‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 26 sur 169 · OCÉANIE. — MICRONÉSIE, ILES MARIANNES · texte numérisé non relu

OCÉANIE. — MICRONÉSIE, ILES MARIANNES

peu la géographie naturelle de ces Îles : il paraît, d’après La Pérouse, que quelques-unes sont volcaniques. L'Île de l’Assomp{ion offrait de toutes parts d'horribles torrents de lave.

Îln'y a aucun mammifère ; les Espagnols y ont porté des chevaux , des bœufs et des cochons, et même, selon quelques rapports, des guanacos ou lamas, Les seuls végétaux connus étaient le jaquier ou l'arbre à pain, le cocotier , l’oranger et les melons d’eau; les Espagnols y ont planté du riz.

A l'exception de Guam, toutes ces îles ont un aspect triste et stérile. Elles sont couvertes de montagnes nues pour la plupart, La nouvelle et la pleine lune sont, entre les mois de juin et d'octobre, accompagnées d’ouragans épouvantables, et la chaleur, accablante pendant une grande partie de l’année, n’ost tempérée par les brises de mer que durant les mois de juillet et d’août. On trouve maintenant dans ces iles tous Jes animaux domestiques dont plusieurs vivent dans les bois.

L'ile Guam, presque dépeuplée par suite de la tyrannie des gouverneurs, commença à respirer en 4772, sous la sage administration de don Tobias. Îl accoutuma les Indiens à divers genres de culture ; depuis cette époque, l'île produit du maïs, du coton, de l’indigo, du cacao, des cannes à sucre.

Cette ile, appelée aussi Guajam, Guahan , Gouahan, Gouaham ct San- Juan, a environ 30 lieues de tour, et renferme les monts Langayao, Ilikio et Tinkio, dont la hauteur est de près de 660 mètres. Elle possède les ports Oumata, San-Luis , celui d’Agagna , capitale de archipel, et la vaste bare d'Apra, où viennent mouiller les grands vaisseaux.

Oumata, qui donne son nom à une baie de 600 mètres de profondeur, dont l’entrée est défendue d’un côté par le fort Saint-Angel, et de l'autre par celui de Nuestra-Senora-de-la-Soledad , se compose d’un petit nombre de maisows, Qu palais du gouverneur et d'une église bâtie au pied des montagnes.

Agagna contient, d’après Dumont d’'Urville et M. de Rienzi, 4,000 habitants; on la nomme aussi San-Yynacia-de-Agana ; c’est la résidence du gouverneur espagnol des îles Mariamnes, qui relève du capitaine général des Philippines. Oumata et Merizo en eomptent 300. La population de l'ile entière est de 4,000 à 4,500 individus. Ce nombre n’est pas la dixième partie de ce qu’il pourrait être si le sol était convenablement cultivé.

L'ile Tinian ou Buenevista est devenue célèbre par la description brillante qui en a été faite dans la relation du voyage d’Anson. Des navigateurs qui ont longtemps erré sur les mers, au gré des tempêtes, au milieu des

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privations et des maladies, voient avec enchantement une terre revêtue d’un peu de gazon; ils rêvent des beautés supérieures là où il n’y a rien que d'ordinaire. Aussi tous les navigateurs qui, sur la foi de cette relation, se sont rendus à Tinian, ont été bien déçus de leur espérance, et quelquesuns, entre autres Byron, ont cherché à décrier l’île de Tinian autant qu’elle avait été exaltée. Anson y trouva une quantité prodigieuse de bétail sauvage de couleur blanche, excepté les oreilles généralement brunes et noires ; il est probable que les Espagnols l’y avaient jeté pour alimenter la garnison de Guam. Il y trouva encore des orangers, des cocotiers et des arbresà pain. Il paraît qu’en effet toutes ces provisions s’y trouvent. Des voyageurs plus récents y ajoutèrent le limon, le mango, l'ananas, la goyave; mais il ne faut que de très-simples causes politiques ou physiques pour en dégarnir tout à coup une si petite île. Un ouragan, un tremblement de terre, une épizootie, un mauvais gouverneur , lé passage d’un certain nombre de vaisseaux, voilà assez de causes pour expliquer comment Tinian peut être tantôt un paradis , tantôt un désert.

L’aspect général de Tinian, dit M. de Freycinet, n’a rien d’agréable: dès qu’on approche la côte, on distingue çà et là et sur les montagnes un peu de verdure; mais le reste du sol, couvert de broussailles et d'arbres desséchés , donne à cette île l'apparence dela plus hideuse stérilité. La population ne se compose que d’une vingtaine d'individus.

La divers endroits de cette île on trouve des ruines qui démontrent que cette terre doit avoir été fort peuplée. Ces ruines présentent des colonnes nombreuses et des restes d’édifices antiques qui ont été renversés par la nature ou par les hommes.

Seypan n’est éloignée de Tinian que d’une lieue au nord-est. Elleen a quatrede longeur. On voit s’élever dans sa partie centrale un piton d'environ 300 mètres de hauteur, qui paraît être volcanique. Sa côte orientale n’est qu’un rocher calcaire taillé à pic et formé de couches horizontales.

Aguigan est une petite île d’une lieue de longueur ; Æola est quatre fois plus longue. Ses points les plus élevés n’ont pas plus de 200 mètres de hauteur. Elle est presque entièrement entourée de récifs, La première ne paraît pas être habitée, mais la seconde l’est, et ses habitants semblent avoir, avec plus de pureté qu'ailleurs, les mœurs et surtout le langage des des anciens habitants des Mariannes. Aguigan et Rota offrent la végétation la plus vigoureuse. On voit partout des forêts épaisses dominées par l'arbre tamarinde, le cocotier, larequier et une espèce de palmier qui donne une excellente fécule semblable à celle du sagou,

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Les autres îles du même archipel sont Farallon de Médinilla, dont les côtes offrent des cavernes d’une grande profondeur ; Farallon de Torrès, dont le rivage à pic est inabordable de tous côtés ; Anataæan, dominée par deux pitons d’origine volcanique ; Sariguan, presque entièrement privée de végétation ; Guguan, dont l’un des deux pitons a 500 mètres de hauteur ; Alamaguan couverte de montagnes aux cimes anguleuses ; Grigan, dont les deux pitons paraissent être d’anciens foyers volcaniques; les îlots de Mangs, que les cartes espagnoles placent au milieu de nombreux récifs ; Uracas et Farallon de Pajoros, qui paraissent être aussi d’origine volcanique.

Au nord des Mariannes s’élèvent divers groupes de petites îles presque toutes volcaniques. Elles sont au nombre de 89, dont 79 ne sont que des écueils. Les {les Bonin, mieux déterminées par les noms à’#/e du Nord et d’éle du Sud, sont les deux plus considérables de tout l'archipel de Magellan ou de Bonin-Sima. Le groupe des Volcans, ains; nommé à cause des feux souterrains qui y règnent, embrasse les îles de Soufre, Saint-Auguslin, Saint-Alexandre et plusieurs autres. Le groupe Oriental est composé de petites îles éloignées les unes des autres , et dont Guadalupa, Malagrida et Grampus sont les principales, Nous remarquerons, dans le groupe Occidental, Kendrick , Dolores et Borodino. Les beaux noms de Jardins désignent deux assemblages dangereux de récifs autour de deux petites îles. Les îles d'Or et lesiles d'Argent doivent apparemmentleurs noms aux fables japonaises.

C’est dans ces mers, à une distance d'environ 287 lieues vers l’est de Guadalupa, que s’élève en forme de pyramide l'énorme rocher appelé la femme de Loth. Les vagues courent se briser contre son front sauvage avec une fureur proportionnée à l’espace immense qu’elles ont parcouru avani de l’atteindre. Cette masse s'élève presque perpendiculairement à la hauteur de 113 mètres. Les eaux se précipitent avec un bruit épouvantable dans une caverne creusée à travers le côté qui regarde le sud-est.

Il parait que la première notion des {les Carolines fut apportée aux îles Philippines, en 1686, par une famille de sauvages qui, voulant se rendre d’une ile dans l’autre, avait vu son bateau entraîné par les vents et les courants. Les Espagnols les nommèrent d’abord Nouveiles-Philippines et ensuite Carolines, du nom de leur roi Charles IL.

Longtemps négligées par les géographes, ces îles ont été le sujet des travaux de MM. de Kotzebue, de Chamisso , de Freycinet, Duperrey , et surtout des recherches importantes du capitaine Lutke, Elles sont, d’après

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M. de Rienzi, au nombre de plus de 600. Le sol en est généralement fertile. Lesprincipales productions sont le cocotier, l’arbre à pain, plusieurs espèces de palmier, le figuier et le bananier, On y voit le calophyllum aux belles feuilles , le sonneratia, souvent baigné par les eaux de l'Océan, plusieurs espèces de pandanus et le barringtonia qui étale ses fleurs magnifiques. Les serpents venimeux et les bêtes féroces sont inconnus dans ces îles, sur le bord desquelles se t'ouvent de beaux coquillages.

Ces îles, généralement petites, sont disséminées sur une vaste étendue de mer formant une chaîne qui se divise en plusieurs groupes. Le climat dont elles jouissent est agréable , quoiqu’eiles soient exposées à de terribles ouragans. Lesressources qu’elles offrent aux indigènes sont principalement les noix de cocos et quelques autres qui donnent une nourriture peu abondante. Ces insulaires ue vivent que du produit incertain de leur pêche; ils divisent la rose des vents précisément comme le faisaient, d’après Thimosthènes, les Grecs etles Romains depuis le règne d'Alexandre jusqu’à celui de Claude.

Le Carciin n’a en général qu’une femme; cependant quelques-uns en ont plusieurs. Les mariages se font sans aucune cérémonie. Celui qui désire épouser une fille lui en fait la déclaration en lui offrant des présents, qui sont acceptés sur-le-champ si sa proposition plait à la jeune fille, Celle-ci les porte à ses parents pour revenir immédiatement se livrer à son époux. Ceux qui se marient pour la seconde fois doivent payer en nattes ou en fruits un tribut aux insulaires. Le mari est toujours plein de soins pour son épouse; c'est surtout pendant qu’elle est enceinte qu’elle est l’objet de ses attention. Elle ne doit faire aucun ouvrage, et c’est au mari à la servir à table, Elle reste toujours dans la maison, enveloppée de nattes; elle ne peut en sortir pour reprendre ses travaux quesix mois après l’enfantement. Les mères ont la coutume de aourrir de leur lait les enfants jusqu’à l’âge de dix ans.

Lorsqu'un mari insulte sa femme, les amis de celle-ci l’emmènent à l'instant même, et le mariage est dissous avec la même facilité qu’il avait èté conclu. Le mari reste maître des enfants, et la mère n’a plus de droit sur eux. Les femmes doivent pendant leur grossesse se baigner dans de l’eau douce , ce qui leur est défendu dans les autres temps. Les hommes se baignent toujours dans la mer. Les femmes ne peuvent choisir pour cela l'endroit où les hommes ont coutume d’y aller, ni heure qui leur est ordinaire ; elles ne doivent jamais se trouver sur le rivage lorsque les hommes viennent de la pêche, parce qu’alors ils ont quitté leurs vêtements ordinaires,

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Les traditions religieuses des Carolins attestent qu’une divinité descendue du ciel, ayant trouvé la terre infertile et déserte, ordonna qu’elle se couvrit d’arbres et de verdure, et qu’elle fût peuplée d’êtres raisonnables. Dans le principe les hommes ne mouraient point ; mais un esprit malfaisant, chassé du ciel, leur procura un genre de mort contre lequel on n’a point découvert de remède. Ils admettent aussi des esprits bienveillants et amis de l'humanité. Selon eux, le soleil, la luneet les étoiles ont une âme semblable à la nôtre, et sont habités par les nations célestes. Leur religion est toute de théorie: pour la pratique ils n’ont ni temples ni sacrifices ni culte extérieur. Ils prétendent que l’âme survit au corps, que celle des gens de bien se rend au ciel, d’où elle revient le quatrième jour sur la terre vivre au milieu de ses parents. Le ciel est le lieu des récompenses. Quant aux âmes des méchants, elles se rendent dans un lieu particulier, pour y subir la peine de leurs désordres et de leurs mauvaises œuvres. Il y a des prêtresses qui disent si l'âme de tel ou tel est dans le ciel ou dans le lieu des méchants ; et alors celles qui sont dans le ciel deviennent des génies protecteurs. Chaque famille en a plusieurs qu’ils invoquent pour obtenir une grâce, telle qu’une récolte ou une pêche abondante ; ils leur font des présents pour les remerc'er des faveurs qu'ils ont reçues. La religion de quelques îles présente certains caractères que nous indiquerons en parlant de ces îles en partiticulier.

Les habitants, très-nombreux, ressemblent à ceux des Philippines ; ils sont couleur de cuivre foncé. Chaque île a son chefparticulier ; mais toutes reconnaissent un roi, qui fait sa résidence à Zamurec. La noblesse règne avec orgueil sur un peuple esclave. Ces insulaires croient à des esprits célestes, et pensent qu’ils viennent se baigner dans un lac sacré de l’île Fallalou. Les criminels y sont bannis d’une île à l’autre.

Ils aiment la danse ; mais , n’ayant point d'instruments de musique , ils lPaccompagnent de chants; ils n’ont d’armes qu’une fronde, une hache en coquilles , et un bâton dont la pointe est en os. Leurs proas ressemblent à ceux des îles Mariannes; selon les missionnaires, ils connaissent la boussole, ce quisupposerait d'anciennes communications avec les Chinois ru avec les Arabes. La langue varie d’un groupe d’îles à l’autre; les missionnaires y ont trouvé beaucoup de ressemblance avec la langue tagale, et par conséquent avec le malai; mais ils citent quelques mots qui nous paraissent arabes, tels que el, esprit.

Le langage le plus doux de cet archipel est celui d’Oualan ou de Strong.

La réunion de deux consonnes s'y trouve très-rarement, et ce n’est qu'avec VI. 19

peine qu’ils prononcent les mots des langues où elle se fait remarquer. Cet idiome paraît assez riche , du moins on peut assurer que chaque objet a son nom particulier, ,

Jusque dans ce coin reculé de la terre, on connaît les esclaves nègres, On dit que vingt-neuf nègres espagnols, laissés dans uae de ces iles, y ont produit une race métisse qui s’est ensuite répandue dans une autre.

Frp ou Fap, la plus grande et la plus occidentale de l'archipel, a un pet : port au milieu des récifs qui l’environnent. Les naturels, d’après Dumont d’Urville, sont assez bien faits et à peine tatoués; leur teint est clair, et plusieurs d’enire eux portent des chapeaux semblables à ceux des Chinois. Leur ile offe l’aspect le plus riant, surtout dans sa partie méridionale, qui est basse et presque entièrement couverte de cecotiers. La partie septentrionale est plus élevée ; cependant les plus heutes montagnes ne paraissent pas avoir pus de 420 à 460 mètres d’élévation au-dessus du niveau de Ja mer. On remarque sur le rivage méridionai de très-grandes maisons avec d’immenses toits. Dans cette île, on rend une espèce de culte à un crocodile.

L'île Oualan ou Strong, découverte par l’américain Crozer, est quelquefois nommée Hope et Teyva. C’est une des plus intéressantes de l’archi-pel des Carolines. Elle a été, en 1824, visitée par le capitaine français Duperrey ; elle est entourée par un récif de corail qui s'ouvre sur quelques points pour donner accès à de très-bons mouillages compris entre le rivage et celui-ci, Les montagnes d'Oualan, quoique revêtues jusqu’à leur sommet d’une végétation active et variée qui les rend inaccessibles, décèlent par leur forme conique et déchirée une origine volcanique que l'examen des roches a en effet conâ:mée. La hauteur du piton Croger, qui domine au centre, est de 657 mètres. Les insulaires n'avaient point encore vu d'hommes de la race européenne lorsque les Français abordèrent à Oualan. Tous se précipitérent er foule sur leurs pas; leur étonnement se portait particulièrement sur la couleur de leur peau, qu’ils touchaient soit avec les mains, soit avec le visage, en laissant échapper à chaque instant de nouveaux cris d’admiration. Cest ainsi qu’ils les escortèrent jusque chez le chef principal, qu’ils appellent Hurosse-Tone, devant lequel ils s’accroupirent en conservant un silence bién capable de fixer nos idées sur le respect qu’ils ont pour sa personne, Cette charmante peuplade porte sur à physionomie la douceur des mœurs qui la distingue. Les hommes sontd’une taille moyenne, d’une couleur peu foncée, et d’un abord aisé et agréable, Les femmes sont gracieuses et bien faites ; elles brillent d’ailleurs par la

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blancheur de leurs dents, la vivacité de leurs yeux, et plus encore par leur pudeur non affectée. Ce peuple n’est point guerrier ; il a des lances de 3 à k mètres, mais il ne s’en sert que pour prendre le poisson qui doit lui servir de nourriture. Les mu,s qui entourent les propriétés sont pius propres à soutenir la terre et à encaisser les torrents qu’à repousser une agression. Les Oualanais ne doivent pas être rangés parmi les peuples navigateurs; les pirogues qu’ils construisent sont belles, il est vrai, mais elles n’ont point de voiles et ne passent presque jamais en dehors des récifs. Il est facil: de se convaincre quelle peut un jour être l’importancede cette terre qui occupe le centre des îles Carolines , et sur la route directe des vaisseaux qui vont de la Chine à la Nouvelle-Hollande; elle leur présente des ports sûrs et des rafraîchissements de toute espèce. M. Duperrey y a laissé deux truies pleines dont les habitants paraissent prendre le plus grand soin.

Cette île est couverte d’une belle végétation, et arrasée par beaucoup de rivières. On y trouve en abondance des ignames, des patates, des fruits à pain, des cannes à sucre et des bananes de différentes espèces; mais les oiseaux, {es poissons et les coquillages y sont rares; on n’y connaît en fait de quadrupèdes que des rats et des lézards. L’instrument le plus remarquable que l’on voit chez ces peuples est un petit métier construit pour la fabrication de leurs vèlements.

Le groupe d'Ilogoleu est, par son élévation, sa grandeur, sa position et sa population, un des plus importants de archipel des Carolines. Une ceinture d’une quarantaine de petites îles en environne plusicvrs grandes, dont 3 ou 4 peuvent avoir 30 milles de circonférence. Les îles de l’intérieur sont les seules qui soient habitées ; elles contiennent environ 35,000 individus, divisés en deux races disinctes. Les deux iles orientales avec leurs dépendances contiennent une race [lus voisine de celles des nègres que les deux îles de l’ouest, qui, avec quelques-unes des petites, sont peuplées par la race indienne de couleur cuivrée; ces peuplades se font très-souvent une guerre acharnée ; les noirs so’: au nombre de 20,000 environ , tandis ‘ue la population des Indiens n’excède pas 45,000.

Les hommes qni appartiennent à la race noire sont d’une taille qui va ordinairement à 1 mètre 89 centimètres; ils sont gros en proportion, musculeux et actifs. Leur poitrine est large et saillante, leurs membres sont bien faits et pleins de vigueur; leurs mains et leurs pieds sont petits etleurs cheveux frisés, sans cependant ressembler à ceux des Africains. [ls ont les pommettes saillantes, les lèvres minces, le front haut et droit, le nez bien dessiné, les dents belles et blanches, les cils longs et relevés, les yeux

noirs et perçants, les oreilles petites , mais plus ouvertes que celles des Européeus. Ils portent sur leur visage l’empreinte du courage et de la fierté. Les femmes sont petites, mais douées de traits réguliers ; elles ont les yeux noirs, la gorge arrondie, la taille élancée et les jambes droites. Elles aiment à se parer de plumes et de coquilles , et portent des colliers faits v’écailles de poissons. Leur bouche est légèrement tatouée et leurs bras chargés d’ornements; elles portent un petit tablier très-ingénieusement orné sur les bords et enrichi au milieu des plus belles coquilles. Elles se revêten, ‘ ne grande tunique de 2 mètres 65 centimètres environ de longueur +: 4 e large, avec un trou dans le milieu pour laisser passer la tête. Cet sabillement, fabriqué avec une belle herbe soyeuse tressée avec art, ressemble beaucoup au poncho des Américaines du sud, Les hommes portent à la ceinture et sur les reins une natte faite d’écorce d’arbre embellie de diverses couleurs et tissée avec beaucoup de goût et d’habileté. Ils ornent leur tête de plumes d’oiseaux rares. Ils portent au cou des colliers de nacre et des touffes de divers plumages. Les chefs ont le lobe inférieur des oreilles p"vcé d’un trou propre à recevoir des morceaux d’un bois léger, souvent aussi gros que le poignet. Leur corps est tatoué de dessins bizarres. Pour se donner un air belliqueux ils se teignent, en allant à la guerre, la figure en jaune , en blanc et en rouge. Ils traitent avec beaucoup d’égards leurs femmes, au soin desquelles ils laissent les enfants, la fabrication des étoffes, des lignes et des filets de pêche.

Les Indiens de couleur cuivrée sont pour la taille un peu inférieurs à ceux que nous venons de décrire; mais en revanche ils sont plus forts , plus vigoureux etmieux constitués pour supporter les travaux et les ‘atigues de la guerre. On en a vu plusieurs qui ne pesaient guère plus de 78 kilogrammes chacun, et qui soulevaient avec la plus grande facilité une ancre de plus de 300 kilogran..es. Ils ont le corps droit et arrondi, la poitrine saillante, les membres nerveux, le front élevé et proéminent, le visage arrondi , la bouche bien proportionnée, une double rangée de dents aussi blanches que le plus pur ivoire, des joues à fossettes , le menton double, le nez médiocrement relevé et les pommettes moins saillantes que chez les nations sauvages. Leur teint est, comme nous l’avons déjà dit, d’une couleur de cuivre très-pàle ; leurs cheveux sont longs, noirs et proprement réunis au sommet de la tête. Les hommes portent une barbe noire qu’ils laissent croître sur le devant du cou seulement , à partir du menton. Quelques chefs se font aussi remarquer par d'énormes moustaches, qui relèvent fort bien leur air guerrier. Ils ont de très-grandes oreilles percées dans leur

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partie inférieure d’un trou capable de recevoir un orncement de la grosseur d’un œuf d’oie. À cet ornement sont attachés des dents de poissons, des becs d’oiseaux , des plumes, des coquilles et des fleurs. Ils ne se tatouent guère que depuis le bas du cou jusqu’au creux de l'estomac. ls se nourrissent de fruits et de poissons, portent des habits tels que nous les avons remarqués chez leurs voisins de l’est, et sont excessivement propres. Ils ont aux bras des bracelets d’écaille de tortue ; ils en ont aussi en nacre aux jambes et à la cheville du pied. Le fond de leur caractère est la gaieté, la douceur, la déférence ct le respect pour la vieillesse. Les femmes sont trèsbelles et très modestes ; la chasteté et la fidélité semblent être chez elles des idées innées. Ce peuple est industrieux , actif et persévérant; les hommes, les femmes et les enfants travaillent depuis le lever du soleil à la fabrication des armes, des filets etes pirogues, et malgré l’imperfection de leurs outils, leurs ouvrages sont exécutésavec beaucoup de goût. Ils regardent le mariage comme une obligation sacrée; il doit être célébré en présence du roi et d’un officier.

La religion de ces peuples, quoique imparfaitement connue, est digne d'attention. Ils croient à un être tout-puissant qui réside au-dessus des étoiles et tient dans ses mains ‘< vènes de l’univers ; il veille en père sur tous ses enfants; il pourvoit à L.4r subsistance, ainsi qu’à celle des poissons, des oiseaux et des insectes. Ils pensent que cet être arrose les iles , quand il lui plaît, en laissant tomber la pluie de ses mains; qu’il fait croitre les arbres et les plantes; que les bonnes actions lui sont agréables et que les mauvaises l’offensent; que selon leur conduite en cette vie, ils seront heureux ou malheureux après leur mort; que les justes seront dans un groupe d'’iles plus belles et plus riches queles leurs, tandis que les méchants habiteront des rochers arides , où il n’y aura ni eau, ni arb,os, ni aucune trace de végétation. Ils disent enfin qu’ils aiment l’Étre suprême à cause des bienfaits qu’il leur prodigue.

Mais une coutume barbare vient ternir les qualités de ces populations. La mort d’un chef ou d’un roi est toujours accompagnée de sacrifices humains. On voit des victimes de la superstition se disputer l'honneur d’escorter dans l’autre monde celui auquel ils ont été soumis en cette vic. Plusieurs hommes , femmes et enfants sont enterrés à ses côtés. Les cérémonies ordinaires des funérailles ont toutefois quelque chose de touchant. A la mort d’un proche parent, on se prive durant quarante-huit heures de toute espèce de nourriture; et pendant un mois on ne mange que des fruits. Pour la perte d’un père ou d’un époux, on ajoute à ces privations

celle de pleurer avec ses amis, et l’on reste trois mois dans une solitude complète, Pendant les deux mois qui suivent la mort d’un chef, toutes les barques demeurent attachées au rivage: personne ne peut aller à la pêche.

La manière de faire la guerre mérite aussi d'être mentionnée, Les insulaires qui croient avoir reçu quelque offense de leurs voisins leur indiquent un jour où un certain nombre de pirogues débarqueront chez eux pour traiter de la paix ; si la paix est conclue, cette négociation se termine par un grand festin ; dansle cas contraire , le combot s’engage avec fureur, et il dure une heure après laquelle ils se reposent &'un commun accord et s’occupent à panser leurs blessés et à enterrer leurs morts. Le jour suivant lorsque les deux partis ont déclaré qu'ils sont prêts, le combat recommence et dure deux fois plus longtemps que la veille, à moins qu’un des partis ne renonce au combat. Dans le cas contraire, ilss’aident à soigner les malades, à enterrer les morts, etse retirent. FE.2 troisième jour le combat se prolonge jusqu’à ce que lun des partis cède la victoire ; alors si les assaillants sont défaits, ils abandonnent leurs armes et leurs pirogues au vainqueur , qui est obligé de leur donner un festin et de les ramener chez eux en süreté ; la paix est conclue par un nouveau festin. Les hommes pris pendant l’action sont prisonniers de celui qui s’en est rendu maître, si le parti de ce dernier remporte la victoire; dans le cas contraire, on les ramène chez eux: Ceux qui rendentles armes ne sontpoint traités en prisonniers, on les reconduit dans leur ile.

Les armes dont ces insulaires se servent dans leurs combats sont des lances d’un bois très-léger, armées de pointes en os de poissons ou en silex. Ils ont aussi des lances d’un bois très-lourd, longues d'environ 5 mètres, terminées en pointes aiguës et durcies au feu. Hs les envoient à la distance de plus de 30 mètres, et manquent raremen tleur but, [ls ont encore des casse-têtes de 2 ou 3 mètres de long, de la grosseur du poignet à chaque extrémité, mais minces au milieu. Ils commencent d'ordinaire leurs combats par la fronde, avec laquelle ils peuvent lancer avec précision des pierres de la grosseur d’un œuf à une distance de 120 mètres.

Les Carolines paraissent d’une grande fertilité, L'abondance et l'épaisseur des forêts en fournissent une preuve incontestable. Les terrains élevés produisent du sanñtal; les cocotiers et les arbres à pain y atteignent une taille énorme, et produisent des fruits très-gros et très savoureux. Ces îles sont, en général, d’une faible élévation ; le terrain s’abaisse par degrés et se termine en vallées et en plaines tapissées de la plus riante verdure. On peut

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observer sur tous les arbres des fruits mûrs et d’autres avec toutes les phases de leur développement. Le printemps, l'été et l’automne se disputent l'empire de £ette terre de bonheur, où la feuille qui tombe est immédiaicment remplacée par une nouvelle feuille.

Le groupe de Siniavine, découvert par les Russes en 1828, se compose d’une quinzaine d’iles dont Pounipet ou Pouynipet est la plus considérable : elle & près de 50 milles de tour; on y remarqua une montagne d’enviroi 920 mètres de hauteur, à laquelle les Russes donnèrent le nom de Mon tagne-Sainte. Ners la pointe nord-ouest on admire un rocher taillé à pie, qui paraît avoir environ 325 mètres de hauteur. Cette ile est souver!v de verdure et entourée de mangliers et d’autres arbustes qui croissent sur le bord de la mer.

Elle paraît avoir un grand nombre d'habitants : les Russes y virent environ cinq cents hommes faits. Voici le portrait qu’en fait le capitaine Lutke. Les Pouynipètes ont le visage plat et large, le nez écrasé, les lèvres épaisses et les cheveux crépus. Leur caractère paraît extravagant et féroce, défiant etemporté. La couleur de leur peau est d’une nuance entre la couleur de la châtaigne et celle de l’olive; leur taille est moyenne, et leurs membres sont bien faits et vigoureux. Leur vêtement consiste en un court tablier bigarré, fait d'herbes ou d’écorce de bananier : il s’attache à la ceinture ct descend jusqu’à la moitié de la cuisse; ils jettent sur leurs épaules un tissu d’écorce de morus papyrifera ou de l'arbre à pain. On trouve dans cet archipel des chiens sauvages; les autres animaux, ainsi que les plantes, nous sont encore inconnus. |

Le groupe Duperrey, découvert en 1824 par le savant navigateur doni il porte le nom, est composé de trois îles basses, petites et couvertes de bois. Ce sont Mongol ou Hongoul, Ougai et Aoura ou Aouera.

Les îles Farrouelap ou Forroilep, et Feis sont gouvernées chacune par un chef. Dans la dernière M. Martens, naturaliste allemand qui fit partie de l'expédition russe confiée au capitaine Lutke, remarqua que les jeune: filles portaient une espèce de frange qui tombait depuis la ceinture jusqu’aux genoux, et qui était faite des fibres de l’hibiscus.

Le groupe de Zougounor ou Mortlok, ou bien les Lougoullos de don Luis de Torres, est composé de près de quatre-vingt-dix îlots. Il a été découvert en 1795 par le capitaine anglais Mortlok. L’ile de Lougounor a la forme d’un fer à cheval, ct est remarquable par un très-bon port appelé Chamisso. La partie méridionale est sablonneuse ; mais vers le nord on remarque de belles plantations d’arum. C’est dans cette partie que se trouvent

les habitations des insulaires. Cette île n’a d’autre eau douce que celle des pluies.

Les habitants sont doux, hospitaliers; ils ont l'esprit mercantile, mais jamais ils n’emploient le mensonge, et en cela quelle leçon ne donnent-ils pas aux peuples les plus civilisés ! [ls ne sont ni voleurs ni avides de possessions : chacun se contente de ses propriétés; ils sont très-attachés à leurs femmes et à leurs parents. Leur taille parut à M. Lutke généralement au-dessus de la moyenne ; leur structure est forte, et la couleur de leur peau est celle de la châtaigne. Leur visage est plat, leurs lèvres sont épaisses, et leurs dents saines et unies. Ils ont le nez aplati par le haut ct relevé par le bout, les yeux noirs, grands, saillants, quelquefois animés, mais le plus souvent sans expression. Leurs cheveux sont noirs et épais. Ils portent un peigne à trois dents sur le haut duquel ils attachent deux ou trois plumes de la queue du phaéton ; leur barbe est rare et passablement longue chez quelques-uns. Leur ceinture, appelée fo, estun tissu de 16 centimètres de large passant entre les cuisses. Ils ont un manteau semblable à celui que nous avons remarqué dans le groupe d'Hogoleu, Ils se coiffent, comme à Ouleaï, de chapeaux coniques qui les mettent à l’abri du soleil et de la pluie, Ils se tatouent en traçant sur leur corps des figures qui portent le nom de diverses îles de cet archipel. Ils ont au cou des colliers, des anneaux, des coquillages ou des morceaux d’écaille; ils mettent des fleurs dans les trous qu’ils font aux lobes de leurs oreilles. Ils se frottent le visage d’une poudre couleur d'orange qu'ils tirent d’une plante indigène ; aussi leur tête est-elle remplie de vermine. Dans cette île croît l’arbre à pain, dont les fruits servent à la nourriture des habitants. On n’a trouvé chez ces insulaires d’autre arme que la fronde. Leur langue, plus difficile à prononcer que celle d'Oualan, est moins douce et moins mélodieuse.

A l’ouest de l’île Lougounor on remarque Poulousouk, petite île qui n’a que 2 milles de longueur. Elle est basse et bien boisée. Dans les anses sablonneuses de la partie occidentale, on découvre au milieu de bouquets de cocotiers un grand nombre de maisons.

L’attole de Monteverde ou de Nougonor est un groupe de petites îles basses et habitées, découvertes en 1806 par le capitaine Monteverde, qui leur donna son nom. Les indigènes sont actifs, grands et bien faits ; leur taille est généralement de 1 mètre 86 centimètres. La couleur de leur peau est olivâtre ; ils ont le nez plat, les cheveux longs, noirs et frisés, les yeux petits, noirs et perçants, les dents blanches ct régulières, le front élevé et les pommettes saillantes. Avant le marjage, les deux sexes vont entière-

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