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de la Save sont couverts de marais très-étendus. Dans la partie septentrionale, les cerisiers, les pruniers, les poiriers, les pommiers, les noyers, les cognassiers, les noiseliers, ornent les vergers plantés sans symétrie : les contrées méridionales possèdent encore des pêchers, des abricotiers, des figuiers, des amandiers. Quoique les arbres ne soient jamais taillés ni greffés, ils donnent cependant des fruits de bonne qualité. Les pommes et les poires en particulier, y sont d'une grosseur et d’une délicatesse remarquables. On ne fait du vin que le long de la Drina; dans la partie montayneuse, le défaut de chaleur empêche quelquefois le raisin de màrir. Les chrétiens et les Turs du pays suppléent au manque de vin par le shivovilza, ou l’eau-de-vie de prune : aussi tout le terrain, aux environs des villages, est-il garni de pruniers. On tire des poires un jus doux et épais comme du miel, nommées pekmes.
Dans les jardins potagers, on cultive, entre autres, les melons, les concombres, les citrouilles, nourriture commune du peuple, les betteraves rouges et blanches, les fèves, les haricots, les pois, l’aubergine. On y voit d'énormes navets et quantité d’ognons. Les Bosniaques font aussi une grande consommation de choux : ils s’en nourrissent presque uniquement pendant l’hiver, et ils s’en préparent une sorte de choucroute en les faisant fermenter dans des tonneaux. Les principales produstions en grains sont le blé, !e maïs et l’orge. On en récolte beaucoup au delà de la consommation du pays, et le surplus, estimé à une valeur de # millions de francs, se vend en Dalmatie et dans les États autrichiens. La Bosnie produit peu d'avoine ; mais les habitants cultivent beaucoup de millet, qui entre dans la composition de leur pain, et dont ils font un cas particulier. Ils prétendent que ce grain se conserve plus longtemps qu’aucun autre, et ils en font le principal approvisionnement de leurs forteresses.
Quoique la Bosnie soit proportionnellement plus peuplée que les autres provinces de la Turquie d'Europe, le nombre de ses habitants pourrait être trois ou quatre fois plus considérable. Aussi n’y a-t-il de cultivé que le fond des meilleures vallées et le pied des côteaux; le reste du terrain est occupé par de magnifiques forêts. Le chêne, l’orme, le frêne, le hètre, le peuplier, le charme, l’érabie, le bouleau, ls tremble, garnissent les parties les moins élevées des montagnes : le sapin, l’if, le mélèse, en couronnent les cimes. Une grande marine y trouverait de quoi se fournir de mâts et de planches.
Les superbes prairies et pâturages de la Bosnie nourrissent une bonne race de bœufs et de chevaux, Les moutons ont en partie les cornes tour-
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On trouve quelquefois des castors dans les iles de la Save et de la Bosna. De belles écrevisses se péchent dans toutes les rivières. I y a peu de reptiles dans ce gouvernement, on n’y voit guère que la couleuvre. Parmi les insectes, l’abeille seule mérite d’être citée : les habilants en ont de nombreuses ruches.
Les mines dont ce pays abonde deviendraient, sous une autre domination, une source intarissable de richesses. C'était probablement à Slati!3a, à un mille et demi allemand de Traunick, sur le chemin de Scopie, que les Romains exploitaient ces fameuses mines d’or attribuées à la Dalmatie. On voit les excavations dont les habitants, par superstition, n’osent approcher. La tradition, confirmée par une foule d'indices, désigne comme renfermant des mines d’or plusieurs montagnes situées à peu de distance de Zvornick et de Varech. La Bosna, le Verbas, la Drina, la Laschva, roulent en abondance des particules d’or natif, que les Turcs n'aiment pas à voir recueillir, de crainte, disent-ils, d'exciter l’avidité des chrétiens, Quant aux mines d'argent, on en connaît un grand nombre qui étaient exploitées sous les rois catholiques, avant l’arrivée des Turcs, et que ces derniers ont abandonnées depuis. Les principales se trouvaient dans le voisinage de Rama (autrement Prézos), de Foïnilza, et de plusieurs villes et villages nommés pour cette raison Sreberno, Srebernik, et Srebernilza. On trouve près du couvent de Kressevo du minerai contenant du mercure. Mais ce qui a toujours contribué à la richesse de la Bosnie, ce qui dans ce moment même est devenu sa principale branche d'industrie, ce sont de nombreuses mines de fer. Les plus considérables sont près de Foinitza et de Kressevo. Elles occupent plus de 2,000 ouvriers, dont le tiers est composé de catholiques, le reste de Bohémiens. Les mines de fer fournissent encore beaucoup d’arsenic et d'orpiment. Il existe une mine de plomb entre Æladaïn et Varech.
Quoique le sel soit un des objets d'importation en Bosnie, cependant la nature n’en a pas entièrement privé ce pays. Les puits de Touzla en sontla preuve. Non loin de Tartchin, il y a aussi des mines de sel gemme, maiselles ne sont pas exploitées. Ce trait de ressemblance avec les monts Carpathes
est très-remarquable.
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Le climat de la Bosnie est très-varié, à raison de la différence de niveau: tandis que les fertiles plaines situées le long de la Drina jouissent d'un hiver ass: ? doux, la Croatie et la partie montagneuse de la Bosnie éprouvent des froit rigoureux ; la terre y est pendant six mois couverte de plusieurs pieds de neige, et le thermomètre s’y maintient souvent entre 45 et 23 degrés au-dessous de zéro. Les chaleurs, jamais excessives, sont plus fortes dans le nord de la province. Les forêts qui couvrent les montagnes y font amonceler les nuages, et depuis la mi-juin jusqu'au 45 août il y a presque toujours de forts orages, suivis de pluies abondantes qui fertilisent le terrain, Dans les parties montagneuses, le printemps parait vers la fin d'avril, et se prolonge jusqu'au milieu de juin ; les fortes chaleurs se déclarent ensuite et ne finissent qu’au 45 d'août; mais depuis les derniers jours de juillet, les nuits deviennent fraiches et abondantes en rosée; enfin un froid assez vif se fait sentir vers le 10 septembre : la neige commence à la fin de ce mois, et n’est entièrement fondue que vers le milieu de mai. La Bosnie est en général un pays très-sain ; l'air y est pur ; excepté les bords de le Save, on y trouve peu d’endroits marécageux, et les eaux qui l’arrosent, ayant un cours plus libre que celles de la Dalmatie, sont d’une bonté remarquable.
Les montagnes donnent naissance à des sources sans nombre, et de quelque côté qu'on y voyage, on ne fait pas une demi-lieue sans voir couler un ruisseau ou jaillir une source : dans les montagnes on en voit à chaque cent pas. Ce bienfait de la nature y devient même gênant, car les routes en sont gâtées, même au milieu de l'été, les Tures ne s’occupant point de donner à ces eaux une direction convenable, La Drina, limite orientale du pays ; la Bosna, qui, en le traversant par le milieu, lui donne son nom; le Verbas, qui arrose les parties orientales, ont le lit assez profond dans une grande partie de leur cours pour porter des bateaux de 4,000 quintaux de charge. L’'Ounna, qui fait en partie la limite entre la Croatie autrichienne et la Croatie turco-bosniaque, présente des obstacles à la navigation ; son lit, quoique profond de 2 mètres à 2 mètres 33 centimètres, est semé de basfonds. Ces rivières se jettent toutes les quatre dans la Save.
La Bosnie est comme hérissée de villes forufites, et on y compte en outre 24 forteresses proprement dites, et 19 châteaux forts, tous restes du moyen âge. Bosna-Serat est la ville principale du pays. Ua amas de jardins, de minarets, de bastions, de tours, le tout dominé par des montagnes boisées et baignées par la Miliaska où Migliazsza qui S'unit à la Bosna : tel est l'aspect de celte grande ville, peuplée de 60 à 70,000 habitants, dont un
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tiers suivent le rite grec. Les forts de la ville haute, ou le grad, sont flanqués chacun de quatre tours, mais de prtites dimensions. Les fabriques d'armes et d’orfévrerie, ainsi que les caravanes du commerce pour Constantinople, placent Bosna-Seraï très-haut parmi les villes industrielles de la Turquie ; c’est sans contredit la cité la plus grande, la plus industrieuse et la plus commerciale de la partie occidentale de l'Empire.
En allant à l’ouest, nous trouvons sur la Laschva, affluent de la Bosna, la ville de Trawnick ou Traunik, avec une belle citadelle. C'est une cité conmerçante dont on évalue la population à environ 40,000 âmes ; elle possède des fabriques estimées de coutellerie et d'armes blanches. Les villes de Vrandouk et de Maglaï, sur la Bosna, ont des citadelles très-fortes,
Descendons maintenant le bassin du Verbas. Juicza (cité de l'œuf, ou ovale), ancienne résidence des rois catholiques de Bosnie, a perdu son importance, quoiqu’elle ait encore une bonne citadelle et une fabrique de nitre. Sa population n’estque de 2 à 3,000 âmes. Plus bas, au confluent de la Bania, nous voyons Banialouka, grande ville de commerce, défendue par une citadelle ; la garnison est de 6,000 hommes; la place est entourée de trois fortes redoutes. Il se trouve dans cette ville 4,800 familles chrétiennes, et une population de 15,000 àämes; il y a dans les environs des eaux thermales et beaucoup de mines, de forges et d'usines.
Sur l’Ounna, les petites forteresses de Bihacz, de Novi, de Dubicza, arrêtèrent encore, en 4789, les Autrichiens. Cette dernière ville renferme 6,000 h&bitants. Sur la Save nous remarquerons Gradiska la lurque, aussi nommée Berbir, place fortifiée en 177% par des ingénieurs français.
Examinons maintenant le bassin de la Drina : en le remontant, Zwornick, ou Isvornik, dont la population est de 6,000 âmes. Elle est composée d’une ville basse, ancien faubourg, et d’une ville haute ou grad, dont il ne reste que l'enceinte déserte avec ses vieilles tours; pourtant les Serviens p'ont pu la prendre. Plus haut Vichegrad, avec son pont retranché, leur « également résisté.
La Bosnie est un pays très-difficile à conquérir ; les routes sont généralement mauvaises, et il yen a peu sur lesquelles on puisse transporter du canon et des voitures. La nature du terrain, rempli de défilés, de cavernes, de bois épais, semé de koulla’s ou tours fortifiées et de vieux châteaux ; la bravoure personnelle des Bosniaques, dès qu’ils combattent chez eux; la nécessité pour ja puissance aitaquante de protéger une immense frontière contre les invasions des troupes légères bosniaques ; tout fait de la conquête de ce boulevard de l’Empire ottoman une entreprise des plus difficiles.
C’est un tout autre danger qui menace ici le croissant. La nation bosniaque, quoique en majorité attachée au culte musulman, diffère entièrement des Turcs-Osmanlis sous le rapport des mœurs, des idées, des intérêts; c’est une nation restée féodale dans son intérieur, La Bosnie est plus indépendante de Constantinople que la Hongrie ne l’est de Vienne; ses plaintes ont souvent été des arrêts de destitution pour les pachas.
La langue bosniaque , dialecte du servien, domine et place les Tures dans la situation d'étrangers. L'usage de n’épouser qu’une seule femme, le droit qu’exercent les jeunes gens des deux sexes de choisir le compagnon de leur vie, la liberté qu'ont les demoiselles de se montrer sans voile, le respect pour la mère et l'épouse, voilà ce qui conserve ici une sorte d’esprit de famille ignoré des Orientaux. Les Turcs regardent les Bosniaques comme des demi-infidèles, qu’il faut surveiller et ménager. Les vices efféminés, la corruption, la vénalité, ont fait peu de progrès parmi les musulmans de la Bosnie, descendants de guerriers et de chevaliers d’une race septentrionale. Cruels envers le sujet , impitoyables envers l'ennemi, du moins ils ne s’avilissent jamais ; ce qui les retient dans la barbarie, c’est leur isolement intellectuel de l'Europe. Les Bosniaques du rite grec, demeurant le long de la Drina et de la Save, ceux du rite catholique, disséminés le long du Verbas, de Juicza à Banialouka , et sur ja frontière de l’Hertzegovine, conservent les superstitions, l'ignorance, le despotisme ecclésiastique du moyen âge. Esclaves de leur clergé, ils n’excitent quela pitié. de leurs compatriotes musulmans, descendant en partie des Bosniaques qui avaient adopté l’opinion hérélique des Paterniens, ou Paterins. |
Nous avons décrit les parties connues de la Bosnie; celles au delà de la Drina ne le sont pas encore, quoique les itinéraires de quelques Français y aient tracé des sillons lumineux. C’est là que doit avoir été la province de Podrinna, etle sandjak d'Obrach, districts ignorés des cartographes postérieurs à &oronelli; c’est là que les sources de la Drina, du Drin- Blanc, et celles mémes du Zem doivent se trouver rapprochées dans les
monts Chemerno; c’est là qu’on a vu une villede Fotschia, de 40,000 âmes appartenant à l’Hertzegovine, et située sur la Drina ; c’est là enfin 4x:
l’église du couvent de Miloschevo, aujourd’hui détruite, renfermait la tombe vénérée de sair! Saba, premier évêque de Servie, qui a donné à toute l'Hertzegovine fe nom de duché de Saint-Saba. C’est au milieu de ces contrées mal connues q:'e se trouve Mow-Bazar (ou en turc Zeni-Bazar) ville populeuse , dont le tesviinire ‘orme le. Rascie, dépendance adninistra-
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tive de la Bosnie, dont elle diffère beaucoup par leclimat et les productions; car quoiqu’elle semble devoir avoir le sal très-élevé au dessus de celui de la mer . elle donne des vins pleins de feu, et le buffle y remplace fe bœuf, Les habitants sont serviens d'origine et en grande partie grecs de culte, Près üe Novi-Bazar , sont des eaux thermales 1rès-vantecs
Quittons cette région trop peu connue, et rendens-nous dans l'ile de Candie, cette belle sentinelle avancée des îles de l’Archipel
L'ile de Candie, l’ancienne Crète, pourrait fixer, ce nous semble, les limites douteuses entre l’Archipel et la Méditerranée. Dans la partie occidentale de l'île s’élèventd'abordles Montagnes-Blanches, qu: 0m Strabon, s'étendent duns la longueur de 300 stades ou environ 41 Heues, et qui ne le cédcut poiut en élévation aux sommets du Péloponèse, On a prétendu que le nom de ces montagnes venait de leurs neiges éternelles ; mais ce n’est que dans les vallées exposées au nord que la neige ne fond jamais Le mont da, aujourd'hui Psiloriti, occupe le centre de l'ile du ?s ume circonférence de près de 25 lieues. C’est un groupe de montagnes entassées l’une sur l’autre presque en forme pyramidale. Ainsi les premieres assises vous offrent un climat tempéré, des forêts superbes , des pâlurs ‘es el des coteaux émaillés de fleurs , tandis que les vents mugissent autour des cimes arides, où en plusieurs endroits la neige se conserve toute l’année. La distribution des végétaux y est remarquable : la partie qui regarde Candie possède des forêts où l’érable et le chêne vert dominent les flancs qui se prolongent vers le midi sont plantés d’arbousiers, d'andracné , de cistes et d’alaternes. Les cèdres, les pins et les cyprès en ornent le front à l’orient. Du côté de l’occident, la montagne taillée à pic ne présente que des rochers entassés, qu’il est impossible d’escalader. A l'est de l'ile est une troisième chaîne de montagnes moins intéressante ou moins connue. La plupart de ces montagnes sont calcaires et même crétacées Cependant la montagne de Malava, près du golfe de Suda, est schisteuse et granitique dès sa base.
La chaleur du climat de Crète est temptrée durant l'été, comme dans toutes les îles de l’Archipel, par le vent nommé enbat, qui souffle du nord au sud de huit à neuf heures du matin jusqu’au soir. Les rivières de cette île ne sont que des torrents grossis. La côte du nord est plus sinueuse que celle du sud, qui n’offre presque aucun port ou rade où l'an puisse mouiller en siwelé. Les vallées et les plaines sont extrêmement fertiles , et, quoiqu’une parte de l'ile ne soit pas cultivée, elle produit des vins fort estimés, des fruits exquis, et des cannes à sucre ; il s’y fait de très-
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