‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 65 sur 169 · Partie australe · texte numérisé non relu

Partie australe

Turquie d'Europe. . . . Sn nc à ec x + 005020 République des îles loniennes. nb te en HD AA Mot Det 431 Royaume de Grèce. . . . . . . . . . . . . . . 2,470

Un premier coup d'œil jeté sur le tableau précédent fait voir d’abord que la région boréale est la moins peuplée des trois de l’Europe occidentale, et

que c’est la région centrale qui sous ce rapport l'emporte

sur les deux

autres. Nous obtiendrions les mêmes résultats si nous partagions l’Europe orientale en trois régions,

On y voit aussi que dans l’Europe occidentale la population est plus nombreuse, relativement à la superficie qu’elle occupe, que dans l’Europe orientale.

Cependant il est des exceptions qui tiennent à des raisons physiques ou historiques. Les États étendus qui renferment de grandes provinces d'une fertilité médiocre, ont nécessairement le désavantage contre les petits États fertiles. Ainsi l'Espagne doit toujours être moins peuplée que le Portugal, toutes choses égales d’ailleurs. Un grand nombre de montagnes resserre cn Suisse et en Norvége l'étendue du terrain cullivable; ayantégard aux seuls espaces habités, la population paraîtra très-forte. Parmi les causes histo.riques de la dissémination des habitants, il faut remarquer les guerres ; la Hongrie, par exemple n’a que 750 habitants par mille earré, la Galicie ou ja partie montueuse Ge la Pologne en a 2,600; c’est que les environs de Lemberg et de Cracovie ont été moins souvent atteints des invasions des Huns, des Tures et des Tatars. La peste lutte constamment dans la Turquie contre les progrès de la population qui, sans ce fléau , serait peut-être très-considérable.

Il est un phénomène plus singulier, c’est de voir des peuples malheureux et opprimés se multiplier avec une grande rapidité; les rlandais s’accroissent en nombre bien plus que les Écossais. L'homme éclairé craint l'indigence, compagne d’une nombreuse famille ; l’homme abruti par la misère ne prévoitrien. Les cantons suisses s'opposent par des lois à l’accroissement des naissances illégitimes.

Les côtes et les îles offrent généralement plus de moyens d’existence que les terres continentales, parce qu’elles contribuent à faciliter les communications et à développer l’industrie et le commerce. De là vient que les iles Britanniques et la Hollande, que les canaux partagent en un grand nombre d’iles, sont très-peuplées; que la France l’est plus que l'Autriche ; que le royaume de Naples l'est plus que celui de Sardaigne, et que les îles loniennes le sont plus que la Turquie. Ainsi, parmi les provinces danoises, les îles d’Æroe, de Séeland , la péninsule d'Eyderstedt, le Dithmarsehen , égalent la population de l’Angleterre et de la Hollande , tandis que le Jutland, formant une masse plus compacte, n’esi pas beaucoup plus peuplé que la Suède méridionale ; ainsi, en France et en Espagne , les provinces centrales, le Berry et la Castille, par exemple, sont les moins peuplées.

: En réunissant, d’un côté, toutes les provinces maritimes de l'Espagne , et

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de l’autre, toutes celles de l’intérieur, on trouve dans les premières 904 habitants par legua carrée, et dans les secondes seulement 507. Mais ce rapport général offre également de nombreuses exceptions. Le Wurtemberg pays central, qui n’est pas très fertile, et qui n’est bien gouverné que depuis peu , a vu sa population s’accroitre à un tel degré, que les émigrations annuelles sont devenues indispensables. La Corse, la Sardaigne, même la Sicile, sont, au contraire, moins peuplées que le continent de l'Italie. :

La Russie se fait surtout remarquer par une opposition diamétrale à cette

règle; car la population est concentrée dans les provinces intérieures, où elle s'élève de 400 à 909 par lieue carrée, tandis que dans les provinces sur la mer Baltique , elle n’est que de 80 à 300, et que dans celles sur la mer Blanche et sur la mer Noire, elle descend jusqu'à 40 et même jusqu’à 2. Est-ce dans des circonstances historiques, dans les ravages des guerres anciennes, qu’il faut chercher la cause de ce phénomène? Ou faut-il admettre que la race slavonneest naturellement plus prolifique que larace finnoise et latare ? La dernière hypothèse nous paraît plausible. Les races naturellement gaies, insouciantes, amies du plaisir, peu attachées aux jouissances intellectuelles , doivent nécessairement se propager avec plusd'activité. Les Slavens, surtout les Russes , les nations celtiques, tels que les Irlandais, se ressemblent par ces traits de caractère. Quoi qu’il en soit, la population de l'Europe s’accroît en masse au moins d’un million par année moyenne, de sorte qu'avant l’an 4900 elle pourra être d'environ 370 millions. Cette augmentation est plus rapide dans le nord que dans le centre, le midi et l’ouest. La Russie, avec 65 millions d'habitants, gagne annuellement 5 à 609,000 individus, tandis que la France, avec ses 35 millions, ne paraït en acquérir qu’un peu plus de 200,000. La monarchie autrichienne, avec ses 38 millions, gagne beaucoup plus que la France, puisque son accroisment est de plus de 320,000. L'Italie, l'Espagneet la Turquie sont presque stationnaires.

Des considérations en grand nombre se présentent à quiconque voudrait classer la population européenne d’après les rangs, les occupations , les fortunes; mais nous ne pouvons pas envahir le domaine de l’économie politique , dont la partie descriptive est nommée s/alistique. Le génie historique qui doit présider à la géographie n’aperçoit que les grands faits et les résultats généraux. Les 255 millions d'individus qui, en moyenne, peuplent l'Europe reconnaissent pour maîtres 50 familles régnantes, renfermant, avec leurs nombreuses branches, environ 4 ,200 personnes, énumérées dans les almanachs de cour, et dont les apanages (sans leurs revenus privés) absorbent an

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deià de 280 millions de francs : mais cette somme, appliquée en général à des dépenses de luxe, entretient non seulement des fonctionnaires de cour, mais encore beaucoup d'artistes ; et par l'éclat des fêtes et des spectacles, elle attire dans les diverses capitales une foule d'étrangers. L'égalité qui existe de droit entre les souverains, est aujourd'hui détruite dans le fait par l'immense prépondérance de quatre ou cinq grands souverains. Les princes de Schwartzbourg ou de Hohenzollern, quoique souverains et du sang le plusillustre, n’ont nile poids politiqueni l'éclat social d’un premier ministre d'Autriche ou d'Angleterre.

Il aurait été toutefois curieux de connaître exactement le nombre des familles nobles, et celui des individus qui les composent ; mais la noblesse européenne a cessé d’être un corps uni par l'esprit chevaleresque et par l'illustration de naissance, depuis qu’il existe dons plusieurs grands États une noblesse purement politique, à laquelle le mérite individuel peut s’élever, ou que la faveur des rois peut prodiguer. Il s’est d’ailleurs formé une barrière entre les nobles de naissance eux-mêmes; un grand d’Espagne se croit forl au-dessus d’un simple Aidalgo, et les odnodworzi de Russie, quoique de plus ancienne origine que bien des kntats, sont à peine reconnus hommes libres. Ainsi, le nombre total des nobles de race ou par titre ne saurait nous intéresser, si même il pouvait être déterminé. C’est à la description particulière des États qu’il faut renvoyer les détails.

L’accroissement constant et uniforme de la haute bourgeoisie, c’est-àdire de Ja classe industrielle, dont la fortune et l’éducation égalent ou surpassent celles de la noblesse, serait également un fait général très-intéressant; mais il cst encore impossible d’en réunir les éléments authentiques, Cette classe influente et active forme au moins trois millions d'individus, contre un demi-million de nobles de race, reconnus comme tels; mais cetie classe est très-inégalement répandue en Europe : elle est faible mais favorisée en Russie, puissante et tranquille en Angleterre, nombreuse mais agitée et divisée en France. Au milieu de cette élite des nations actuelles, s'éléveuneautretribu, celle des hommes à talents intellectuels : les avocats, les médecins et les écrivains de profession formeraient au besoin la population d'un petit État. L'Allemagne, la France et l'Angleterre possèdeni entre elles au moins 42,000 écrivains vivants, qui gouverneraient le monde s'ils n'étaient pas divisés; mais trois grands intérêts paralysent cette république: parmi les Allemands l'esprit de sccie ; parmi les Anglais l’espri: de parti ; et chez les krançais, l'amour-propre. La population manufacturière de l’Europe est un autre phénomène et un des plus remarquables :

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30 à 40 millions d’Eutopéens vivent aujourd’hui de leur seule industrie , sans aucune propriété immeuble. Si les débouchés s’encombrent, si une prohibition ferme les routes, des milliers d'individus peuplent les hôpitaux ou joignent les émigrations qui font passer tous les ans 200,000 Européens dans le continent occidental et en Amérique. Cette population de prolétaires industriels surabonde dans l’Angleterre propre, dans quelques parties de la France, des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la Suisse.

La classe des simples cultivateurs comprend, généralement parlant, les deux tiers de la population européenne. Il y en a moins en Angleterre, il y en a plus en Russie. Cet énorme ensemble de 460 millions d'individus acquiert tous les jours plus d’idées nouvelles.

Les guerriers de l’Europe, soldés par les gouvernements , forment une masse de 2,500,000 hommes, ou d’un centième de la masse totale. Leur entretien absorbe les deux cinquièmes du revenu public dans la plupart des États européens.

La valeur politique de l'individu comme contribuable et comme soldat ou marin, varie singulièrement de contrée en contrée. Cette diversité est de la plus haute importance pour bien apprécier la force des États, les événements contemporains, et ceux que peut voir éclore un avenir trop prochain peut-être!!!

Chaque individu contribue aux revenus publics dans les proportions suivantes :

Angleterre propre. . . . . 108fr. »c.|Grand-duché de Toscane. . 13fr.33c. Iles Britanniques. . . . . 65 20 |États de l'Église. . . . . 11 58 France. . . . « + 33 31 |Monarchie sicilienne, . . . 11 32 Hollande et Belgique. + + + 26 30 |Empire d'Autriche. . . . 40 70 Danemark. . . ; 25 64% |Monarchie suédoise. . . . 10 63 Les principautés allemandes. 20 57 |Duché de Parme, . . + 10 4 Saxe. . . . . . . . . 20 » | République de Saint-Marin in... 40 » Bavière. . . . . . . . 19 96 |Duchéde Modène, . . . . 10 » Prusse. . . . . . . . . UT 20 Turquie. . . . », . . . 10 » Hanovre. . . . . . . . 16 77 |Espagne. . . ne os 770 Wurtemberg.. . . . . . 15 63 [Russie et Pologne. etes 068 #00 Portugal. . . . . . . . 15 32 [Suisse . . . . . . . . 5 y Monarchie sarde. . . . . 15 10

On voit que, généralement parlant, moins un État a d'importance, de richesse, d'énergie et d'esprit public, moins aussi les habitants paient d'impôts. Les gouvernements conslitutionnels coûtent fort cher ; es gouvernements despotiques sont à bon marché ; c’est que chacun d’eux coûte à peu près ce qu’il vaut, [l existe pourtant des pays bien administrés quion!

de fuibles revenus; tel est le eus de la Toscane : la raison en cs que ces États n’entretiennent qu’extrémement peu de troupes; ils s’abandonnent à la merci des grands empires, Bene qui latuit , beneviæit.

lifautencore observer que plusieurs États, chargés d’une dette publique énorme, sont obligés d'imposer leurs sujets au delà dela proportion naturelle de leurs facultés et de leurs ressources.

Plusieurs puissances de l'Europe orientale, surtout la Russie, supyléent à la modicité de leurs revenus en argent, par des prostations tr natura, prestations qui ne sauraient être calculées; ce qui moäifie les rapports résultant de’ce tableau.

Dans le service militaire, la différence de valeur eutre les nations européennes s’énonce d’une manière encore plus frappante, mais qu’il cst difficile d'exprimer'en chiffres , 4° parce que l’état effectif des forces militaires varie; 2° parce qu’il faut compter les marins, qui d'ordinaire sont licenciés en temps de paix; 3 enfin, parce que le même nombre de combattants ne: représente pas la force réelle sur le champ de bataille.

E parait que la proportion d'un soldat pour 92 habitants est celle que tout État européen peut adopter sans épuiser ses ressources , et même sans retirer à la culture aucun bras véritablement utile : néanmoins les monarchiss militaires, grandes et petites, vont bien au delà, D’autres Étatsrestent considérablement en arrière.

Nous croyons que l’on peut adopter les estimations suivantes, pour le pied de paix actuel.

soldat sur habitants, soldat sur habitants En Danemark. . . . À 51 En France. . , . . . 1 130

En Russie. . . En Portugal. . , . . . 139 En Suisse. . . . Danslesprinc.allemandes. 148 En Prusse. Dans le royaume de Sar-

En Suède eten Norvége. daigne. . . . 165 En Turquie. . . . Dans les îles Britanniques. 229 En Bavière. . . Dans les princ. italiennes, 242 En Saxe. . . o Dansleroyaume de Naples, 247 Dans le W urtemberg. . é En Espagne, . , , . . 218 Dans l'empire d'Autriche. En Toscane. . . s 318 Dans les Pays-Bas. . Dans les États de l Église. 431

On voit par ce tableau que le Nord fournit généralement beaucoup plus de soldats que le Midi.

H w’est guère possible de tirer aucune conclusion sûre et positive de ces ‘données, car on ne peut y séparer ce qui aprartient' au caractère: plus ou moins belliqueux des nations, et ce qui n'appartient qu'aux efforts exagérés

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des gouvernements. Un seul fait reste évident, c’est que , généralement parlant, les États du nord de l'Europe, à une population égale, ont une valeur politique, militaire et financière, double, triple, ou même quadruple.

Nous ferons encore remarquer ici un fait curieux. En divisant l'Europe par le Rhin et les Alpes, ou par une ligne tirée d'Amsterdam à Venise, il se trouverait :

Dans le nord et l’est de l'Europe. 16 à 1,900,000 soldats sur pied. Dans le midi et l’ouest.. . . . 6à 700,000 Ù

Mais les revenus seraient partagés dans la proportion inverse; car on trouverait :

Pour le nord et l’est. . 1,560 millions de francs. Pour le midi et l’ouest. 3,100

Voilà l'empire de l’or et celui du fer.

Suite de la Description de l’Europe. — Description physique sénérale de la Péninsule orientale ou Hellénique, comprenant la Turquie d'Europe et la Grèce.

Nous allons d’abord contempler cette contrée d’où l’immortelle clarté des sciences, des lettres et des beaux-arts s’est jadis répandue sur notre Europe, la Péninsule orientale ou Hellénique, qui forme aujourd’hui la Turquie d'Europe et le royaume de Grèce. Elle est arrosée au nord par le Danube; baignée : à l’est par la mer Noire et la mer de l’Archipel, au sud par la Méditerranée et à l’ouest par la mer Tonienne et par l’Adriatique. Le mont Hæmus, aujourd’hui le Balkan, se couronne encore de forêts verdoyantes ; le Danube arrose encore son riche bassin ; les plaines de la Thrace, de la Macédoine et de la Thessalie offrent encore au cultivateur de: faciles moissons, tandis que les côtes, les péninsules et les îles présentent mille ports et mille golfes où les flots plus calmes baignent le pied des: collines chargées de vignes et d’oliviers. Mais l'anarchie et l'ignorance ont. jusqu’au commencement de ce demi-siècle rempli de déserts ces contrées où jadis une ville pressait l’autre. Pour altesier l'existence de l’ancienne Grèce, il ne reste guère que les ruines et les montagnes.

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