LA GÉOGRAPHIE
Suite de la Description de l'Océanie. — Malaisie. — Description des îles Phillippine: et des îles Soulou.
Au nord de Bornéo, nous apercevons le grand archipel des #les Philip pines, découvertes en 1521 par Magellan, qui leur donna le nom d’Archspel de Saint-Lazare. Cependant les Portugais paraissent, dès l’an 4544, avoir connu l’île de Luçon. Les Espagnols, qui s’y établirent définitivement en 1560, n’imposèrent proprement qu’à l’archipel septentrional le nom de leur monarque Philippe. La partie centrale est souvent désignée à part sous le nom d’éles Bissayes.
:.< chaînes de montagnes qui traversent ces îles dans tous les sens semblent se perdre dans les nues : aucune n’a été mesurée. Elles sont remplies de volcans qui répandent souvent l’épouvante et la mort. En 46414, léruption simultanée de:trois crätères à Luçon-et à Mindanao s’annonça par un bruit qui fut entendu des côtes de la Cochinchine; en 4754, dans l'ile de Luçon, celle du Taal futprécédée d’un tremblement de:térre qui détruisit entièrement la ville du même nom. On remarque aussi Celui d’Arringuay et celui de Mayon, dans l’ile de Luçon, qui présente.la figure d’un pain de sucre; il jette habituellement de la fumée, quelquefois des flammes et des
sables volcaniques. En 1844, une de ses éruptions détruisit la ville d’Albay. vi, 1
Près des volcans de l’île Mindoro et de l'île Sangui, le soufre se montre en masses inépuisables.
On trouve dans les Îles Philippines des mines d’or, d'argent, de mercure, de fer, de cuivre et de plomb. On pense même que Luçon renferme des terrains d’alluvion platinifères. Il y a de beaux gisements de marbre, de talc et de salpêtre. Toutes ces substances sont généralement peu exploitées, parce que les habitants se contentent de recueillir, par le lavage des terres, les métaux les plus précieux, principalement l'or.
Le terrain des îles Philippines est non-seulement coupé par d'innombrables torrents, de grandes rivières et par beaucoup de détroits, comme tous les archipels montagneux, mais il offre encore le phénomène particulier d’un grand nombre de marais, de tourbières, de lacs et de sources d'eaux thermales. On y trouve peu de terres fermes. Dans les sécheresses, ce sol bourbeux et spongieux se gerce de toutes parts. Les tremblements de terre y causent les ravages les plus épouvantables. Les pluies les plus violentes inondent ces îles. Les ouragans y sont fréquents. Ceux que l’on ressent à Manille ne sont rien en comparaison de ceux que l’on éprouve près de la côte de Cagayan.
On éprouve ici à peu près la même variété de saisons que celle que l’on remarque sur les côtes de Coromandel et de Malabar, variété qui vient de la même cause, car la principale chaîne de montagnes court du nord au sud, comme les Ghattes.
A la partie de l’ouest, les pluies règnent pendant les mois de juin, juillet, août et une partie de septembre ; c’est le temps des vents d’ouest et d’aval. Ces vents soulèvent les mers en fureur; les terres sont submergées et les campagnes changées en grands lacs. Dans la partie de l’est et du nord on a alors le beau temps. Mais pendant le mois d’octobre et les mois suivants les vents du nord soufflent le long de ces côtes avec la même furie, accompagnés de la même abondance de pluie ; les mêmes débordements s’ensuivent, de sorte que quand le temps est sec dans un canton, or a de la pluie dans l’autre,
C’est pourtant cette humidité qui rend les Philippines si fertiles. Les prairies, les campagnes, les montagnes même jouissent presque toute l’année d’une verdure et d’une fraîcheur perpétuelles. Les arbres n’y sont jumais privés de feuilles ; les campagnes sont presque toujours émaillées de fleurs, et souvent le même arbre porte dans le même temps des fleurs et des fruits. La principale nourriture de ces îles est le riz. Les Espagnols y ont introduit le froment, Le cacao, qui y réussit très-bien, n’y a été porté que
tre en
roure,
ne des de tale oitées , terres,
innomcomme particusources eresses, ments de plus vioque l’on éprouve
que l'on jent de la d au sud,
n, juillet, et d’aval.
rées et les u nord on is suivants ie, accoments s’enr a de la
rtiles. Les sque toute es n’y Sont kmaillées de eurs et des gnols y ont é porté que
vers 1670; il est cultivé par les Indiens dans toutes les îles, On y voit des patates, des asperges, des radis, des betteraves, et toutes les plantes qui sont en Europe d'un usage journalicr, excepté cependant la pomme de terre (solanum tuberosum). Le tabac, le bétel, le safran, la noix d’arek, la noix muscade, le café, le coco et la canne à sucre y sont communs. Mindanao possède le cannellier. Quant aux arbres fruitiers, tous ceux d'Europe n’y donnent que très-peu de fruits, et la plupart n’en donnent pas du tout; cependant la figue réussit et devient belle, mais il y en a bien peu. Les orangers et les citronniers y abondent, et les fruits en sont excellents. L’oranger en pleine terre s’élève jusqu'à la hauteur de 40 mètres environ.
Parmi, les végétaux indigènes, on distingue le cotonnier, le bambou, l'ananas, le gingembre, le poivre, le cassier, plusieurs espèces de bananiers et le manguier, qui produit les mangues les plus estimées et les plus grosses du monde; le grevier et le tamarinier y parviennent à la taille de nos arbres les plus grands et les plus robustes; on y trouve beaucoup de bois d'ornement, de teinture et de construction, tels que l’ykaranda, l’ébénier, l’acajou, le caobo (cassuvium), le panianguit, le mangatchapony, le bois de fer (metrosideros), l’aloès, le rotang, le palétuvier, et plusieurs autres arbres à gomme, à résine et à vernis. La terre est couverte des fougères et des mousses de Java, ainsi que de toutes les plantes des tropiques. Les habitants tirent du gongo, plante rampante, mais gigantesque, un savon végétal qu'ils emploient à leur usage journalier. Il y a de nombreux troupeaux de bœufs, de chevaux et de moutons. La graisse du cochon supplée au beurre, dont on ne fait aucun usage, parce que le soin d’une vache et la peine de la traire sont un travail au-dessus du paresseux Manillois.
On y remarque le tayouan, espèce de chat qui a des membranes semblables à celles des chauves-souris, mais qui vole avec moins d’agilité. Le tigre, l'éléphant et le rhinocéros paraissent inconnues dans les Philippines, quoique des voyageurs aient cru qu’il y avait beaucoup d'individus de la dernière espèce. Les forêts recèlent une grande quantité de sangliers, de cerfs, de daims, desinges et de chats. Il y a aussi beaucoup de serpents; les plus remarquables sont : le python (coluber javanicus), appelé par les indigènes ular-sawa, c’est-à-dire ours des rizières, parce qu’il vit habituellement dans les champs de riz; le boa, le fouet-de-cocher (coluber flagelliformis), et l’olopong. Les crocodiles et les caimans infestent les rivières. Le poisson n’y est pas rare; l’espèce la plus commune est celle qu’on nomme dalag ; on en voit peu pendant la sécheresse, mais pendant la saison des pluies il est en si grande abondance, qu’il semble que la mer, les
lacs, les rivières du globe entier se soient rendus tributaires de ces les. 11 n’y a pas d’eau où ils ne se trouvent ; au dire de plusieurs voyageurs, ils se multiplient même dans les tombeaux, les puits et les souterrains des églises. Les forêts sont peuplées d’abeilles qui donnent beaucoup de miel et de cire. Les vers à soie y viennent naturellement, et les habitants font dix récoltes de soie chaque année, On y voit des moustiques fort incommodes; les fourmis blanches dévorent souvent dans une nuit un magasin entier.
Les oiseaux des Philippines sont les mêmes que ceux de Java; on les y trouve en très-grande quantité, On y remarque de plus l'oiseau que son chant a fait nommer colo-colo; le calao, qui pond dans le sable des œufs très-recherchés, et une espèce de rossignol que les habitants appellent birahikoumbang,. auquel ils attribuent un langage et un chant semblables à ceux de l’homme, mais beaucoup plus variés.
Outre les Espagnols et les autres étrangers, on peut ranger les habitants des Philippines en trois classes bien distinctes : les nègres, les Malais, que les Espagnols nomment Indiens acclimatés, et les métis ou créoles.
La tradition dit que des peuples noirs étaient anciennement les passesseurs de toutes ces îles, et surtout de Luçon. Lorsque les nations voisines y passèrent pour s’en emparer, ces noirs s’enfuirent et se retirèrent dans les montagnes qu’ils habitent encore. La principale tribu, celle des Fgolottes, cst improprement nommée Ygorrotles ; d'autres sont appelées Finguianes, Calingas et Italones.
Ces peuples étaient antérieurement divisés en deux classes distinctes qui ne sont point encore confondues ; l’une comprend les habitants primitifs de Pile, et l’autre les Ygolottes ou Papouas, qui vinrent de Bornéo s’établir dans les Philippines. Les traits caractéristiques de ces deux races consistent en ce que les premiers ont les cheveux crépus et laineux, comme comme ceux des Endamènes, tandis que ceux des seconds sont noirs et frisés ;. du reste, ces deux races ont les mêmes mœurs et les mêmes usages. On les voit généralement nus et portant seulement une ceinture en écorce d’arbre attachée autour des reins. Ils vivent de la chasse, de la pêche, de racineset de fruits sauvages ; ils n’ont d’autres armes que l’arc et la flèche, qu’ils manient avec beaucoup d'adresse ; leurs cabanes, placées à l’ombre des palmiers, les garantissent à peine de la pluie ; quelques couteaux sont leurs seuls ustensiles ; leur langage tient beaucoup de celui des Malais. Le pays qu’ils habitent est extrêmement fertile et produit tout presque sans culture.
Les nègres ensemencent un peu de blé, de riz et de tabac, pour lequel
, il s su es.
ire.
Îtes Jur'-
2 V son pufs lent bles
ants que
ssesines 8 les les, nes,
8 qui aitifs ’étaconmanie irs el ages.
orce e, de Bche, mbre sont s, Le sans
equel
ils ont une passion prononcée. Ils ont pendant longtemps été en guerre contre les Malais qui, les ayant chassés des plaines, les poursuivaient jusque dans leur retraite, et prétendaient avoir le droit de couper du bois dans les forêts qui leur servaient d'asile. Leur valeur les fit longtemps résister, et les Malais ne prirent le bois qu’en leur laissant en échange du tabac; mais aujourd'hui, devenus moins nombreux ou plus timides, ils vivent dans les forêts en fuyant toujours devant la civilisation qui les environne et les serre de toutes parts.
Ils sont généralement paresseux, esclaves de leur parole, tant qu'ils ne peuvent y manquer sans inconvénient ; mais lorsqu'ils croient n’avoir rien à craindre ils oublient entièrement leurs promesses. Depuis quelque temps le gouvernement de Manille entretient chez eux des missionnaires catholiques, mais toutes ces tentatives de civilisation sont encore sans résultats, Ceux qui ont trouvé quelque avantage temporel dans la religion qu’on leur préchait l'ont embrassée, et se sont fait baptiser ; mais ces intérêts n’ont pas plus tôt cessé, que les nouveaux convertis se sont retirés dans leurs montagnes pour suivre leurs superstitions.
Leur religion parait avoir été imaginée par la crainte et la servilité, Ils offrent des sacrifices à une foule de génies malfaisants qui causent, disentils, tous les maux dont ils sont accablés. On y retrouve des indices du dogme de l’immortalité de l'âme. Quand quelqu'un d’entre eux meurt, .on s'empresse de l’ensevelir en faisant un grand nombre de cérémonies, auxquelles ils l’invitent à prendre part, en laissant pour cela une place vide. Ils croient que les morts éprouvent des besoins, aussi ont-ils soin de mettre dans le tombeau des armes et des vivres pour plusieurs jours. D’après leur croyance, les morts ne tardent pas à visiter les maisons qu'ils habitaient ; les proches parents mettent tout en ordre afin de recevoir cette visite, et pour reconnaître quand elle a eu lieu, ils couvrent le foyer de cendres; S'ils y remarquent quelque léger dérangement, ils se plongent dans l’affiction, parce que, disent-ils, la mort ne tardera pas à frapper un autre membre de la famille. Pour apaiser les mânes du défunt, ils gardent quelque temps le deuil, et immolent le premier voyageur qu'ils rencontrent. Ce n’est pas leur caractère qui les porte à cette action, car ils sont naturellement doux et remplis de générosité.
Les Malais des Philippines, ou Indiens, sont cxtrémement sensibles aux bons traitements, et sentent vivement l'injustice et le mépris; orgueilleux de leurs ancêtres, que quelques-uns d’entre eux font remonter à des époques reculées; aimant la parure et la représentation, la chasse, l’équita-
OL drone ourragmge 2e me
tion et les autres exercices du corps, mais excessivement portés vers la dissipation, ils sont braves, actifs, industrieux et d’une adresse remarquable; ils ont loreille fine, beaucoup de goût pour la musique et la peinture, mais peu d’inclination pour les études sérieuses. {ls sont ordinairement petits, mais forts et robustes ; leurs traits ne diffèrent pas de ceux des autres Malais, seulement leur peau est plus blanshe et leur nez
plus saillant.
Les métis ou créoles, issus des Européens et des indigènes ou des Indiens, participent des uns et des autres : ils ont l’esprit mercantile. Ce qui domine dans leur caractère, c’est l’orgueil et la frivolité, L'argent qu’ils gagnent, ils le dissipent en feux d'artifice et en autres réjouissances.
On n’a pendant longtemps rien su de positif sur la population de ces îles; le célèbre de La Pérouse l’a estimée à 3,000,000; d’après le dénombrement de 4850, elle serait de 3,815,878 habitants, dont 8,000 Européens, créoles et métis. Le gouvernement des Philippines est confié à un capitaine général qui est à la fois chef civil et militaire; il délègue son autorité à des lieutenants gouverneurs dans les grandes îles, et aux alcades chefs des provinces. Tous les habitants, excepté les Européens, sont assu-
jettis à une capitation ou impôt personnel.
Le gouvernement ecclésiastique est composé d’un archevèque et de trois suffragants. Le peuple leur donne le nom de pères et a pour eux fe respect
le plus grand et la vénération la plus profonde.
L'industrie manufacturière des Philippines embrasse peu d’objets. Avec les filaments de la plante de l’ananas on fabrique l’étoffe de Pina, tissu admirable par sa finesse et sa durée. Cette étoffe est brodée avec beaucoup d’art par les indigènes, qui en font des mouchoirs et d’autres objets de parure d’un prix très-élevé, et qui sont recherchés en Europe. On y fabrique aussi des chapeaux de paille, renommés par leur finesse; des éloffes de coton de différentes espèces; des toiles à voiles, et des tapis de soie qui constituent une partie de l’habillement des femmes. On exporte aussi du sucre, du chanvre, des cigares, de l’indigo et des épices. Le chiffre total des exportations atteint annuellement 40 à 42 millions, et celui des importations 5 ou 6 millions. Ces dernières consistent principalement en cotonset en articles de fer et d’acier travaillés. L’Angleterre, les Etats-Unis et la France sont, avec la Chine et l'Inde, les pays qui commercent le plus avec les Philippines.
Les principales îles de cet archipel sont, en allant du nord au sud : Luçon ou Louçon, Mindoro, Palaouan qu’on écrit aussi Palawan, Mas-
ers la mar
et la ordipas de ur nez
ou des ile. Ce t qu’ils ;.
de ces jénom- ) Eurofé àun gue son alcades )nt assu-
t de trois e respect
ets. Avec a, tissu beaucoup objets de e. On y esse ; des tapis de exporte Le chiffre celui des ement en tats-Unis nt le plus
au sud :
an, Mas-
bate, Panay, Samar, Négros, Zébu ou Zébou, Bohol, Leyte et Mindanao (Maïindano) ou Magindanao.
Ces îles sont divisées par les Espagnols en 30 provinces ou alcadies. Chacune de ces provinces est administrée par un lieutenant-gouverneur, qui a sous ses ordres des magistrats inférieurs qui font l'office de maires ; ces derniers sont pris parmi les naturels. Les Chinois, au nombre d’environ 70,000, ont leurs capitans, et ceux-ci ont sous leurs ordres des lieutenants. Les capitans répondent de leurs compatriotes devant le tribunal espagnol.
Une race féroce occupe les côtes : elle se livre à l’agriculture, au commerce et à la piraterie. Ses principales tribus sont les Tagales dans l’île de Luçon, et les Bissayas dans les îles centrales. Les divers dialectes que parlent ces nations ont des rapports avec le malaiou et peut-être aussi avec le chinois. Les Tagales se croient eux-mêmes une colonie des Malais de Bornéo. |
Luçon, la plus grande des îles Philippines, est coupée par deux golfes ; celui de Cavite ou de Manille à l’ouest, et celui de Lampon à l’est. Une grande partie du terrain que ces deux golfes resserrent, est occupée par le grand lac nommé Bay, qui se décharge dans le golfe de Cavite. Les rivières les plus considérables sont : le Tagayo ou Cagayan qui coule droit au nord; l’Ana, et le Passig qui va de l’ouest à l’est en traversant le lac Bay. L'île produit de l’or, du cuivre et du fer; l’exploitation du dernier est abandonnée ; l’or est recueilli en paillettes. On exporte encore divers bois de construction et de mâture, des cordages faits avec les filaments d’un palmier; du sucre, du coton, du tabac, des rotins ou rotangs, de la cire, des gommes et des résines.
Luçon comprend 18 provinces, dont nous donnerons les noms dans les tableaux statistiques. Nous allons seulement en examiner les villes principales.
Manille, dans la féconde province de Tondo, est sans contredit, après Batavia, la ville la plus importante de l'Océanie. Dans une plaine charmante que traverse la rivière du Passig, elle est ceinte d’un double rang
de fossés pleins d’eau, seulement interrompus par six chemins qui aboutissent aux six portes de la villes elle est défendue par de sombres et vastes fortifications. Les rues en sont régulières, larges, presque toutes pavées en granit, bordées de magnifiques trottoirs et bien éclairées. L'agitation continuelle qu’on y remarque, la magnificence des édifices publics, le nombre et les richesses des magasins lui donnent beaucoup de ressemblance avec