DRE SERRE
Tout ce que nous venons de dire convient à la contrée située entre le Dnieper et la mer d’Azof ; seulement le pays des coliines boisées forme une lisière plus étroite ; les steppes s'étendent davantage et présentent un sol moins fertile aux colons disséminés de loin en loin. Les eaux saumâtres, les marécages et les landes sablonneuses se multiplient devant les regards fatigués,
Traversons la steppe de Marioupol, ct arrivons à Taganrog, sur la côte d’une presqu'ile dans la mer d’Azof. Cette ville, bâlie sur un promontoire ans une position salubre, reçoit 43 à 4400 petits bâtiments dans son port; elle exporte à peu près les mêmes objets qu'Odessa, plus les pelleteries de la Russie orientale. Célèbre par un caprice de Pierre le Grand, qui voulait cu faire une de ses capitales, elle l’est encore davantage par la mort d'Alexandre Ler, qui, jaloux de visiter ses provinces, y fut atteint de la fièvre de Crimée. Un monument en bronze consacre le souvenir de cet événement. Taganrog est défendue par une forteresse, quelques bastions et des fossés ral entretenus. Son marché est grand et pourvu de nombreuses boutiques en bois. Sa population est de près de 42,600 âmes. Le port de Taganrog est d’une nécessité absolue pour la Russie, à ne pas même I considérer sousie rapport des avantages commerciaux. Ce n’est que là que l’on peut se procurer les mâts, les fers et autres objets de construction pour la flotte. On y livre les fers de Sibérie, les bois de construction que le Don et le Volga servent à transporter de ce lieu par des bâtiments à Kherson, Nikolaicf, Odessa et Sévastopol. On en exporte aussi le charbon de terre que l’on exploite autour de la source de Cryncka et du Severnoi- Donetz, à 30 lieues de la ville. La navigation est interrompue ici dans les mois d'hiver, parce qu’à cette époque la route de Kertche et une grande partie de la mer d’Azof sont gelées. La mer gèle communément en décembre et reste dans cet état jusqu’au mois de mars, mais le charriage des glaces dans le Bosphore empêche toutefois plus terd le navigation. La plus grande profondeur de la mer d’Azof, qui se réduit d: jour en jour aux dimensions d'un jüc, ne dépasse pas 12 à 15 mètres. Sa profondeur moyenne est de 2 mètres.
Un district dépendant du gouvernement de Eekalerinoslaf, mais isolé au milieu des terres des Cosaque:, renferme la florissante ville arménienne de Nakhitchevane où Nakhcivan, ville de 9,960 habitants, aceupés de manufactures de soie, de coton et autres. Environnée d’une forêt de müriers, cette ville, bâtie à Porientaie, se présente avee agrément, mais les environs sont fiévreux, Un archevêque arménien réside dans un couvent, près
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Rostof, chef-lieu de district, est bâtie sur le bord d’un très-beau lac que les Mordouans appelaient anciennement Caova. On ignore quand et par qui elle fut fondée ; jadis elle était la capitale d’un petit Etat que formaient les Méris, ou Tchouds, dans cette contrée. Elle est entourée d’un rempart de terre et d’un fossé rempli d’eau. La ville renferme 24 églises et 8,000 habitants. Les jardiniers de Rostof sont renommés pour leur habileté, et les femmes pour leur beauié. Azof voit tomber ses fortifications et se multiplier ses jardins fruitiers. Son nom, qu’elle donne à la mer voisine, on prétend qu’elle le doit à un prince Polovtzien nommé Azouf.
Toute cette étendue de pays, avec la Tauride, a été quelquefois comprise sous le nom de Nouvelle-Russie. C’est une acquisition dela bravoure etde l'industrie sur les Tatars et sur la nature. Les Russes y sont les plus nombreux; et {a population abondante de la Petite-Russie s’y répand surtout le long du Dnieper. Maisle gouvernement impérial a appelé des colonies de toutes les nations. Un ramas de Serviens, d’Arnautes ou Albanais , de Valaques et de Moldaves, peuple , depuis 1754, le district entre le Dnieper et l’Ingoul ; mais, à présent, ces colons sont fondus en grande partie dans la population russe. Quelques Polonais ont cherché un asile dans les environs d’Odessa. Dans la steppe de Nogaïs, les colonies sont clair-semées. Les Grecs se sont multipliés sur les bords de la Berda, qui roule des grenats parmi ses sables. Plus au sud-est, les Doukhoborzes, espèce de quakers russes , habitent une dizaine de villages. Au milieu de ces établissements européens, 300,000 Tatars Nogaïs, après avoir brülé leurs voitures nomades, se sont fixés dans 73 villages.
C’est une chose bien intéressante pour le voyageur philosophe, que de voir quelques-uns de ces colons modernes, dépourvus de bois de construction, s’emparer des anciens tertres funéraires qui abondent dans ces contrées, pour s’y loger, en faisant servir les voûtes de ces tombeaux comme de toits aux cavernes qu’i's creusent dessous. Ces {umulus, nommés en tatar khourghan’s , extrêmement fréquents dans toute la Nouvelle- Russie, appartiennent aux divers peuples qui ont temporairement fixé leur demeure dans ces contrées. On ÿ a trouvé des ustensiles semblables à ceux des Hongrois ; d’auires khourghan’s sont formés de dalles de pierre à l’instar des tombeaux scandinaves. D’autres monuments, surtout de nombreus : inscriptions enfouies sous des ruines, signalent l'existence des colonies { ecques, depuis le Danube jusqu’au Borysthène., Ces traces se