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Suite de Ja Description de l’Europe. — Description spéciale de la Turquie d'Europe. — Coup d'œil historique. — Divisions générales de l'empire Ottoman. — Partie Éuropéenne, première division. — Description des provinces immédiates de l’Empire.
Les ténèbres qui enveloppent l’histoire des nations turques nous dérobent aussi l’origine de la tribu qui s’est rendue célèbre sous le nom d’Othmans, qu’on prononce en arabe Oschman. Nous avons déjà vu que des Turcs, gouvernés par des princes de la race des Seldjoukides, possédaient dans les dixième, onzième et douzième siècles, un État puissant qui, sous le nom de sullanat de Konieh ou de Roum, embrassait l’'Asie-Mineure, avec l’Arménie et la Géorgie. Les Mongols détruisirent ce sultanat vers l’an 1308, et aussitôt on vit paraître à sa place la puissance ottomane. Le savant de Guignes a cru prouver que ces Ottomans étaient une tribu koumanienne, chassée du Khorassan par ces mêmes Mongols, et qui était venue s’établir dans les monts Taurus sous la protection des sultans üe Roum, vers l'an 4231. Quoi qu’il en soit, un des chefs de cette tribu, nommé Othman; se rendit indépendant vers l'an 4300; et ses successeurs, échangeant le titre d’émir contre celui de sultan, surent, dans le cours d’un siècle, étendre leur puissance des bords de l’Euphrate aux rives du Danube. Déjà la Thrace, la Servie, la Macédoine, la Thessalie, leur obéissaient ; déjà Constantinople était enveloppée par leurs conquêtes, lorsque Tamerlan, en 4402, ayant défait le sultan Bajazeth L*", empire ottoman sembla s’écrouler. Constantinople respire ; mais Mahomet Er, aidé du visir Fbrahim Khan, rétablit les affaires des Turcs. Le grand Amurat IT lutte contre Jean Hunyade et Scanderbeg, ennemis dignes de lui; il punit la perfidie des chrétiens par la défaite de leur grande armée à Varna. Mahomet II se rond
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maître de Constantinople en 4453; de Trébizonde jusqu’en Bosnie, rien ne résiste à ses armes ; il soumet la Crimée; ses floltes attaquent même Ptalie. Sélim Ler, en 4517, renverse le sultanat des Mamelouks, et subjugue la Syrie avec l'Égypte. Rhodes est enlevée à ses valeureux chevaliers. La Hongrie, déchirée par des guerres civiles, ouvre, en 1529, à Soliman Il le chemin de Vienne : mais cette cité impériale devient la borne fatale des progrès du croissant, Cependant Sélim IE enleva aux Véniliens l'ile de Chypre; et la défaite navale des flottes turques près Lépante, en 4574, n’eul aucune conséquence importante, Mais une suite de sultans faibles et des révolutions de sérail semèrent dès lors dans l'empire le germe de Panarchie. Sous Maliomet IV, l'énergie de Ja nation semble se réveiller : Pile de Candie est conquise ; Vienne est assiégée une seconde fois en 1683 ; laconquête de Bagdad semble marquer la supériorité des Fures sur les Persans; cependant il n°y avait plus à Constantinople ni des Soliman ni des Amurat, Un siècle se passe en guerres fréquentes et peu décisives : Azof, du côté du nord, acquise en 1642, est successivement perdue et reconquise. La Morée, perdue en 1699, rentre peu après sous la domination turque. L’Aatriche qui, en 1699 et 1718, avait obtenu de grandes cessions en Servie et en Valachie, perd ces avantages dans le honteux traité de 4739, qui lorça les Russes mêmes à rendre les conquêtes qu'ils avaient faites sous la conduite de Munnich. Néanmoins cette guerre même apprit aux Russes et à l'Europe le secret de la faiblesse ottomane. Bientôt la Russie ose seule lutter contre les Tures ; elle les écrase par terre et par mer, Romanzoff franchit le Danube, la flotte d'Orloff fait le tour de l'Europe; dans la baie de Tehesmé, les flammes dévorent la marine turque. Le traité de 177% rend la Crimée et le Kouban indépendants, y livre aux Fiusses les places militaires les plus importantes, et ouvre à leur pavillon la mer Noire et le canal des Darda. nelles. La Porte Ottomane essaya d’éluder ces dures conditions : il n’en résu!ta que l'occupation de la Crimée par les Rnsses, en 1783, cteinq ans après une guerre ouverte avee la Russie et l'Autriche. Grâce à linexpérience de Joseph IF et du prince Potemkim, grâce aux audacieux efforts de Gustave HE, à l'intervention de la Prusse et de l'Angleterre, cette guerres qui semblait annoncer l'expulsion des Turcs de l'Europe, se termina par fa perte d'Otehakoff, Mais la ftussie depuis sut profiter habilement des circonstances de la révolution fraacaise pour entrainer les Tures dans une alliance plus funeste qu'aucune guerre,
Jisqu'au règne de Mühmoud, la Turquie garda sa barbare ignorance et ses sauvages institutions ; les sullans étaient ineptes el efféminés ; les pachas
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se révoltaient de tous côtés; il n’y avait plus d'armée, de marine, de finances. Mahmoud, en montant sur le trône en 1808, entreprit de donner une vie nouvelle à son empire par une réforme européenne ; mais il fut arrêté dans ses généreux projets par les graves événements qui se succédèrent sous son règne, l'émancipation de la Grèce, en 1820, une guerre avec la Russie que termina la paix d’Andrinople en 4829, et l'ambition de Mehémet-Ali, pacha d'Égypte. A sa mort, en 1839, son jeune fils, Abdul- Medjid, habilement secondé par Reschid-Pacha, exécuta les projets que son pèré n’avait pu que former et préparer par l’extermination de la turbulente milice des Janissaires (1826). L'œuvre de réforme fut entamée par le kattiachérif de Gul-Hané (3 novembre 1839); l'administration, la législation, l'impôt, Parmée, reçurent une nouvelle organisation, Il y eut bien en Bosnie e‘ en Syrie quelques tentatives de résistance au lanzimal (lanzimali khaïriè, heureuse organisation), c’est ainsi qu’on appelle en Turquie la réforme, mais il fallut Padopter, Abbas-Pacha, successeur de Mchemet- Ali, en Égypte, a «sème dû, à la suite de quelques négociations, s’y soumettre en juin 4852. Le gouvernement turc vient done d'inaugurer lêre d’une nouvelle existence politique pour lui, et l'Europe ne peut qu’applaudir à ce mouveuent qui permet à la Turquie de se régénérer par elle-même.
La superficie de l'£Empire Otloman, qui s'étend en Europe, en Asie et en Afrique, est de 424,000 lieues géographiques carrées, et la population de 35 millions d'habitants, en y comprenant les provinces tributaires (l'Égypte, Tunis et Tripoli en Afrique; la Moldavie, la Servie et la Valachie en Europe), et de 26,550,000 habitants seulement, en en retranchant les provinces tribulaires. Le territoire est divisé en 35 eyalets ou gouvernements généraux subdivisés en 442 livas ou provinces.
La Turquie d'Europe, qui doit seule nous occuper ici, en y comprenant les trois prineipautés vassales de Servie, de Valachie et de Moldavie, est bornée au nord par l'empire d'Autriche et la Russie; à l’est par la mer Noire ; au sud par l'Archipel et la Grèce ; à Pouest par la mer Adriatique et l'empire d'Autriche. Sa superficie, en y comprenant les îles de Samotraki, Imbro, Lemnos, Skyro et Candie, qui en dépendent, est de 20,520 lieues carrées et sa population de 15,500,000 âmes. Elle se divise en 15 eyalets, comprenant 42 livas, subdivisès en 376 cazas ou districts. Ces cazas se décomposent eux-mêmes en nahiyés, villages ou communes.
{ Voir la description de la Turquie d'Asie : tome IT, livre L, page 333, et livres 11, u,zu Voir la description de l'Egypte, tome AV, Livres LxxXXU et suivants, Tunis et Tripoli, Avie LAXXIX,
En parcourant les provinces de l’Empire Ottoman, en Europe, nous ne suivrons pas les nouvelles divisions administratives des Turcs, trop peu connues encore et trop peu naturelles pour se prêter à notre manière de décrire; nous adopterons les deux grandes divisions de provinces immédiates.et de provinces médiates. Dans la première se trouvent les anciennes provinces de Thrace ou Roumélie, de: Bulgarie, de Macédoine, d’Albanie et de Bosnie. Dans la seconde, les trois principautés de Servie, de Valachie et de Moldavie, qui formeront le sujet du Livre suivant. Nous observerons toutefois. que les dénominations de Moldavie, Valachie, Servie, Bosnie, désignent des nations et en même temps des divisions politiques et naturelles ou à peu près. Le nom d’Albanie réunit un cas physique à un sens ethnographique. La Bulgarie n’a pas de sens politique, mais c’est un nom ethnogrephique et marquant une division naturelle. L'ancienne Thrace propre répond à la Roumélie propre des cartes, mais l’une et l’autre n’ont aujourd hui aucun sens politique ni ethnographique ; nous l’emploierons pourtant comme désignant une sous-région physique. Même motif à l'égard d 11 Macédoine.
La capitale de l’empire, la célèbre ville de Constantin, devient nécessairement ootre joint de départ, L'histoire dela géographie nous l’a déjà montrée comme bourgade de Thrace sous le nom de Lygos, comme colonie grecque sous celui de Byzance, et comme nouvelle capitale de l’Empire romain, sous la superbe dénomination de Nea Roma, Nouvelle Rome, à laquelle l'usage ou la flatterie substitua celle de Æonstantinou-Polis, qui lui est restée dans les temps modernes ; seulement, comme les paysans des environs, en s’y rendant, disaient en grec dorien vulgaire: Nous allons dans la ville, es lan bolin, la soldatesque turque en fit le nom d’Estamboul, qu’elle continue à donner à la cepitale, tandis que les Turcs lettrés la nomment souvent Æonstanltinié. Dans les annales russes elle s'appelle Tzarigorod ou la ville royale, les Slavesla désignent sous le nom de Tzarigrad, et les Bulgares ainsi que les Valaques la nomment encore Zarigrad. Les Islandais et les peuples scandinaves la connaissaient, dès le dixième siècle, sous le nom de Myklagard, la grande cité. Elle porte encore le titre honorifique, moitié ture, moitié grec, d’Islam-bol ou ville de la foi. Constantinople occupe un promontoire triangulaire, partagé en sept collines, que baignent au-sud les flots de la mer de Marmara, et que limite au nord un petit golfe nommé anciennement la Corne-d'Or, formant le port où douze cents vaisseaux trouvent un mouillage sùr. Les murs d'enceinte de Constantinople occupent encore l'emplacement de ceux que le consul Cyrus-
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Constantin fit bâtir par ordre de Théodose IT, et la circonférence est aussi à peu près la même, car Chalcondylas la donne de 441 stades, Gillius de 13 milles italiens, et les meilleurs plans modernes de 49,500 mètres. L’ancienne B\zance a ait une circonférence de 40 stades, et s’étendait du côté de la terre jusqu’au Besestan où grand marché; l’enceinte de Constantin le Grand n'atleignit pas, sur tous les points du moins, la cireonférence actuelle, La ville à maintenant vingt-huit portes, dont quatorze du cèté du port, sept du côté de terre, et autant sur la Propontide,
[l'est difficile d'exprimer les diverses sensations qu’éprouve le voyageur à la première vue de cette grande cité : sa position élévée, le mélange d'arbres, de maisons, de minarets qu’elle présente, l'entrée majestueuse du Bosphore, couverte de caïques, le magnifique port, environné des faubourgs de Galata, de Péra, de Saint-Dimitri; la grande ville de Scutari, qui s’élève vis-à-vis; les collines verdoyantes qui se succèdent en arrière; la Propontide avec ses îles riantes; plus loin, le mont Olÿimpe couvert de neige; partout les champs variés et fertiies de l'Asie et de l'Europe; tout cet ensemble présente dans le même instant une foule de tableaux ravissants. On ne peul se lasser d'admirer la beauté naturelle de ses environs, et de réfléchir en même temps sur l'heureuse position de cette grande ville, dont Papprovisionnement est si prompt, dont la défense est st facile, dont le port est si sûr, si commode et si vaste, ville destinée par la nature à régner sur deux mers et sur deux parties du monde. Mais aussitôt qu'on est dans son enceinte, où passe rapidement de la première impression d’étonnement et d'admiralon à une seconde, de surprise et de mécontentement, Cette grande ville est mal bâtie : ce n’est qu’un amas de baraques turques ; les rues étroites, mal pavées, sont bordées de maisons irrégulières, mesquines, construites en terre et eu bois. Les incendies sont fréquents, et la peste y éclate jresque tous les ans.
Le sérail, où le palais du grand-seigneur, qui occupe lPemplacement mème de l'antique Byzance, a été trop vanté; cependant l'aspect en est romantique du cté des jardins qui donnent sur le Bosphore, C’est un mélange désordonné de palais, de jardins et de Kiosques; il a été construit par Mahomet ÎE; on y trouve un hôtel des monnaies, le trésor hnpéial, la bibliothèque, qui peut-être recèle encore quelques-unes des richesses littéraires dé Pantiquité, L'entrée principale du côté de la terre, est célèbre sous le nom de Subline-Llorle, qu par suite a ce? appliqué à la cour impé= riale elle-même.
Un respectable monuraent d’antiquité, l’église dédiée dans le sixième