‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 3)Chapitre 191 sur 203 · SR ST ESS · texte numérisé non relu

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tion et d’architecture navales, l’académie royale de fortification, d’artillerie et de dessin, l’écule royale de ch'rurgie, l’école royale de sculpture, l’école de commerce, le collége royal militaire, celui des nobles, les écoles royales du monastère de Saint-Vincent de Fora, l'école royale de dessin et d'architecture civile, etc. On y compte en outre un grand nombre d’établissements publics de bienfaisance et de charité.

L'Académie royale des scicnces de Lisbonne est le premier corps savant du royaume; celte ville possède une société d’encoura: ement pour l’industrie nationale, des bibliothèques, un muxée d'histoire naturelle, un jardin botanique et d’autres collections scientifiques, mais qui ne peuvent soutenir aucune comparaison avec ceux des principales capitales de l’Europe.

La grandeur imposante de quelques-uns des éditices de Lisbonne n’est rien en comparaison de l’aqueduc de Bemfica (agoas livres), qui porte à cetle capitale la plus grande partie des eaux qu’elle consomme. C’est l’un des plus magnifiques ouvrages de l'Europe moderne. Il peut supporter la comparaison avec ce que les anciens ont fait de plus beau dans ce grnre. Sa longueur tata!e est de 18,790 mètres; il se compose de 35 arches dont la plus grande a 85 mètres de hsuteur et 35 d'ouverture.

Les environs de la ville offrent de beaux sites et quelques lieux intéressants par les souvenirs. Oetras, maison de plaisance donnée par le roi Joseph au célèbre marquis de Pombal, fut, en 4775, babitée par le monarque pendant qu’il prenait les caux d'Estoril, et le ministre profita du séjour de ce prince pour transformer une simple foire de village en une exposition des produits de l’industrie portugaise : idée ingénieuse qu'on n’a fait que modifier depuis dans d’autres pays, et particulièrement en France, où elle a excité une émulation salutaire. Cintra est céièbre par la capitulation en vertu de laquelle l'armée française, épuisée, évacua le Portugal en 1808. Hafra, sur le revers occidental de la chaîne à laquelle appartient le Monte Junto, est remarquable par le couvent, le palais et l'église qu’y fit bâtir Jean V, afin d'accomplir le vœu qu’il avait fait pour la naissance d’un fils. Ces trois constructions, dues au talent d’un architecte étranger, et embellies par des peintres et des sculpteurs de différentes nations, forment le plus magnilique éditice du royaume. Loires, à 13 kilomètres de Lisbonne, est connue par ses plantations d’orangers qui fournissent les plus belles oranges du Portugal. Campo Grande, peuplée de 1,300 habitants, est le gendez vous de la noblesse portugaise : c’est dans sa longue plaine, entourée d'arbres et de jardins, que :a cour et la ville vont étaler le luxe de leurs chevaux et de leurs équipages.

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Le reste de l'£stremadure renferme peu de villes importantes ; il faut cependant citer Lerria, petite ville épiscopale, où l'on voit cucore le palais ruiné du roi Denis, auquel les Portugais décernèrent le titre de grand ; le bourg de Balalha, dont le superbe couvent, bâti par Jeun ler, est l'un des plus beaux morceaux d'architecture gothique. I renferme le mausolée de son fondateur, ct les chapelles mal entretenues destinées à la sépulture des rois. Santarem, ville de 8,000 âmes, bâtie sur une haute montagne, et défendue par une vieilie forteresse, fut pendant longtemps la résidence des souverains ; enfin Séfubal, sans avoir le rang de cité, peut passer pour une ville importante : sa population est de 1,500 âmes. Ses nombreuses salines, ses vins el ses oranges alimentent son commerce.

Dans la province de Beira, Coïmbre où Coimbra, sur les lances d’une colline qui domine 1e Mondego, est aussi triste à habiter qu’elle est agréablement siluée; cependant l'importance de cette ville sous les Romains, les Alains et les Maures, et plus encore sa population, la beauté de quelques-uns de ses édifices publics, la réputation attachée à son université et à son observatoire, l'avantage dont elle jouit comine siège de la direction générale de l’instruction publique du royaume, lui ont depuis longtemps mérité le rang de chef-lieu qu’elle occupe. La petile ville épiscopale d'Avetro, à l'embouchure de la Vou:a, recouvre l'importance maritime et la salubrité qu'elle semblait avoir à jamais perdues.

Dans les montagnes où le Mondego prend sa source, l'antique cité de Viseu, résidence d’un évêque, s'enrichit par son commerce de bijouterie, d’orfévrerie et de drapcrie. A l'extrémité septentrionale de la province, Lamego, dans une campagne fertile, entre le mont Pénude et le cours du Douro, est célèbre par la réunion des cortès de 1144, qui fondèrent une constitution dans «le justes limites, et qu’Alphonse ler jura de maintenir au nom de ses successeurs.

Plus petite que les précédentes, la province d’£ntre-Douro ct Minho a pour chef-lieu Braga, bâtie sur une hauteur, entre le Cavado et la Deste. Les plus beaux édifices sont le palais de Parchevêque, le séminaire et la cathédrale, antique église, dont une des chapelles est consacrée au rite mosarabique. Cette ville renferme encore plusieurs restes imposants de la domination romaine, tels qu’un aqueduc, un temple et un amphithéätre, Por/o, la seconde ville du royaume par sa population, que l'on poric à 70,000 âmes, occupe une position magnifique à l’embouchure du Douro, sur deux collines nommées la Sé et la Victoria. Elle est divisée en ville basse et ville haute, partagée en cinq quartiers,

dont deux sont entourés d’une muraille de 10 mètres de hauteur, et les trois autres ouverts. Douze places principales, de belles églises, plusieurs établissements d'instruction ct de bienfaisance, une école de marine et de commerce, une de chirurgie et d'anatomie, le palais de la cour d’appel, l’hôtel-de.ville, Pévêché, hôpital royal, la cathédrale, l'église des Clorigos, de vastes magasins destinés pour ses excellents vins, sont dignes de l’importance de cette cité commerçante. L’industrieuse Guimaraens, ou Guimaraes, que l'on pourrait surnommer la jolie, fut anciennement la capitale du royaume.

Miranda, petite cité épiscopale que l’on surnomma Miranda de Douro pour la distinguer d’une autre Miranida dans la provinee re Beira, dispute à Bragance le titre de capitale de la province de Tras os-Montès; elle renferme environ 5,000 habitants. Woncorvo, ou Torre de Moncorvo, l’antique Forum Narbasorum, est mal bâtie ct moitié moins peuplée. Bragance, où Braganea, l’ancien Brigantinum, s'élève au milicu d'une fertile plaine ; c’est dans ses murs que don Pedro le Justicier épousa secrètement l’infortunée Inès de Castro. Cette place est défendue par un chàteau fort et quelques fortifications en ruine; elle est le siège de l'évêché de Bragance. Villaréal, commerce en vins et en huile. Chaves, sur un plateau près de la Tamego, qui coule encore sous le pont de dix-huit arches bâti par Trajan, était célébre chez les Romains par ses caux minérales, qu'ils appelaient Aquæ Flaviæ Turodorum.

La province d'Alem-Tejo, c'est-à-dire au sul du Tage, non moins montagneuse que celle de Beira, mais pius étendue, trois fois mains peuplée, etla moins riche du royaume, ne renferme que des villes de peu d’importance. £vora, sa capitale, siége d'un archevêché, porte le titre pompeux de seconde ville du Portugal, quoiqu’elle n'ait pas plus de 10,000 âmes Elle doit ce titre à la faveur qu'elle eut de servir de résidence à plusieurs rois, Elle est située sur un plateau de la chaîne qui forme la prolongation de la Serra d’Esiremoz; son ancien nom d'£bora annonçait l'abondance, comme celui de Cerealis que lui donne Pine. On à rassemblé dass un musée les objets-d’antiquité découverts à Bcja. Estremoz est connue par ses poteries et ses vases de terre, dont la porosilé favorise Pévaporation de l’eau en abaissant sa tempéralure, Sur une colline escarpée, à 5 kilo-

mètres de la rive droite de la Guadiana, s'élève la vicille ville épiscopale d’Elvas, la plus forte place de gmerre du Portugal; on y voit une vaste cathédrale, un aquedue et un théâtre ; elle compte environ 40,000 âmes. Beja, fondée par les Romains sous le nom de Paz Julia, renferme en-

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core quelques monuments antiques. Serpa est importante par son commerce de contrebande, Portalègre par sa grande manufacture de draps, et Véllavicosa par son château royal et son port immense.

Dans la petite province d'Algarve, à laquelie les souverains du Portugal ont conservé le titre de royaume, on ne compte que quatre villes dignes d’êire nommées, Faro, la capitale, assez bien bâlie, avec un port à l'embouchure du Valformoso, fait de grandes exportations en oranges et en autres fruits; avira, sur la côte, à 38 kilomètres à l’est, est une jolie cité presque entièrement peuplée de pêcheurs; à #4 kilomètres à louest de Faro, Villa. Nova de Portimao possède un petit port très-fréquenté ; Lagos, siluée au milieu d’un terrain fertile, et dont le port fut, dit-on, creusé par les Carthaginois, serait celui de ZLacobriga; Sagres, petite place fortifiée, doit son nom au Sacrum promontorium, aujourd’hui le cap Saint-Vincent; enfin, sur le revers de la Serra de Monchique, on trouve la jolie petite ville de Monchique, que sa situation romantique et ses sources chaudes ont mise à la mode parmi ceux qui vont chercher aux caux la distraction autant que la santé,

Une navigation occidentale de 979 kilomètres nous conduit à l’archipel des îles des Açores, qui, ainsi que nous l'avons dit précédemment, appartient évidemment à l’Europe, et qui a tiré son nom de la grande quantilé de milans (faleo milvus, en portugas asor) dont elles se trouvaient peuplées lors de la découverte. On les appelle aussi Terceiras, d’après la plus grande d’entre elles, ou Flamandes, Flamengas, d’après les navigalcurs flamands qui s’y rendirent presque en même temps que les Portugais, et qui les peuplèrent en partie. Les Anglais les ont désignées quelquelois sous le nom de Wes{ern Islands, êles occidentales.

Elles gisent du sud-ouest au nord-est, en formant trois groupes. Celui du sud, le plus proche de la roule que suivent les vaisseaux venant d'Europe, se compose des Î'es Sainte-Marie et Saint-Michel. Le groupe du milieu comprend Terceire, Saint George, Gracieuse, Fayal et Pico, ou l'ile du Pic; au nord, se trouvent Flores et Corvo. L'air y est sain, le climat agréable et plus doux que dans les pays de l'Europe situés sous la même latitude. La chaleur de l'été est tempérée par des brises de mer, et l'hiver se marque seulement par des temps couverts, des pluies et des vents qui prennent quelquefois la force d’un ouragan. Jamais le froid n’y est assez sensible pour forcer les habitants à chauffer leurs appartements. La neige et la glace ne paraissent que rarement sur les sommets des plus hautes montagnes. Les tremblements de terre sont le seul fléau de

ces iles fortunées, dont la nature volcanique est attestée par la forme des montagnes, par des cratères, des déchirements dans leurs flancs, de nombreuses cavernes, par des laves, pierres ponces et cendres qu’on y foule partout, el surioul par neuf volcans actifs, répartis dans cinq de ces iles. Les côtes sont généralement hautes, cescarpées; le sol est peu profond, mais très fertile, et bien arrosé par des ruisseaux frais et limpides. On y récolte et l’on en exporte du lin, du froment, de l’orge, du maïs, du millet, des légumes, des olives, des oranges, des citrons, et une quantité de hon vin qui passe fréquemment pour du Madère. Le pastel y formait autrefois une importante branche de commerce ; on y cullivait aussi la canne à sucre. Parmi une grande variété d’arbres, on remarque le bananier, mais surtout le citronnier-cédrat, qui forme le plus bel ornement des forêts. Les coteaux brillent d’une verdure perpétuelle. I y a de trèsgros bœufs, beaucoup de cucions et de moutons, de bons mulets et des ânes.

La mer offre une étonnante richesse de poissons délicats, des tortues de la petite espèce, ct plusieurs lestacés, parmi lesquels on distingue deux sortes d'excellentes huîtres, appelées dans le pays lapas et cracas. La pêche du cachalot, aujourd'hui négligée, y était autrefois très-lucrative.

L’excellent climat des iles Açores en favorise icliement la popula: tion, qu’elles ont pu fournir des colons au Brésil, et même à la province d’Alem-Tejo, dans !e Portugal; leur population dépasse 235,000 habhitants. Saint-Michel, Fayal et Gracicuse sont les mieux peuplées : les habitants sont tous blanes, à l’exception d’un petit nombre de nègres employés comme domestiques. La noblesse, qui y est nombreuse, possède une grande partie du territoire. Les habitants laboricux, sobres, et de bonne constitution, manquent de moyens d'instruction. Dans les bonnes années, les Açores peuvent expédier pour le Brésil, le Portugal, l’Angleterre et d’autres pays du nord, une cinquantaine de vaisseaux chargés de grains, fruits, miel, légumes, farines, viandes salées, lard, orseille, grosses loiles, eau-de-vie, vin, vinaigre, etc.; mais le manque absolu d’un port spacieux, sùr et profond, empêchcra toujours le commerce de ces îles d'acquérir une haute splendeur. s

Saint-Michel ou San-Miguel, la plus proche du Portugal, a 75 kilomètres de longeur et 8 à 26 de largeur. Sa population dépasse 100,000 âmes. ”

De hautes montagnes bordent la côte à l’est et à l’ouest : vers le milieu, les hauteurs abaissées prennent des formes coniques : toutes portent des

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traces d’éruptions volcaniques, dont la dernière eut lieu en 4652. Aujourd’hui les cra'ères qu’on voit encore sur la plupart des montagnes, principalement à l’ouest, sont transformés en lacs. Les naturalistes admirent eutre autres, dans la partie de l’est, un vallon profond et très-romantique appelé Furnas, d'où sort la Ribeira Quente, petite rivière dont les eaux fumantes se frayent un passage à travers les fentes des rochers, et débouchent au sud-est à la mer, où, à une distance considérable de la côte, on voit en quelques endroits l'eau bouillonner avec violence.

L'ile, en général bien arrosée et très fertile, est médiocrement cultivée. On nctire pas non plus toutle parti convenable des productions minérulogiques, telles que soufre, selammoniac, marne, feroxydérouge, sulfure de sulfate de fer et pierres ponces. La végétation brille du plus bel éclat, et de nombreux bosquets diversifient les paysages; les champs produisent, sans grands frais, d’excellent froment, du maïs, un peu d'orge, des féves et du riz en quantité. Dans les jardins, on cultive des oranges d'excellente qualité, et bien d’autres fruits. Les vignes, établies principalement sur la lave décomposée, donnent annuellement 5,000 pipes de vin. Les pâturages sont bons et abondants. Le val de Furnas fournit du miel délicieux; la côte, des éponges qu’on néglige; et la mer surtout, des sardines qui nourrissent le bas peuple.

Les habitants fabriquent de grosses toiles qu’on envoie au Brésil.

Punta-Delgada, la capitale de l’île, peuplée de 46,000 habitants, fait un commerce considérable des productions du pays, tant avec l’Europe qu'avec l’Amérique. Elle n’a cependant qu’une mauvaise rade, défendue par le fort de Saint-Braz, Ribeira-Grarde, ville de 6,000 âmes, a de nombreux métiers pour toiles. Villa-Franca en compte 3,000.

La mer des Açores cest célèbre dans les fastes de la physique du globe pour avoir plusieurs fois vu surgir et disparaitre, à la suite de commotions terrestres, des îles volcaniques, dont quelques-unes ont même reçu un nom et ont êlé dessinées par les hydrographes.

C’est ainsi qu’en 4720, au mois de novembre, après un violent tremblement de terre, on vit s'élever entre les iles Saint-Michel et Terceira une île semblable à une montagne conique, et qui lançait des feux, des cendres et des pierres ponces : un torrent de laves enflammées descendit de ces flancs escarpés ; elle s'agrandit au point d’avoir une lieue marine de circonférence, ct d’être visible à la distance 35 à 44 kilomètres. Mais bientôt elle s’affaissa; et au mois de novembre 1723, elle avait entièrement dis-

paru : la sonde rapporta 80 brasses à la place même où elle s’était montrée. VIlL. 88

On a beaucoup de rapports détaillés, unanimes et authentiques sur l'apparition de ceite ile, on en a même dessiné la vue sur les lieux ; de sorte qu'il est difficile d'élever des doutes sur la réalité du fait.

En 18114, une nouve:le île apparut dans ces parages. Les rapports des navigatcurs, (émoins oculaires, peignent l'effroi que leur inspirèrent celte révolution physique, la mer bouillante, une colonne de feu, de fumée ct de cendres, s'élançant dans les airs, les bouleversements d'une partie de l’île Saint-Michel, les poissons morts et les flots couverts de picrres ponces ; l'île volcanique se montra au sud-est de la grandeile. Un capitaine anglais, présent à la naissance de cette ile, lui donna 3 milles de circonférence; il lui imposa le nom de Sabrina, et en prit possession comme d’une découverle anglaise; mais bientôt la mer engloutit cette nouvelle possession britannique.

Sainte-Marie, la plus au sud de toutes, et l’une des plus petites, n’a que 40 kilomètres de circonférence et ne renferme que 6,000 habitants. Le sol, très-haut élevé dans l'est, descend un peu vers le couchant. On y extrait du marbre et une terre argiicuse qui donne la plus fine poterie. L'ile possède encore une espèce d’oiscaux marins de Guinée, appelée garajaé. On en exporte du froment, du vin, des bestiaux, de la chaux et de la poterie. Porto et Villa-de-Santa-Maria sont les principaux lieux habités : ce dernier en est le chef-lieu, Au nori-cst de cette ile, à la distance de 5 milles, se trouvent les Formigas, groupes d’ilots et de rochers habités qui pourraient bien appartenir au sommet d’un volcan sousmarin,

Terceira ou Terceire, au centre du groupe, a des côtes généralement hautes et en partie inaccessibles. Sa circonférence est d'environ 89 kilomètres. Elle est très-sujette à des tremblements de terre. Il s’y est même formé, en 14761, un volcan redouiabie. Du reste, la terre vegétale y est plus profonde que dans les autres Açores, et d’une extrême fertilité ; aussi l’on y voit quelques forêts de cédres, de châtaigniers, de müriers, et des vergers de beaux citronnicrs, orangers ct pommiers. Le vin du pays est médiocre, mais les champs, bien cultivés, fournissent à une exportation considérable de froment, L'entretien des bestiaux, favorisé par de superbes pâturages, y est plus étendu que dans les autres Açores: aussi les fromages et les jambons de Terceire sont-ils renommés. La mer est riche en sardines, dorades, ombres, percées, barbeaux et autres poissons plus rares; la pêche est facilitée par les bas-fons voisins de la côte.

La population s’élève à 45,000 âmes. Laborieux et sobres, les habitants

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de Terccira conservent encore une ancienne réputation de bravoure, qu'ils ont mérilée en maintenant jusqu’à la dernière extrémité l’indépendance du nom porttguis contre l’usurpation espagnole, el en secouant ce joug odieux aussitôt que l'élévation de la maison de Bragance leur fut connue,

Fidèles à leurs principes, ce sont eux aussi qui, dans ces dernières anpécs, ont soutenu les droits de la reine dona Maria,

Angra, la capitale, renferme plus d’un tiers de la population. Elle est le siège des autorités ecclésiastiques, civiles et mititaires de tout l'archipel. Les habitants exportent dans leurs propres vaisseaux des grains, du lin, des toiles et du vin, Angra est aussi la relâche ordinaire des vaisseaux portugais qui se rendent au Brésil et aux Indes.

L'ile de Saint-George ou Sad-Jorge, entre les îles Gracieuse et Pico, est haute, sans être montueuse. Elle a 40 kilomètres de longueur sur 8 de largeur. Dans le sud, il y a des vignobles dont le produit est préféré aux autres vins des Açores, et d'excellents pâturages. Outre les avantages dont jouissent les autres Açores, l’île possède encore abondamment du bois, méme de construction, et la meilleure eau. La population excède 41,000 âmes. Le meilleur ancrage est à Villa de Velas.

Graciosa où Gracieuse, l’une des plus petites, est située au nord-ouest de Terceira, L'aspect enchanteur des trois montagnes qu’elle présente, vue du sud-ouest, la prodigieuse fertilité de son sol, et la salubrité toute particulière de son climat, lui ont valu le beau nom qu’elle porte, On en tire des grains, des légumes, des herbes potagères, des fruits, du vin, de l’eau-de-vie, du beurre et du fromage; mais l'ile manque de bois à brûler. La population s'élève à 8,000 âmes. Le chef-lieu est Santa-Cruz.

Fayal, la plus occidentale du groupe central, a un peu plus de 17 kilomètres de long sur 43 à 17 de largeur. Des rochers hauts et escarpés bordent presque partout la côte. Le sol, onduleux et couvert d'une riche verdure, s'élève vers le milisu de Pile, où des montagnes rangées en cercle entourent une vallée profonde, large de 4 kilomètres. On l'appelle la Caldeira, ou la Chaudière, et l’on croit, avec quelque probabilité, qu’elle doit son urigne à l’affaissement d’un volcan, Un tiers de son étendue est occupé par un lac, dans lequel se réunissent les causes de plusieurs sources d’eau vive. Les plus beaux près et de charmants bosquets qui parent les bords de ce lac et se prolongent sur la douce pente des coteaux, varient le site et forment un séjour enchanté. Le volcan de Fayal eut une violente éruption en 4672.

Le climat de l’ile est, en général, délicienx et très-salubre ; le sol est si fertile qu’on y fait souvent double moisson de froment et de mais. Dans les jardins et les vergers, la pomme de terre croît à côté des citronniers et des orangers; mais il y a peu de vignobles, et leur produit est de médiocre qualité. Les vins, connus dans le commerce sous le nom de Fayal, y sont apportés de Pico. Des toulfes de frênes, de hétres élancés et de châtaigniers couronnent les hauteurs ; mais les broussailles de myrtes et d’autres arbustes toujours verts prédominent généralement.

Les habitants se font remarquer par la bonté ct la douceur de leur caractère, par la simplicité de leurs mœurs, et par leur probité dans les transactions.

Villa da Iorta, le chef-lieu de l’île, apppelé quelquefois, par erreur, également Fayal, et peuplé de 4,000 âmes, n’est qu’un bourg bâli en amphithéâtre, sur une baie spacieuse qui offre un assez bon mouillage. Autour de la baie, les forêts de citronnicrs et d’orangers s'étendent à perte de vue le long des coteaux. C’est l’entrepôt de toutes les productions des îles de Fayal et de Pico, et le centre d’un grand commerce. Il y a des consuls français, anglais, espagnols et américains.

Pico, très-rapprochte de Fayal, est la plus grande des Açores, après Saint-Michel : elle a environ 40 kilomètres de longueur sur 13 de largeur ; mais elle n’a que 25,000 habitants. La partie occidentale ne nrésente qu’un amas de montagnes, surmonté par le Pico, ancien volcsu qui a donné son nom à l’île, et qui s'élève près de la côte à une hauteur de près de 2,500 mètres : avec un temps clair, on le découvre à 34 licues marines en mer. Au haut du sommet, presque toujours enveloppé de nuages ou couvert de neige, on trouve un cratère qui jette continucllement de la fumée. Plus bas, on rencontre de grandes cavernes, dont les voûtes distillent une quantité d’eau. La verdure commence à paraitre; petit à pelit des forêts succèdent aux brounssailles, et des pâturages d'herbes aromatiques invitent les troupeaux. Enfin, les coteaux inférieurs, où les habitants ont recouvert les picrres ct la lave avec de la terre, en partie achetée à Fayal, et péniblement transportée sur ces hauteurs, nous montrent ce que peuvent le travail et la persévérance humaine luttant avec la nature. D'excellents vignobles, abrités par des murs contre les vents de mer, y occupent une vaste étendue.

La partie oricuta'e de l'ile est Basse, unie ct fertile. On y récolte néanmoins à peine une quantilé de grains suffisante pour la moitié des habitants, et les pauvres tirent leur principale subsistance des yams qui y

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abondent. D'ailleurs, tous les fruits du midi de l'Europe y viennent en abondance et d'excellente qualité. Le vin, cependant, forme la plus grande richesse de l’ile; elle en produit, selon les années, 15 à 30,000 pipes, I y en a de deux sortes principales. Le malvoisie (wino passado) égale le vin de Madère, mais on n’en récolte qu’une petite quantité; l’autre, fe vino seco, varie beaucoup en bonté. Les vendanges, qui sé font au commencement de septembre, sont des jours de fêtes joyeuses et continuelles qui attirent un tiers de la population de Fayal. Les vins de Pico passent principalement au Brésil, aux États-Unis, en Angleterre ; le reste s’expédie en Hollande, dans le Nord ct à Angola. Les forêts, en grande partie composées de cèdres, offrent aussi beaucoup d’ifs, dont le bois, recherch* pour l’ébénisterie, était autrefois un monopole de la couronne, Les habitants de Pico sont renommés pour la beauté de leurs formes, la vivacité de leur esprit, leur amour du travail etde la propreté. Presque tous descendent, comme ceux de Fayal, des colons flamands amenés par Jofst de Hurter, beau-père du célèbre géographe Martin Bchaim.

L'ile de Flores, longue le 26 kilomètres et large de 43, située au nordouest de Fayal, est escarpée à la côte, montucuse dans l'intérieur, recouverte d’une mince couche de terre, bien arrosée par des ruisseaux limpides qui forment plusieurs belles cascades. Exempte de tremblements de terre, elle esi en revanche exposée à des vents violents, qui souvent détruisent l'espérance du cultivateur. Des forêts de gros cèdres ornent les montagnes, les plaines produisent du froment, du seigle, des yams et des yuncas, racines tubéreuses, dont la farine, mêlée à celle du seigle, donne de bon pain; les roches de la côte sont couvertes d’orscille, qu'on ne cucille qu’avec danger. On ne cullive point la vigne, et le mais ne réussit pas. L’entretien des moutons et des poules obtient des soins particuliers. On y compte 44,000 habitants, occupés en partie à la fabrication de lainages. Lagens en est le chef-lieu.

Corvo, la plus petite des Açores et la plus au nord, est qué'quelois comprise avec l’île précédente sous le nom de Os Corros. Plus froide encore que celle de Flores, elle abonde en excellent froment, en légumes, en yams, en lin, en bestiaux et bois de cèdre. La population ne se monte qu’à 7 ou 800 individus, qui vivent dans une sorte de communauté de biens. C’est ainsi qu’ils partagent entre eux le lait de leurs troupeaux, le bois qu'il leur a été permis de couper, et la laine de leurs moutons, dont ils font de grosses étoffes. Il y a quelques mouillages à la côte, et, aux extrémités nord et sud de l’île, deux montagnes, dont l’une renferme,

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