‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 112 sur 169 · VI · texte numérisé non relu

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multiplient encore davantage sur les rivages de la péninsule taurique, où nous allons pénétrer.

Un golfe de la mer Noire et un autre de la mer d’Azof, en laissant entre eux un isthme très-étroit, limitent du côté septentrional la péninsule de la Crimée ou Krimée (krim adassi) la Chersonèse Taurique des anciens, aujourd’hui la Tauride ; la mer d’Azof en baigne la partie orientale, que le détroit de Ienikaleh, jadis le Bosphore Cimmérien, sépare d’une partie de l'Asie. Les côtes méridionales et occidentales sont baignées par la mer Noire. La partie située au nord du cours d’eau ou torrent appelé Salghir, offre à l'œil une plaine sans bornes, un peu sablonneuse dans l’extrémité occidentale, surchargée de sel et remplie de marais salants dans sa partie septentrionale , vers l’isthme de Pérékop , labourable et même fertile vers le sud. Le golfe oriental, nommé Sivach, ou la mer Putride (Gniloï-More) reçoit les eaux de la mer d’Azof par une étroite ouverture lorsque les vents sonffirnt d'est; mais, dans le cas contraire, ce marais découvre jusqu’à la lefance de 10 kilomètres la fange hideuse qui recouvre son fond; ses

alaisons se répandent au delà de Pérékop. Les salines, les troupeaux de mor'!ons à large queue, le froment arnaute sont les richesses de cette plaine, où l’air empreint d’exhalaisons impures, menace de fièvres dangereuses les nouveaux colons,

Un spectacle bien différent se présente dans le midi, où une petite chaîne de montagnes borde la mer Noire. Le plus haut sommet est situé au sud-est de Symphéropol ; sa forme ressemble parfaitement à celle d’une tente, ce qui l’a fait nommer par les anciens Grecs Trapezos, par les Tatars Tchatir-dagh, et par les Russes Palath-Gora. U faut trois grandes heures de marche pour parvenir à son sommet, mais on est amplement dédommagé des fatigues du chemin par la vue magnifique dont on jouit de tous côtés. Quel beau coup d'œil autrefois, lorsque , sous la Gomination des Tatars, elle était remplie de villes florissantes! On y remarque très-distinctement , vers le nord, Pérékop; vers l’ouest et le sud, l’œil plane sur la mer Noire; on découvre, dans le lointain et vers l’est, la mer d’Azof. Sa plus grande élévation est de 4,540 mètres, Ce sont les sources qui sortent des cavités de ces rochers qui donnent naissance au Salghir, ei qui alimentent une infinité de ruisseaux que l’on voit serpenter de tous côtés, Ces cours d’eau, avant d'arriver au pied de la montagne, forment un très grand nombre de petites cascades. Les cavernes ne manquent pas dans ces montagnes calcaires ; celles de Bobatagh ont servi d'asile aux anciens habitants.

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celte suite de belles vallées demi-circulaires, et disposées en amphithéâtre au pied méridional de la Tauride , le long des côtes de la mer Noire. Dans les montagnes, on voit réussir les pommes, les poires, les cerises; dans les jardins de la côte méridionale, on cultive le pêcher , le figuier, même le grenadicr; mais lolivier reste abandonné à la nature; la seule plantation de müriers se trouve près de Straroïi-Krim , et les quatorze espèces de raisin que possède la Tauride sont plus employées comme dessert que pour produire du vin. Cependant le vin de Soudak est assez estimé. Depuis longtemps les grands seigneurs russes achètent des terres sur celte côte, et y font des essais de culture, dans l’espoir de boire du bourgogne de leur propre cru, e‘ de manger des oranges de leurs propres bosquets ; mais le climat, dans son ensemble, avec ses gelées printanières et ses chaleurs dévorantes, offre des difficultés qu’une longue civilisation peut seule surmonter.

Pérékop, en tatar Or-Kapou, qui signifie por{e royale, donne une triste idée des villes de la Crimée, Son ancien nom est Taphros ou Taphrw, c’est-à-dire fossé, parce que depuis les temps les plus reculés il n’a cessé d’y exister un fossé qui règne sur l’isthme d’une mer à Pautre. Ce fossé a 7 kilomètres de longueur sur environ 20 mètres de largeur. Lorsqu'on a passé le pont qui le traverse, on se trouve dans une rue que sa largeur pourrait faire nommer une place. A droite et à gauche, vous pouvez voir des maisons assez nombreuses, fort séparées les unes des autres, et doi la plus apparente n’excède pas la hauteur d’un rez-de-chaussée couvert de son toit de planches ou de joncs. Cependant, malgré sa physionomie triste et misérable, Pérékop doit à sa position géographique une importance toute particulière. Elle est la porte du gouvernement de la Tauride, le retranchement qui ferme et qui isole la presqu'île; elle est aussi un chef-lieu de douane, et le centre d’une immense exportation des sels enlevés à la mer voisine et aux lacs de la péninsule.

De Pérékop, en s’avançant rapidement à travers la steppe dans la direction du sud, on trouve bientèt un bourg considérable, Armianshoïi-Buzar, qui, comme l'indique son nom, est un marché tenu par des Arméniens. Tous les objets utiles aux voituriers qui vicmment chercher le sel, tous les ustensiles qui dépendent de l’attelage et du charronnage, se trouvent réunis dans cet industrieux entrepôt. Ce lieu dépassé, on se retrouve dans la steppe jusqu'aux environs de la capitale actuelle de la Crimée, l’Akh- Meleheth des Tatars , le Symphéropol des Russes. Cette ville en forme réellement deux : l’ancienne, située dans la parte la plus haute, la ville

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tatare dont «enom signifie Blanche-Mosquée ; les rues en sont étroites avec de hautes œurailles, comme dans la plupart des cités asiatiques; la ville nouvelle ou Symphéropol, habitée par des Russes et des juifs : une large rue est principalement réservée à ceux-ci ; une place immense est destinée aux marchés qui se tiennent tous les vendredis. Au milieu d’uno autre place s’élève la cathédrale, seul monument important de la ville. Autour de la place on voit un vaste hôpital, le palais de justice et les archives. L'hôtel du gouvernement s'élève dans une rue formée par quelques jolies maisons et une promenade qui borde le Salghir, Un pont de picrre qui traverse cette rivière forme l'extrémité orientale de la ville, tandis qu’à l’extrémite opposée s'étend un vaste cimetière.

La population de Symphéropol est de 8,000 habitants, parmi lesquels se trouvent 5,000 Tatars.

Au fond d’une longue et profonde vallée qui sépare deux grandes montagnes, ou pour mieux dire au fond d’une déchirure qui coupe en deux parties un vaste plateau, et sur le ruisseau de Djourouk-son /Eau-fétide), qui se jette dans la Katcha, est encore assise l’ancienne capitale de la Crimée, Baghtcheh-Sarat, ville intéressante par son indu‘trie tatare, surtout en coutellerie et en maroquin, animée par un trafic actif, remplie de vergers, ornée d’un grand nombre de fontaines et d’un vaste palais des anciens khans, mais qui, malgré ses avantages, ne compte que 44,000 habitants, parmi lesquels se trouvent plus de 42,000 Tatars. Les principaux édifices sont les mosquées, dont la plupart sont construites en pierres de taille, une église pour les Grecs, une synagogue, trois écoles mahométanes ou médresséhs, deux bains tatars, dix khans ou karavan-sarai, où descendent les voyageurs, plusieurs mausolécs remarquables aux portes de la ville, et le palais de l’ancien khan.

Cet édifice, situé presque à l'extrémité de la ville, tout près de la rivière, consiste en différents bâtiments construits dans le goût oriental, autour de plusieurs cours. Il a été fondé en 4519 par le khan de Crimée, Adèl-Sahab- Ghéraïi. On y arrive de la rue principale de la ville par un pont de pierre construit sur le Djourouk-son. Le gouvernement russe fait entretenir ce palais avec soin, en conservant les ameublements. Ilest encore te] qu’il était à l’époque où le dernier khan cessa de régner. Ce sont des salles, des cabiuets, raremen) de pluin-pied, qui se suivent et se correspondent par un plan bizarre et désordonné. Faiblement éclairés jar des vitraux de couleur, ces élégants réduits sont tout brillants de vernis, tout chato;ants de nacre, de cristaux, d'étoffes et d’argent, ornés de meubles rares, parfumés de

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vapeurs embaumées. Mais qui pourrait énumérer tous les détours de ce labyrinthe, ses nombreuses et secrètes issues, ses bains de marbre, discrets témoins de ces sensualités asiatiques du harem, que l’Europe invente, mais qu'elle ne conraît pas ? Ce palais des jardins aurait bien pu ètre appelé le Palais des Fontaines : l'eau courante y est partout; elle circule dans les murs, dans les vestibules, dans les jardins et jusque dons l’étroit cimetière où soni entassés les tombeaux des Khans et de tous ies membres de leur famille.

A une demi-lieue de Baghtcheh-Saraï on voit la petite ville de Tektoufoul-Kaleh, dont le nom signifie le Fort des Juifs; elle est située sur le sommet d’un rocher de 450 mètres d’élévation. Ces Israélites sont de la secte appelée koraïme ou koraïle, qui, fidèle à la lettre seule de l’Ecriture, n’adopte ni l'autorité du Taimud ni les interprétations desrabbins. Mais ce qui les distingue principalement, c’est la haute réputation de probité dont ils jouissent, partout où ils sont établis. ;

Cette ville se compose de plus de 300 maisons formant des rues étroites et tortueuses qui ont le roc vif pour pavé. Une muraille et deux portes qui se ferment chaque soir, peuvent servir au besoin à l’isoler du reste de la contrée. On est obligé d'apporter de l'eau dans ce nid d’aigle.

Sur la côle occidentale, nous remarquerons Æozlof, dont l’ancien nom talar est Ghenzlev ou Gouzlov, et qui depuis la conquête de la Crimée, a reçu celui d’Eupaloria ou Evpatoria, en mémoire d’une cité du même nom, qui, au temps de Mithridate-Eupator, s'élevait sur la limite de la péninsule héracléotique, non loin de Sévastopol. Le port de Kozlof est l’un des plus eommerçants de la Crimée, bien qu’il y manque un mèle propre à assurer l’ancrage des navires. La ville, autrefois très-peuplée, ne compte plus que 8,000 habitants, la plupart tetars, qui fabriquent des feutres, des maroquins, et cette bière musulmane appelée bouza.

Vers la pointe occidentale est le porte de Sevaslopol ou Sebaslopol, grand arsenal maritime et station de la flotte russe, qui n’y redoute que le taret, espèce de ver destructeur, appelé feredo navalis, mais qui de ce point avancé peut fondre en 24 heures sur le Bosphore. Bâtie en 1786 sur l’emplacement d’un village tatar appelé Ak-Tiar (Blanc Rocher), cette ville a pris en peu de temps un accroissement considérable : on évalue sa population à 40,000 âmes, mais 2n y comprenac sans doute la garnison et les équipages. Ses rues sont très-escarpées, mais bien alignées et garnies de maisons couvertes en tuiles. Ses principaux édifices sont une cathédrale, l'amirauté, l’arsenai, les casernes et les hôpitaux. Son port est sûr et sa

rade spacieuse : l'entrée de celle-ci esk défendue par des batteries qui portent plus de 600 pièces de canon. On connait peu de havres en Europe aussi complétement appropriés aux besoins d'une grande flotte. C’est une baie qui pénètre dans les terres jus qu'à la distance de deux lieues. Point de rochers dangereux, point d’écueils dans ce magnifique bassin, La côie méridionale de la baie présente quatre anses spacieuses d’un abri sûr ei d’un abord si facile, que l’une d’elles, appelée la Baie des Vaisseaux (Corabelnaya Boukhta), permet aux navires de guerre à trois ponts de venir mouiller sans danger à quelques mètres de la côte. La Bate du C'arénage est plus remarquable encore par les travaux gigantesques dont elle est le théâtre, On l’a agrandie en rasant des collines, et l’on en a fait un vaste bassin dans lequel s'ouvrent cinq formes de carénage : trois de ces formes doivent recevoir des vaisseaux, les deux autres des frégates. Et comme la mer Noire est presque sans marée, ces bassins sont alimentés au besoin par les eaux d'une pelite rivière qui passe à quelques lieues de la ville. Ce qui donne surtout un grand avantage au port de Sévastopol, c’est que le vent d’est y règne presque constamment depuis le lever du soleil jusqu’à midi, et est remplacé ensuite par le vent d’ouest, en sorte qu’une flotte peut facilement en sortir le matin et y rentrer le soir.

Tournons le cap Chersonèse et celui que les anciens nommèrent Parthénion, et les Génois cap Fiorente; nous passons devant le monastère de Saint-George, placé de la riunitre la plus pittoresque sur la pente d’une falaise escarpée, S'il faut en croire la tradition et lu présence de quelques débris méconnaissebles qui passcat pour antiques, ce monastère qui fournit presque tous les aumôniers ds la flotte de la mer Noire, occupe une partie de l’emplacement où s'élevait le temple de Diane Tauropolitaine, célèbre par le souvenir d’Oreste et d'Iphigénie.

Un peu plus loin nous découvrons avec peine, au milieu des rochers qui la cachent, l’étroite entrée du port de Balaklava, où une colonie de 2,000 Grecs Arnautes, qui forment un bataillon de gardes-côtes, s'occupe de culture et de pêche, faute de pouvoir se livrer à {a navigation et au commerce, attendu que ce port, après avoir été longiemps un repaire de contrebandiers et de pirates est fermé aux navires, excepté à ceux qui cherchent un refuge contre la tempête. Bolaklava est le port des signaux, le symbolon limen de Strabon. Les Génois qui comprenaient l'avantage que pouvait feur offrir un port si bien tracé, si bien défendu par la nature, élevérent sur l’un des mamelons qui forment l'entrée une vaste forteresse dont les ruines sont encore imposantes, On prétend que c’est de cette époque que

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date le nom moderne de cette petite ville que les Génois appelèrent Bel/e- Clef (Bella-Chiava). Aujourd'hui Balaklava se compose d'un amas de maisons délabrées, d’où l’on est étonné de voir sortir des dames vêtues avec une certaine élégance; d’enclos mal défendus par des murs à moitié renversés; d’une rue principale garnie de boutiques désertes, d'une église et d’un corps-de-garde.

Toute la côte rocailleuse et escarpée, depuis le cap Aïa jusqu’au cap Ai- Todor, forme, dans notre opinion, le Front du Bélier, le Crivu-Melopon des anciens. C’est au nord de cette muraille blanche que s'étend la vaste et pitloresque vallée du Baïdar, où s'élèvent çà et là, au milieu des prai-

ries, de jolis villages tatars. Sur les collines arron : qui descendent de cette muraille jusqu’à la mer, se succèdent « ‘nobles, tels que Layn, Phoros, Kikinéis et Simeis. Près du vil utchouk-Koï, se trouve le passage de l'échelle qui fut appelé p: ; Scala, et que

les Tatars nomment Werdven. Cet escalier, taille dans la montagne, est l’un des chemins qui conduit de la côte à la vallée du Baïdar : il est praticable pour les cavaliers. Un peu plus loin, Aloupka, joli village tatar qui se cache au milieu des arbres, se fait remarquer par sa blanche mosquée à coupole, et surtout par le palais grisàtre que le comte Woronzoff a fait bâtir dans le style byzantin, avec une roche d’origine ignée, appelée dolérite, qui forme des masses pittoresques au milieu de son immense propriété.

Au nord-est du cap Ai-Todor, la jolie petite ville d’Falfa dominée par une élégante église russe, borde une partie du golfe qui s'étend au pied des dernières pentes de la haute cime appelée S{illé-Bogas. Un peu plus loin c'est le cap Mikila, au-dessus duquel s’élève en amphithéâtre le petit village qui porte le même nom, et qui est important par son fardin botanique impérial, et ses immenses pépihières où l’on cultive les meilleurs plants de vignes, dans le but de les distribuer gratis aux propriétaires de vignobles.

Pius loin encore, au pied des dernières pentes de Tchatir-Dagh et du Demirdiji, Alouchla, qui ressemble plutôt à un village qu’à une ville, se fait remarquer par ses trois grandes tours qui s'élèvent au-dessus des maisons tatares et qui firent partie du château que l’empereur Justinien construisit l'an 465 de notre ère pour protéger le pays contre les Huns.

En suivant la côte pendant une dizaine de lieues dans Ja direction de l'est, on arrive au golfe de Sou-Dagh, où une vingtaine de maisons de campagne, une église et un relais de poste, constituent le village de’ ce nom, depuis long-temps celèbre par ses riches vignobles dont une partie dépend du domaine impérial, La récolte annuelle s'élève à environ 42,000

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