LA GÉOGRAPHIE
Suite de la Description de l’Europe. — Description de la France, — Anciens habitants — Coup d'œil historique. — Géographiv physique !.
La France peut à bien des titres réclamer le premier rang parmi les peuples modernes. Lequel pourrait rivaliser avec elle pour la gloire militaire, l'éclat des victoires, le nombre des expéditions dans les pays étrangers, et l’énergie de la résistance quand le sol de la patrie était envahi? C’est le seul pays qui ait eu l'honneur de voir toute l’Europe se coaliser contre lui et de lui tenir tête, et cela à plusieurs époques. D’un autre côté, si l’on excepte l'Angleterre, il n’en est point qui ait montré plus d'amour et plus de zèle pour la liberté; et nulle part, pas même chez nos libres voisins, le sentiment de l’égalité des hommes, cette grande et profonde vérité, n’est aussi général et aussi fortement enraciné., Ainsi la France offre aux regards du monde tournés sur elle des exemples de courage et d’indépendance. Elle fait plus : elle instruit ie monde. Son ” génie, moins excentrique que celui de la plupart des autres peuples, plus
1 Nous avons revu ce tome VIII sur le VIII volume de la première édition du Précis publié en 1829, par le libraire Aimé André, VIIL, 1
éloigné des écarts de l'imagination et plus rapproché du bon sens et du bon goût, est aisément compris de toute raison humaine. Sa littérature, même la plus frivole, fait en un instant le tour du monde, se traduit dans toutes les langues, porte partout ou l'instruction ou l’amusement ; et l’on a.vu des hommes de lettres, suprêmes dispensateurs de la gloire et de la popülarité, régner, comme des oracles et comme des prêtres d’une divinité redoutable, sur les rois et sur les despotes. L’aménité, la sociabilité piquante des caractères, la grâce des manières, donnent également le premier rang à la société française; ses salons et sa conversation ont servi * de modèle à toute l’Europe; et jusque sur les bords de la Néva, l’on voit régner les modes ingénieuses issues de l'esprit inventif et élégant de ses artistes et de ses ouvriers.
Ce rôle admirable, cette influence multiple et universelle, à quoi la France en est-elle redevable? Sans doute à sa situation géographique sous un climat tempéré, et dans une sorte de juste milieu qui la met en contact direct avec le Nord et avec le Midi, c’est-à-dire avec les deux pôles de la civilisation. Mais elle en est redevable aussi à la qualité et au mélange des races qui se sont fondues sur son territoire en une seule nation.
La population de la France appartient, sous le rapport physique, à deux espèces et à trois races principales. Ces deux espèces sont originaires d'Asie. L’espèce séimilique comprend trois races : la race celtique, la race pélasgienne et la race arabe; l'espèce scythique nous offre la race germanique.
La race celtique se divise en deux grandes familles. D’après M. Amédée Thierry, nous partagerons la nombreuse famille gauloise en deux branches : la branche gallique, comprenant les anciens Galli ou les Gals, et la branche Kimrique ou des Kimri, divisée elle-même en deux rameaux, les Ximri de la première invasion, mélangés en grande partie avec les Galli, et qu’on pourrait appeler celle des Gallo-Kimri, et les Kimri de la seconde invasion ou Belges ( Belgæ). La famille ibérienne se partage en deux branches, les Aquilani et les Ligures, qui habitent les pentes des Pyrénées, les bords de la Garonne et les rivages de la Méditerranée.
La race pélasgienne comprend aussi deux familles : la famille grecquetonienne, qui habite une partie de l’ancienne Provence, et la greco-latine qui occupe la Corse.
La race arabe se compose de toute la population juive répandue dans les diverses parties de la France,
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La race germanique comprend les habitants des anciennes provinces d’Alsace et de Lorraine.
Les changements de mœurs, les progrès de la civilisation peuvent altérer le caractère d’un peuple, mais non le changer entièrement : qui ne reconnaîtrai. les Français de nos jours dans le portrait que César, Strabon et d’autres auteurs nous ont laissé des anciens Celtes? Malgré leur mélange avec les Francs, leuïs vainqueurs, les traits qui les distinguaient ne se sont point effacés. Les Cellæ-Galli, ou les Gaulois, étaient gais, frivoles, spirituels et satiriques, prompts dans leurs résolutions, intrépides dans les combats, attachés à leur patrie et jaloux de leur liberté, Leur franchise et leur susceptibilité sont telles, dit le géographe grec, que chacun ressent les injustices qu’on fait à son voisin , et qu’ils éprouvent le besoin de manifester hautement leur indignation. Ils aiment à parler de leur gloire, ajoute César; mais leur inconstance fait qu’ils sont aussi présomptueux au moment de leurs succès que faciles à décourager à la moindre défaite. D’autres auteurs anciens nous les représentent remplis d’ostentation et de recherche dans leur parure; prévenants envers les étrangers, et portant l'exercice de l’hospitalité jusqu’à punir de mort l’assassin d’un de ceux-ci, tandis que celui d’un citoyen n’était puni que par l’exil. Dès la plus haute antiquité, l’amour de la liberté avait fait établir chez eux l’usage de choisir leurs magistrats, de restreindre l’autorité du prince, et de n’accorder des subsides qu'après en avoir délibéré dans leurs assemblées populaires. La politesse qui les distinguait de tous les peuples que les anciens comprenaient sous le nom de barbares; la. facilité avec laquelle ils adoptèrent la civilisation et les arts des Romains, contribuèrent à cimenter l'estime que ceux-ci leur conservaient. Tels ‘ étaient les Celtes, tels sont encore les Français sous plusieurs rapports. Ainsi s'expliquent les différences que l’on remarque entre ce peuple et les autres Européens : la race celtique devait à sa constitution physique les qualités qui la rendaient susceptible d’un certain degré de perfectibilité; ces qualités se sont perpétuées d’âge en âge; le 50! qu’elle occupait jadis et qu’elle occupe encore s’est vivifié par ses soins; et, tant que les cœurs français seront ouverts aux idées généreuses, la France sera la plus florissante contrée de l’Europe.
Les peuples de la race celtique, que les anciens nommaient Galli ou Valli, s'étaient déjà rendus célèbres en Europe par leurs conquêtes, plus de sept siècles avant l’époque que l’on assigne à la fondation de Rome. Nous ne remonterons point jusqu’au temps incertain de leurs premières
émigrations : l'histoire n’en a conservé que des souvenirs confus. On sait qu’ils firent plusieurs invasions en Italie, et que Rome, au faîte de sa puissance, employa des forces considérables pour les subjuguer. Soixante ans de guerre et de carnage suffrent à peine pour réduire en provinces romaines leur contrée, qui occupait à peu près exactement l’espace qui forme aujourd’hui le royaume de France. Ce fut César qui eut la gloire de terminer cette expédition; c’est d’après les renseignements qu'il a laissés que les Romains apprirent à connaître les différents peuples de cette partie de la Gaule qu’ils appelaient Transalpine (Gallia Transalpina), c'est-à-dire au delà des Alpes par rapport à Rome. Lorsque ce général y entra, elle était partagée entre trois nations principales : les Cellæ et les Aguilani, appartenant évidemment à la race cellique, quoiqu’ils se distinguassent par un langage différent, et les Belgæ ou Kimbri qui, bien que Celtes, parlaient un idiome germanique : ces derniers occupaient le nord de la contrée. Sous Auguste, la Gaule fut divisée en quatre provinces ‘; Probus la partagea en sept ?; Dioclétien en douze 5; Valentinien en quatorze 4; et sous l'empire de Gratien leur nombre s’éleva à dix-sept 5," Nous allons passer en revue les principaux peuples des quinze provinces qui comprenaient le territoire actuel de la France 6.
La première Narbonnaise (Narbonensis prima), formée du Roussillon, de la plus grande partie du comté de Foix et du Conserans, était habitée par les Sardones, qui tiraient peut-être leur origine d’une colonie illyrienne ; et par les Volcæ, divisés en orientaux, surnommés Arecomict , dont les terres s’étendaient jusqu'aux rives du Rhône , et en occidentaux, appelés Teclosages, peuples guerriers qui portèrent leurs armes en Germanie , et fondèrent en Asie Ancyre, dans un pays qui, de cette population gauloise ou gallique, reçut le nom de Galatie.
La deuxième Narbonnaïse (Narbonensis secunda), qui comprenait la
1 La Belgique, la Celtique, l’Aquitanique et la Narbonnaise.
2 La Belgique, la 4" et la 2° Germanie, la Lyonnaise, la Viennoise, la Narbonnaise et l’Aquitaine.
3 La 4 et la 2° Belgique, la 4"° et la 2 Germanie, la grande Séquanaise, la 4"° et la % Lyonnaise, la Narbonnaiso, la Viennoise et l’Aquitaine, auxquelles on réunit les Alpes grecques, comprenant une partie de la Suisse et de la Savoie, et les Alpes maritimes, renfermant une partie de la Provence et du comté de Nice.
4 Par la subdivision de l’Aquitaine en trois : la 4"° et la 2° Aquitaine; et la Novempopulanie.
5 Par le partage des deux Lyonnaises en quatre, et de la Narbonnaise en deux.
° Les Alpes grecques formaient une partio de la Savoie; nous parlerons de la 2° Germanie aux livres de la Belgique et de la Hollande.
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plus grande partie de la Provence, était peuplée par les Tricorÿ, dont Tite-Live fait m:tion en parlant de l'expédition d’Annibal; les Salluvir ou Salyes, re: és par leurs voisins, et les Oxybit, qui se signalèrent contre les Ronains.
Les Alpes maritimes (Alpes maritimæ) renfermaient une partie du Dauphiné, de la Provence et du Piémont. Dans ce qui dépend du sol de la France, on voyait les Cafuriges, qui voulurent disputer le passage de leurs montagnes à César.
La Novempopulanie (Novempopulania) occupait le territoire de la Gascogne, de l’Armagnac, du Béarn et de la Basse-Navarre. Elle était peuplée par les Boët, qu'Ausone surnomme Picci, parce qu’ils recueillaient la poix-résine dont les landes abondent; par les Ausci, qui habitaient le pays d’Auch; par les Bigerrones, qui occupaient le Bigorre et le Béarn, et qui l’hiver se couvraient de peaux d'animaux; parles Tarbelle, sur le territoire de Tarbes, et les Tarusales, qui imitèrent les précédents en résistant à César et à Crassus.
La première Aquilaine (Aquitania prima), la plus importante province de la Gaule, dans laquelle étaient compris le Quercy, le Rouergue, l'Auvergne, le Bourbonnais, la Marche, le Limousin, le Velay avec le Gévaudan et une autre partie du Languedoc, le Berry, ainsi qu’une partie du Poitou, renfermait les Cadurci, dont Cahors était la principale cité, les Arverni ou les Auvergnats, l’une des nations les plus belliqueuses de la race celtique; les Lemovices, ou Limousins, qui mettaient sur pied une armée de 10,000 hommes, et les Biluriges Cubi, qui, longtemps avant la conquête de César, possédaient un vaste territoire.
La seconde Aquitaine (Aquilania secunda) occupait une partie du Poitou, la Saintonge, l’'Angoumois, le Périgord et l’Agénois, avec le reste de la Guyenne. Elle était peuplée par les Pictones ou Piclasi, nos Poitevins ; les Sanlones qui occupaient les territoires de Saintes, de Cognac et d'Angoulême; les Petrocorit, ancêtres des Périgourdins; les Medult, habitants du pays de Médoc , et les Bituriges Vivisci, maîtres du Bordelais.
La Viennoise (Viennensis) comprenait une partie de la Provence avec le comtat Venaissin, du Dauphiné avec la principauté d'Orange, du Languedoc et de la Savoie avec le territoire de Genève. Ses principaux peuples étaient les Anatili, sur les deux rives du Rhône; les puissants Cavares et les Allobroges, sur la rive droite de ce fleuve; les Vocontit , nation policée et guerrière que Rome compta au nombre de ses alliés. ainsi que celle des Helvti.
La Grande Séquanaise (Maxima Sequanorum) réunissait une partie de la Bourgogne, de la Franche-Comté et du pays de Bassigny, à la Bresse et à une portion de l’Helvétie. Toute la partie aujourd’hui française de cette province romaine formait le territoire des Sequant, d’où les Romains tiraient le meilleur porc salé.
La première Lyonnaise (Lugdunensis prima), composée du Lyonnais, du Beaujolais, du Forez et d’une partie de la Bourgogne, du Nivernais, de la Franche-Comté et de la Champagne , comptait trois peuples importants : les Ambarri, qui, sous le règne de Tarquin l’Ancien, envoyèrent des colonies en Italie; et les Ædui, l’un des peuples celtiques les plus puissants, allié des Romains avant que César entrât dans la Gaule, et gouverné par un président ou par un chef électif qui ne pouvait sortir du territoire de la république.
La seconde Lyonnaise (Lugdunensis secunda), comprenant la Normandie, le Vexin français et la plus grande partie du Perche, renfermait neuf peuples, dont les noms se rapportent encore à certains lieux. Les Caleti habitaient le pays de Caux ; les Eburovices, le territoire d’Evreux; les Lexovit, celui de Lisieux; les Suit, celui de Séez ; les Baïocasses, celui de Bayeux; les Venelli, celui de Valognes; les Avrincalæ , celui d’Avranches; les Viducasses, la cité de Vieux, aujourd’hui petit village des environs de Caen; et les Veliocasses, le Vexin.
Dans la troisième Lyonnaise ( Lugdunensis tertia ), les Redones, sur le territoire de Rennes; les Venelt, peuples puissants et navigateurs, sur celui de Vannes ; les Namneles, sur celui de Nantes; les Arvë, habitant les bords de l’Arve, qui se jette dans la Sarthe; les C'enomani, aux environs du Mans; les vaillants Andecavi, sur le territoire d'Angers; et les pacifiques Turones, ancêtres des Tourangeaux, indiquent que cette province comprenait la Bretagne, le Maine, l’Anjou et la Touraine.
Dans la quatrième Lyonnaïse ( Lugdunensis quarta), six peuples se partageaient la Beauce, l'Ile-de-France, la Brie, une partie de la Champagne, de la Bourgogne et du Nivernais, le Gâtinais et l’Orléanais : les Carnules, dans le pays Chartrain ; les Paristi, sur le territoire de Paris ; les Meldi, sur celui de Meaux; les Tricasses, aux environs de Troyes; les Senones, qui occupaient le pays de Sens et d'Auxerre, et qui envoyèrent des colonies armées en Italie ; enfin les Aurelians, le plateau d’Orléans. |
La première Belgique ( Belgica prima) se composait du duché de Luxembourg et d’une partie du territoire de Trèves et de la province de