des pluies, qui est suiviede l’inondation. Au sud, la plaine est entou-

{ À. de Humboldt : Tebleaux de la Nature, t. Il, p. 192. 2 Voyez à la page 388.

rée par une solitude sauvage eteffrayante. Des forêts d’une épaisseur impénétrable rempiissent la contrée humide située entre l'Orénoque et le fleuve des Amazones, ; des masses immenses degranit rétrécissentle lit des fleuves; les montagnes et les forêts retentissent sans cesse du fracas des cataractes, du rugissement des bêtes féroces et des hurlements sourds du singe barbu qui annoncent la pluie. Le crocodile, étendu sur un banc de sable, et le boa , cachant dans la vase ses énormes replis, attendent leur proie ou se reposent du carnage.

Dans les forêts, dans les plaines, vivent des peuples de races et de civilisation diverses. Quelques-uns séparés par des langages dont la dissemblance est étonnante, sont nomades, entièrement étrangers à l’agriculture, se nourrissent de fourmis, de gomme et de terre, et sont le rebut de l'espèce humaine; tels sont les O’omaques et les Jarures. La terre que les Otomaques mangent est une glaise grasse et onctueuse, une véritable argile de potier, d’une teinte jaune grisâtre, colorée par un peu d’oxyde de fer. Ils la choisissent avec beaucoup de soin, et la recueillent dans des bancs particuliers, sur les rives de l’Orénoqueet du Meta. Ils distinguent au goùt une espèce de terre d’une autre; car toutes les espèces de glaises n’ont pas le même agrément pour leur palais. Ils pétrissent cette terre en boulettes de 12 à 18 centimètres de diamètre, et la font cuire à petit feu, jusqu’à ce que la surface antérieure devienne rougeâtre. Lorsqu'on veut manger cette boulette, on l’humecte de nouveau. Ces hommes, féroces et sauvages, se nourrissent de poissons, de lézards ou de racines de fougère, lorsqu'ils peuvent s’en procurer ; mais ils sont si friands de terre glaise, qu'ils en mangent tous les jours un peu après le repas pour se régaler, dans la saison où ils ont d’autres aliments à leur disposition. 1

Les missionnaires, qui, parmi les tribus à l’oucst de l’Orénoque, ont converti les Beloys et les Maïpoures, ont reconnu dans leur langue, ainsi que dans celle des Faruras, une syntaxe régulière et même très-artificieile. Les Achaguas parlent un dialecte du Maipoure. A l’est, l’ancienne mission d’Esméralda estle poste le plus reculé. Les Indiens Guaicas, race d’hommes très-blanche, très-petite, presque pygmée, mais très-belliqueuse, habitent le pays à l’est de Passimoni. Les Guajaribes, très-cuivrés et extrêmement féroces, anthropophages même, à ce qu’on croit, empêchent les voyageurs de pénétrer jusqu’aux sources de l’Orénoque. Les mosquitos et mille autres insectes piquants et ivenimeux peuplent ici les forêts solilaires. Les rivières sont remplies de crocodiles et de petits poissons caribes, 1 Tableaux de la Nature, t. I, p. 191-197.

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des fruits qu'ils ont cultivés, ontde l'intelligence et des mœurs plus douces.

La naïion dominante le long de la côte, depuis Surinam jusqu’au cap de la

Vela, était jadis celle des Caraïbes, en partie exterminée par les Euro-

péens. On ne saurait dire si cette race est venue des Antilles ou si elle s’y est répandue. Parmi toutes les nations indiennes, les Caraïbes se distinguent par leur activité et leur bravoure. Ils habitent des villages gouvernés par un chefélectif, que les Européens ont nommé capilaine. Pour alier au combat, ils se rassemblent au son d’une conque ou coquille de mer. Les Caraïbes sont peut-être les hommes les plus robustes après les Patagons. Selon les anciens voyageurs, ils sont cannibales ou anthropophages; il parait certain du moins qu’ils mangent leurs ennemis, dont ils dévorent la chair avec l’avidité du vautour. La langue caraïbe, une des plus sonores, et des plus douces au monde, compte près de trente dialectes. Elle parait même poétique, à en juger seulement d’après les noms de quelques tribus ; une d’elles s’appelle La Fille du Palmier ; l'autre la Sœur de l'Ours. Les langues des tribus de l’intérieur paraissent bien plus rudes à l'oreille. Les Salivas ont la prononciation tout à fait nasale; les Sifufas l’ont entièrement gulturale; les Beloys font toujours retentir la lettre canine; les Quaivas etles Kirikoas, de même que les Otomaques et les Guaranes, émettent avec une volubilité incroyable des sons qu’il est presque impossible de saisir. La langue des Achaguas est la seule dans l’intérieur qui soit harmonieuse.

” De vastes espaces, entre le Cassiquiare et l’Atabapo, ne sont habités que par dessinges réunis en société et par des tapirs. Des figurestracées sur des rochers prouvent que jadis cite solitude a été le séjour d’un peuple parvenu à un certain degré de civilisation. C’est entre les 2e et 4e parallèles, dans une plaine boisée, entourée par les quatre rivières de l’Orénoque, de l’Atabapo, du Rio-Negro et du Cassiquiare, que l’on observe des rochers de syénite et de granit, couverts de figures symboliques colossales, représentant des crocodiles, des tigres, des ustensiles de ménage, et les images du soleil et de la lune.

Aujourd'hui ce coin de terre, dans une étendue de plus de 500 milles carrés, n’offre aucune habitation. Les peuplades voisines se composent de sauvages, ravalés au degré le plus bas de la civilisation, menant une vie errante, et bien éloignés de pouvoir graver le moindre hiéroglyphe sur les rochers, Des monuments semblables existent près de Caïcara et d’Urnana,

Peut-être y reconnaitra-t-on un jour l’ouvrage des Indiens Muyscas, dont nous avons parlé.

L'ile Marguerite, ou Margarila , aride, mais salubre, que Christophe Colomb découvrit en 1498, et qui est séparée du continent par un canal de 6 lieues de large, forme une province de 15,000 âmes, qui fait partie du département de Maturin, et qui renferme la ville d'Assuncion et le port Pampatar, déclaré franc par la république. Au lieu de perles , on pèche aujourd’hui dans ses eaux une immense quantité de poissons.

Le Venezuela forme actuellement une république démocratique, à la tête de laquelle sont un président nommé pour quatre ans, et un congrès national composé d’un sénat et d’une chambre des représentants. Chaque province (il y en a quinze), nomme deux sénateurs, et chaque centre de population de 25,600 ämes nomme un représentant ; les uns et les autres se renouvellent de deux en deux ans, par moitié. Le congrès exerce le pouvoir législatif et surveille le président. Le pouvoir judiciaire est confié à une cour suprême, qui a sous sa dépendance les tribunaux provinciaux.

Les revenus publics qui sont entièrement absorbés par la dépense, s’élévent annuellement à 41 ou 12 millions de francs. La dette publique en 1849 se montait à plus de 20,962,212 piastres. Le chiffre général du commerce de la république de Venezuela pour l’année 1848-1849, était de 8,266,978 piastres (33,067,912 francs). En 1841-1842, ce chiffre avait atteint 55 millions de francs. Cette décroissance doit être attribuée à l'insécurité qui règne dans ce beau pays et à l'incapacité de son gouvernement. La force armée se composait en 4850 de 2849 hommes de troupes et de 143 officiers. La milice nationale de réserve existe en outre dans chaque province. La marine militaire est nulle; car nous ne pouvons tenir compte de deux goelettes désarmées, et de trois chaloupes canonnières en mauvais état.

La république de lÉquateur, la plus petite des républiques Colombiennes, comprend toute la partie méridionale que l’on appelait autrefois royaume ou présidence de Quito. Son nom actuel lui vient de sa situation astronomique ; ellen’a guère que 15 à 20,000 lieues géographiques carrées. Baignée à l’ouest par l’océan Pacifique, elle touche par le nord à la Nouvelle-Grenade, par le sud au Pérou, et va se perdre à l’est vers les provinces brésilicnnes de Rio-Negro et de Solimoens. Sa population, composée des mêmes éléments que celle des républiques que nous venons de décrire, ne va pas au delà de 600,000 âmes.

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Cette république présente partout des phénomènes étranges, des monuments curicux, une végétation forte et luxuriante. D’un côté le volcan de Pichincha, le Cayambé traversé par l’Équateur; l'Antisana, le plusn , des volcans ; le Cotopaxi, le Chimboragço; de l’autre, la maison de l'Inca et le Panecillo, aux nvirons de la Tacuna; la chaussée des Incas et l’Ingapilca , non loin de Cuença ; puis parmi ces volcans, dont les mugissements se font quelquefois entendre à 200 lieues, parmi ces monuments où vit le souvenir d’une grandeur qui n’est plus, des villages enscevelis dans des vallées profondes, ou suspendus aux flancs des montagnes; des pâturages où paissent d'innombrables troupeaux de lamas et de brebis d'Europe; des vergers bordés de haies vives de duranta et de bardanesia ; des champs cultivés avec soin, et promettant deriches moissons de céréales. L'Equateur est arrosé par le Marañon , la Magdalena, le Putumayo, le Tigre et la Pastazza, composé de trois anciens départements colombiens de l’Équateur, de Guayaquil et de l’Assuay, il se divise aujourd’hui en huit provinces.

Lorsqu'on quitte la côte que dévore un soleil aux rayons verticaux, pour pénétrer dans la montagne où l’on respire un air plus doux et plus salubre, on trouve, au milieu d’une belle vallée que dominent de toutes parts des volcans couronnés de neige, Quito, ancienne capitale de la seconde monarchie péruvienne et capitale de la nouvelle république. Les habitants excellent dans la plupart des arts et métiers. Ils fabriquent surtout des draps et des cotons, qu’ils teignent en bleu; ils en fournissent tout le Pérou. Le commerce de la ville est aussi très-actif; elle est le siége d’un tribunal suprème et d’un archevèché; les rues sont d’un niveau trop inégal pour qu’on puisse s’y servir de voitures; les quatre plus larges seulement sont pavées. Les édifices de cette ville ne répondent pas à son importance. Le palais de justice, la cathédrale, l'hôlel-de-ville et le palais épiscopal occupent les quatre côtés de la Plaza-Mayor, au centre de laquelle s'élève une belle fontaine en bronze. L'église la plus remarquable par son archi tecture et ses sculptures est celle du ci-devant collège de jésuites. On lit su un de ses murs l'inscription en marbre laissée par les académiciens français envoyés en 1736, pour mesurer un degré du méridien. Cette ville est à 13 minutes au sud de l'équateur, Son université est depuis longtemps célèbre dans l'Amérique méridionale. Située à 3,200 mêtres au-dessus du niveau de l'Océan, cette ville ne jouit plus du printemps perpétuel que sa situation paraissait lui garantir depuis l’affreux tremblement deterre de 1797 qui bouleversa la province de Quito, et fit périr dans un seul instant 40,000

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individus. Tel a été le changement de la température, que le thermomètre y est ordinairement à & degrés au-dessus de zéro, et ne s’y élève que raremert à 46 ou 47, tandis que Bouguer le voyait constamment à 45 ou 46. Depuis ce temps, les tremblements de terre y sont presque continuels. Malgré les horreurs et les dangers dont la nature les a environnés, les habitants de Quito, gais, vifs, aimables, ne respirent que la volupté, le luxe; nulle part peut-être il ne règne un goùt plus décidé et plus général pour les plaisirs. La population de cette ville est de 70,000 âmes.

Dans les environs de Quito, nous citerons Ofavalo, ville industrieuse à laquelle on accorde 46,000 habitants; Zafacunga qui en a 47,000, malgré les pertes que les truptions du Cotopaxi lui ont fait éprouver.

Sur le versant occidental des Andes, nous apercevons Guayaquil, chetlieu de province, à 255 kilomètres au sud-ouest de Quito, ville qui donne son nom au fleuve qui la traverse et au golfe dans lequel celui-ci va se jeter. Cette cité commerçante, dont le portest un des plus importants du Grand- Océan, et qui possède un arsenal, de’ beaux chantiers et une école de navigation, est formée de deux villes, la vieille et la nouvelle, et ne renfcrme aucun édifice qui soit digne d’attirer l’attention du voyageur ; mais ce qui frappe celui-ci, c’est la beauté de la plupart des femmes. Les maisons et les églises sont construites en bois.

Peuplée de 20 à 22,000 âmes, Guayaquil est un port de mer et un atelier de construction très-commode, à cause des forêts qui en sont rapprochées. Ils’y fait un grand commerce d'échange entre les ports du Mexique et ceux du Pérou etdu Chili. La valeur annuelledes importations et des exportations est d'environ 40 à 42 millions de francs. La végétation des environs, dit M. de Humboldt, est d’une majesté au-dessus de toute description; les palmiers, les scitaminées, les plumeria, les taberna montana y abondent. La petite ville de Jipijapa est importante par son commerce de chapeaux de paille, renommés en Amérique, et dont le prix varie de 40 à 80 francs. On les désigne sous le nom de chapeaux de Guayaquil. Don Alcedo dit que l’on trouve dans la province de Guayaquil une espèce de bois fort et solide, qu’on préfère pour la construction des petits vaisseaux , spécialement pour la quille et les courbes, parce quil est incorruptible et qu’il résiste aux vers plus que tout autre; il est très-facile à travailler ; sa couleur est foncée, on le nomme guachapeli ou guarango. Devant Guayaquil est l’ilede la Puna couverte de pâturages, et d’une grande fertilité. |

En suivant toujours une direction méridionale, nous trouvons Cuença; ville épiscopale, chef-lieu de province d'environ 20,000 âmes, où l’on

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AMÉRIQUE. — RÉPUBLIQUES COLOMBIENNES. 04

compte plusieurs raffineries de sucre , et dont les confitures et une sorte de fromage qui ressemble au parmesan, sont les plus importantes branches d'industrie, Son altitude dépasse celle du Grand-Saint-Bernard. Loæa ou Loja, chef-lieu de la province du même nom, peuplée de 42,000 âmes, quoiqu’elle ait souvent été abandonnée par ses habitants, à Ja suite des violents tremblements de terre qu’elle a éprouvés, fait un commerce considérable de quinquina et de cochenille. Sur la rive gauche du Chinchipe, affluent du Tunguragua, l’un des principaux affluents du Marañon ou de l’'Amazone, Jaen-de-Bracamoros, renferme #,000 habitants, la plupart hommes de couleur. Rio-Bamba, à 190 kilomètres au sud de Quito, chef-lieu de la province de Chimborazo a, dit-on, 20,000 âmes. Ambalo, au pied du Chimborazo, cette ville florissante située à 75 kilomètres au sud de Quito, fait un grand commerce de sucre, de grain et de cochenille. Esmeraldas , à l'embouchure de la rivière du même nom, et à 162 kilomètres au nord-ouest de Quito, est, après Guayaquil, le port le plus important de la république; on récolte, dans ses environs , d’excellent cacao. Puerto-Viejo, plus au sud, fait un petit commerce de cabotage.

L'ancienne et vaste province de Maynas, comprise aujourd’hui dans les provinces de Cuenca et de Loxa, s’étend sur la rivière des Amazones. Il n’y a que peu d'établissements européens dans ces vastes solitudes; les plus considérables sont San-Joaquin-de-Omaguas , San-Francisco-de- Borja, Santiago, Xibaros et Oran. Au delà s’étendent de vastes terres peu connues, où vit un grand nombre de tribus sauvages indépendantes, dont les principales sont les Maynas, les Omaguas et les Xiburos. Une grande partie erre dans les forêts, vivant de chasse et de pêche. Le pays produit de la cire blanche et noire, ainsi que du cacao.

Ces solitudes ont autrefois été visitées par de hardis et courageux missionnaires qui, réunissant autour d’une modeste chapelle quelques Indiens errants, étaient parvenus à fonder quelques pueblos ou villages et missions. Nos cartes en indiquent encore aujourd'hui les noms et la position, mais la plupart ont été détruits ou abandonnés, et il n’en reste aucune trace.

Ce ne serait pas avoir décrit l’ancien royaume de Quito, que de passer sous silence les redoutables volcans qui tant de fois ont bouleversé le sol, et englouti les cités. Le majestueux Chimborazo n’est probablement qu’un volcan éteint; la neige séculaire qui couvre sa cime coiossale fondra peutêtre un jour, et les feux enchainés dans ses flancs reprendront leur activité destructive.

Le Pichincha est un des volcans les plus grands de la terre ; son cratère

creusé dans des porphyres basaltiques , a été comparé par La Condamine, au chaos des poëtes. Cette bouche immense était alors remplie de neige; mais M. de Humboldt la trouva embrasée: + La bouche du volcan, dit ce « savant voyageur, forme un trou circulaire de près d’une lieue de cir- « conférence, dont les bords taillés à pic, sont couverts de neige par en « haut; l’intérieur est d’un noir foncé, mais le gouffre est si immense, « que l'on distingue la eime de plusieurs montagnes qui y sont placées ; « leur sommet semble être à 4 ou 600 mètres au-dessous de nous, jugez « donc où doit se trouver leur base. Je ne doute pas que le fond du cra- « tère ne soit de niveau avec la ville de Quito. »

Le Colopaæi est le plus élevé de ces volcans des Andes, .qui, à des époques récentes, ont eu des éruptions. Sa hauteur absolue est de 5,753 mètres ; elle surpasserait par conséquent de plus de 800 mètres la hauteur

du Vésuve, placé sur le sommet du pic de Ténériffe. Le Cotopaxi est aussi l le plus redoutable de tous les volcans du royaume de Quito; c’est celui [ dont les explosions ont été les plus fréquentes et les plus dévastatrices. Les i scories et les quartiers de rochers lancés par ce volcan couvrent les vallées 8 environnantes sur une étendue de plusieurs lieues carrées. En 1758, les ci flammes du Cotopaxi s’élevèrent au-dessus des bords du cratère à la hau- fo

teur de 900 mètres. En 1744, le mugissement du volcan fut entendu jusqu’à Honda, ville située sur les bords de la rivière de la Magdalena, à une distance de 200 lieues communes. Le #4 avril 1768, la quantité de cendres vomies par la bouche du Cotopaxi fut si grande, que, dans les villes d'Hambato et de Tacunga, la nuit se prolongea jusqu’à trois heures de l'après-midi. L’explosion qui arriva au mois &e janvier 1803, fut précédée d’un phénomène effrayant , la fonte subite des neiges qui couvraient la montagne, Depuis plus de vingt ans aucune fumée, aucune vapeur visible n’était sortie du cratère, et, dans une seule nuit, le feu souterrain devint si actif, qu’au soleil levant les parois extérieures du cône fortement échauffées se montrèrent à nu et sous la couleur noire qui est propre aux laves boueuses des volcans américains. Au port de Guayaquil, dans un eloignement de 52 lieues en ligne droite du bord du cratère, M. de Humboldtentendit jour et nuit les mugissements du volcan comme des décharges répétées d’une batterie.

S’il était décidé que la proximité de l'Océan contribue à entretenir le feu volcanique, nous serions étonné de voir que les volcans les plus actifs du royaume de Quito, le Cotopaxi, le Tunguragua et le Sangay, appartiennent au Chainon oriental des Andes, et par conséquent à celui qui est le plus

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Nous devons rattacher à la description de la république de l'Équateur

celle des fles Gallapagos ou Galapagos, ou fles aux tortues, qui en forment ‘ujourd’hui une division provinciale. Cet archipel, situé sous l'équateur, à 200 lieues à l’ouest du continent américain, renferme des pics volca niques dans les îles les plus orientales. Les cactus et les aloès y couvrent les flancs des rochers. Dans les îles occidentales, une terre noire et profonde nourrit de gros arbres. Les flamingos et les tourterelles peuplent les airs; la plage est couverte de tortues énormes. Aucune trace n'y marque l’ancien séjour de l’homme ; ni les Malais du Grand-Océan, ni les tribus américaines n’ont jamais abordé dans ces terres isolées. Dampier et Cowley ont vu des sources et même des rivières dans quelques-unes de ces iles dont les noms particuliers espagnols ont cédé la place à des noms anglais, du moins sur toutes les cartes modernes. Santa-Maria-de-l'Aguada parait identique avec l’île York. Les plus grandes, parmi les vingt-deux connues, sont celles d’'Albemarle et de Narborough. Cowley décrit l'éle Enchantée comme s’offrant sous les aspects variés d’une ville murée et d’un châteaufort en ruines. Plusieurs ports et mouillages invitent les Européens à y former des établissements.

Albemarle, située sous l’équateur, a 23 licues de longueur sur 416 de largeur. Narborough avait été reconnue avec soin par Vancouver : elle est moins considérable que la précédente. En 1822, le capitaine anglais Basil- Hall a fait des expériences sur le pendule dans l’île d’Abingdon, qui, selon lui, a 40 ou 12 milles de longueur. Les Galapagos sont toutes d’origine volcanique. Dans l’ile d’Abingdon, on remarque une montagne de 650 mètres de hauteur, couverte de cratères, d’où se sont échappés, à différentes époques, des torrents de laves, qui, en se précipitant au loin dans la mer, ont formé des pointes saillantes assez nombreuses.

Ces iles, réclamées par les Anglo-Américains, sont encore fort mal placées sur nos cartes géographiques; il est à regretter que le capitaine Basil- Hall n’ait pas eu le temps d'en lever le plan. Parmi les plus considérables, ou cite celles de Chatham, de Norfolk, de indloes, de Cowley, de Caldwell, de Wenmans et de Culpepers.

Dans toutes ces îles, on trouve de l’eau passable qui se conserve dans les cavités des rochers. Il n’y pleut point depuis le mois de mai jusqu’en août; mais les brises de mer y rafraichisent l’air et y rendent les chaleurs trèssupportables. Des orages violents y règnent depuis novembre jusqu’en

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juin. Les tortues qui habitent ces îles, où elles se nourrissent de cactus, pèsent souvent jusqu’à 450 kilogrammes. En 4832, un habitant de la Louisiane, appelé Vilamil, s’est fixé dans l’île Charles, qu’il a nommée Floriana, avec une centaine de colons qui le regardent comme un souverain.

La république de l’Équateur possède un gouvernement démocratique; le président est élu pour quatre ans. Le pouvoir législatif est conféré à une assemblée unique, composée de 42 députés élus pour quatre ans et rééligibles ; le pouvoir judiciaire est représenté par une cour suprême de justice, par des tribunaux supérieurs d’appel, et des tribunaux inférieurs. La force publique se compose de la milice et de l’armée active, qui compte deux bataillons d'infanterie et deux escadrons de cavalerie (lanciers), et une demi-brigade d’artillerie, en tout 1,000 à 4,200 hommes. La république est divisée en trois districts militaires, ayant à leur tête un commandantgénéral. Le budget des dépenses de l’Équateur ne s’élève pas au-dessus de 8 à 900,000 piastres; ces dépenses sont couvertes par les revenus des douanes, le produit des taxes sur le sel, le tabac, le papier timbré. Le commerce général peut être évalué à 12 ou 43,000,000 de francs ; le port de Guayaquil en est le centre.

Avant de quitter les régions colombiennes, nous dirons quelques mots des tribus indiennes qui séjournent dans les vastes plaines situées à l’est de la Cordillère, et nous ferons connaître le caractère des Colombiens que la civilisation a réunis dans les villes et dans les villages qui sont à l’ouest de Ja Cordillère.

La Colombie renferme encore un nombre très-considérable de tribus indiennes, dont plusieurs jouissent de leur indépendance, et qui presque toutes ont conservé leur langage et leur manière de vivre. Avant de nous occuper des Moscas, ou Muyscas, peuple dominant dans ces contrées, nommons les tribus inférieures. Les Guaëras, ou Guagniros, qui occupent une partie des provinces de Maracaïbo, de Rio-de-la-Hacha et de Santa-Marta, & nent la main aux Molilones, qui possèdent les terres baignées par le Muchuchies et le Saint-Faustin, jusqu’à la vallée de Cucuta. Ils interceptent les routes des montagnes; le pillage, l'incendie et le meurtre signalent leurs incursions dans les plaines. Les Chilimes, et une autre bande de Guaïras, infestent les bords de la Mugdalena. Dans la province de Panama, les Vrabas, les Zilaras et les Oromisas forment trois petits Etats indépendants, l’un sous un prince nommé le Playon, et les deux autres sous un gouvernement républicain. On remarque encore à l’ouest du golfe de Darien les Indiens Meslizos, qui comptent 30,000 individus, dont

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8,000 guerriers, parmi lesquels 3,000 armes de fusils ; c’est une réunion de sauvages, de pirates et de contrebandiers. Les Cunacunas, qui habitent les montagnes de Choco et de Novita, exercent leurs ravages jusqu’à Panama, et attaquent même sur mer les barques chargées de vivres.

Les nations anciennes de Quito paraissent avoir eu, comme les tribus sauvages de l'Afrique, un nombre infini d’idiomes ; les missionnaires en ont spécifié jusqu'à 447 ; mais la langue des Quilos peut avoir dominé sur le plateau, et celle des Scires sur la côte. Les Scires, qu'on est étonné de trouver homonymes avec une ancienne horde de l’Europe, fameuse par ses courses guerrières 1, firent, en l’an 4,000, la conquête du haut pays, et y introduisirent leur idiome. Les Espagnols y trouvèrent établies la langue e! la domination péruviennes. Mais peut-on en conclure, avec Hervas, que le: Scires parlaient un dialecte péruvien? Les Cofanes, une des 147 tribus de Quito, étaient encore, en 4600, au nombre de plus de 45,000 ; ils parlaient une langue particulière, usitée également dans le pays d’Anga-Marca, ct dans laquelle un jésuite a écrit un abrégé des doctrines chrétiennes.

L'histoire doit recueillir le souvenir de deux tribus remarquables. Les Muzos, anciens ennemis des Muyscas, habitaient au nord-ouest de Santa- Fé : ils croyaient qu’une ombre d'homme, nommé Âre, avait créé et instruit leur nation; ils n’adoraient aucune divinité, et se prétendaient plus anciens que le soleil et la lune. Les Sufagos, qui habitaient vers Summa- Paz, se distinguaient par leur idiome extrêmement doux et efféminé comm: leur caractère. Parmi les 52 tribus de Popayan, celle de Guasinca, celle de Cocanuca et celle des Paos, avaient trois langues distinctes, conservées par les écrits des missionnaires. Les Xibaros, les Macas et les Quixos, tribus puissantes, occupaient les pentes orientales des Andes de Quito. Plus bas, le vaste pays de Maynas renferme les restes d'innombrables tribus visitées autrefois par les missionnaires. La grande nation des Omaguas est répandue sur tout le cours du Marañon ou de l’Amazone; son idiome est un dialecte de la langue guarini du Brésil, mais plus simple dans ses formes grammaticales, et plus riche en mots; circonstances qui indiquent une plus longue civilisation chez les Omaguas. Les migrations de ce peuple navigatour ne sont pas suffisamment connues; l'opinion la plus probable les a fait arriver du Brésil.

Un ancien centre de civilisation au milieu de ces nations nomades où sauvages est un phénomène digne de toute notre attention. Le plateau de Santa-Fé-de-Bogota rivalise avec Cuzco, la ville du soleil, comme foyer des

1 Les Sciri, Scyri ou Skyri; voyez notre vol. [, p. 238.

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institutions et des idées religieuses et politiques {. Nous allons nous arrêter à cet intéressant problème ethnographique.

Dans les temps les plus reculés, avant que la lune accompagnäât la terre, dit la mythologie des Indiens Huyscas ou Mozcas, les habitants de Cundinamarca, ou du plateau de Bogota, vivaient comme des barbares, sans agriculture, sans lois et sans culte. Tout à coup parut chez eux un vieillard qui venait des plaines situées à l’est de la Cordillère de Chingaza : il paraissait d’une race différente de celle des indigènes, car il avait la barbe longue et touffue. Il était connu sous trois noms différents : sous ceux de Bochica, Nemquetheba et Zuhé. Ce vicillard, semblable à Manco-Capac, apprit aux hommes à se vêtir, à construire des cabanes, à labourer la terre et à se réunir en société. Il amena avec lui une femme à laquelle la tradition donne encore trois noms; savoir, ceux de Chta, Yubecayquaya et Iuythaca. Cette femme, d’une rare beauté, mais d’une méchanceté excessive, contrariait son époux dans tout ce qu’il entreprenait pour le bonheur des hommes. Par son art magique, elle fit enfler la rivière de Funzha, dont les eaux inondèrent toute la vallée de Bogota. Ce déluge fit périr la plupart des habitants, et quelques-uns seulement s’échappèrent sur la cime des montagnes voisines. Le vicillard irrité chassa la belle Huythaca loin de la terre ; elle devint la lune, qui, depuis cette époque, commença à éclairer notre planète pendant la nuit. Ensuite Bochica, ayant pitié des hommes dispersés sur les montagnes, brisa d’une main puissante les rochers qui ferment la vallée du côté de Canoas et de Tequendama. Il fit écouler par cette ouverture les eaux du lac Funzha, réunit de nouveau les peuples dans la vallée de Bogota, construisit des villes, introduisit le culte du soleil, nomma deux chefs entre lesquels il partagea les pouvoirs séculier et ecclésiastique, et se retira sur le mont d’Idacanzas, dans la sainte vallée d’Iraca, près de Tunja, où il vécut dans les exercices de la pénitence la plus austère, pendant l’espace de 2,000 ans, ou de cent cycles muyscas, au bout desquels il disparut d'une manière mystérieuse.

Cette fable réunit un grand nombre de traits que l’on trouve épars dans les traditions religieuses de plusieurs peupies de l’ancien continent. On croit reconnaître le bon et le mauvais principe personnifiés dans le vieillard Bochica et dans sa femme Huythaca. Les rochers brisés et l’écoulement des eaux font penser à Fao, fondateur de l'empire chinois. Le temps reculé où la lune n'existait point encore, rappelle la prétention des Arca-

1 Lucas- Fernandez Piedrahita, évêque de Panama, dans son Historia general del Nuevo-Reyno-de-Uranada; ouvrage composé d’après les manuscrits de Quesada.

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diens sur l’antiquité de leur origine. L’astre de la nuit est peint romme un astre malfaisant qui augmente l’humidité sur la terre, tandis que Bochica, fils du soleil, sèche le sol, protége l’agriculture, et devient le bienfaiteur des Muyscas, comme le premier Inca fut celui des Péruviens.

Ces mèmes traditions portent que Bochica, voyant les chefs des différentes tribus indiennes se disputer l’autorité suprême, leur conseilla de choisir pour zaque ou souverain un d’entre eux appelé Huncahua, et révéré à cause de sa justice et de sa haute sagesse. Le conseil du grand-prêtre fut universellement adopté; et Huncahua, qui régna pendant 250 ans, parvint à se soumettre tout le pays qui s'étend depuis les savanes de San-Juan de los Llanos jusqu'aux montagnes d’Opon. La forme du gouvernement que Bochica donna aux habitants de Bogota est très-remarquable par l’analogie qu’elle présente avec les gouvernements du Japon et du Tibet. Au Pérou, les Incas réunissaient dans leurs personnes le pouvoir séculier et Pecclésiastique. Les fils du soleil étaient pour ainsi dire souverains et prêtres à la fois. A Cundinamarca, dans un temps probablement antérieur à Manco-Capac, Bochica avait constitué électeurs les quatre chefs des tribus, Gameza, Busbanca, Pesca et Toca. Il avait ordonné qu'après sa mort ces électeurs et leurs descendants eussent le droit de choisir le grandprêtre d’Iraca. Les pontifes ou lamas, successeurs de Bochica, étaient censés héritiers de ses vertus et de sa sainteté. Le peuple se portait en foule à fraca pour offrir des présents au grand-prètre. On visitait les lieux devenus célèbres par les miracles de Bochica, et, au milieu des guerres les plus sanglantes, les pèlerins jouissaient de la protection des princes par le territoire desquels ils devaient passer pour se rendre au sanctuaire (chunsua) et aux pieds du lama qui y résidait. Le chef séculier, appelé zaque de Tunja, auquel les zippa ou princes de Bogota payaient un tribut annuel, et les pontifes d’Iraca étaient par conséquent deux puissances distinctes, comme le sont au Japon le daïri et l'empereur séculier. .

Bochica n’était pas seulement regardé comme le fondateur du nouveau culte et comme le législateur des Muyscas; symbole du soleil, il réglait aussi le temps, et on lui attribuait l’invention du calendrier. Il avait prescrit de même l'ordre des sacrifices qui devaient être célébrés à la fin des petits cycles, à l’occasion de la cinquième intercalation lunaire. Dans l'empire du zaque, le iour (sua) et la nuit (za) étaient divisés en quatre parties, savoir: sua-mena, depuis le lever du soleil jusqu’à midi; sua meca, de midi au coucher du soleil ; zasca, du cocher du soleil à minuit, et cagni, de minuit au lever du soleil, Le mot sua ou zuhe désigne à la fois, dans la langue

muysca, le jour et le soleil. De Sua, qui est un des surnoms de Bochica, dérive sue, Européen ou homme blanc; dénomination bizarre qui tire son origine de la circonstance que le peuple, lors de l’arrivée de Quesada, regardait les Espagnols comme fils du soleil, sua. La plus petite division du temps, chez les Muyscas, était une période de trois jours. La semaine de sept jours était inconnue en Amérique, comme dans une partie de l’Asie orientale, Le premier jour de la période était destiné à un grand marché tenu à Turmèque. L'année (zocam) était divisée par lunes; vingt lunes composaient l’année civile, celle dont on se servait dans la vie commune. L'année des prêlres renfermait trente-sept lunes, et vingt de ces grandes années formaient un cycle muysca. Pour distinguer les jours lunaires, les lunes et les années, on se servait de séries périodiques dont les dix termes étaient des noinbres. |

La langue de Bogota, dont l’usage s’est presque entièrement perdu depuis la fin du dernier siècle, était devenue dominante par les victoires du zaque Huncahua, par celles des Zippas, et par l’influence du grand lama d’Iraca, sur une vaste étendue de pays, depuis les plaines de l’Ariari et du Rio-Meta, jusqu’au nord de Sogamozo. De même que la langue de l’Inca est appelée au Pérou quichua, celle des Mozcas ou Muyscas est connue dans le pays sous la dénomination de chibcha. Le mot muysca, dont mozca paraît une corruption, signifie 4omme ou personne : mais les naturels ne lappliquent généralement qu’à eux-mêmes.

Nous terminerons ce livre par quelques mots sur les Colombiens en général, Ceux qui habitent les terres chaudes, dit un voyageur français, M. Mollien, sont maigres, ont le teint jaune et sont petits de taille. « Lorsqu’on s'élève vers des régions plus froides, la couleur des blancs est moins jaune ; pâle encore jusqu’à 1,000 ou 1,200 mètres, elle se colore à 2,000 mètres, et brille d’un éclat charmant à la hauteur où se trouve Santa- Fé deBogota.» Le même peuple peut donc se partager en deux classes dans la Colombie : dans les terres chaudes règne l’indolence; on voit des hommes rester tout le jour couchés dans un hamac et se balancer lentement en fumant un cigare; il est vrai que la haute température y invite au repos, énerve le corps et nuit même aux applications de l'esprit. Les arts et les sciences la: guissent dans ces régions. L’habitant des Andes, au contraire, jouit de l& souce influence d’un climat tempéré; livré aux charmes d’une mélancolie pensive, il apprécie les arts, les sciences et la littérature.

Exagéré dans ses prévenances et ses démonstrations-d’amitié; exerçant avec ostentation les vertus hospitalières; admirateur aveugle de sa patrie

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