‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 86 sur 146 · PER · texte numérisé non relu

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Les hautes terres sont à peu près les seules cultivées, et les principaux produits de la culture sont : le maïs, la cassave et le plantain pour la consommation intérieure, et le cacao, le café, le coton, l’indigo, le sucre, le tabac pour le commerce extérieur.

La Nouvelle-Grenade, formée de 5 départements de l’ancienne Colombie, est aujourd’hui divisée en 20 provinces, subdivisées en départements.

Nous allons visiter les lieux remarquables de cette république, et nous commencerons par ceux de l’ancien département de Cundinamarca, qui a formé quatre provinces. Bogota ou Santa-Fé de Bogota, capitale de la Nouvelle-Grenade, siége du gouvernement, d’un archevéché et d’une université, renferme environ 40,000 habitants, des églises, des maisons magnifiques, ainsi que 5 ponts superbes. Fondée en 1538, elle est située près de la rive gauche de la Bogota, dans une des plus belles et des plus fertiles vallées de l’Amérique méridionale, près d’une des branches de la Cordillère, à plus de 2,600 mètres d’élévation au-dessus du niveau de l'Océan. Deux montagnes la dominent et l’abritent des violents ouragans de l’est. Elle est arrosée par des eaux toujours fraiches et pures ; sa position élevée la rend facile à défendre contre les attaques d’un ennemi. Son climat est un des plus humides que l’on connaisse, sans cependant être très-malsain. Les fréquents tremblements de terre qu’elle a éprouvés ont influé sur la construction de ses édifices, en général très-simples. Les maisons, construites en briques séchées au soleil, ont des murailles d’une grande épaisseur. Ce n’est qu’au commencement de ce siècle que l’on a commencé à y faire usage de vitres. La cathédrale, bâtie en 1814, est le plus beau de ses édifices, bien qu’il ne soit pas sans défauts. Elle est principalement remarquable par les trésors qu’elle renferme : une seule des statues de la Vierge y est v. 48

ornée de 41,358 diamants. La ville renferme en outre plusieurs autres églises, des couvents et des colléges. Les principaux édifices sont : le paiais du sénat, l'hôtel des monnaies, le théâtre. Les places, toutes ornées de fontaines, sont spacieuses ; la plus vaste est celle de la cathédrale; le marché s’y tient le vendredi et y attire une foule immense. Les trois principales rues, bien alignées et garnies de trottoirs, sont mal pavées. Le gouvernement a fondé une bibliothèque qui renferme 12,000 volumes, une université, une école de médecine, un observatoire, un jardin botanique et une académie. Les environs de la ville offrent de jolies promenades, entourées de saules et de rosiers autour desquels grimpent des capucines. Les habitants de Bogota sont doux, gais et honnêtes; les femmes jolies et bien faites. Il s’est formé , en 1834, dans cette ville, une société pour l'instruction populaire.

Bogota est la principale ville du département de Cundinamarca, qui, situé dans la partie septentrionale de la Nouvelle-Grenade, comprend les provinces de Bogota, d’Antioquia, de Mariquita et de Neyba ou Neyva. Ce département renferme les plus riches lavages d’or de la Colombie. C’est dans ce même pays que l’on trouve établi l’usage singulier et barbare de voyager à dos d’homme. Les maiheureux qui servent de monture, et que l’on nomme cargueros, sont pour la plupart des Indiens ou des métis. Vêtus légèrement, souvent même nus, ils porteni sur le dos une chaise sur laquelle se place le voyageur, muni d’un large parasol, armé d’une cravache et souvent d’éperons, dont il n’a pas honte de frapper le carguero. Cet usage déplorable est d’autant plus difficile à justifier que le Cundinamarca fournit d'excellents mulets,

Aux environs de Bogota, lair est constamment tempéré. Le froment d'Europe et le sésame d’Asie y donnent des récoltes continuelles. Le plateau sur lequel est située la ville offre plusieurs traits de ressemblance avec celui qui renferme les lacs mexicains : l’un et l’autre sont plus élevés que le couvent du Saint-Bernard ; le premier a 2,700 mètres, le second 2,800, au-dessus du niveau de la mer. La vallée de Mexico, entourée d’un mur circulaire de montagnes porphyriques, est encore couverte d’eau dans son centre. Le plateau de Bogota est également entouré de montagnes élevées : le niveau parfait de son sol, sa constitution géologique, la forme des rochers de Suba et de Facatativa, qui s’élèvent comme des îlots au milieu des savanes, tout semble indiquer l’existence d’un ancien lac. La rivière de Funzha, communément appelée Rio-de-Bogota, après avoir réuni les eaux de la vallée, se précipite, par une ouverture étroite, dans une crevasse de 200 mètres de profondeur qui descend vers le bassin de la rivière de la

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Magdalena. Les Ind': 5 attribuent à Bochica, fondateur de l’empire de Bogota ou de Cunti:, arca, l'ouverture de ces rochers, et la création de la cataracte de Téquendama. Il n’est pas étonnant que des peuples religieux aient attribué une origine miraculeuse à ces rochers, qui paraissent avoir été taillés par la main de l’homme; à ce gouffre étroit dans lequel se précipite une rivière qui réunit toutes les eaux de la vallée de Bogota ; à ces arcs-en-ciel qui brillent des plus vives couleurs, et qui changent de forme à chaque instant ; à cette colonne de vapeurs qui s’élève comme un nuage épais et que l’on reconnaît à 5 lieues de distance, en se promenant autour de la ville de Santa-Fé. Il existe à peine une seconde cascade qui, à une hauteur aussi considérable, réunisse une telle masse d’eau. Le Rio-de- Bogota conserve encore, un peu au-dessus du Sallo, une largeur de 90 mètres. La rivière se rétrécit beaucoup près de la cascade même où la crevasse, qui paraît formée par un tremblement de terre, n’a que 10 à 12 mètres d'ouverture. À l’époque des grandes sécheresses, le volume d’eau qui, en deux bonds, se précipite à une profondeur de 470 mètres, présente encore un profil de 42 mètres carrés. L’énorme masse de vapeurs qui s’élève journellement de la cascade, et qui est précipitée par le contact de l’air froid, contribue beaucoup à la grande fertilité de cette partie du plateau de Bogota. A une petite distance de Canoas, sur la hauteur de Chipa, on jouit d'une vue magnifique, et qui étonne le voyageur par les contrastes qu’elle présente. On vient de quitter les champs cultivés en froment et en orge : outre les azaléa, les alstonia theiformis, les begoniae 4 quinquina jaune, on voit autour de soi des chênes, des aunes, et des plantes dont le port rappelle la végétation d'Europe; et tout à coup on découvre, comme du haut d’une terrasse, et pour ainsi dire à ses pieds, un pays où croissent les palmiers, les bananiers et la canne à sucre. Comme la crevasse dans laquelle se jette le Rio-de-Bogota communique aux plaines de la région chaude (lierra caliente), quelques palmiers se sont avancés jusqu’au pied de la cascade. Cette circonstance particulière fait dire aux habitants de Santa-Fé que la chute du Tequendama est si haute, que l’eau tombe, d’un saut, du pays froid ({ierra fria) dans le pays chaud. On sent qu’une différence de hauteur de 200 mètres n’est pas assez considérable pour influer sensiblement sur la température de l'air. C’est la coupe perpendiculaire du rocher qui sépare Jes deux végétations d’une manière si tranchante. Voici un autre phénomène naturel que l’on remarque près de Fusagusa, dans les environs de Bogota. La vallée d’Icononzo ou de Pandi est bordée de rochers de forme extraordinaire, et qui paraissent comme taillés de main

d'homme. Leurs sommets nus et arides offrent le contraste le plus pittoresque avec les touffes d’arbres et de plantes herbacées qui couvrent les bords de 1a crevasse. Le petit torrent qui s’est frayé un passage à travers la vallée d'Icononzo porte le nom de Rio de la Summa-Paz. Ce torrent, encaissé dans un lit presque inaccessible, ne pourrait être franchi qu’avec beaucoup de difficulté, si la nature même n’y avait formé deux ponts de rochers, objet bien digne de fixer notre attention. La crevasse profonde à travers laquelle se précipite le torrent de la Summa-Paz, occupe le centre de la vallée; près du pont, elle conserve, sur plus de 4,000 mètres de longueur, la direction de l’est à l’ouest. La rivière forme deux belles cascades au point où elle entre dans la crevasse, et au point où elle Cn sort. Il est. très-probable que cette crevasse a été formée par un tremblement de terre. Les montagnes environnantes sont de grès à ciment d’argile. Cette formation, qui repose sur les schistes primitifs de Viletta, s'étend depuis la montagne de sel gemme de Zipaquira jusqu’au bassin de la rivière de la Magdalena. Dans la vallée d’Icononzo, le grès est composé de deux roches distinctes. Un grès très-compaete et quartzeux, à ciment peu abondant, et ne présentant presque aucune fissure de stralification, repose sur un grès schisteux à grain très-fin, et divisé en une infinité de petites couches très-minces et presque horizontales. M. de Humbolät croit que le banc compact et quartzeux, lors de la formation de la crevasse, a résisté à la force qui déchira ces montagnes, et que c’est la continuation non interrompue de ce bane qui sert de pont pour traverser d’une partie de la vallée à l’autre. Cette arche naturelle a 44 mètres de longueur sur 42 mètres de largeur ; son épaisseur, au centre, est de 2 mètres ; les expériences de M. de Humboldt ont donné 98 mètres pour la hauteur du pont supérieur au-dessus du niveau des eaux du torrent. À 20 mètres audessous de ce premier pont naturel, il s’en trouve un autre auquel on est conduit par un sentier étroit qui descend sur le bord de la crevasse. Trois énormes masses de rocher sont tombées de manière à se soutenir mutuellement. Celle du milieu forme la clef de la voûte, accident qui aurait pu faire naître aux indigènes l’idée de la maçonnerie en arc, inconnue aux peuples du Nouveau-Monde, comme aux anciens habitants de l'Egypte.

Au milieu du second pont d’Icononzo se trouve un trou de 400 mètres carrés, par lequel on voit le fond de l’abime; c’est là que notre voyageur a fait des exp#-iences sur la chute des corps. Le torrent paraît couler dans une caverne obscure. Le bruit lugubre que l’on entend est dù à une infinité d’oiseaux nocturnes qui habitent la crevasse. Les Indiens assurent que ces

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oiseaux sont de la grosseur d’une poule, et qu’ils ont des yerx de hibou et le bec recourbé. Il est impossible de s’en procurer à cause de la profondeur de la vallée. L’élévation du pont naturel d’Incononzo est de 450 mètres audessus du niveau de l'Océan.

Cette merveille de la nature est sur la route de Bogota à Zbague, petite ville dont le commerce était florissant vers la fin du seizième siècle, mais qui, après avoir été saccagée par les Indiens, n’est plus aujourd’hui qu’un simple village, dont le collège seul mérite d'être cité.

Zipaquira est une petite ville très-vivante qui doit le mouvement qui la distingue à ses riches mines de sel gemme dont le produit est un des plus importants revenus de la république.

En remontant la Magdalena jusqu’à 45 lieues au-dessus de Santa-Fé, on trouve la petite ville de Neyba ou Neyva, sur une rivière de ce nom ; elle est la capitale d’une province, et fait un grand commerce de cacao, qui abonde dans sesenvirons.

Dans la province de Mariquita, dont le chef-lieu Æonda, ville de 8,000 âmes, n’a rien de remarquable, Mariquita est célèbre par ses mines d’or et d’argent d’une exploitation très-difficile.

La province d’Antioquia, que nous allons traverser, n’est pour ainsi dire qu’une vaste forêt; mais c'est dans les entrailles de la terre que gisent ses

* principales richesses. Plusieurs de ses rivières coulent sur du sable d’or;

plusieurs mines de ce métal sont exploitées, ainsi que l’argent, le cuivre, le mercure et le sel. Le produit de ces exploitations s’élève annuellement à 4,200,000 piastres. La ville d’Antioquia, ou Santa-Fé-de-Antioquia, sur les bords du Tomizco, dans une vallée profonde et au milieu de champs couverts de maïs, de cannes à sucre et de bananiers, est renommée par son industrie * ses charpentiers, ses serruriers et ses orfèvres passent pour être fort habiles. Sa population est de 148 à 20,000 âmes. A 12 lieues au sud, Medellin, avec 15,000 habitants, est bâtie avec régularité et dans une situation pittoresque. La douceur de son climat lui donne une grande supériorité sur la capitale.

Santa-Rosa de Osos est remarquable par sa situation élevée et par ses riches lavages d’or.

L'ancien royaume de Terre-Ferme, qui, dans la suite forma le département de l’isthme de la république de Colombie, est aujourd’hui une solitude champêtre; on le partage en deux provinces, celle de Panama et celle de Veragua. Les villes de Panama, sur la mer du Nord, et de Porto-Bello, sur l'océan Pacifique, florissaient autrefois par le commerce des métaux pré-

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