AMÉRIQUE. — BOLIVIE
département qui confine au sud avec le Chili, est une petite ville de 4,000 habitants, siluée sur un territoire maritime qui n'offre, entre la Cordillère ct l'Océan, qu’un désert aride, parsemé de quelques terrains fertiles, ainsi que des mines de cuivre et des eaux thermales.
Au milieu de ce désert d’Atacama, et au sud de San-Francisco, le petit village de Cobija, naguère encore inconnu, a pris rapidement, dans ces derniers temps, sous le nom de Puerlo-Lamar, une place importante parmi les villes de la Bolivie, Cette petite ville doit son rapide accroissement à son port qui, favorisé par la franchise, fait tout le commerce extérieur de la république.
C’est sur la rive droite du Desaguadero que l’on voit, dans le département d'Oruro, Paria, un peu au-dessus d’un lac qui porte le nom de cette ville. Dans ses environs, on exploite des mines d'argent, d’étain et de plomb; on élève un grand nombre de bestiaux, et l’on connaît plusieurs sources thermales. Oruro, ville de 5,000 âmes, chef-lieu du département, se trouve dans une vallée voisine, à 3,792 mètres de hauteur au-dessus de l'Océan. On y voit quatre églises et cinq couvents.
Nous remarquons encore dans le Pérou méridional les villes suivantes : Oropesa, ville de 25,000 âmes, dans le département de Cochabamba, que l'on appelle le grenier du Pérou ; Cochabamba, dont quelques voyageurs portent la population à 27,000 âmes; Tarija, capitale du département qui porte son nom, qui abonde en blé, en fruits et en bons vins.
San-Lorenzo-de-la-Frontera, ou Sanla-Cruz-de-la-Sierra-Nueva, occupe une plaine immense où s'élèvent, à quelque distance, d’assez belles maisons de campagne. Elle est mal bâtie, quoique ses maisons soient en pierre. Sa population est estimée à 5,000 âmes. C’est une ville qui fut plus considérable, et qui doit en partie sa décadence à l’air impur qu’on y respire. En 4605, on l'érigea en évêché, mais l’évêque réside à Mizque, sur la rive gauche du Guapey, dans le département de Cochabamba. Cette ville de Santa-Cruz-de-la-Sierra est le chef-lieu du département auquel elle donne son nom.
Au delà du Guapey, on ne trouve plus que de petits villages epars au milieu d’une contrée légèrement ondulée par de petites montagnes. Plus loin s'étendent les immenses plaines sablonneuses du pays des Chiquitos, qui joint au nord les plaines boisées de celui des Hoxos, qui dépendent de la province de Santa-Cruz-de-la-Sierra.
La république de Bolivie est aujourd'hui divisée, administrativement, en huit départements subdivisès en provinces ou cantons. La constitution
politique, qui date de 4839, a été confirmée en 4848 ; elite a beaucoup de ressemblance avec celle du Pérou : on y trouve aussi un président, deux chambres et un tribunal suprême. La religion catholique est la religion de l'État; il y a un archevêque à Chuquisaca, ses suffragants sont les évêques de La Paz, de Cochabamba et de Santa-Cruz-de-la-Sierra. Trois bataillons d'infanterie et deux régiments de cuirassiers, en tout 4,500 hommes environ, composent la force armée permanente; mais nous devons y ajouter la milice nationale. Le budget total des dépenses de la république montait, en 4850, à 4,738,744 piastres (la piastre vaut envion 5 francs), et celui des recettes à 4,976,217 piastres, La dette nationale de Bolivie est toute intérieure, elle est très-forte et dépasse les ressources du gouvernement. La Bolivie offre, dans son ensemble, le spectacle d’un beau pays où la nature a accumulé ses mille trésors, et où l’homme a tout à faire pour en profiter.
Les nations indigènes du Pérou appellent maintenant notre attention ; mais vaguement conservée par des traditions orales ou par ces nœuds symboliques appelés quipous, l’histoire des Péruviens est infiniment plus obscure que celle des Mexicains. Elle remonte à deux ou trois siècles avant la découverte de l'Amérique par Colomb; car les règnes de douze Incas n’ont guère pu avoir une durée commune de plus de vingt ans.
Les tribus du Pérou vivaient dans une barbarie complète. Nomades, elles se nourrissaient des produits de la chasse et de la pêche. Les vainqueurs déchiraient tout vivants les prisonniers de gucrre ?, Quelques-uns d’entre eux, par l'instinct de la reconnaissance, adoraient la bienfaisante nature ; les montagnes, mères des fleuves, les fleuves mêmes et les fontaines, qui arrosaient la terre et la fertilisaient ; les arbres qui donnaient du bois à leurs foyers; les animaux doux et timides, dont la chair était leur pâture ; la mer abondante en poissons, et qu’ils appelaient leur nourrice ? : un temple très-ancien était même consecré à un dieu inconnu et suprême, Mais le culte de la terreur était celui du plus grand nombre. Ils s'étaient fait des dieux de tout ce qu’il y avait de plus hideux, de plus horrible; ils vouaient un respect superstitieux au couguar, au jaguar, au condor, aux grandes couleuvres ; ils adoraient les orages, les vents, la foudre, les cavernes, les précipices ; ils se prosternaient devant les torrents, devant les forêts ténébreuses, aux pieds de ces volcans terribles qui bouleversaient les entrailles de la terre. A peine rendaient-ils une ombre de culte à ces affreuses
! Garcilasso de lu Vega, liv. 1, ch, xn.
2 Mama Cocha, mère mer.
D de eux
de ques lons Pnvier Ja tait, celui oute ient.
Du la ir en
tion ; sym- ; obsant la n'ont
, Îles queurs Pentre ature ; S, qui à leurs la mer temple fais le ait des uaient randes ernes, forêts ent les freuses
divinités vain voit entrailles mère, po stition, L croire iss dépouille yeux sa f d'Hanco, ceux-ci d’ laient les La pros Elle yenv épouse, D cendus du semblèrent semer, à di à filer, à ot à servir leu ajoutèrent reconnaiss:
La voix d’ barbares. { sanglants terre, labo moissons.
travail en c aussi le dé l'essor de 1 père ; elles torité des I avoue qu’il que des trih seul signe d à morti; e et mêlait dd traits les pl Zarate:}
AMERIQUE, — TRIDUS PÉRUVIENNES, 429
divinités ; ils paraissent les avoir considérées sous le même jour que l’Afrivain voit ses fétiches. Cependant l’un se perçait le sein, en se déchirant les entrailles; l’autre, plus forcené, arrachait ses enfants de la mamelle de leur mère, pour les égorger sur l'autel. L'orgueil national s’était allié à la superstition. Les uns, comme ceux de Cuba, de Quinvala et de Tacna, fiers de se croire issus du lion, qu’adoraient leurs pères, se présentaient, vêtus de la dépouille de leur dieu, le front couvert de sa crinière, et portant dans les yeux sa férocité menaçante. D’autres, comme ceux de Sulla, de Vilca, d'Hanco, d’Urimarca, se vantaient d’être nés, ceux-là d’une montagne, ceux-ci d’une caverne, ou d’un lac, ou d’un fleuve, à qui leurs pères immolaient les premiers-nés de leurs enfants.
La providence divine eut pitié de ce monde livré au génie malfrisant. Elle yenvoya le sage et vertueux Manco et la belle Oello, sa sœur et son épouse, D'où était venu ce couple vertueux et bienfaisant ? On les crut descendus du ciel. Les sauvages, répandus dans les forêts d’alentour, se assemblèrent à leur voix. Manco apprit aux hommes à labourer la terre, à la semer, à diriger le cours des eaux pour l’arroser ; Oello instruisit les femmes à filer, à ourdir la laine, à se vêtir de ses tissus, à bien élever leurs enfants, à servir leurs époux avec un tendre zèle. Aux dons des arts, ces fondateurs ajoutèrent le don des lois. Le culte du Soleil, leur père, ce culte fondé sur la reconnaissance, fut la première de ces lois et l’âme de toutes les institutions. La voix d’une religion bienfaisante rassemble de toutes parts ces peuplades barbares. {ls apprennent à s’aimer, à s’entr’aider ; ils renversent les autels sanglants élevés aux lions et aux tigres; ils quittent la vie errante. La terre, labourée par ses habitants, ouvre son sein fécond et se revêt de riches moissons. Mais les douces lois qui établissaient le partage des terres, le travail en commun, l’amour fraternel entre toutes les familles, ordonnaient aussi le dévouement absolu aux volontés de l’Inca; elles enchainaient l'essor de l’industrie en retenant constamment le fils dans le caitrière du père ; elles empéchaient le développement des facultés intellectuelies. L’autorité des Incas n’était, après tout, qu’un « despotisme paternel. » On avoue qu’ils avaient un nombreux sérail. Leurs sujets ne is approchaient que des tributs à la main, et n’osaient jamais regarder leur visage. A un seul signe de l’Inca, la population d’une province entière se laissait mettre à mort; enfin, le peuple, mal vêtu, mal logé, mangeait les viandes crues, et mêlait de la terre glaise à ses aliments. Garcilasso ne déguise pas les traits les plus évidents d’une tyrannie superstitieuse, Des milliers de vic- Zarate : Historia del Peru, lib. I, cap. x et xr.
times humaines étaient immolés sur le tombeau du monarque. On voyait encore un remarquable exemple de fanatisme dans cette loi terrible qui regardait la violation du vœu des vierges du Soleil: pour expier un amour sacrilége, pour apaiser un dieu jaloux, non seulement l’infidèle prêtresse était ensevelie vivante, et le séducteur dévoué aux supplices les plus affreux; mais la loi enveloppait dans le crime la famille des criminels: pères, mères, frères et sœurs, jusqu'aux enfants à la mamelle, tout devait périr dans les flammes : le lieu même de la naissance des deux impies devait être à jamais désert. Les conquêtes des Incas n’étaient pas aussi pacifiques qu’on a voulu les représenter; on coupait le nez, on arrachait les dents à tous les individus d’une tribu insurgée. La férocité japonaise et la servilité chinoise percent à travers les excellentes qualités qu’on attribue au gouvernement des Incas. Les amandas, ou instituteurs, ont beaucoup de rapports avec les mandarins chinois.
Quoi qu’il en soit, depuis la ville de Quito le voyageur retrouve les vestiges de l’ancienne civilisation péruvienne.
La route de Quito à Cuzco, ct par-delà, avait 500 lieues. Une autre, de la même étendue, régnait dans le plat pays, et plusicurs autres traversaient l'empire du centre aux extrémités. C’étaient des levées de terre de 42 mètres de largeur, qui comblaient les vallées jusqu'au niveau des collines. Le long de cette route on voyait se succéder des arsenaux distribués. par intervalles, les hospices sans cesse ouverts aux voyageurs, les forteresses et les temples, les canaux qui, dans les campagnes, faisaient circuler l’eau des fleuves; mais les routes des Incas n’avaient pas dans toutes leurs parties une grande solidité. Les canaux étaient faits sans art; les murs des palais et des forteresses surpassaient rarement la hauteur de #4 mètres. L’or était très-commun chez les Péruviens. On a trouvé de temps en temps pour des millions de piastres dans les anciens monuments. Quelques arbres et arbustes d’or pur ont pu orner les jardins impériaux de Cuzco, mais les historiens ont poussé jusqu’à l’extravagance l’énumération de ces richesses. Il y avait, dit Garcilasso, des bûchers de lingots d’or en forme de büches, et des greniers remplis de grains d’or. Nous dirons pourtant que les fameux jardins d’or ne nous paraissent pas surpasser les bornes de la vraisemblance historique,
Les Péruviens indigènes actuels sont loin de ressembler à ceux dont Marmontel s’est plu à nous tracer le séduisant tableau. Ils n’ont que des facultés très-bornées, un caractère mélancolique, timide, abattu par l'oppression, pusillanime au moment du danger, féroce et cruel après la
voyait ble qui amour rêtresse es plus ninels :
t devait s devait cifiques dents à ser vilité U goude rap-
les ves-
re, de la ersaient e de 42 ollines.
DUËS- par teresses er l’eau urs parurs des es. L’or ps pour arbres et mais les chesses.
büches, fameux nblance
x dont que des tu par après la
victoire, hautain, dur, implacable dans l’exercice du pouvoir. Ils sont d’un naturel méfiant; ils croient qu’on ne peut leur faire aucune honnéteté sans avoir l'intention deles tromper. Trapus, robustes, et capables d’endurer le travail, ils croupissent dans l’indolence et la malpropreté : ils vivent sans aucune prévoyance. Leurs habitations ne sont que de méchantes huttes mal construites, incommodes, et d’une malpropreté dégoütante. Leur habillement est pauvre et mesquin, leur nourriture misérable; mais ils sont très portés aux liqueurs fortes, et ils sacrifient tout pour s’en procurer la jouissance. Quoique leur religion soit fortement entachée de la superstition de leurs ancêtres, ils sont grands observateurs des rites cet des cérémonies de l’Église, et ils font des dépenses considérables en processions et en messes,
Le nombre des Indiens a diminuë depuis la conquête, et comme les autres castes n'ont pas augmenté à proportion, la population totale du pays est inférieure à ce qu’elle avait été lors de l’arrivée des Espagnols; mais on a singulièrement exagéré cette diminution.
Parmi les causes qui ont contribué à diminuer le nombre des Indiens, Ulloa remarque avec raison l’abus des liqueurs fortes; il fait plus de ravages en une année que les mines n’en font dans l’espace d’un demi-siècle. Les Indiens du pays haut (la Sierra) se livrent à cette boisson avec tant de fureur, que souvent on les trouve morts le matin dans les champs par suite de l'ivresse du soir. En 4759, le gouvernement fut obligé de défendre absolument la vente et la fabrication des eaux spirilueuses, à cause d’une fièvre épidémique qui provenait en grande partie du penchant des Indiens à livrognerie, L’accroissement des autres castes est encore une circonstance qui influe continuellement sur la diminution des Indiens, et doit finir par en faire disparaître la race. Il a été observé que partout où les Européens s’établissent parmi les naturels, le nombre de ceux-ci va en diminuant; mais ils sont remplacés par des Métis et des Zambos. On peut présager avec assurance une époque où toutes les races pures, fondues enseiubie, ne formeront plus qu'une seule masse et constitucront une nation nouvelle,
Les Indiens, aussi bien que les Créoles, parviennent généralement à un âge fort avancé et conservent leurs facultés jusqu’à la fin de leur carrière. Dans la province de Caxamarca, on comptait, en 4792, huit personnes âgées depuis cent quatorze jusqu’à cent quarante-sept ans ; et dans la même province il mourut, en 4765, un Espagnol âgé de cent quarante-quatre ans sept mois et cinq jours, laissant une descendance de huit cents personnes.
Les Mélis ont rang immédiatement après les Espagnols, et ils forment la
AMNÉRIQUE. — TRIBUS PÉRUVIENNES.
classe la plus nombreuse après les Indiens. Ils ne jouissent pas des priviléges accordés à ceux-ci, mais ils ne sont pas sujets non plus aux mêmes charges. Cordialement attachés aux Espagnols, ils vivent dans une mésintelligence perpétuelle avec les Indiens. Les Quarterons, qui descendent du mariage d’un Espagnol avec une Métisse, se distinguent difficilement de leurs pères. Les Cholos, au contraire, issus d’Indiens et de Métis, rentrent dans la classe des Indiens, et sont scumis au tribut.
Les Nègres esclaves étaient autrefois destinés au service des maisons ou au travail dans les sucreries et les autres plantations de leurs maîtres. Leur importation annuelle se montait à 500 environ, mais leur nombre diminue de jour en jour. Les Nègres libres passent en général pour fainéants, dissolus, et auteurs de la plupart des meurtres et des brigandages commis dans le Pérou. Les Mulâtres s’adonnent communément au petit commerce, et exercent presque seuls plusieurs métiers mécaniques. Les femmes mulâtres, recherchées comme nourrices, savent souvent gagner toute la confiance de leur maîtresses créoles.
La langue quichua était celle des Incas et de la nation quichua, voisine de l’ancienne capitale Cuzco; elle s’est étendue avec la domination des monarques péruviens depuis la ville de Pasto, dans le Quito, jusqu’à la rivière Maule, dans le Chili. Elle a survécu à l’empire péruvien; elle est encore généralement parlée dans toute l'étendue de l’ancien Pérou, nonseulement par les Indiens, maisencore par les Espagnols, et surtout par les Espagnoles ; c’est à Lima et à Quito l’idiome de la galanterie et de la bonne société. Les jésuites ont répandu dans les missions, à l’est des Cordillères, cette langue douce et très-cultivée. On la dit très-propre aux peintures gracieuses de l’idylle et aux mouvements passionnés de l’élégie. À côté d’elle il existe, dans plusieurs cantons du Pérou, quelques langues-mères qui en diffèrent radicalement ; l’aimareest parlé dans les environs de La Paz, dans les îles du lac de Titicaca. Les Pouquines, quoique peu nombreux, conservent avec une obstination respectable leur idiome maternel.
Nous nous sommes occupé du Haut et du Bas-Pérou; les contrées que ‘on pourrait désigner sous le nom du Pérou intérieur, en diffèrent sous plusieurs rapports physiques, et sont peuplées de nations qui ne paraissent pas avoir subi en totalité le joug des Incas, ni descendre de la même souche que les Péruviens. Les Espagnols distinguent plusieurs districts sous des dénominations spéciales : la Pampa-del-Sacramento, entre le Huallaga et l’Ucayale, le Grand-Pajonal, contrée montagneuse entre le Pachitea, 1 Hervas : Catalogue des langues, ch. 1, art. 4.
les privix mêmes 1e mésinndent du lement de , rentrent
aisons ou res. Leur > diminue ants, diss commis ommerce, mes mulâte la con-
a, voisine ation des jusqu’à la ; elle est rou, nonout par les e la bonne ordillères, \tures gracôté d’elle mères qui le La Paz, ombreux, ].
trées que rent sous paraissent me souche s sous des uallaga el Pachitea,
l’'Enne et l’Ucayale; le pays des Moxos, entre le Beni et le Madera ; celri des Chiquilos, qui s’étend vers les bords du Paraguaÿ. Mais comme les régions et les tribus se ressemblent dans les principaux traits, nous les grouperons en un seul et même tableau.
Les Indiens de l’'Ucayale, de Huallaga et de la Pampa-del-Sacramento, ont le teint plus blanc, la taille plus forte et les traits plus expressifs que les Péruviens. Quelques tribus, par exemple les C'onibos, ne le cèdent guère en blancheur aux Espagnols, si ce n’étaient les huiles dont ils s’enduisent tout le corps, et les piqüres de moustiques, auxquelles ce moyen même ne saurait les soustraire. Les C'arapachos, sur la rivière Pachitea. ont presque la blancheur des Flamands; ils ont de plus une barbe toulfue. Le P. Girbal compare leurs femmes, pour la beauté, aux Circassienne: et aux Géorgiennes. Il n’est pas étonnant que parmi ces peuples les difformités soient presque inconnues. Ils prennent des précautions cruelles contre les erreurs de la nature : tout enfant qui, aux yeux de ses parent: insensibles, parait d’une constitution faible ou d'une mauvaise conformation, est sur-le-champ voué à la mort, comme un être né sous de sini«tres augures. Pendant l’adolescence, ils emploient un moyen plus innocent pour conserver la beauté de la race; il consiste à serrer par des ficelles de chanvre toutes les parties du corps, de manière à leur donner une forme convenue. Les Omaquas, qui demeuraient anciennement dans la Pampa, avaient la coutume de serrer la tête de leurs enfants entre deux planches de bois, qui, en aplatissant je front et l’occiput, rendaient la face plus large, et, pour emprunter leurs termes, lui donnaient de la ressemblance avec la pleine lune. Il semble que cet usage n'est pas tout-à-fait aboli parmi les habitants actuels de ces contrées. Les missionnaires attribuent à cette opération violente la faiblesse d’entendement et de jugement, qui, selon eux, est générale parmi ces peuples. Les Panos font circoncire les jeunes filles, usage inconnu parmi les autres tribus. La petite-vérole et diverses autres causes ont singulièrement diminué la force de ces tribus, autrefois si populeuses ; il y en a qui ne comptent que 500 âmes.
Les idiomes de ces Indiens semblent varier de village à village, tant chaque tribu met de soin à conserver certaines inflexions de voix, certains sifflements et hurlements qui probablement tiennent lieu de mots d’ordre en temps de guerre. Il est vraisemblable que ces idiomes se réduisent à un très-pelit nombre de langues-mères. Cependant il y a des différences primitives; les Cocamas, par exemple, en parlent une qui n’a aucu:
rapport avec celle de leurs voisins, les Furimaguas, qui habitent sur v. 55
le Muallaga. La langue des Moxos et celle de Chiquitos sont très-répandues, et la dernière se distingue par une syntaxe remplie d'artifices qu’on ne chercheraiy pas parmi des sauvages. Les Panos cachent aux yeux des étrangers, au dire de M. de ilumboldt, quelques livres écrits en hiéroglyphes.
Toutes ces peuplades vivent sous des caciques ou princes ; il y en a qui ont deux caciques à la fois. S’il f:ut en croire les missionnaires, la polygamie est en horreur parmi ces peuples. Il n’est permis qu'aux caciques d’avoir deux épouses. Dans ie plupart de ces tribus, les mariages sont conclus entre les chefs des deux familles et les jeunes gens élevés ensemble depuis la plus tendre enfance. Il n’est pas rare de voir des couples qui s’aiment jusqu’à la mort; plus d’une Artémise sauvage a donné aux cendres de son mari ses propres entrailles pour tombeau. Mais d’un autre côté, les mariages nesont point indissolubles de droit : lesépoux peuvent se séparer dès le moment qu’un mutuel consentement a rendu à chaque par tie sa liberté, | |
La croyance de ces peuples est conforme à leur civilisation imparfaite. Ils se représentent l’Étre suprême sous la figure d'un vieillard qui, après avoir construit les montagnes et les plaines de notre terre, a choisi le ciel pour sa demeure constante. Ils appellent notre père, notre aïeul, maisilsne lui consacrent nitemples niautels. Les tremblementsde terre viennent, selon eux, de sa présence sur notre globe; cesontles pas de Dieuirrité qui font tressaillir les montagnes; pour lui montrer leur respect, aussitôt qu’ils sentent une secousse de tremblement de terre, ils sortent tous de leurs cabanes; ils dansent, sautent, trépignentets’écrient : Nous voici ! nous voici ! Plusieurs tribus adorent la lune. Tous ces Indiens croient à un mauvais principe, à une espèce de diable qui, selon eux, réside sous la terre, et cherche à faire du mal à tous les êtres vivants, Des individus, nommés Mohanes, passent pour avoir des communications avec le diable, et pour savoir détourner sa maligne influence. Ce sont là les seuls prêtres qu’aient ce: peuples; on les consulte sur la guerre et sur la paix, sur les moissons, sur la santé publique et sur les affaires d'amour. Le métier de ces prêtres, ou plutôt de ces scrciers, est très-périlleux ; si leurs artifices magiques ne sont pas suivis du succès qu’ils promettent, la vengeance de leurs dupes ne s’assouvit que dans leur sang. Les péripiris sont des talismans composés de diverses plantes; il y en a qu’on porte sur les bras, sur les pieds et sur les armes; il y en a d’autres qu’on mâche et qu’on jette ensuite dans l'air; il y en a dont on boit l’infusion ; quelques-uns doivent inspirer de l'amour, d’autres
'épanqu’on yeux hiéro-
\ à qui olygaciques s sont semble es qui lé aux ) autre ent se Le par -
rfaite.
, après de ciel silsne
, selon ntires-
sentent es; ils sieurs Fes à à faire passent rner sa on les blique es SGrivis du vit que iverses armes; yena ‘autres
doivent faire réussir la chasse, assurer les moissons, donner naissance à ja pluie et disperser des armées ennemies.
De tous les prodiges qu’opèrent les Mohanes au moyen de leurs talismans, les plus brillants, mais aussi les plus périlleux, sont les gucrisons des malades. Comme toutes les maladies sont attribuées à leurs artifices ou à l'influence de leur maître, le diable, le premier soin qu’une famille croit devoir à un malade, c’est de découvrir quel est le Mohane qui l’a ensorcelé. A cette fin, le plus proche parent boit un extrait de datura arborea L.: enivré par cette espèce de poison végétal, il tombe à terre, et reste souvent pendant deux ou trois jours dans un état voisin de la mort. Revenu à ses “ens, il annonce avoir vu er songe tel ou tel sorcier dont il donne le signalement : on cherche le Moh: :e auquel ce portrait convient, et on l’oblige de se charger de guérir le malade. Si, par malheur, celui-ci était mort pendant cette opération préliminaire, la famille cherche à tuer le Mohane désigné. Souvent les visions n’ayant donné aucun résultat positif, on force le premier Mohane qu’on rencontre à faire l’office de médecin.
Il est probable que, grâce à des traditions ou à une longue expérience, ces sorciers possèdent des secrets qui les aident à guérir queiques malades et à en tuer d’autres. Les poisons que, dans ces climats, le règne végétal offre en si grand nombre et d’une forcs si terrible, peuvent, avec certaines modifications, fournir des remèdes violents à la vérité, mais souvent précieux. Cependant, la médecine ostensible de ces peuples ne cousiste qu’en pratiques superstitieuses.
Quand tous les remedes ont été employés en vain, et que la mort prochainc s‘’annonce par des signes certains, le Mohane saute brusquement eu lit, et sauve sa vie par une fuite précipitée, sans pouvoir cependant éviter les coups de bâton et de pierres qui pleuvent sur lui.
Les tribus établies sur la rivière des Amazones, du côté de Maynas, croient que l’âme continue à exister dans un autre monde, sous la forme humaine. Ces Indiens disaient aux missionnaires : « Nous ne craignons
nullement la mort; nos ancêtres et nos amis nous attendent dans autre
monde ; ils tiennent du pisang cuit et du pain de cassave tout prèt pour nous recevoir : nous avons soin de recommander qu’on mette dans notre tombe une hache de cuivre, un arc et une armure complète. afin de pouvoir sur-le-champ faire notre entrée victorieuse dans le ciel, en pas-
sant par la voie lactée, ce jardin lumineux où nos ancêtres s’amusent à
des danses et des festins. Cependant nos neveux nous verront quelque-
fois combattre les morts des tribus ennemies : c’est alors qu’on verra les
« sriibres nuages s’amasser et annoncer un orage violent; la foudre bril- « lera dans nos mains, et le fracas ile la chute de nos ennemis, précipités « du haut du ciel et changés en bêtes féroces, retentira dans les airs comme « un tonnerre épouvantable. »
Quoique plusieurs de ces idées soient communes à tous les Indiens, il paraît que les habitants des bords de l'Ucayale y joignent la croyance de la mélempsycose. « Pourquoi, disait l’un d’eux à un jésuite, pourquei ve « parler tant de mes péchés? Tout ce que tu dis sur les peines de enfer
n’est qu'un tissu de fables. Je sais biêñ que mes péchés ne me feront pas brûler ; je vois tout autour de moi ce que mes uieux sont slevenus après leur mort. Les caciques justes et sages, les braves guerriers, ies femmes liucles, vivent, après la mort, dans les corps des animaux, distingués par leur force, leur agilité ou leurs grâces. Nous respecions surtout les sranis singes, nous les saluons, nous leur rendons toute sorte d’honaeurs, parce que les âmes de nos pères habitent dans leur corps. Quant aux âmes des méchants et des traîtres, ou elles errent dans les nuages et la terre, ou elles languisseut enchainées au fond des rivières. Mais personne parmi nous n'est brûlé dans l’autre monde... »
Les complainies et lamentations de ces peuples ne se distinguent que par Fextrème variété qu'ils affectent d’y mettre quant au son de }a voix. Les uns imitent le hurlement du jaguar, les autres le cri nasal des singes ; ceux-ci sifflet comme les grenouilles. Sans doute ils veulent dire, par ce charivari, que tous les éléments pleurent la mort de l’homme qu’on vient de perdre.
La complainte finie, on détruit tout ce qui appartenait au défunt, et on bruie sa cabane. Le corps est mis dans un grand vase de terre qui sert de bière; il est inhumé dans quelque endroit isolé; et tandis que les autres races humaines cherchent à éterniser leur dernière demeure, ces Indiens ont grand soin d’aplanir le terrain où ils ont creusé une fosse, afin qu’on n'en retrouve pas la place ; tout le monde évite les endroits qui servent de cimetière, et chez la plupart de ces peuplades il est défendu de faire la moindre mention du défunt, et même d’en rappeler directement la mémoire.
Les Roa-Maïnas pourtant ont une coutume un peu différente, et trèsremarquable, Ils déterrent les cadavres après un certain laps de temps ; et lorsqu'ils eroient que les chairs se sont dissoutes, ils nettoient le corps, le lacent dans une bière d'argile, chargée d’hiéroglyphes semblables à ceux d'Égypte, l’exposent dans leurs cabanes à la vénération des survivants, et Jui font à la fin de secondes funérailles. Les Capanaguas, sur les bords de
re brilécipités comme
diens, il ce de la que! HHE e Penfer rent pas us Après femmes ques par rtout les e d'hon- 3, Quant uages et [ais per-
| que par oix. Les singes ; e, par cc 'on vient
nt, et on i sert de s autres s Indiens in qu’on rvent de e faire la
émoire.
, ettrèsbmps ; et corps, le s à ceux
vants, et bords de
la rivière Magni, dévorent les chairs rôties des morts, sous prétexte de les honorer.
Plusieurs tribus ont la réputation de manger leurs prisonniers de guerre. Les Guagas, qu’on cile dans ce nombre, ont toute la férocité des Giagas d'Afrique, dont ils sont peut-être une branche. Ils se serrent le milieu du corps, de manière à se donner un taille extraordinairement svelte.
Nous devons citer encore, parmi les naturels du Pérou, les Pancarlambinos et les Chahuaris, surnommés collectivement les Chunchos. « Les « langues de ces tribus, dit M. Gay!, alors même qu’elles sont eruière- « ment distinctes les unes des autres, offrent cette singulière construction « que tous les mots des parties du corps commencent par une même syl- « Jabe; et si une tribu se scnare en deux, gouvernées chacune par un chef « distinct, une d’elles change cette première syllabe par une autre qu’elle « conserve pour tous les autres mots de ces parties du corps. Cette syllabe, « comme vous voyez, est en quelque sorte l’armoirie de la tribu ; c’est elle « qui distingue leurs nations, leurs tribus, peut-être même leurs familles. « Leur manière de compter est extrêmement imparfaite et tellement peu « avancée, qu’ils ne peuvent compter que jusqu’à rois, n’ayant d'autre « expression pour le nombre quatre que celle de beaucoup. »
Si les Indiens de l’Ucayale et du Huallaga cultivent la terre, ce n’est pas précisément pour se procurer des aliments ; la nature leur en offre en abondance dans les quadrupèdes et les poissons qui peuplent leurs forêts et leurs rivières. Ce qui rend ces Indiens cullivateurs, c’est principalement le besoin d’une boisson plus saine que celle que leur offrent les eaux souvent bourbeuses ou marécageuses de leur pays. Rarement ils boivent de l’eau ; et quand ils négligent cette règle, ce n’est pas sans mauvaises suites pour leur santé. Leur boisson favorite s'appelle masato ; on la tire de la racine d'yucca, au moyen d’une opération dégoûtante : on réduit la racine en bouillie, on y mêle de la salive, on laisse fermenter cette masse pendant trois jours, on la délaie ensuite dans de l’eau. Cette boisson est amère et cnivrante.
Ils reçoivent des peuplades qui habitent les Cordillères de petites haches de cuivre qu’ils nomment chambo. Au moyen de ce faible instrument ct des pierres les plus dures, ils façonnent, en forme de hache, des pierres plates qu'ils trouvent parmi les galets de leurs rivières. Ils leur donnent du tranchant au moyen d’un long et pénible remoulage. Voici une anecdote qui montre combien une hache de fer est précieuse aux yeux de ces Indiens.
1 Lettre à M. B. Delessert.
L'un d’eux vint un jour proposer au P. Richter, jésuite, de lui donner son fils aîné en échange d’une hache. Le jésuite lui fit des remontrances sur son défaut d'amour paternel. « J’aime mes enfants, répondit le sauvage ; « mais je peux en procréer autant que j'en veux, tandis qu’il m’est impos- « sible de procréer une hache. D'ailleurs, mon fils ne m’appartiendra que « pour un temps limité; la hache fera le bonheur de toute ma vie. »
Les occupations tumultueuses de la guerre, de la chasse et de la pêche, ont des attraits irrésistibles pour ces peuples. Pleins de confiance en leurs lances et leurs flèches empoisonnées, ils attaquent même le féroce jaguar ou tigre d'Amérique; à peine l’arme teinte du suc des herbes vénéneuses a-t-elle effleuré la peau de l'animal, que celui-ci tombe à terre et expire. Les poissons peuvent échapper aux filets grossiers de ces Indiens et à leurs hameçons d'os ; mais s'ils lèvent la tête au-dessus de l’eau, un trait rapide leur donne aussitôt la mort. Les villages sont construits de manière à ressembler à de petites redoutes demi-cireulaires, appuyées aux bois par le côté convexe, et ayant deux issues, l’une qui conduit dans la plaine, l’autre qui s’ouvre du côté des montagnes; c’est par cette dernière porte que les Indiens se sauvent, lorsqu'ils ne peuvent plus défendre leurs habitations contre l'ennemi. Ils se rassemblent alors dans les montagnes, et reviennent fondre sur les vainqueurs, qui souvent deviennent à leur tour les victimes,
Deux traits d'humanité distinguent avantageusement ces Américains ; ils ne font jamais usage de flèches empoisonnées contre les hommes ; ils ne massacrent point leurs prisonniers, mais les traitent au contraire en compatriotes et en frères. |
Les missionnaires qui soumirent aux Espagnols le vaste pays de Maynas, limitrophe de la Pampa-del-Sacramento, et situé aujourd’hui dans la Colombie, trouvèrent plus d’obstacles à mesure qu'ils pénétrèreut vers lPUcayale, et surtout lorsqu'ils voulurent passer au delà de cette rivière. Ïl y a eu, dans le dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, des missions florissantes éiablies sur les bords de la rivière Manoa. Elles ont été détruites, et la perte de cette position qui domine le cours de l'Ucayale a contribué au succès de la révolte des peuplades du Grand-Païonal, qui paraissent s’être maintenues indépendantes; mais les voyages modernes des missionnaires du séminaire d’Ocapa, surtout ceux des PP. Girbal et Sobreviela, ont rétabli des communications pacifiques avec plusieurs de ces reuplades, entre autres avec les Panos. Il est probeble, dans l’état actuel du Pérou, que des négociants, ou des cultivateurs éclairés ou entreprenants, suivront l’exemple de don Juan Bezarès, qui a reconquis, repeuplé
ner son ices sur luvage ; ‘imposdra que »
\ pêche, n-leurs jaguar éneuses expire.
| à leurs itrapide 'e à resis par le , l’autre > que les bitations viennent rictimes.
ricains ; s;ilsne en com-
Maynas, dans la ‘ul vers vière. Il uitième, ba. Elles ’Ucayale pnal, qui odernes irbal et rs de ces at actuel bntreprerepeuplé
AMÉRIQUE, — TRIBDUS PÉRUVIENNES. 439
et remis en culture plusieurs cantons abandonnés entre les Andes et le cours de Huallaga.
Les missions, jadis florissantes, des Chiquitos et des Moxos languissent depuis la destruction de leurs fondateurs, les jésuites.
Les contrées à l’est des Andes ont deux saisons : l’une sèche, qui dure de juin en décembre; l’autre pluvieuse. Pendant la saison des pluies, toutes les plaines se transforment en un lac immense: ies forêts, les arbustes, les lianes, semblent flotter dans l’eau ; les quadrupèdes se réfugient vers les sommets, tandis que les crabes et les huîtres s’attachent aux branches inférieures. Le froid vent d’est vient-il dessécher l’atmosphère, aussitôt les eaux commencent à diminuer ; les coteaux qui bordent les rivières se ‘ontrent de nouveau ; les îles et les bancs même reparaissent au milieu des fleuves. L’humidité extrême de ce climat, et la chaleur, quoique tempérée, qui y règne, exigeraient de la part des Européens quelque mesure de prudence àaour y conserver leur vigueur. Quant aux moyens de communication, ils sont aussi multipliés du côté de l’océan Atlantique, qu’ils sont en petit nombre pour aller au Haut-Pérou. D'un côté, c’est une navigation facile sur de beaux et nombreux fleuves ; de l’autre côté, ce ne sont que torrents, cataractes, précipices. Voyage-t-on par eau, il faui souvent quitter le canot pour les balsas où radeaux faits de roseaux. Se fait-on porter à dos d’homme à travers les bois, on risque d’être blessé par des branches d’arbres, ou déchiré par des arbustes épineux.
Les collines à l’est des Andes renferment des mines d’or ; on y trouve aussi des filons de sel gemme. La plaine, tous les ans inondée par le débordement des fleuves, promet une grande fertilité. Dans leur état sauvage, toutes les contrées à l’est de la Cordillère des Andes sont couvertes de forêts. Sur les montagnes on trouve beaucoup de bois incorruptibles ; dans les plaines on erre parmi les taillis de cacaoyers et de palmiers. Les espèce: les plus recherchées de cinchona, ou l'arbre à quinquina, se trouvent dans les vallées de Huallaga, du côté de Chicoplaya, et probablement en beaucoup d’autres endroits. Le cirier des Andes croit le long de la partie inférieure du Huallaga, circonstance qui prouve une élévation considérable. Plusieurs arbres fournissent des gommes et des baumes ; il y en a beaucou} d’autres qui, par léclat et le parfum de leurs fleurs, réjouissent à la fois l’odorat et la vue.
Parmi les productions les plus singulières de ces contrées peu connues, nous distinguerons l’insecte qui produit du papier. Voici ce qu’en disent les missionnaires :
« Non loin de la ville champêtre de Huanaco et des bords romantiques « du Huallagu supérieur, an trouve dans la ‘’allée de Pampantico, et pro- « bablement dans seaucoup d’autres vallées de la Cordillère, un insecte « que les Espagnols nomment sustillo, et qui ressemble beaucoup à notre « ver à soie, Il vit exclusivement sur l’arbre pacaé, décrit sous le nom de « mimosa inga, dans Flora peruviana. Les Indiens, qui regardent ces « insectes comme un manger délicieux, en détruisent tous les ans une « grande quantité, sans que cependant le nombre en diminue sensible- « ment, Les plus beaux arbres en sont entièrement couverts. Lorsque les « sustillos, dans leur état de larve, se sont rassasiés de nourriture, ils se « réunissent tous sur la partie inférieure du tronc de Parbre, et y choi- « sissent un endroit propre à suspendre le tissu merveilleux que l'instinct | « les engage à fabriquer. Le meilleur ordre préside à leurs travaux; ils « observent exactement les lois de la symétrie ; et quoique l'étendue, la « finesse, la souplesse de leurs tissus varient selon le nombre des insectes il « qui y prennent part, et selon la qualité des feuilles qui leur ont servi de il « nourriture, cependant l’éclat, la consistance et la solidité en font toufl « jours une espèce de papier qui ressemble au papier chinois, mais qui | « est beaucoup plus durable. Le dessous de cette tente aérienne sert d’asile « aux sustillos pendant leur métamorphose; ils s’attachent au côté infé- « rieur en lignes horizontales et verticales, de manière à former un eube « parfait; dans cette position, ils s’enveloppent chacun dans leur coque de É « soie grossière, et attendent l’époque de leur transformation en nymphe | « ou chrysalide, + ensuite en papillon. Sortis de leur prison, ils détachent 4 « eux-mêmes, en grande partie, les fils par lesquels était suspendu le tissu # « qui les couvrait ; cependant ce tissu reste presque toujours accroché aux « branches de l'arbre ; et, blanchi par l’air, il flotte au gré des vents, sem- « blable à un drapeau déchiré. Le naturaliste D. Antonio Pineda a envoyë « à Madrid un morceau de ce papier naturel, long d’une aune et demie. « On possède également à Madrid un nid entier de sustillos. Ces nids, ou « plutôt ces niches aériennes, cnt constamment une forme elliptique. Le P. Calancha, jésuite, avait parlé de cet insecte curieux ; il possédait un morceau de papier de sustillo, sur lequei on avait écrit une lettre !. » La Relation du P. Thaddée IIœnke nous fait connaître d’autres curiosités du Pérou intérieur. Ce voyageur a trouvé dans la province des Chiquitos une immense plaine couverte d’étangs salants, dont la surface cristallisée et immobile présentait l’image de l’hiver. Les arbres mêmes, à une 1 Histoire du Pérou, 1, p. 66.