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régions naturelles : la Haute et lu Basse-Écosse, ou, suivant l'expression écossaise, les Zighlands et les Lowlands ; mais on peut la partager d’une manière plus exacte encore en trois divisions : la région méridionale, la région centrale et la région septentrionale. La première est séparée de la seconde par le golfe de Forth à l’est, et par celui de la Clyde à l’ouest; ces deux golfes sont joints ensemble par un grand canal qui traverse le royaume. La seconde est séparée de la troisième, depuis le golfe de Murray, au nord-est, jusqu’au lac ou golfe Linnhe au sud-oues!, par une suite de lacs à travers lesquels passe le canal calédonien, qui, long de 433 kilomètres, joint la mer du nord à l'Océan Atlantique.
Les habitants de la Haute etde la Basse-Écosse se distinguent par leur langage, leurs costumes et leurs vêtements : tandis que les derniers offrent dans leurs manières plusieurs traits de ressemblance avec les Anglais et même avec les Français; les autres, par leur langue et leurs usages, se rapprochent des Gallois et des Irlandais, Les montagnards ont toujours montré le plus grand attachement pour tout ce qui rappelle leurs ancêtres. ils ont remplacé la harpe du barde par la cornemuse du pâtre; mais leur musique n’a pas varié dans son harmonieuse simplicité, Une grâce touchante et naïve caractérise encore leurs chants consacrés à l'amour; ceux qui par un rhythme plus vif et plus cadencé invitent au plaisir de la danse, conservés à dessein dans les armées anglaises, y excitent l'Écossais au combat, Le costume national, qui, dans les révoltes dont l'Écosse fut si souvent le théâtre, était un. signe de ralliement, fut proscrit par le parlement, après le dernier soulèvement en faveur du dernier des Stuarts ; mais il est redevenu général dans la montagne; on l’a même conservé dans les régiments de cette partie de l'Écosse.
La langue écossaise est un composé de celtique et de différents idiomes du nord. On y remarque facilement plusieurs dialectes : l’écossais proprement dit, ou le low landscotch, parlé autrefois à la cour des rois d'Écosse, et dans lequel Jacques V composa plusieurs poésies gracieuses; le border language, idiome mélangé que l’on parle vers les frontières de la région méridionale, et auquel appartiennent les ballades que chante le peuple ; et l’idiome des Orcades, remarquable par le mélange d’un grand nombre de mots norwégiens. Le gaélic ou le cellique a deux de ses dialectes en usage en Écosse : le caldonach, parlé dans les montagnes et dans les Hébrides, et le mank, usité dans la seule île de Man. Le caldonach a acquis une grande réputation en Europe depuis la publication des poé-
sies d’Ossian, Cependant l’anglais est répandu dans toutes les parties de VIII, 72
l'Écosse, mais il y est prononcé aussi mal que dans le midi de l’Angleterre.
On trouve des restes d’antiquités dans presque toutes les paroisses de ce royaume ; nous avons déjà parlé de la murailleromaine construite entre le golfe de Forth et celui de la Clyde : on l’appelle dans le pays la Dique de Graham, du nom d'un guerrier écossais qui passe pour l’avoir franchie le premier. On trouve encore dans le voisinage des restes de camps romains : l’un d’eux passe même pour être celui d’Agricola, qui établit la domination romaine dans la Grande-Bretagne. Plusieurs édifices saxons peuvent être rapportés au neuvième et au dixième siècle ; mais les constructions religicuses, mais les vieux châteaux, qui, pendant les guerres civiles, servaient d'asile à la noblesse, appartiennent au douzième et au treizième siècle.
En remontant aussi loin que les recherches historiques le permettent, on est fondé à croire que la population originaire de l'Écosse se composa de Cimbri ou Kymri, sortis de la Chersonèse eimbrique, aujourd’hui le Danemark. Ces peuples restèrent les maîtres du pays jusqu’à ce que les Caledones ou Picti, que Tacile croyait originaires de la Germanie, sortis de la Norwège, et débarquant scr les côtes septentrionales, refoulèrent les Cimbri vers le sud. Ces Picli sont les ancêtres des habitants de la Basse- Écosse; en effet, on a toujours distingué ceux-ci du peuple des hautes terres occidentales. Vers le milicu du troisième siècle, les Al{facolti, appelés ainsi par Ammien Marcellin et d’autres écrivains latins, passèrent de l’Irlande dans le comté d’Argyle, et devinrent la souche des montagnards écossais, qui parlent un idiome irlandais analogue au celtique, tandis que les habitants des basses terres conservent toujours l’idiome scandinave. L'Écosse, subjuguée par Agricola pendant le premier siècle, fut, durant plus de trois cents ans, considérée comme une conquête de Rome, quoique elle n’ait jamais été réellement soumise. La Caledonia se gouvernait d’après les usages de chacun de ses peuples, et les Picti conservaient celui de se peindre le corps.
A la chute de lPempire romain, les Cimbri et les Ættacolli, liguës contre les Picli, combattirent longtemps pour la domination, et ne terminèrent leurs sanglants débats que par le traité d’alliance conclu entre les souverains des deux nations, qui, en 843, furent définitivement soumises au roi d'Écosse Kenreth Il. Aprês cette période, le pays devint pendant plusieurs règnes la proie des Danois et des Norwégiens, mais le courage des habitants en affranchit le sol écossais. Jusqu’au commencement du
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onzième siècle, le nord du royaume conserva le nom de Pic!land ou de Pays des Picles ; le midi garda les dénominations de Valencia et de Cumbria, qui rappelaient la domination romaine, et les vallées, au pied des Grampians, peuplées par les descendants des A//acotli, se désignaient sous le nom de Strathcluyd. Ce fut seulement sous Malcolm II que ces divisions furent confondues sous le titre de royaume d'Écosse. Guillaume le Conquérant envahit ce royaume, mais il en respecta l'indépendance.
Dès le douzième siècle, la rivalité des deux États limitrophes, trop peu étendus pour satisfaire l'ambition de leurs souverains, et forcés de s’agrandir aux dépens de l’un ou de l’autre, se fait cruellement sentir. Les agressions de Henri IE, roi d'Angleterre, sont d’abord glorieusement repoussées par Alexandre IL. Bientôt Édouard Ier, profitant de la mort d’Alexandre HE, détruit les principales archives de l'Écosse, afin de pouvoir attribuer à l’Angleterre la suzeraineté qu’elle n’avait jamais eue sur ce pays; décore du vain titre de soi l’Écossais Jean Baillol ou Bailleul, qu'il tient sous sa dépendance, qu’il abreuve d’humiliations, qu’il force à comparaître six fois à la barre du parlement anglais pour rendre compte de ses fautes prétendues, niais dans le but secret de le forcer à prendre les armes contre son suzerain, et d’avoir un prétexte de prononcer la forfaiture du vassal et la confiscation du royaume. Baillol désavoue, en effet, ses honteuses concessions et proclame l'indépendance de sa patrie; alors Édouard, maitre des principales places du royaume, subjugue sans peine un pays qui n’avait pas eu le temps de se préparer à la défense, emmène à Londres un roi sans crédit, emporte les insignes de la royauté et la fameuse pierre appelée Znisfail, le palladium de la souveraineté écossaise. Le généreux Wallace soulève ses compatriotes contre leur appresseur : dans une lulte aussi inégale, l'union devait faire leur force, l’inimilié des partis les divise; ils succombent en regrettant de n’avoir pas conservé au héros qui n’aspirait qu’à leur délivrance l’autorité dont il était digne, et Wallace, trahi, livré au farouche vainqueur, périt du dernier supplice. Enfin, sous le commandement du célèbre et persévérant Robert Bruce, qui se fit proclamer roi en 4306, Wallace fut vengé, et la bataille décisive de Bannockburn, gagnée huit ans après, cimenta l'indépendance de l'Écosse.
Depuis celte époque, l'anarchie et la révolution entraînèrent l'Écosse dans une série continuelle de révolutions. Jacques Ler, dont une longue captivité dans la Tour de Londres avait aigri le caractère, veut réprimer avec trop de précipitation l’anarchie et meurt assassiné : c’est à ce prince que commence la série continuelle de revers, qui, pendant quatre siècles,
a poursuivi les Stuarts ; Jacques IT, son fils, périt au siége de Roxburgh, par l'explosion d’un canon qu'il faisait éprouver ; Jacques HE, livré à d’indignes fave.1s, haï de ses sujets, succombe sous ie fer des conspirateurs ; Jacques IV, aimé de son peuple, meurt sur le champ de bataille de Flowden, triste résultat de la malheureuse expédition qu’il avait entreprise contre l'Angleterre, pour favoriser les projets d'invasion de Louis XIT; Jacques V, s’aliénant l'esprit de son peuple en favorisant les prétentions du clergé, succombe au chagrin d’avoir vu 40,000 Ecossais refuser de combattre pour leur prince, et mettre bas les armes devant 500 Anglais, Marie Stüert lui succède, mais son attachement à la religion catholique lui devient plus funeste encore qu'à son père; elle abdique en faveur de Jacques VE, son fils, que la mort d'Élisabeth, en 4603, appelle au trône d'Angleterre. Il y monte sous le nom de Jacques Ler, et réunit les deux couronnes sur sa tête : mais ce n’est qu’en 1707 que les deux royaumes sont définitivement compris sous le nom de Grande-Bretagne. C’est alors seulement que les intérêts de l'Écosse et les détails de son histoire se confondent avec ceux de l'Angleterre.
Cependant les Écossais ont conservé leurs anciennes lois et leurs institutions ; la justice est administrée par une haule cour (court of session), dont !es décisions ne peuvent être soumises qu’à la révision de la chambre haute du parlement, et qui statue sur les procès civils et criminels; par la cour du fusticier (court of justiciary), le premier tribunal criminel du royaume, et dont les membres font deux fois par an une tournée dans les différents u.stricts; par celle de l’échiquier, dont les priviléges sont les mêmes qu’en Angleterre ; par celle Ge l’amirauté, qui ne prononce que sur les causes maritimes ; par celle des commissaires (commissary court), composée de quatre juges qui décident les questions de mariages, de divorces, etc. Chaque comté a son shérif, magistrat électif auquel il appartient de faire poursuivre les criminels, d’instruire les procès, et de faire exécuter les jugements. Les cités et les bourgs royaux ont aussi des magistrats inférieurs, des juges àe paix. ainsi qu’un officier royal appelé coroner, chargé de l’enquête qui a toujours licu lorsqu'il s’agit de mort violente.
L'organisation ecclésiastique de l'Écosse diffère aussi de celle de l’Angleterre : on sait que le presbylérianisme est la religion dominante ; que sa liberté complète, fruit des longues discordes de l'Écosse, a été confirmée par l’acte relatif à l'union des deug-royaumes ; qu’elle est modelée sur le plan de la communion réformée française, et que les pasteurs y jouissent de la même autorité sous le rapport spirituel et d'avantages égaux relati-
vement au temporel, Aucu:, d'eux ne reçoit un traitement supérieur de 200 livres sterling, ni moindre de 50 livres par an, Le gouvernement de l'Église réside dans l'assemblée générale, dans les synodes provinciaux, dans la prêtrise ou l'autorité de chaque pasteur, et dans les sessions ecclésiastiques (Airk sessions), assemblées d’un ordre inférieur qui se composent du ministre, des anciens et des diacres de chaque paroisse : ceux-ci assistent le pasteur dans ses fonctions, visitent les riches, et portent des consolations et des secours aux pauvres,
D’après le traité d'union, l'Écosse entretient en état de défense quatre forteresses, savoir : Édimbourg, Stirling, Dumbarton et Blnckness, ainsi que plusieurs forts occupés par des garnisons, tels que ceux de George, d’Augusle, de Guillaume, de Charlotte, Les lois sur la milice ont été étendues à toute l'Écosse.
Ce pays occupe une place honorable parmi les contrées les plus éclairées de l’Europe. Il possède cinq universités, établies à Saint-Andrew’s, au vieux et au nouvel Aberdeen, à Glasgow et à Édimbourg. Chacune de ces grandes villes renferme des pensionnats et des collèges dans lesquels l'éducation est donnée avec soin, et chacune de ses paroisses entretient une école primaire, Outre les écoles paroissiales salariées par l'État, il en existeun grand nombre d’autres que des sociétés philanthropiques entretiennent à leurs frais. Le nombre des écoliers de toute l'Écosse est à la population dans la proportion de 4 à 9, c'est-à-dire qu’il y a plus de 270,000 écoliers ; mais la proportion serait plus satisfaisante si l’instruction n’était pas arrêtée dans les Highlands par l'isolement et la dissémination des populations : dans cette partie de l'Écosse, le nombre des enfants dépourvus d'instruction est à celui des habitants dans la proportion de 60 à 100, malgré le zèle des sociétés philanthropiques.
Avant sa réunion à l’Angleterre, les importations et les exportations de l'Écosse étaient peu considérables : l’industrie y était encore dans l’enfauce. Aujourd’hui ce pays se distingue par ses fasriques de toile et de coton, par ses tissus de laine, par ses fonderies et ses usines; ses pêcheries ont acquis plus de développement, et le comnisec est devenu l’une
+ de ses plus grandes-ressources. Les exportations consistent principale-
ment en lin, en chanvre, en fil, en toile, en fer, en blé, en bois, en suif, etc., et les seules importations en diverses denrées coloniales et en produits manufacturés. Les principaux ports qu’alimente ce mouvement commercial sont Leith, Dundée, Abroath, Montrose, Aberdeen, Peterhead, Banff, Iverness et Glasgow.
Après cette digression, destinée à préparer l'esprit au spev!12:0 ini. ressant qu'offrent les progrès de la civilisation et les curiosités de lu nature en Écosse, nous pouvons parcourir cette belle contrée, si prodigue de beautés sauvages et de sites enchanteurs,
En entrant dans le golfe de Solway, on aperçoit sur la pente d’une colline, au fond de la baie de Wiglon, la petite ville de ce nom, chef-lieu d’un comté agricole et maritime. Mais en traversant le golfe de Glenluce et une langue de terre appelée Mull de Galloway, on arrive à Purt-Patrick, dont la population, qui n’était en 4790 que de 500 individus, s'élève aujourd’hui à plus de 2,500, Son port, très-fréquenté, fait un grand commerce avec l'Irlande, et entretient avec cette ile et l'Angleterre un service journalier de paquebots ; il a été amélioré dans ces dernières anuées par des travaux importants, par la construction d’un beau quai ot d’un fanal, et son entrée est devenue très-sûre, tandis que les rochers qui bordent la côte en rendent les environs fort dangereux. Au nord-est, dans la baie appelée Loch-Ryan, la jolie petite cité de S/ranraeer renferme d'importantes manufaetures de cotonnades et un havre excellent,
Dans le comlé qui s'étend à l’est du précédent, une chaîne de montagnes peu importantes court sur la limite septentrionale, en projetant quelques rameaux vers le centre et en formant de profondes vallées. La plus grande partie du territoire est couverte de vastes marais, de bruyères arides ct d'excellents pâturages. Au centre, New Galloway, qui fut érigé en bourg royal par Charles Ier, est bâti avec régularité dans une belle vallée. Près de l'embouchure de la Dée, Æirkcudbright, qui donne son nom au comté, est bâtie avec la plus agréable régularité; le bel édifice de l’Académie renferme une bibliothgque publique; le port est bien abrité,
Nous arriverons sur les bords de la Nith, dans le comté de Dumfries, sans remarquer aucune différence dans l’aspect du pays; ce sont toujours de vastes bruyères et des montagnes arides, ramifications des monts Cheviot. Au nord, sur la rive gauche de la rivière que nous avons nommée, la petite ville de Sanguhar, assez bien bâtie, renferme quelques manufuctures de tapis et plusieurs decotonnades. En descendantla Nith, nous arriverons à Dumfries, ville de 44,000 âmes, dont le port peut recevoir des navires de 450 tonneaux, ce qui donne de l’activité à ses fabriques de bus et de chapeaux. Sa principale ruc, parallèle à la rivière, a plus de 4 kilomètre de longueur, et jusqu’à 433 mètres de largeur ; on y voit encore les restes du monastère dans lequel Robert Bruce, impatient de
délivrer sa patrie du joug de l'Angleterre, poignarda l'Écossais Cumyn, qui l'avait trahi près d'Édouard Ier, Du cimetière de Dumfries, placé sur la partie la plus élevée de son sol, on jouit d'une vue magnifique. Des dunes de sable bordent le golfe de Solway ; mais il faut éviter, après les avoir franchies, d'oublier l'heure de la marée montante : elle s'élève de 8 à 40 mètres avec tant de rapidité, que le cavalier le mieux monté aurait de la peine à trouver son salut dans la fuite. Annan, qui porte le nom d’une rivière qui se jette dans le golfe, fait le cabotage et la péche du saumon ; dans ses environs on a trouvé les restes de champs romains et d’autres antiquités : c'est près de là que se terminait la muraille d’Adrien.
Vers l’extrémité du golfe, et à 9 kilomètres d’Annan, se trouve Grelna-Green, misérable village qui a acquis plus de célébrité que beaucoup de villes importantes de la Grande-Bretagne : c'est là qu’un forgeron usurpa longtemps les fonctions de ministre du culle, en bénissant l'union des amants persécutés. L'usage qui a conservé à ces unions l’autorité religieuse et légale remonte à l’époque reculée où il suflisait en Écosse de la déclaration des deux futurs conjoints devant un vieillard respectable pour légitimer leur mariage.
Nous ne remonterons pas vers le nord pour visiter le bourg royal de Lochmaben, autrefois important et riche, aujourd’hui peuplé à peine de 2,700 individus, et la paroisse de Hoffat, où l’on trouve des sources minérales; continuons notre course en parcourant le comté qui s’étend au nord-est de celui de Dumfries.
Le comté de Roxburgh est couvert dans sa partie méridionale par les monts Cheviot et leurs ramifications. On y remarque le Tidhope, élevé de 295 mètres, le Winhead de 350, le Caster-fell de 225, et le Chill-hill de plus de 360. Les flancs de ces montagnes sont couverts de pälurages; au delà s'étendent des plaines en général fertiles. Sur ce territoire Pagriculture fait chaque jour de nouveaux progrès ; l’agriculture suit à peu près la même marche. Près des bords du Teviot, nous passerons près de Roxburgh, petit village qui donne son nom au comté, et qui en était jadis la principale ville. Son château, qui fut si souvent le témoin des combats livrés entre les Écossais et les Anglais, n'offre plus aujourd’hui que des ruines. Ce fut dans son enceinte que Baillol remit, en 1355, sa couronne à Edouard IT, Sur la rive opposée, quelques arbres indiquent le lieu où Jacques IT perdit la vie. Jedburgh, ville de 6,000 âmes, dans une vallée profonde que traverse la petite rivière du Jed, est maintenant le bourg royal, le séjour de l'autorité. Fondé à une époque fort ancienne, il fut longtemps
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pauvre et peu peuplé ; mais depuis la fin du dernier siècle, plusieurs manufactures s’y sont établies. En sortant de Jedburgh, on côtoie le Teviot, dont les eaux noirâtres tantôt coulent paisiblemont au milieu de prairies agréables et tantôt bouillonnent entre des rochers. Æelso se présente bientôt à nos regards. Cette ville; où l’on remarque plusieurs maisons élégamment bâties, une grande place ornée d’un bel hôtel-de-ville, et les reste. majestueux d’une abbaye fondée en 4128 par David Ier, est située au milieu d’une plaine fertile qui occupe le fond d’une vallée richement parée des dons de la nature et d’habitations embellies avec autant d’art que de richesse. Elle est environnée de châteaux occupés par un grand nombre de familles anciennes. Au-dessus de Kelso, le Tweed est une charmante rivière; au-dessous, c’est un fleuve majestueux. Non loin de ce cours d’eau, et près d: l’industrieuse Kelso, le village d’Ednam est la patrie du poëte Thompson. En remontant le cours de la rivière, on arrive à Melrose, moins importante que Kelso, mais célèbre par son ancien monastère, dont les restes gothiques excitent encore l'admiration. La tour qui s'élève du centre de l'édifice se terminait autrefois par une flèche; elle a encore aujourd’hui 26 mètres de hauteur. Alexandre IF, roi d'Écosse, fut enterré sous le maïitre-autel, où repose aussi le cœur du grand Robert Bruce.
De Melrose à Selkirk, petite ville qui donne son nom à un comté, nous suivons la rive droite du Tweed et celle de l’Ettrick, affluent du premier de ces deux cours d’eau. Se!kirk occupe le sommet d’une colline, d’où la vue s'étend sur les bords de ces rivières. Depuis le commencement du dix-neuvième siècle, elle s’est considérablement embellie ; les rues en ont èté nivelées et pavées, et la plupart des maisons rebâties dans le style moderne, L’hôtoi-de-ville et la prison sont deux édifices modernes remarquables.
Entrons dans le comté de Berwick. La première ville que nous traver. serons cst Lunder ; elle n’est peuplée que de 2,200 âmes; cependant depuis quelques années elle s’est augmentée ct embellie. Une petite rivière du même nom la traverse. Sous le règne de Jacques IE, la noblesse factieuse se saisit de Robert Cochrano, favori de ce prince, et le pendit sur le pont de la Lauder. On donne le nom de Lauderdale au territoire que cette rivière arrose. Près de la rive droite du Whitadder, Dunse, au pied d’une montagne, élait depuis 4664 le chef-lieu du comté, lorsqu’er 4696 les cours de justice furent transférées à Greenlaw. I s’y tient annuellement trois grandes foires, qui sont les plus considérables de l'Écosse. Depuis
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EUROPE. — DESCRIPTION DE L'ÉCOSSE. d77
1502, Berwick, ancienne capitale de ce comté, fait partie du royaume d’Angletere.
Après avoir traversé les monts Lammermuir, nous arriverons à /addinglon, qui donne son nom à un comté que l’on appelle aussi Lothian oriental. Ce pays est l’un des mieux eultivés de l'Écosse; il est même le point central d’où lagriculture s’est répandue dans tout le royaume. L’étendue de ses côtes el quelques petits ports fournissent à ses habitants les moyens d'exporter avec avantage Pexcédant de leurs récoltes en céréales, leurs tissus de chanvre et de laine, et procurent à la plus faible parlie de la population un moyen d’existence dans la fabrication du sel et dans la pêche. Sa capitale, située au milieu d’une plaine, sur la rive gauche de la Tyne, a, depuis 1244, été trois fois réduite en cendres et deux fois submergée. Elle se compose de quatre rues, dans lesquelles on distingue quelques maisons élégantes, Sa population est de 6,000 âmes : c’est la patrie du célèbre Jean Knox, le réformateur de l'Écosse.
A quelques lieucs, à l’est, sur la côte, Dunbar, presque aussi peuplée que la précédente, possède un port dont l'entrée, très-difficile, est défendue par unc batterie de 42 pièces de canon. Entre le port et les ruines de son vieux château s’élève une belle colonnade de basalte prismatique. Vis-à-vis l'île de May, le rocher de Bass s’élève à l’entrée de la baie de Forth, comme une grande pyramide au milieu des flots : son diamètre est d'environ 260 mètres, et sa hauteur de 195. Pendant les mois de juin et de juillet, il est couvert de nids d’oiseaux aquatiques, dont les troupes innombrables, voltigeant autour de sa cime, obscursissent l’air comme un nuage épais. Ce rocher offre quelques pâturages ; une caverne, au milieu de laquelle est un étang profond, le traverse du nord-ouest au sud-est,
Dans un comté baigné, au nord, par les eaux du Forth, pays appelé Lothian central, ou comté d'Édimbourg, nous verrons celte célèbre capitale, qui occupe trois collines, et se divise en deux parties, la vieille et la nouvelle ville.
Pendant les divisions intestines qui désolèrent si longtemps l'Écosse, les murailles fortifiées qui entouraient Édimbourg s'opposèrent à son accroissement, Vers la fin du seizième sièele, elle ne se composait que d’une rue principale, qui s’étendait depuis le château jusqu’à l’abbaye d'AHoly-Rood, et de quelques ruelles adjacentes. Au commencement du
siècle suivant, la réunion de l'Écosse et de l’Angieterre fit cesser les querelles des scigneurs ; le gouvernement, sentant la nécessité de rassembler le peuple en grande masse pour le gouverner plus facilement, favorisa VI. 73
l'agrandissement de la ville, La population prenait un accroissement si rapide, que l’espace devint bientôt insuffisant, et, en 4767, les magistrats obtinrent, par acte du parlement, l’autorisation de bâtir une ville nouvelle au delà du ravin septentrional. Une esplanade de plusieurs milles d’étendue, légèrement inclinée vers le nord, offrait une position des plus favorables à ce projet, et le vaste génie de Jacques Craig conçut et exécuta en quelques années le plan d’une ville qui passe à juste titre pour une des plus belles et des plus régulières qu’il y ait au monde.
Les mœurs des habitants changèrent en même temps que l’aspect d'Édimbourg. Les familles nobles et riches qui demeuraient dans la vieille ville émigrèrent dans la nouvelle. Un chaudronnier occupa l'hôtel du lordprésident Dundas; celui du duc d’Errol fut transformé en un cabaret, celui du due de Douglas en un atelier de charron; l'appartement d’Olivier Cromwell fut habité par le clerc d’un shériff, et un tourneur délogea de la maison de lord Drummore, parce qu’il s’y trouvait trop à l'étroit. L’accroissement de la population prit de grandes proportions en 4844, il y avait à Édimbourg 402,000 habitants; en 1825, on en comptait 138,000, et aujourd’hui, elle est d’environ 450,000 âmes.
De tous côtés, excepté au nord, Édimbourg est entourée par les rochers arides et sauvages de Salisbury. La rue haute, Jigh-Street, parcourt, sur l’une des trois collines, une longueur de 2 kilomètres, et se termine à l’ouest par un précipice au-dessus duquel s’élève le château ; à l’est, elle offre en perspective le vieux palais d’'Holy-rood et la délicieuse plaine qui l’entoure. Nous ne chercherons point à rendre le magnifique effet de cette rue, la plus belle de l’ancienne ville, et qui change trois fois de nom; mais l'admiration qu’elle fait naître est atténuée par le contraste qu’offrent les ruelles qui viennent y aboutir à droite et à gauche, et dans lesquelles on ne respire qu’un air lourd et fétide, tant les maisons en sont élevées : quelques-unes ont jusqu’à dix et douze étages. Sur la colline méridiopale, ie quartier nouveau s'élève, composé de places et de rues bâties d’après un plan régulier, Les deux parties de la vicille ville sont réunies par des ponts élégants qui traversent les rues basses à angles droits.
Édimbourg est vaste : sa circonférence est de près de 18 kilomètres; ses principales rues sont bien éclairées; la police y esi faite par une garde urbaine composée de citoyens, et par une garde soldée. De tous ses édifices, le plus remarquable est le clfeau, ancienne forteresse qui ne pourrait plus défendre la ville, mais qui renferme une garnison de 3,000 hommes et le logement du gouverneur, Il ne reste plus de Pancienne
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abbaye d’Holy-Rood, fondée en 4128, que de majestueuses ruines ; mais le palais qui s’élève auprès, et qui fut pendant plusicurs siècles le séjour des rois d'Écosse, est un bâtiment encore bien conservé. Il a servi d'asile au roi Charles X et à sa famille exilés. Au centre de la ville, un vaste édifice, composé de plusieurs corps de bâtiments, renferme trois bibliothèques appartenant aux avocats et aux secrétaires du sceau privé, et contenant plus de 70,000 volumes. La belle église gothique de Saint-Gilles, la cathédrale, est d’une architecture légère; sa haute tour carrée se termine par une flêche élégante de 50 mètres de hauteur; les tourelles qui l'environnent sont disposées de manière à imiter une couronne impériale.
L'université d'Édimbourg est depuis longtemps célèbre par les talents de ses professeurs, et surtout par son école de médecine. Fondée en 1589, sous le règne de Jacques VI, ses bâtiments étant devenus insuffisants pour le nombre des élèves, elle fut presque entièrement reconstruite en 4789. Le nombre des professeurs est de 27, celui des étudiants de plus de 2,000: ils ont à leur disposition une bibliothèque de plus de 50,000 volumes, un beau musée d'histoire naturelle, un jardin botanique renfermant des serres, un bassin pour les plantes aquatiques, et un amphithéâtre pour les cours. On compte en outre, à Édimbourg, un grand nombre d'établissements d'instruction et des sociétés scientifiques et littéraires connues par des travaux importants. Le commerce y entretient 42 banques particulières, jouissant du privilège de mettre en circulation un certain nombre de billets. Des vues phiianthropiques président à l’entretien des prisons, de 41 hôpitaux, de 60 maisons de charité et d’une foule d’autres établissements de bisnfaisancc. Enfin, la capitale de l'Écosse possède 2 théâtres, 7 bibliothèques, et publie 44 journaux, littéraires, savants ou politiques.
On ne connait pas l’époque de sa fondation, mais on a lieu de croire qu’elle occupe l'emplacement d’une station romaine, appelée Alala Castra; quelques auteurs font dériver son nom d’Edwin, prince saxo, qui, au commencement du septième siècle, y fit bâtir un château, et pensent que la ville s’appela pour cette raison Edwins Burgh. Elle a vu naître plusieurs hommes célèbres, tels que Burney, Hume, Barclay, Robertson et J. Blair.
Leilh, au bord du Forth, est une ville de 26,000 habitants, que l’on peut considérer comme le faubourg et le port d'Edimbourg ; la situation de cette ville rend ses environs aussi agréables aux promeneurs que son
port est intéressant pour le commerce d’Édimbourg ; on y admire un bàs. sin magnifique, convert de navires de toutes les nations.
A Linlithgow, chef-lieu d’un zom1té qui borde à l’ouest celui d'Édimbourg, nous remarquerons seulement les ruines du château guthique dans lequel naquit Marie Stuart. Il fut bâti par Édouard Ier, démoli par les Écossais, rebâti et embelli par Jacques V et Jacques VI. La chapelle qui s’élève près d'un beau square est la seule construction de ce château à laquelle on fasse les réparations nécessaires.
Lanerk ou Lanark, sur le bord de la Ciyde, n'offre rien de remarquable, quoiqu’elle soit la capitale d’un comté. Elie se compose d’une rue principale, dans laquelle se trouvent l'église, la maison commune et la salle du comté, et de plusieurs autres rues moins considérables. Elle renferme 8,000 habitants. C’est à la fabrication des étoffes de coton qu’elle doit sa prospérité récente. À 2 kilomètres au sud de cette ville, le village de New-Lanark renferme la première filature de coton qui ait été établie en Écosse. A quelque distance sont les Lead-hills, collines qui renferment les plus riches mines de plomb de l'Écosse. Il faut visiter duns les environs les belles chutes de la Clyde. On y est conduit par un joli sentier tracé au milicu des bois; du haut d’un vaste amphithéâtre de rochers d'environ 33 mûtres d’élévation, le fleuve en se précipilant se brise deux fois, et s’engouffre au fond d’un large bassin d’où s'élèvent des tourbillons d’écume. Cette double cascade porte le nom de Corra-linn. Un peu audessous on en aperçoit une plus petite appelée Dundaff-linn, et un rocher nommé Wallace’s-Chair, parce que, suivant la tradition, il aurait servi de refuge à Wallace pendant sa mauvaise fortune. Plus loin le village de Douglas, peuplé de 3,000 habitants, possède des manufactures de cotonnades. En descendant le cours de la Clyde, nous verrons Jamillon, ville de peu d’apparence, quoiqu’elle soit peuplée de 40,000 âmes et qu’elle renferme une vaste caserne de cavalerie ct une importante filature de coton. Les femmes y brodent de la mousseline pour les importantes manufactures de la belle et riche Glasgow.
L'origine de celle-ci est attribuée à saint Munge ou saint Kentigern, qui, en 560, y fonda un évêché que lon érigea, neuf siècles plus tard, en archevêché. Jusqu’au dix-septième siècle elle obtint de plusieurs de ses souverains d'importants privilèges; mais avant 4725 elle ne possédait encore aucune fabrique ; cependaë#t les fréquentes migrotions des montagnards du nord de l'Écosse, qui venaient chercher à Glasgow les moyens de vivre par le travail, fournirent des bras à ses manufactures naissantes,
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et provoquèrent l’état de prospérité qui distingue aujourd’hui cette cité, dont la populalion atteint 204,000 âmes. Ses imporlations en denrées coloniales s’élèvent annuellement à la valeur de 45 à 20 millions de francs; il entre dans son port plus de 500 navires, et près de 600 bâtiments ont été employés à une exportation de plus de 120 millions. On compte dans ses murs et dans ses environs 32,000 métiers à fabriquer le coton, et 300 machines à vapeur employées dans .ses forges, ses manufactures et ses houï'ières. La plus grande partie de la ville est située dans une plaine sur la rive droite de la Clyde; le reste est sur un terrain élevé, et ses faubourgs occupent la rive gauche et communiquent par trois ponts avec la cité. Deux belles rues principales se croisant à angles droits parcourent toute sa longueur et loule sa largeur. La ville est embellie par un grand nombre d’édifices modernes d’une élégante architecture. L’hôtel-de- ville offre une belle façade ornée d’un rang de colonnes ioniques ; l’église de Saint-Andrew passe pour une des plus belles constructions d'ordre composite que possède l'Écosse; le théâtre ne le cède qu’à ceux de Londres en grandeur et en ‘agnificence; la magnifique église catholique de Saint- Jean, bâtie en 4815; et surtout l’antique cathédrale, l’un des plus beaux morceaux d'architecture gothique qu’aient épargnés les fougueux advcrsaires du catholicisme en Écosse; le palais de l’Université est un édifice gothique et noir augmenté de constructions nouvelles : l’établissement fut fondé en 1450 par l’évêque William Turnbull; il reçut de grands priviléges de Jacques IF et de ses successeurs, et compte environ 1,600 éludiants. On y voit uu des plus riches musées de l'Europe. Glasgow possède en outre un grand nombre d'écoles, de gyinnases et de sociétés académiques fondées dans le but de répandre le goût des sciences et des beauxarts, Les établissements de charité et de bienfaisance sont bien tenus et dignes en tout point de cette grande et importante cité, Au milieu d’une plaine, ou plutôt d’une grande esplanade, s'élève un obélisque de 45 mètres de hauteur, érigé en l'honneur de l'amiral Nelson.
Nous traverserons au bord de la Clyde une grande prairie plantée d'arbres servant de promenade aux habitants de Glasgow, et retournant sur nos pas nous trouverons Piggar sur les bords d’un marais, près duquel on distingue les traces d’un camp de forme circulaire ; nous p'endrons ensuite le chemin de Pecbles, petite ville capitale d’un petit comté; les rois d'Écosse, attirés par les charmes de sa posiliôn, aimaicnt à y passer une parle de été; on y voit au nord les ruines du château de Nidpatlh, autrefois célèbre ; dans la ville on remarque un pont élégant sur le Tweed,
une assez grande ruc, une jolie église moderne et les restes du couvent de la Trinité, où résidèrent plusieurs rois écossais, L'école latine de Peebles jouit d’une grande réputation,
A l’ouest de celui de Lanark, le long comté d’Ayr, qui s’étend entre de beutes montagnes et la mer, nous offre une contrée piltoresque, célèbre dans les annales écossaises par le souvenir des combats qu'y livrèrent Wallace et Robert Bruce pour l'indépendance de leur patrie, Dans la partie méridionale, où l’on élève beaucoup de bestiaux, se trouve le village de Barr, dont les environs renferment des sources minérales et des carrières de pierres de taille. En suivant les bords de la mer, nous apercevrons au milicu des eaux le rocher d’Aîlsa, peuplé de chèvres, de lapins et d’oiseaux de mer, el nous arriverons à 4yr, l’ancienne £rigena, avec un port à l'embouchure de l’Ayr, dans le golfe de Clyde. Cette petite ville, de 7,000 âmes, est mal bâtie au milieu d’un terrain aride et sablonneux; une espèce de barre rend dangereuse l'entrée de son port. Au nord de celleci, Jrvine ou Irwin est bâtie avec élégance. Elle possède un port commode, mais unc barre qui en obstrue l'entrée le ferme aux bâtiments d’un fort tonnage. A l’est d’Irvine, la petite ville de Slewartown se fait remarquer par sa régularité.
En nous dirigeant vers le nord, le comté de Renfrew, appelé aussi le Srathgryfe, nous offrira deux villes assez importantes, au nombre desquelles il ne fant pas placer le petit chef-lieu de Renfrew, au confluent du Cart et de la Clyde, dont les eaux sont utiles à des filatures de coton. Paisley, que l’on croit être Pancienne Vanduara, à 4 kilomètres au sud de la précédente, doit sa prospérité à ses fabriques ; 5,000 métiers pour le tissage de la soie et ducoton y occupent 29,000 personnes; on évalue sa population à près de 60,000 âmes. Greenock, à l'embouchure de la Clyde, n’était, à la fin du dix septième siècle, qu’un village peuplé de pêcheurs. Des raflineries de sucre, des fabriques de savon, de cordages et de faïence, s’y sont établies; les directeurs de la compagnie écossaise, .de l’Inde et de l’Afrique, ont reconnu la position avantageuse de son port; maintenant il peut recevoir 500 navires. La ville compte plus de 26,000 âmes, et des édifices d’une très-élégante construction l’embellissent. Elle est la patrie de Watt, l'inventeur des machines à vapeur, et du célèbre mathématicien Pence.
Au nord du grand canal qui s'étend depuis l'embouchure du Forth jusqu’à celle de la Clyde, nous apercevons, près des bords de la première rivière, Slirling, chef-lieu de comté, appelé aussi Sfriveling, c’est-à-dire
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le champ du combat. Ce nom rappelle les actions sanglantes dont ses : environs furent le théâtre avant que l'industrie s’y füt établie, Des fabriques de Lissus de coton ct de laine alimentent son commerce. Son vieux château cest placé comme une vedette à l'extrémité orientale d’un rocher. Vers le milieu du douzième siècle il devint une résidence royale : aujourd'hui c’est une des quatre forteresses de l'Écosse, où les Anglais ont toujours garnison, C'était dans cette citadelle que Jacques III, entouré de ses favoris, bravait l’indignation de ses sujets ; le palais qu’y fit contruire Jacques V se fait remarquer par le luxe ridicule de son architecture. Ce fut à Stirling que Jacques II assassina le comte de Douglas, dont les amis vengèrent la mémoire eu mettant le feu à la ville. Stüirling vit naître Jacques IV, couronner Jacques V et la reine Marie. Stirling {ut enfin la dernière place de l'Écosse qui se rendit au parti de Cromwell. Du haut du rempart on jouit du plus beau coup d'œil qu’il y ait en Écosse.
Sur les hauteurs de Cawling, situées au nord du château, on voit un monticule nommé Hurlihaket. Ce fut \à que le duc d’Albany, oncle de Jacques I°", le vieux comte de Lennox, <on beau-père et ses deux fils, Walter ct Alexandre Stuart, furen: ‘“rifiés en 4425 à la vengeance du monarque, ct que Jean Graham et ses cumplices expirèrent dans les plus crucis tourments l’assassinat de Jacques Er, auquel les avait entrainés le désir de la vengeance. Plus tard, ce lieu devint le théâtre des amusements des princes écossais : assis sur des chars elégants, ils se laissaient glisser du haut de la colline.
Au bord méridional du canal, Falkirk, petite ville de 42,000 âmes, était jadis le lieu où les joueurs de cornemuse s’assemblaient tous les ans pour dispuler le prix accordé au plus habile. C’est maintenant à Édimbourg que cette cérémonie a lieu. A peu de distance de cette ville, le village de Carron possède les forges les plus considérables de la Grande- Bretagne : elles occupent plus de 2,000 ouvriers, et chaque année on en expédie plus de 4,000 canons de gros calibre pour les pays étrangers : c’est de là que sent sortis ceux auxquels on a d’abord donné le nom de caronnades, d’après celui de cet important village.
À © kilomètres de la rime droite du Forth, ron loin de son embouchure, nous apercevons, au sommet d’une colline, la tour ruinée d’un château bäli par Robert Bruce : au-dessous s’élève en pente la jolie ville de Clackmannan, chef-lieu du petit comté de l'Écosse. Plus loin, Kinross, assez mal bâti, est la capitale &’un autre petit comté couvert de débris antiques el de constructions du moyen âge : c’est dans une île du lac L2ven (lock
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Leven) que l’on voit le château des derniers rois pictes. En 1835, il soutint un siége pour le roi David IF, et en 1568 Marie Stuart y subit les rigueurs d’une étroite captivité et s’y vit forcée d’abdiquer lu couronne.
Dans le comté maritime de Fife, borné au sut par l'embouchure du Fort, ctau nord par celle du Tay, on voit sur les hauteurs qui couronnent la côle, Dunfermline, qui n’a pas moins de 48,009 èmes, et dans laquelle on compte 1,500 métiers à tisser le lin; elle renferme les ruines de l'ancien palais de Malcolm If, où Charles ler reçut le jour. Kirkcaldy, dont la plupart des maisons ont un aspect antique, est fréquentée dans la saison des bains de mer ; son port, malgré des travaux :mporlants, n'a pu être abrité des vents de l’est et du nord-est. Non loin &e cette petite ville, les ruines du château appelé Ravenscraigeastle, s'uvancent sur un rocher au milieu des flots. Kirkcaldy est la patrie d'Adam Smith, auteur de la Richesse des nations. Saint-Andrew’s, ou Saint-André, au bord de la mer, donne son nom à une baie spacieuse ; elle fut jadis la cité la plus somptueuse de l'Écosse : aujourd'hui ses rues sont presque déserles ; son université, fondée en 4411 par l’évêque Wardlaw, est la plus ancienne de l'Écosse : elle consiste en trois colléges, dont la bibliothèque renferme 40,000 volumes. Le nombre des étudiants ne s'élève qu’à 300. La tour ct la chapelle de Saint-Régulus ou Saint-Rule, bâties au neuvième siècle, sont au nombre de ses antiquités. Ses 5,000 habitants s’occupent de la fabrication des toiles et de celle des balles de paume : on expédie de celles-ci environ 9,000 ballots par an. Cupar est la capitale du comté ; son origine est fort ancienne. Bien qu’elle soit peu considérable, elle possède une académie, une bibliothèque publique, une imprimerie et plusieurs manufactures de tissus.
Traversons le Tay et entrons dans le comté d’Anqgus, que l’on désigne aussi sous le nom de Forfar, sa capitale. Cette viile n’offre rien de curieux que les restes d’un édifice que l’on croit avoir servi de demeure aux anciens rois d'Écosse. Trois ports importants facilitent le commerce de ce comté ; le plus considérable est celui de Dundée, ville de 48,009 habitants, à l'embouchure du Tay. Sur les côtes de la mer du Nord, Aberbrothock'ou Arbroatkh renferme près de 9,000 âmes; sa population s’adonne au commerce et à la fabrication d2 la toile. Les ruines pittoresques de la fameuse abbaye fondée par Guillaume le Lion, en l'honneur de Thomas Becket, semblent attester son ancienne importance. L’Esk méridional, ou la ri-
vière de South-Esk, avant de se jeter dans la mer, remplit un bassin circulaire dont l’é'roite entrée est fermée par un pont-levis; Montrose est
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située sur une presqu’ile qui sépare ce bassin de la mer. Elie fait un commerce considérable avec l'étranger, et ses 42,000 habitants trouvent une source de ricliesses dans les belles manufactures de toiles, les tanneries el les savonneries qui y sont établies. Outre ses édifices publies, que l’on trouve dans toutes les villes de son importance, elle a un théâtre el ua turf pour les courses de chevaux. Les pignons des maisons sont tournés sur la rue, comme en Flandre, ce qui n’empéche pas de la compter au nombre des plus jolies villes de la Grande-Bretagne. En remontant la rivière pendant l’espace de 8 kilomètres, on arrive à Bréchin, où l'on remarque une belle cathédrale fondée par David Eer.
Traversons l’'Esk septentrional ou le North-Esk, nous serons dans le comté de Kincardine ou le Mearns. Sur le bord de la mer, Bervie ou Inverbervie est une petite cité industrieuse dans laquelle on confeetionna la première mécanique à filature qui ait paru en Écosse. À 40 kilomètres au nord-ouest, la paroisse de Fourdon ou Fourdoun vit naître Jean de Fourdon, auteur de la plus ancienne histoire authentique de l'Écosse ; on y trouve les ruines du palais de Kenneth HE. L’ancienne ville de Kincardine, qui n’est plus qu'un hameau de 70 habitants, appartient à cette paroisse.
Presque tout le pays que nous venons de parcourir, depuis notre entrée dans le golfe de Solway jusqu’aux monts Grampians, dont nous voyons les cimes bleuâtres se prolonger vers le nord, appartient aux Lowlands, c’est-à-dire aux contrées basses de l'Écosse; mais si nous voulons voir la pariie la mieux caractérisée de ce royaume, celle dont l’aspect encore sauvage et les mœurs empreintes d’une couleur antique inspiraient les bardes et la poétique imagination d’'Ossian, élevons-nous dans Jes hautes terres, dans les Highlands, qui renferment les comtés que nous n’avons point encore visités. La rudesse dont elles sont empreintes en fait le charme principal ; leurs sombres vallées, presque toutes occupées par des lacs ou ravagées par des torrents, sont, pendant plusieurs mois, privées des rayons de Pastre du jour. C’est dans ces contrées presque désertes que les principales rivières de l'Écosse cachent leurs sources aux regards indiscrets de l'étranger, tandis que le montagnard y mène paitre chaque jour ses troupeaux, Jusqu’au commencement du siècle dernier, il n’exislait ouvune route régulière dans les Æighlands ; les passages qui y con- «uisent des basses terres étaient impraticables pendant la plus grande artie de l’année; les habitants, séparés du reste des Écossais, ignorant 1 s ressources qu'offre le commerce, restaient étrangers aux bienfaits de VEL 14
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l'agriculture, et ne communiquaient que de loin à loin avec les conués dans lesquels la civilisation avait répandu ses bienfaits, Le gouvernement britannique ne pouvait voir avec indifférence une population, active antant qu'elle était ignorante, reléguée sans frein au milieu de ses montagnes : dirigé plutôt par la politique que par la philanthropie, il cmploya, depuis 4726 jusqu’en 1745, des compaguies de soldats à tracer, dans un pays lout couvert de rochers, des routes commodes et spacieuses qui occupent une longueur de plus de 445 kilomètres : cette étendue a encore été augmentée depuis,
En parcourant les Highlands, de misérables habitations frapperont nos regards ; nous y verrons des chaumières bâties en pierres rondes cimentées avec de la terre, et n'ayant pour toute couverture que du gazon ou de la bruyère, L'intérieur de celles qui annoncent le plus d’aisance est divisé en deux par une cloison d’osier; la plus petite partie est destinée au bétail et à la volaille, et la plus grande sert de salle à manger et de chambre à coucher pour toute la famille. Au milicu se trouve le foyer, au-dessus dique} un crochet suspendu soutient le vase dans lequel on fait cuire la nourriture, Ordinairement un trou pratiqué dans la toiture est destiné au passage de la fumée ; mais comme il n’est pas directement au-dessus du
foyer, parce que la pluie pourrait éteindre le feu, la plus grande partie de'
la fumée 5e répand dans toute la hulte, el ne peut sortir que par la porte. Le lit sui leque: reposent les mantagnards est formé d'un amas de bruyère ou do bulles de fougère, sur lequel ils étendent une couverture de laine. Leur nouititire, aussi simple que leurs mœurs, ne consiste qu’en farine d'avoine, en lait et en quelques fruits. La fêle de Noël est l’époque des galas : ce jour-là seulement une tranche de mouton ou de bœuf est le mets qui forme leur régal; les plus pauvres paysans tâchent toujours de s’en procurer, A vaut introduction des bergeries dans les montagnes, chaque famille trouvait à occuper ses bras; mais depuis que plusieurs petites fermes ont été transformées en un seul pâturage, la misère assiége Ja plupart des montagnards, ci l'on à vu des milliers d'individus quitter à regret les lieux qui les avaient vus naître pour aller s’élablir sur les terrains incultes de l'Amérique. Cependant l'instruction, que l’on a cherché à répaudre parmi eux depuis quelques années, leur a donné des idées de commerce et d'industrie, et a favorisé l'avancement de l’agriculture. Le bétail est leur principale richessgs ils en vendent une grande quantité, et la récolie des grains suffit pour leur nourriture et pour la distillation du wisky, liqueur dont ils sont grands amateurs. Dans quelques cantons, ils
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commencent à exploiter les mines et les forêts, ou à se livrer au métier de pêcheurs; enflu tout porte à croire que, grâce à leurs efforts et aux encouragements du gouvernement, ces haules terres deviendront dans peu d'années une des plus riches contrées de la Grande-Bretagne, Parcourons maintenant ce pays si digne d'être connu.
En continuant de suivre la côte, nous arriverons à l'embouchure de la Dée, où nous verrons New-Aberdeen, lc Nouvel-Aberdeen, et, près de cetie ville, le bourg appelé le Vieux-Aberdeen ou Old-Aberdeen, La nouvelle ville est la capitale d’un comté maritime du même nom; son port est grand et sûr : 200 navires en sortent cha e année pour aller pêcher dans les régions bortales. Depuis que s rues ont élé construites dans cetle ville, qui compte vingt &« au culte, quatre hôpitaux, une université, une vaste mais elion, des casernes et un théâtre, elle est regardée comme une des plus belles villes de l'Écosse, et ses manufactures de cotonnades et de draps la placent au rang des plus industrieuses; sa population est évaluée à 60,000 âmes. Le Vicux-Aberdeen, où résidait jadis un évêque, possède aussi une université dont l’édifice se fait remarquer par sa grandeur et sa beauté. Sa magnifique cathédrale n’offre plus que des ruines imposantes.
Au pied du Ren-Lomond s'ouvre une vallée à travers laquelle le Forth serpente en portant ses caux vers l'Orient. A l’aspect de son cours, l'Écossais a peine à retenir l'expression de son respect et de son admiration : c’est le Gange de la contrée. Le Teith, qui sort du lac Æellerin, coule parallèlement à cette rivière et s’y jette après un cours de 27 à 35 kilomètres. Du lac Tay, long d'environ 22 kilomètres, s'élève une ile dont les grands arbres ombragent les ruines d’un vieux prieuré, C’est de ce lac que sort la rivière du Tay, qui coule en serpentant jusque dans la mer du Nord. A sa sortie du lac, elle coule sous un beau pont vis-à-vis du joli village de Æenmore.
Nous sommes dans le comté de Perth : les montagnes se couvrent d’une végétation variée; les rameaux ondoyants du bouleau se balancent dans les airs à côté du chêne majestueux ou du frêne au ‘cuillage rembruni; des beautés pittoresques s’offrent à chaque pas : dans le district d’A/hol, l’Almond forme une cascade de 30 mètres avant de se jeter dans le Tay, et plus loin deux rochers se joignent au-dessus de la rivière comme un pont naturel. Dans la vallée de Glendow, un pont d'une seule arche est jelé au-dessus d’un gouffre de 26 mètres de profondeur, creusé par une rivière dont les eaux en occupent la largeur et s’y précipitent en mugis-
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